Rêveries
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/.VEBAT, IMPRIMEUR, RUE DU CAnnàV , K* iO.
DE SENAISCOUR.
%tomètat «ftiition.
A LA LIBRAIRIE D'ABEL LEDOrX,
PABIB. M IHXC SSXIII.
Que servirait de revoir avec plus de soin des pages dont tant de défauts sont inséparables? Se promettre d'être enfin satisfait d'un écrit de ce genre , ce serait trop oublier l'étendue de ces questions, les difficultés du langage, Fincons tance de notre I ^ esprit 9 la stérilité de nos heures.
Sans doute , il faudrait ne publier que des livres excellens. Même en devenant
vulgaire, le grand art qui seconde rapidement la communication des pensées , a quelque chose de solennel. Cette sorte de perpétuité, que Timpression procure, convient mal peut-être à des feuilles écrites dans la retraite , mais non durant des heures paisibles et vraimentindépendantes.
Quel homme, s'il s'examinait bien, se déciderait à parler à des hommes inconnus de lui? Où sont nos titres, pour proposer nos vues particulières à une suite de générations?
Cependant, plusieurs autres Font fait , et ïLs étaient de même ou peu éclairés, ou portés au doute. Et ceux qui lisent, n'ontils pas aussi leur faiblesse ? Encore quelques journées 9 et il ne restera de nous qu'une influence vague sur la mobile opinion. Alors on dira : Quand ils étaient ici, ont-ils pu ^mettre beaucoup de prétention à se choisir pour regarder ensemble, avec franchise , les bornas de leurs facultés , ou Tafiliction de leur siècle ?
A la vérité , c'est un inconvénient de grossir encore Timmense dépôt des livres conservés parmi nous. Au milieu de cette sarabondance , si même on écrit avec une pensée d'utilité générale , ne sera-t-on pas soupçonné de céder à une suggestion diflfé- |
rente , à Tidée flatteuse , mais puérile , \
d'occuper de soi une partie du public? Cependant il ne serait pas impossible d'obtenir de nos jours quelques résultats se- | rieux. C'est par des actions que vous servirez votre pays, ou peut-élre plusieurs, peuples , si vous êtes placé dans un poste éminent ; mais, lorsque vous avez contre vous la force des choses, vos écrite vous !
restent seuls (A). Heureux si vous ne consumez pas en vain des momens que rien ne peut ramener !
La vie , si rapide, ne Test pas assez pour ,
notre impatience. Il faut laisser un dernier espoir à l'ame trop agitée pour n'en être j
pas avide , ou trop faible pour s'en passer.
Dans notre carrière étroite, soyons sou-
tenus par rintention de rappeler enfin aux hommes les moyens de félicité qu'ils auraient dû trouver en eux-mêmes. Si nous entreprenons un jduir d'autres écrits, notre but sera semblable.
Dans les premières années , même en s^'él oignant des illusions , sans doute on pensait qae la vérité pourrait beaucoup si elle se montrait aux hommes. On n'avait pas assez compris ce que répand d'incertitude le continuel examen des motifs et des incohvéniens , des vœux et deé obstacles.
Plus tard, il peut arriver, chez un écrivain , que la pensée habituelle , que Fihclination dominante , que Tame entière ne soit nullement changée ; mais le temps à diminué Tespérance : si Fidée d'approcher du vrai doit consoler encore , elle iie promet plus le bonheur.
Ainsi, les difficultés se multipirent. Une sorte d'évidence, quelquefois trompeuse , entraînerait avec force ; il n'en est pas de même d'une clarté plus reculée. Que de
justesse exigent des conclusions fondées sur des probabilités ! Quel lecteur , ou préoccupé , ou frivole ; quel esprit ordinaire, s'att^achant à ces recherches, ets'accommodant d'une exactitude dépourvue d'art,, saura reconnaître^ malgré le doute, de véritables données morales , et sous des formes tranquilles, la poésie deTameîDans un siècle livré aux ajGfaires, mais un peu accoutumé à la raison , c'ejst surtout parmi les générations nouvelles , que vraisemblablement quelques hommes , attentifs , malgré leur jeunesse , et peut-être sévères dans leurs habitudes, bien que susceptibles d'impressions heureuses , s'attacheront à dés aperçus moins arides que les nécessités du jour , et diront : Cette manière libre nous convient.
Ils verront ce qui manque ici ; mais ils jugeront que l'auteur le sent comme eux .
Qui 4'enti'e nous accomplit sqsi dessein , et peut se réjouir de son œuvre? Tous ceux qui ont projeté de grandes choses , ceux
même qui paraissent en avoir opéré , tous liront lait qu ébaucher leur ouvrage. Souvent la fortune leur manqua, et quelquefois peut-être ils manquèrent a leur fortune. Ni les héros, ni les sages n'ont vaincu leur destinée. Interrogez les' ombres les plus illustres , leurs souvenirs ne seront qu'une longue plainte. Pardonnez donc à c^ui qui vit sans éclal' , de subir aussi la loi commune , et d'indiquer faiblement ce qu'il eùivoulu mieux établir dans ses écrits . Il aurait plus de lecteurs , sHl les occupait de leurs intérêts accidentels ; mais ces fantaisies passent , et les vraies convenances subsistent.
Vous, du moins, qui, durant la course laborieuse que nous avons tous entreprise^ vous arrêtez quelquefois à Fécart , vous qui désirez pressentir la réalité , malgré le silence apparent de la nature, venez : notre groupe ne sera pas nombreux. Nous laisserons à des esprits , doués d'inÊiillibilité , le soin de dire hautement ce qu'il faudrait
aux hommes. Nous nous bornerons à en i
conférer avec indépendance ( B ) . Salut ,
jeunes ^mis de la vérité sujblime, de celle
qui ne se manifeste que dans un grand éioi*
gnément; salut au nom de cette lumière
voilée à j[amais , et à jamais désirable.