‹ Rêveries et réflexions d'un voyageurChapitre 8 sur 8 · I.i8 UEVEIUES · texte numérisé non relu

I.i8 UEVEIUES

Ceux qui uieureat jeunes, disaient les anciens, sont aimés des dieux.

To (lie. to siecp. mourir, liurniir. dil Sliakespeaie.

Mieux vaut, ilil le piove)bo oriental, être assis que debout, mieux vaut reposer que marehei-, mieux vaut dormir que veiller, et ce (jui vaut le mieux, c'est d'être mort.

L'auteur des vieux quatrains de la Danse des morts ilit au paysan :

A Ni >ui'iir tic Ion visaui- Tu ^Mjjiioras Ui pauvre vie; Après ioii"' travail cl us.Tfrc.

Vuii-i la iiiori i|iil le convie.

La mort, dit Montaigne, l'unique port des tourments de celte vie, l'unique bien des créatures, seul appui de notre liberté et prompt remède à nos maux.

Sui' la tomlie d'une jeune Italienne on lit celte brève inscription :

Liicre/.ia iiii|>lora pacc.

i:t iikii.i: nions iw

Sur l;l {M)l'li> lie s<iii ciiliiiicl. le |iii(''l(' liililiiUMlill Mii\iiMl'il fiiil "iiiViT (('Ile insciiplidii :

\.n-. ll'c-lMTrf cl ,!,■ Ilh' |.hllM(llV

bcs liniscs. (les i;i'iiii,K cl (lu -(Ml. C'est Ici ({lie J'iiIIcikK I;> iiioI'I. San- l:i (li'sircr ni l;i ciiiindrc.

Lu iiioil a ('II' IcIlciiiiMil considéii'i' ciiiiiiiil' une ik'li- M'aiicc, (|iit' (Jo son oluii;m'nii'iil inliiii. ou de sa su\>-~ |)i'ossioii. les hniiiics ucus du iiiovcii à;;e oui t'ail ini clià-

tilUiMll.

Il iiivoi|ui' l'U vain la iiiuii, le iiialhcurt'ux .luil', inaudil pour avoir oulraut' .\i)lru-Soii;uiMU-, sui' le choiuiu du (ialvaire, condamné à tuicrà travers le monde, sans Irrve et sans rolàrlic, jusqu'à la fin dos siècles.

Il voiidrail Itieu aussi moiuir, rinCorluni'- marin i|ui eu punilion de; ses blasplièmes, doit conduire sans cesse. sur toutes les mers, sou vaisseau-fantomo. un vaisseau de si prodigieuse dimension, i[ue les matelots montant tout jeunes dans les huniers ont, ([uand ils en redescendent. les cheveux blanchis par l'âge.

Il aspire ardennneni aussi ii la morl. le liùclicron ii jamais campé dans la lune avec le l'agol qu'il taillait le dimanche, et le chasseur qui, pour avoir aussi profané le jour lin Seigneur, doit toutes les nuits chasser par les ravins, |)ar les l'orêts, et la pauvre tenime de Falster qui expie |iar une vie iutcrmiualile son orgueilleux désir.

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Innombrables sont les graves réflexions sur la fm de la vie, innombrables les profanations du sentiment de la mort par les chansons anacréontiques, innombrables les invocations au repos du cimetière dans les chagrins de l'amour, les désespoirs de l'ambition, les accès de misanthropie.

Sans désespoir aucun on peut très volontiers songer à la mort et sans aucune misanthropie on peut se plaire à voir les cimetières. Je ne parle pas de la riante colline où est le cimetière de Constantinople.

