DE L'APPARENTE IMPERFECTION DU MONDE
Si, en observant ce qui nous environne, onpaiVient à se soustraire au joug de Thabitude, si on cherche à se former un idée plus juste du cours présent du inonde, il paraîtra d'abord irrégulier, désordonné ou bizarre. Telle pourrait être une exception dans lo plan général, une particularité accidentelle, conséquence indirecte des premières lois que nous pressentons nécessairement, et*que nécessairement nous Ignorerons toujours.
Pour rep^rder le mouvemep^^cles choses sans trop
d*étoimement ^ ou il faut avoir compm qu^elles •doivent nous cacher de grands dessins , ou il &udra se borner a des observations relatives aux besoins les plus vulgaires. Ceux qui se renferment dans ce cercle étroit se figurent aisément que tout ce qu ik -voient est cooforme à la règle perpétuelle , puûr qu'ils sont eux-mêmes k leurs yeux le but de Fœuvre Gréée.
. Lorsqu'on enti'everra de plus vastes rapports, on sera effrayé des lois inconnues qu'ils supposent. On tpouvera difBjâe de concilier avec des résultats si fugitifs y selon nous-^ un si grand appareil dei moyens et l'immense travail de taat d'êtres froidement asservis? Ils s'efforcent tous de se conserver, dira-ton, et ce motif âe leurs actions est visible. Ce sera seulement reculer la dif&cuké. Comprendrons-nous la raison de l'existence individuelle ? L'animal à des organes y dé l'inéustrié, dé la force; en agissant pour vivre , pour se perpétuer, il vit , il se perpétue. Mais quelle est celte vie qui ^ coûserve et qui se p^page? L'incertitude enveloppe a tios yeux, ou saxtble emfbarrâsser toute chose : nulle intelli gence particulière n'aura le secret du mondé. ,
Vers les rives de rAnatblie, d'inooMtbrables violettes fleurisseat presque inutiles dans des lieux dé^ serts, etf sous notr^j*^, elles passeraioqltdeinéme.
Près delà, sur une roclie battue des iots^ quelques mousses portent leur fruit; mais il sera entraîné. Tout animal se nourrit , et il meurt. Uhomme se nourrit; il désire et il meurt. Etifantés sur la terre par une sorte de hasaid^ souvent nous la quittons sans y avoir même réalisé nos futiles projets. £t celui qui obtient d'agir, expirera bientôt. Quand Ce- ^ sar eut gagné cinquante batailles y il mourut. Menés,
mk Fo-hi, Abaris ne sont plus : les platanes qui om-
brageaient les troupeaux se sont desséchés comme le gramen que les troupeaux foulaient.
Le système de la réintégration .du monde a nlérfté quelq le attention. Là plupart des phénomènes s^accordent assez bien avec cette idée très -ancienne d'une dégradation fortuite , et d'une lente régénération, d'une force qui vivifie, ou qui subtilise toutes choses , et d'une résistance qui les corrompt eu tes abrutit. Mais qui pourra dire comment' une grande révolution s'est faite, comment elle s'est dû feôrè? Pourquoi le monde s'ei^-il soustr^^C ainsi aux lois de la sagesse? Comment a-t-îl échappé k la toute-puissance ? Comment l'ordonnateur suprême a-t-il permis qu'une force, apparemment étrangère a la force universelle, produisit l'universel cataclysme. Ce système semblerait presque tout expliquer, si on oubliait qu'il laisse subsister la difficulté principale.
Le dogme orienta de deux principes était plus clair, et n'avait pas une base différente. Mais* n'interprétons pas le dualisme a la manière des modernes^ ne le changeons pas en un vrai dithéisme. Sans doute ridée première en avait été plus naturelle et plus ^ande : il est rare qu'un homme de génie accrédite ou invente les erreurs que lui attribueront ensuite ceux qui ne sauront plus le comprendre. Le mauvais principe y reconnu dans une grande partie de l'Orient y n'aiiiia été d'abord que la nécessité de l'imperfection. Depuis y chez les Germains , il fut le séducteur, et dans la dootrine des chrétiens c'est le tentateur. On peut aussi le regarder comme l'illusion personnifiée.
