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Rêves du soir [microforme]

Pourquoi maudire, ainsi, la neige et les frimas N'est-il accompagné que de maux et de larmes L'hiver au blanc manteau qui vient pressant le pas ?

Dis-moi, ne penses-tu qu'aux morsures cruelles

A ces âpres baisers que nous font les grands froids ! Eh bien ! J'aime le vent apportant sur ses aîles

La neige aux blancs flocons qui vient poudrer les bois.

Déjà de crainte, hélas ! ton sourire s'envole

Et le ciel gris te rend pensif et tout dolent.

Ah ! mon cher, j'aime à voir, comme une danse folle Tourbillonner dans l'air mille étoiles d'argent.

La glace emprisonnant les ruisseaux dans son marbre, Qui reflète le ciel comme un brillant miroir,

Et le soleil mettant aux branches de chaque arbre Des diamants en feux ; mais c’est superbe à voir !

Les nuits vont resplendir de clartés si étranges Qu'un soleil, semble-t-il, de ses puissants rayons Embrase tout le nord, et se perd dans les franges De quelques merveilleux et vastes pavillons.

Et le moëlleux tapis couvrant toute la plaine

Où l’on glisse, emporté d’un mouvement si doux, Qu'un frisson de plaisir nous court en chaque veine ; Ce tapis si moelleux, l’hiver l’étend pour nous,

L'hiver au manteau blanc est-il pour toi sans charmes ?

La tempête en fureur courant échevelée

De neige enveloppée ainsi que d’un linceul Donne un charme nouveau à la longue veillée : Quand je l’entends rugir, je me trouve moins seul !

Lorsque j'entends siffler ses sanglots à ma porte, Oh ! que j'aime à rêver assis au coin du feu !

La folle du logis arrive, elle m’emporte

Vers les Immensités. Manitoba, adieu !

Je franchis l’espace Rapide, joyeux.

La terre s'efface,

Je fuis vers les cieux.

Je vois les merveilles D'un brillant décor.

Des coupes vermeilles Pleines jusqu'au bord Versent à ma lèvre Un nectar divin :

Le feu d'une fièvre Me brûle sans fin.

Bercé dans un songe Où dorment mes sens, Je roule, je plonge Dans un bain d'’encens.

Divine harmonie,

Célestes accords !

Douceur infinie,

Tout puissants transports !

Harpes angéliques J'entends votre voix.

Vos divins cantiques Chantent sous les doigts D'anges en extase.

Ce chant tout divin,

Ce beau chant m’embrase, Et je chante enfin.

Parmis les phalanges Des chœurs bienheureux, Me mêlant aux anges, Je chante avec eux.

De son souffle immense, Un orgue puissant Soutient la cadence

Du céleste chant.

Cet orgue, à merveille !

Redouble son jeu.

Et je me réveille Assis près du feu.

La tempête, au dehors, d'une haleine plus forte Rugit : comme un brigand des plus audacieux Secoue, en forcené, le battant de ma porte, Ébranle la maison d’un souflle furieux.

L'hiver, c'est le retour des longues causeries

En tête à tête avec les vieux livres aimés,

Les fleurs du temps passé ne s'y sont pas flétries ; Nous trouvons leurs feuillets toujours plus parfumés. Le vieux maître d'antan soupire plus suave

Sur le clavier, le soir, faiblement éclairé ; L'inspiration surgit et court brûlante lave

Jusques notre cœur qui tressaille égaré.

Et près de mon foyer, ce doux soleil de l'âme, Enjoué. souriant, l'amitié vient s'asseoir.

Je me sens réchauffé à sa joveuse flamme !

Puis-je me rappeler la neige et le ciel noir :

Sous le ciel le plus sombre L'hiver a ses douceurs,

Et le bonheur sans ombre Feut venir à nos cœurs.

Malgré neige et froidure, Malgré glace et frimas. Tout seul dans Ia nature Le cœur ne gèle pas.

A MCNSEIGNEUR A. A. CHERRIER, F. A.

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