Mais nos humbles cimetières de campagne, on ne peut les voir sans une religieuse émotion. Un mur rustique ou une haie d'aubépine les entoure. Nul attelage caparaçonné ne s'arrête à leur porte ; nul monument fastueux, nulle pompeuse épitaphe ne les décore. Des tertres de gazon, des croix en bois avec une date et un nom, quelquefois pas de nom, quelques plantes champêtres, rien de plus. Là repose l'honnête laboureur qu'on a vu si longtemps creuser d'une main ferme son sillon ; la bonne mère de famille qui a bravement aussi rempli sa tâche, l'aïeul vénéré et l'enfant que l'on regarde comme un petit ange enlevé de ce monde avant d'avoir connu les peines et les périls. Peut-être y

KT liKFI.K XKI.NS l.il

;i-t-il là, scldii l'iiltM! de, (iniy, des Ames (k- poêles, des esprits d'oiatoiirs, des mains (jiii auraient pu tenir le sceptre des empires, des liommes qui seraient devenus célèbres, si pour développer leurs facultés la fortune et l'éducation ne leur avaient iiianqu(''.

N'out-ils pas été plus heureux dans leur oliscurilé? Ils reposent dans leur dernière demeure, près de la maison où ils ont vécu, et ne sont point oubliés. La mort n'a pas rompu les liens qui les unissaient à leur communauté chrétienne. Pendant leur vie ils se souvenaient de leurs devanciei's. On leur garde après leur mort un même fidèle souvenir. On prie pour eux dans l'église, au foyer domestique, et l'on sème des fleurs sur leur tombe. Au printemps, quand ces fleurs s'épanouissent, quand le gazon du sol funèbre reverdit, (juand sur la petite croix en bois gazouille le chardonneret ou la mésange, tout est si riant et si vivant ! On dirait ime fêle de résurrection.

« J'anéantirai vos foyers de superstition, disait un farouche révolutionnaire à un paysan breton, je vous enlèverai vos clochers. — Eh ! eh ! répond le paysan, vous ne pourrez nous enlever nos étoiles, et on les voit encore de plus loin que les clochers. »

l'.KVKItir.

La goutte d'eau luillaiili' dans laquelle se rélléeliit l'azur du ciel transl'urmée par nu vent Iroid on une ])(iiute de glaee.

Cœur de l'Iionuiie ainsi glacé, durci par le cliagrin.

Cette pointe de glace peut se fondre à nu rayon de soleil..

Ce cœur comprimé peut se dilater à un lion regard, à une Ijonne parole.

L'arijie solitaire sur un roc décharné! Il exhale autour de lui nu doux arôme. 11 rafraîchit le voyageur. 11 lui offre un refuge, lui appui.

Si triste, si solitaire qu'il soit, riiomnie ne peut-il ainsi consoler, sonteuii'. faire du liien?

Lue louchante croyauce des musulmans, c'est qu'au dernier jour Dieu ne jugera pas seulement la conduite

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lies iKitiimcs envers leurs seiiililiililes, mais aussi envers les aniiii;iii\.

Je n'ai jamais In l'Emile de ,Ieau-Jac(iues Rousseau ; mais uu écrivain que j'aime en cite cette phrase qui me parait digne d'être reproduite, surtout en ce temps où tant de folles créatures réclament si liantemcnt ce qu'elles appellent l'émancipation de la femme : « Plus les femmes voudront ressembler ans lionniies, moins elles les gonverneronl. et c'esl alors ([u'ils seiont vraiment les maîtres, u

Les quatre qualités de la l'emme, selon une sentence .-hinoise :

Ouo la vltIil >uil (lyus >oii i-(Ciii-. I^;i modestie sur son IVoiil, l.a douceur sur ses lèvres.

I,e Iravail daii>^ ses main--.

iU IlEVEIilES

On ilemaiulait à Lycurgue pourquoi il n'avait pas constitué à Sparte un gouvernement démocratique. « Essayez un peu, répliqua-t-il, cette forme de gouvernement dans votre fomille. »

Quieia ne movele. Devise de Robert Walpole.

La médaille de Christine de Suède : In globe géographique, un globe terrestre, avec cette légende : Ne mi basta, ne vii bisogna. Pas ne me suffit. Pas ne m'est

besoin.