N(Mis ne saurions admettre deux êtres puissans y deux êtres non subordonnés dont les vues ou les vpiQDtéç soient en opposition. L'intçUigenceparËtite ne {pouvant voir que le vrai , nécessairement deux inteHigj^nces suprêmes seraient semblables : la vérité ii'est-elle pis toujours une? Avec cette même perception des dioses, ces deux intelligences auraient une même volonté ; elles ne pourraient vouloir que l'osdre résultant constamment des proportions essen» tielles des êtres. Il ne saurait y avoir une intelli^çence divine opposée a une autre inteTligeftcç divine que s'il pouvait exister on monde où les pcopoilionsdes
foiiueSy et les lois des nombres différassent de ce que nous connaissons. Supposer deux principes actifS, ce serait admettre deux univers. Si laêine il était possible que deux principes existassent, un seul serait puissant , un seul serait rintelligence : Dieu est seul.
Mais on rend a^sez bien raison du couA des choses actuelles y dans Thypôthèse de quelques momens de crise tenant a une dégradation périodique , do(H les différentes parties du monde se relèvent successivement Qt arec lenteur (K). Si une fois nous admettons cette calamité y ioexplicabte sans doute , mais, apparemihent destinée a varier le monde, nous jugerons que l'ordre se rétablit par degrés. Nous verrons les individus s'avancer ou , du moins , se soutenir , et les espèces se conserver. Une admirable industrie s'exerce sans relâche , en pénétrant les substances ; mais un principe d'inertie résiste constamment. Les ètresanimés sont passifs eux-mêmes, et tendent vers un but qu*ils ne sauraient soupçonner. Cette orgaaisatioo parait a la fois pleine d'harmonies dans les moyens, et de contrastes dans les produits, comme si la force qui la perpétue était énervée ou contrebalancée par un obstacle indéfinissable , comme sL la natnrttpresque entière était gênée dans sa marche.
Nous croirons distinguer une lueur descendant de
très-loin sur ce cbtos , 3} nous cousidéroiji^ les iQondes comme des sphères (d'activité 9 comme des ateliers où ]fiL ipatière , remuée par un principe de vie , doit être graduellement imprégnée de feu, et pénétrée de lumière. Ce ne i|^|:ont plus des masses informes, mais des instrumens susceptibles d'une organisation diverse^ Tou^urs plus actifs, ces agens deviendrool enfia des portions de Fêtre essenti^ qui alors, pourra^-<)n dçe,, serait universel ep tout sens, et vrai- ,m^t un , si les mêmes oscillations ne devaient pe^ se reproduîi'é sans cçssp. ..
AJlous au-delà ; ne voyons dans le monde qu'une manifestation de lalpensée, une perpétuejle action de rêtre réel sur 1 être apparent. Ainsi s'expliquera la souffrance ou ]e sentiment de Fimperfection* Comroçnt la matière qui parait êti'e deviendrait^elje égale a la pensée qui est? Ce qu'il faut modifier, ce gu'il faut renouveler, ce qui n'a point d'existence •propre, 00 qui passe., sera-t-il semblable a ce qui subsiste? La trace <lu mal doit reparaître, mais toujours accid^ielle cr particulier, quoiç[ue généralement nécessaire , et toujours effacée par quelque intdlîgence , hiîen que le monde même soit TimpeN fection mobile exposée a jamais sous les regards de l'inyariable sagesse.
La surprise excitée en nous par le i»al visible ne
parah-elle pasdiminuée, si la fermentation, qui produit beaucoup d'êtres, afin d'en immoler sans rdaohe, et qui n'accorde le sentiment de la vie que pour conduire au frémissement de la mort, si, en dernier lieu, la force inexorable dirige pourtant vers nous quelqiies reflets de lumière ? Cette puissance prépare ses matériaux pour un grand dessein, et, le monde où nous paraissons n'étant que l'essai d'un monde durable , ce qui est annonce ce qui doit être.
Des motifs puissans exigeraient-ils que plusieurs glob^ fussent affligés? Ce sacrifice peutdeveiiir néoesaairey etp'être gtand qu'à nos yeux. S'il en est ainai-y nous naissons durant l'heure du désastre; mais il le fallait, et il ne restera de nous dans la partie du monde a laquelle nous appartenons aujourd'iiiii que le mot : Ils ont vécu. L'ordre fécond et ^variable est le produit de celte j^nible élaboration qui change les races vivantes pour les renouveler, qui les détruit quelquefois, mais souvent les perfectionne. L'ouvrage , commencé dès le principe, ne s^achève que partiellement , et , avant*lâ^fin de nos sièdes , de ces temps ra^es qui sembleraient accidentels dans le plan général, nos plaintes et nos systèmes seront oubliés.
■■' Si rin|elligence, dit-on, était universelle ^ nécessàiie^ si elle régnait, la ruine, le malheur des
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êtres sensibles et vivans , ou rextréme imperfectioii des êttes doués de qudque liberté, le mal, en un mot. ne ferait point partie du monde.
