RENONCEMENT
Les Tues étendues fonï mieux connaître l'ordre, et lé sentiment de Tordre, en se développant, doit produire la vertu. Elle n'est autre que la force de soumettre aux m'ouvemens réglés , atix desseins de l'être intelligent, les iitïpulsions irréfléchies, les appétits de l'être sensible. Alors chaque velléité présente pourra se trouver subordonnée a des motifs durables, et on parviendra même a préférer aux affections naturelles qu'on aperçoit comme être.ittdé-
pendant , la détermination juste qu on prendra comme membre d'une cité.
Ce courage de la volonté, armée contre un aveugle désir , annonce chez l'homme le tricMnj^e des lois infaillibles. Si nous pouvions toujours les comprendre , nos efforts auraient pour objet des convenances illimitées ; mais peut-être nous arriverait- il de né^igep nos rapports avec nos semblables , pour nous attacher avec trop de curiosité ou d'énergie a Tordre universel , et ce serait o«b)îer ce qu'il y a de motts inconnu aujourd'hui dans notre destination.
Ainsi la pratique des vertus étant une longue apparence de sacrifices, souvent on s'égare au point d'oublier que le dévoûment, si méritoire comme moyen, ne peut être lui-même le but de nos actions. En écoutant les suggestions du fanatisme, ou seulement cdles de l'amour - propre , beaucoup d'hommes, prompte k s'abuser, ont vanté indistinctement comme vertueux ce qui leur paraissait pénible^ et ils ont admis avec prédite:;tion ce qui s'éloignait le plus de leurs goûts naturels.
Nous serons souvent séduits, ou quelquefois nous serons trompés entièrement par le besoin même de l'ordre, de la durée : nous placerons nôtre fin terrestre trop loin de pous. La prolongation du bruit <le nos jours ik)'js paraîtra quelque -chose d'impo-
sant, et nous pjcéteadrons conserver ici de l'éclat dans des siècles que doit précéder une nàit profonde.
On s'est ouvert d'étranges voies pour deveaoïir cé^lèbre. Le public trouve a propos , ou finit par croire natfuel, cpi'oa aille a la gloire avec le fracas chéri d^ esprits hautains y avec les détours qu'affectent lis imposteur^. Non-sèulenu^t on est vénéré de la Multitude lorsqu'on la dépouille, lorsqu'on l'immole , lorsqu'on la trahit , mais on lui plaît singu^ lièrement, on s'en fait admirer, on excite tout soa eitfiousiasrae quand on insulte a sa crédulité avec impudence.
Il n'est pas à croire qne les triomphes sanglans dbivwit cesser partout d'être glorieux ; mais d'autrès succès dépendent de quelques opinions passa^ gères. Tel mojen qui durant des siècles a pu illus** trer plusinirs personnages, ne rendrait pas mê'me &meux aujourd'hui leurs derniers imitateurs. Un Santon presque stupide, mais rusé malgré son ignorance , appelait sur son tombeau vingt générations; en affectant de s^humilier, il s'était ménagé les jouissances d'un orgueil impie. Il avait dit aux hommes : Je m'iâxitiensde tout ce que vous désirez^ et je confesse que je né suis pas digne d'être regardé comme un de vous. Cette abnégation le plaçait sur
l'autel : Je fouibe était in^oqtté avec ferveur davaut la suprême vérité.
Quel bonheur nous promettons-nous d'une renommée qui y après avoir été faible sou» aos yeux, s'étendra peut»être quaûd nous i^ serons plus? C'est la vanité des vivans (jnî prononce avec empba&^les grands noms des'^morts.. Ne saurait-on aspirer a quelque avantage plus solide que de servir dans milte ans aux passions des partis , ou aia capdceà de l'opinion? Il devrait suffire que l'bômme singera n'accusât pas notre mémèiiie. Qu*y a-t-U de vraiment honorable dans une célébrité plijtô grande? On peut raccorder aux belles actions, .mais on Vof^ aux crimes hardis.