F.T UKFLEXlOxNS 153

On (lit ([Ui' les perles déposées dans nn éci in deviennent malades, et qu'elles reprennent [leu à peu lenr éclat, si on les porte sur soi assidûment.

Il en est de même des affections, perles du cœur, qui s'affaiblissent et s'alanguissent si on les délaisse, qui se ravivent si l'on s'en rapproche.

On demandait à M"" du Chàtclet pourquoi Voltaire était tacjtm'ne, et paraissait tristement préoccupé. « La raison en est, répondit- elle, que depuis plusieurs jours on ne s'entretient à Paris que de ce fameux voleur mort avec tant de fermeté. Cela ennuie M. de Voltaire. On ne parle plus de sa nouvelle tragédie. Il est jaloux du roué. ))

i»; r>i:vi:i!iF.s

Près do inoiirii-, !;i célèbre M""" d'Houdetot se tourne vers un dos philosophes qui avaient contribué à détruire en elle le sonliinent religieux et lui dit : (( Rendez-moi mon Dieu que vous m'avez enlevé. A présent j'en ai besoin. >

11 est un âge où en certaines natures humaines, tout s'émeut, tout palpite, tout déborde par l'effet d'un fluide invisible, comme dans les plantes vigoureuses par l'action du soleil et de la sève du printemps.

L'arbre alors épanche sa vie en des massifs de feuilles et des grappes de bourgeons. Le jeune homme épanche la sienne en de longs entretiens et de longs écrits. Entre les rameaux de l'arbre l'insecte bourdonne, l'oiseau chante, la brise soupire. Le jeune homme entend ainsi dans son cœur bourdonner, chanter, soupirer des voix mystérieuses qu'il ne comprend pas et qui le charment comme des concerts célestes. Quelquefois une fatale intempérie atteint les fleurs do l'arbre dans leur germe

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prématuré et Ifs l'ail péiir avant leur éclosiou. Ouolquclois un malheur inatteiuUi, une douloureuse déception pénètrent dans le cœur du jeune homme commet un souffle mortel et y i^laceut à jamais tout ce qu'il reuiermait de germes précieux d'amour, de conliance, de générosité. Heureux ceux ipti peuvent voir se développer j^raduellement et s'épanouir ces saintes fleurs de l'àme, jusqu'à ce que vienne la saison d'automne ([ui donne aux fruits leur dernière maturité, jusqu'à ce que vienne l'hiver qui emporte dans ses ouragans et ensevelit dans son linceul les couronnes de l'arbre et les couronnes de l'homme.

Les vaillants jacobins de notre première révolution se faisaient un devoir d'enlever les cloches des églises. Ce rapt leur fournissait du métal pour les besoins perpétuels de leur famélique république; ce sacrilège leur donnait l'espoir d'anéantir les émotions religieuses produites par une voix aérienne. Vivos voco , mortuos plango. Réellement, ces cloches qui saluent l'homme à son entrée dans le monde, qui proclament son mariage et annoncent sa mort, qui dans les nuits d'hiver, quand le ciel est noir et la terre couverte de neige, retentissent au loin pour guider le passant égaré sur sa route, ces cloches qui, dans les jours de désastre, appellent de tous côtés les cœurs gé-

néreux au secours de la maison incendiée ou inondée, ces cloches ne sont point d'inertes et matériels instruments ; elles ont une àmc ; elles s'associent aux joies, aux deuils, a tous les événements de la communauté chrétienne. Elles s'égayent, elles s'attristent, elles chantent nos victoires, elles se lamentent sur nos désastres; elles ont des soupirs dans leurs vibrations, des sanglots dans leur voix, des larmes dans leur cœur d'airain.

Autrefois, l'ordre de piiniogéniture el de légitimité, établi dans la famille des souverains, se retrouvait, à des degrés différents, dans toutes les classes de la société. L'homme, en naissant, avait son nid préparé d'avance, ainsi que les oiseaux; l'un, comme l'aigle, sur les cimes aériennes ; l'autre, comme la cigogne, au sommet des vieilles tourelles; celui-ci, comme la fauvette, dans les ombres de la forêt; celui-là, comme l'hirondelle, sous le toit des paysans. On était, dès son enfance, casé dans sa vie, élevé en vue du métier que l'on devait faire, ou de la carrière plus ou moins Itrillante que l'on devait parcourir.

