SCÈNE II
MELFORT, DALIBON, entrant par la porte de droite.
Eh bien... mon cher... pour un début, pour une première • entrevue... ça ne va pas mal !
MELFORT
Vous trouvez?...
DALIBON.
Songez donc à ce qu’était Jeanne! se cabrant hier encore au seul mot de mariage, et tout à coup renonçant pour vous à ses idées de célibat... car c’est y renoncer que d’admettre un prétendant.
MELFORT
D’où vient alors, au moindre mot que je lui adresse... ce dépit.;, cette colère que j'ai cru remarquer...
DALIBON.
C’est tout naturel... elle s’en veut à elle-même... de ne pas mieux résister... et de sentir que bientôt, peut-être, elle va vous aimer.
MELFORT
Ah! s’il élait vrai, Monsieur! tenez, pourvu que cela arrive un jour, j’attendrai tant qu’on voudra.
DALIBON.
Vous n’attendrez pas longtemps... je m’en flatte... je serais si heureux de vous avoir pour beau-frère... surtout si cette affaire-là se décide aujourd’hui... car aujourd’hui c’est une date... c’est l’anniversaire de mon mariage... et je vous demande pardon de vous avoir un peu négligé depuis le dîner... j’ai une affaire en tète... qui me préoccupe beaucoup!
MELFORT, rivement.
Et laquelle, Monsieur?
DALIBON, mystérieusement.
Un cadeau pour ma femme ! des parures, des robes, des étoffes que j’ai fait venir de Paris; et je voudrais d’avance grouper, disposer tout cela avec effet dans notre chambre à coucher... mais pour que la surprise fût complète, il faudrait d’ici à cc soir l’empècher d’entrer dans son appartement... j’y
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veillerai... mais ce n’est pas facile... et voilà ce qui me tourmente !
MELFORT
En vérité, Monsieur, j’aiimire votre bonté.
DALI BON
G'tte bonté-là... c’est du plaisir pour soi ! c'est de l’égoïsme... nn aime à jouir des succès de sa femme... on est si heureux... de la voir belle et heureuse! Vous connaîtrez cela, mon cher, quand vous conduirez Jeanne au bal.
MELFOKT.
Vous croyez?...
DAI.IBON.
Quand vous lui donnerez le bras... quand on la regardera... quand vous entendrez murmurer autour de vous : Diable! une jolie femme !
MELFORT
Ah! votre confiance fait renaître la mienne.,, vous avez tant d’espoir que cela m’en donne un peu.
Et vous n’avez pas tort... D’abord, ma femme est comme moi... elle est pour vous.
MEI.FORT
‘En ôtes-vous bien sûr ?
DAI.IBON.
Qui vous en fait douter?... qui peut vous faire penser qu’elle m’ait manqué de parole ?
MELFORT. I
Je ne sais... j’avais cru m’apercevoir..,
DALIBON.
Allons donc! vous êtes au mieux ensemble!... Et la lettre de recommandation qu'elle a donnée pour vous à Euryale... MELFORT, riant.
Ne servira peut-être à rien ! car depuis le dîner nous sommes en délicatesse avec le cousin.
DALIBON.
Pourquoi ?
MELFORT, regardant à droite.
Ah! mon Dieu !...
PAUPON.
Qu’aYez-vous donc?