LA NATURE EST LA MÊME
A Jules Breton
J'ai naguère tiré des poudres du grenier
Un paysage fait dans le siècle dernier,
Tableau qui, pour son temps moins épris de nature,
Porte un vif sentiment de l'air dans sa peinture,
Un caractère juste et vrai, sans ton banal ,
Qui fut bien observé dans un jour spécial.
Au-dessus d'un étang et puis d'une colline
Où rit d'un soir d'avril la teinte purpurine,
C'est dans la vapeur grise un nuage rosé
Qu'entoure un ciel laiteux, de brume composé.
Et voilà qu'aujourd'hui, sortant dans la campagne, Je m'arrête, je crois qu'un rêve m'accompagne, Car je trouve, surpris, dans le ciel et sur l'eau Des tons pareils en tout à ceux de mon tableau. Et devant ce retour de la saison, de l'heure, Je sens au fond de moi quelque chose qui pleure La misère de l'homme aux jours trop peu constants Qui dans un autre siècle a vu ce même temps !
Les Rêves 43