Que si, de temps à autre^ on voyait un garçon aventureux sortir de son humble sphère, s'élancer hardiment à la recherche d'une place plus élevée, conquérir les

i:r ui:i'i,i;xio.Ns i.v.t

hoiinours l'I la lichosso, ses anciens roni|iaj;nuns le regardaient avec étonnemeni, peut-èlre avec une secrète envie, mais ne se laissaient j;iière séduire [)ar son exemple. On avait alors une autre and)ilion plus calme el plus sûre, celle de se distinguer dans sa piol'ession.

Le genlilhonnne, habitué de bonne heure à l'exercice des armes, et enllanuné par les récits de ses pères, aspirait à se signaler par son courage sur les champs de bataille; le fds du magistrat voulait porter dignement la loge illustrée par ses aïeux, et le fds de l'ùrtisan désirait se faire remarquer jiar son travail et sa probité dans sa vocation. D'âge en âge, par un principe d'hérédité continue, par une coiulition d'honneur, des plébéiens constituaient dans leur immuable profession des dynasties vénérées, des dvnasiies de braves gens. La bourgeoisie avait ses quartiers de noblesse, connue l'aristocratie. L'ouvrier qui, aux jours de fête, portait la bannière de sa confrérie, s'estimait tout autant que le colonel paradant à la tête de ses escadrons, et le marchand qui, par le vœu de sa comnmnauté, était élevé à la dignité d'éciievin, n'enviait point le sort du grand seigneur.

La Révolution a bouleversé de fond en comble, depuis le palais des rois jusqu'à la chaumière, tout cet ordre social; elle a rompu dans tous les rangs ces différents liens qui n'étaient ni si lourds ni si serrés qu'on a bien voulu le dire; elle a, dans son ouragan, suscité des ambitions jusque-là inertes ou ignorées, et ouvert les écluses à des torrents de désirs effrénés et d'insatiables convoitises.

Maintenant, jjersonne ne veut rester à la place où il est né et se contenter du lot qui lui été assigné par la Providence. Le monde a été transformé en une tumultueuse arène où chacun se précipite h la poursuite d'un titre, d'un emploi, d'une fortune. Tel est le résultat du principe d'égalité proclamé par la fameuse Déclaration des droits de l'homme. Mais, pour la plupart de ceux qui professent ce dogme, l'égalité consiste à ilominer ses inférieurs et à ravaler ses supérieurs.

L'homme a hesoin île s'attacher. C'est une des lois de son organisation, un des mohiles essentiels de son existence. En parlant de Satan, une sainte s'écriait dans la tendresse de son âme : « Le malheureux qui ne peut pas aimer! »

S'il était possible qu'un être humain en vînt à ne plus aimer, ce ne serait plus un être humain, ce serait un monstre et le monde aurait pour lui la noirceur d'un enfer. Mais telle est la profondeur des facultés d'affection implantées dans l'âme de l'homme que ceux-là même qui, après quelques déceptions, se détachent de tout lien et se vantent de ne plus rien aimer, aiment encore quelque chose. Le misanthrope aime son chien ou son oiseau. Sa pensée est terriblement déchue, son cœur s'est douloureusement resserré. Mais son élément d'affection subsiste.

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Houroux ceux qui ont jïardé diiiis Un\U' sa plénitude cette puissance de svni|ia(liie ijue imus devons considérer comme un des meilleurs dons de la grâce céleste ! Heureux ceux qui peuvent aimer à cœin- ouvert, qui ont un sentiment de pitié pour loules les soulTrauces et d'admiration pour toutes les vertus!

VQ ..Marmier, Xavier ^

^'/Jl.J+ d'un voyageur

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