La maoière dont notre nom eM pwmoncé ne peut nous donner qu'une satis^ction indirecte. Souvent il est honorable de se soustraire à cette renommée qu'il est tou^'oitt^s humiliant de diercber en vain. Sans doute, dans quelques circonstance, il sera juste d'j prétendre, et il serait triste de ne pa« l'obtcfnîr ; mais ce. qui est plus triste encore , c'est de la trouver sans la mériter : qi*elle preuve plus sensiUe de la frivolité deiiOs vœux?
jCe besoin factice, le besoin de la gloire, paraît luie noble fantaisie ; mais cette sorte d'éljévatioiY n'empêche point Terreur. Toute passion tend k
Texcès : les éftnts, dans le bien niènie, sont nuisibles puisqu'ils sont cotrtrairesa l'ordre. Les mo* tifs allégués p«r rhomme arabîueux auront quelqùe- {dis une apparence raisonnable , sans que cela k justifie. Consiilérez la nation^ sansdoute elle souffre. Si 4a dation prospère, ce sera aux dépens d'une partie dtt genre hiunain. Il se peut qu'une passion n'occasi(Mine aucun mal ditect; mais alors ce qu'elle a produit aurait pu être opéré sans die. Le bien Véri^ table se fait avec moins de bruit , et la raison est assez fernK pour soutenir la volonté quand on choisit des roies irH^rochables.
Dans la société organisée comme elle Test maintenant , le simple désir d'une belle réputation est naturel, et paraît louable. La passion même de rimmortafité n'est pas luneste sans exception ; mais elle l'est en général, et, bien qu'il faille approuver panni nouis ceux qu'eUe soutient dans d^s entreprises utiles, nous f expulserions avec soin d'une société constituée pour le bonheur des différentes classes. Plé{8irant des moyens moins éclatans , maisinépui- * sables, nous voudrions que des maximes d'union semplaeassent tant de principes de discorde ; nous demandrions que les divers membres de l'État s'at^fi tachassent avec une même joie, avec un même sentimvntde dignité^ à la manœuvre circonspecte
qui devrait guider, sur cet océan de détresse, u» trè\e vaisseau de félicité sociale.
Pour nous^ au milieu des canqpagnes, après le mouvement du jour, à l'heure de l'-obscurité trtnquSIe» nous avons entendu quelquefois, du côté des terres incultes et des vieux murs en mine, ces oiseaux sotkaires qui piyraissent attendre de la nuit leur indépendance. Ces accens nocturuAS^ ces cris d'une joie ca<3iée au loux dans une vie habituellement silenfiîfru se, ces chants rares et^imples, laisseront d'ineffaçaMes souvenirs, tandis fii'on peut oublier toutes les merveilles de la symphonie qui retentirent dans les capitales' des Appennins.
Mais pourquoi ce charme attache a Tidée d'une profonde solitude? Pourquoi ce bonheur secret d'à* bandonner beaucoup de (jtoses? Ce n'est peint la lassitude des passions ou des intrigues. Les amcs avides de £îlicité intime, et qui ne conni^ot ni la froide irritation des çiJEfaires , ni la fatiguA des phisirs , sont précisément celles que le seul mot de solitude a toujours éaiyes , depuis le» inutiles espérances de la jeunesse jusqu'aux inutiles regrets d'un autre âge. Un de nops peut-être croyait avoir conquis ce perpétuel renonp^ent, et dès les premiers jours une circonstance, qu'on ne pouvait prévoir, le fit retondi^r dans le m9l*étre social, et s'y coi^umer.
Nous ne savons pas si nous aurions trouvé lé bonheur dans la retraite y si ce repos est quelque part, si jamais fut prononcée cette parole d'homsie : Nous sommes contens. Mais sans doute la retraite a été le partage du moins malheureux et-^ plus libre d'entre nous. Que de force elle demande pour qu on y soit vraiment a sa place , et que Ton peut y être bien quand on est fort , quand le bras ^t vigoureux et Feaprit désabusé ! Quel asile ! que la voix des choses y devient puissante ! Elle s'y propage sur les colKnés, sur les eaux , sur les niasses des roches ou les pentes des fovits, et, si Tair calme soutient à une grande hauteur quelques nuées errantes, tout paraîtra se soumettre aux harmonies reculées du monde invisible. Alors on regarde passer les journées de la terre : on n'a plus basoin des espérances si bornées qui trouUem ordl^irement les hommes, et il semble que déjà on (lesire autrement , et on espère a jamais.