MARS
à André Lemoyne,
Trois heures, le sept mars : beau jour. Sur le couchant
Un coteau maigre et nu profile son tranchant,
Et depuis le sommet de l'arête coupante,
Une grande ombre bleue emplit toute sa pente,
Car déjà le soleil descend à l'horizon.
Plus bas l'eau miroitante aux rives de gazon,
Recevant dans l'obscur des reflets de lumière
Qui viennent y flotter jusqu'à l'heure dernière,
L'eau brune étale en nappe un cours de métal noir
Où des larmes d'argent parfois semblent pleuvoir.
3é Rêves et Pensées
Les peupliers, grandis malgré le fer des pâtres, Dressent l'amas serré de leurs bourgeons rougeâtres Au-dessus de la ligne où finit le soleil ; Le rayon les transperce avec son feu vermeil, Les rameaux plus menus où l'astre d'or chatoie Scintillent en tremblant comme des fils de soie, Et leur substance entière en lui s'évanouit. Mais comme le soleil d'un seul côté reluit, Comme les peupliers montent sur un fond sombre, La face où je les vois demeurant pleine d'ombre, De ce frêle printemps les charmes incertains Me semblent une proie à de tristes destins.
Les Rêves 37