Cette condusion pourrait provemrde nos erreurs sur le pouvoir. Nous hasardons beaucoup lorsque nous l'attribuons ainsi dans un sens absolu a la sagesse suprême. Sans doute , elle peut ce qui est possible; mais ce que nous imaginons rest41 totijours? Uintelligenoe a réparti les facultés , ou elle a employé les substances apparentes ou réelks ; mais at-*dle.pu les changer? Elle ccmnait tout ; mais peutêtrechaqueconTenflikce existe-t-elle indépendamment de cette sorte de vue intuitive. L'intelligence a combiné les résultats , mais a-t-elle établi les premiers moyens ? Son œuvre sera ledéveloppentent de Tordre, ou une libre et magnifique application des lois krécQsableSy mais savons-nous si le mal particulier, trc^ grand à nos yeux , n'est pas une condition de Tordre mone, une condition nécessaire de la vie générale et perpétuelle ?
Si mémt il était possible que liai matière n'existât pas essentiellement , que le monde apparent ne fut pas réalisé^ notre pensée, cette portion de Tintelligence, ou, pour ainsi dire, cette fraction de Télre alors unique, ne pourrait encore retrancher de se^-coAbinaisons ce que nous fgppelons la douleur. Le msi
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individuel paraîtrait encore ins^rabke de touie série particulière dans le plaa d'osé organisation variée, mobile et féconde.
L'ensemble seul est bon; teute partie est imparfaite. Où sont les bornas, la est rinterruptîaii, et quand l'ordre cesse de nous protéger a notre gré , c^est pour nous une sorte de désordre. Quelquefois nous avouons que sans doute il n'est point île mal géfiéral; mais, si le bien nous manque, cela nofis parait un gprafid ïnal. Nous dévêtions malfaetiieax., Itarce que nous sommes peu de*€bose.
Que, dans le sens vulgaire, le monde existe ou B'exisie pas, que nous le eonnaissions cûmiae effectué, ou que notne xaivm même nùlls le Tasse voir éomme possible, nous serons éga^emeilt téméraires si nous le déclarons mauvais. L'imperfection du inonde n'est pas une sutle fiécessaîre de nos mécootentemens. L'imelligeoce, quelle fu'e^e soit, foit trèsJ>ien, si elfe fait le mieux possible. Qu'arnve-»t-4} quand on décide inconsîdéréméiit que l'être sage exerce une puissance illimitée a tous égards? On -ne peut plus concevoir l'existence du mal sans reeouiîr a des suppositions, et les changer en assertions dogmatiques, uniquement pour ne pas avouer qu'on n'avait rien de raisonnable à dire.
(Quelles sont nos Jumières pour prononcer.sur le
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mal absolu? Peal*être ce qui serait contraire au but proposé serait senl mauvais : le mal c est la discoFdiinee ou Tobstacle» Ne connaissant pas le plan universel j nous ne savona pas s'il y a^discordance. Ne pouvant imaginer le princqaiey le lien, Tobjet de Tordre existant , nous ne saurons jamais si des obstacles subsistent y ou si même Fidée d'un obstacle»à cet ordbre naturel nest pas contradictoire. Que, parmi nous , une chose soit bonne ^ ou qu'elle soit dangereuse , nou$ le comprenons , parce qiie nous avons sur les fins sociales j» du moins sur celles dé notre espède durant notre âge, des notions plus ou moinsi^tinctes; mais que cette même chose soit pa*- «itivement bonne , ou soit mauvaise dans )e tout, c'est ce que ne saurait jnême se flatter d'entrevcÉ* l'esprit le plus audacieux.
Pourquoi le monde seraivîl en quelque sorte une fCCipie de rJtioiD^e? Pourquoi juger des intentions ilQmuables p^ la moralité humaine? Des analogies peuvent exister , mais en savons-nous les bornes? Dironsrnpus qu'un lion est «rimind en immolant sa proie? Par quel aveuglement ose-|-on allq^uer que Dieu seirait injuste s'il avait fait le lien c^imivore avant que l'homme eût failli (L) ?
N«l ne sait ce que l'homme doit être dans les convenances générales. Si nos côniectures s'étendent
jusqu'aux prapuières lois qui lui fureat imposées, ce sera d'après des indices tirés <le ses premiers mouvemens , comme de sa raison ; ce sera d'après ses peucbans lorsqu'il restera simple j ou ses r^exions quand il deviendra instruit, et ces recherches, toujours douteuses, ne donneront des résultats plausibles quo dans une sphère très-circonscrite.