AVRIL
En avril deux tons peignent la nature : Les prés et les blés brillent de verdure, Mais le bois ému d'un souffle incomplet Leur oppose un fond teint en violet.
Ce n'est pas là-haut, sur les troncs superbes. C'est en bas, parmi les plus minces herbes, Tout prés de la terre et contre son sein, Qu'avril, se faisant petit à dessein, A tenté l'essai de sa couleur fraîche.
La bande d'agneaux, oubliant la crèche Et les bêlements de l'hiver fangeux, Sur le pré verdi forme de vrais jeux.
D'un élan d'abord leur troupe galope, Puis bientôt s'étend et se développe :
Ainsi des garçons dont la bande court L'un est plus agile et l'autre plus lourd. Enfance, âge heureux, joie universelle!
Ta raison profonde ici se décèle.
L'agneau peut jouer en paix, il sait bien Qu'un tendre amour veille à son entretien ; Pendant qu'il folâtre, il voit bien les mères Que ne tentent plus les jeunes chimères, Sans lever la tête et sans s'arrêter, Aller gravement et toujours brouter, Les lèvres au sol, tant que le jour dure, Choisissant exprès la fraîche verdure, Dédaignant les fleurs et le jeu qui plait, Afin que l'agneau ce soir ait du lait.
Les Rêves 45