ACTE’ III, SCÈNE XVI
JEANNE, hors d’elle-niéme, et arec colore.
Tenez, Monsieur!..
U E L F O fl T, avec colère.
Tenez, Mademoiselle... il y a quelque chose d’inouï et que je ne puis m’expliquer... les choses les plus simples et les plus naturelles... vous paraissent dans ma bouche incroyables, invraisemblables. Eh! morbleu !.. je vous aime, parce que je ne peux pas faire autrement... et je ne conçois pas comment vous doutez ainsi de mes serments quand ces serments je ne demande qu’une chose, c’est de vous les renouveler devant Dieu!
JEANNE, à part, et le regardant avec attention.
Cet air de franchise... et de loyauté... Laissez- moi... laissez-
moi ! (a part pendant qu'il remonte près de la cheminée.) Est-CO qUC pal' hasard il dirait vrai... Ce n’est pas possible... (Elle passe a gauche.) Mais, comment le savoir, sans compromettre ma sœur, et sans trahir son secret. (Regardant la porte à gauche.) Elle est là... elle écoute... Allons! pour sa guérison... (Portant la main à sou cœur.) OU pour la mienne.... poursuivons! (Haut et se tournant vers Melfoit qui, pendant ce temps, est resté immobile et attendant sa réponse.) Monsieur,
vous avez parlé de mes bonnes qualités; moi... ce sera beaucoup plus long : je vous parlerai île mes défauts. Je suis, d’abord, très- incrédule... très-défiante... (s’asseyant.) Voulez-vous me répéter tout ce que vous venez de me dire?
M EL KO RT, rivement, et s’asseyant près d'elle.
Oh! très- volontiers, Mademoiselle.
JEANN E.
- Vous disiez, si je me le rappelle bien... « que j’étais la première et la seule femme au monde que vous eussiez aimée. »
MELFORT
C’est la vérité... aucune autre...
JEANNE, avec intention.
Aucune!... vous ne craignez pas de le dire... tout haut!
MELFORT
Sur l’honngur !... Mon enfance s’est passée dans de longues et pénibles études, ma jeunesse à bord d’un vaisseau... Les voyages, la guerre, les rudes travaux de mon état laissent peu
do prise aux passions vous comprendrez donc qu’avaut
vous, il était tout simple que je n’aimasse personne!... après vous... c’était plus simple encore!... moi, sans position... sans fortune... je ne pouvais songer à me marier. Mon sort a changé; je suis accouru... mais pour vous seule... Pour plai-
dcr ma cause auprès de vous, à qui m’adresser? Votre tante Gertrude, cette excellente madame d’Annecourt... n’existait plus... votre frère... je ne le connaissais pas encore... j’ai pensé alors à madame Dalibon, une ancienne amie de ma sœur, en qui j’espérais... Eli bien! pas du tout! Au lieu de m’accueillir, de m’encourager... elle ne m’a pas permis, depuis ce matin, de l’aborder, d’entamer avec elle la moindre conversation. Aussi, c’est peut-être mal de vous le dire, à vous, sa bellesœur...
JEAN N R, vivement.
Non, non, avouez-moi tout .. nous sommes convenus de parler avec franchise... Eli bien! Monsieur?