APPARITION
En quittant, le soir, ta maison Qui brille à l'Est sur la colline, J'ai marché vers l'autre horizon Suivant la pente qui s'incline ;
J'ai traversé le clair ruisseau, Puis, j'ai remonté l'autre pente, Et je me suis assis en haut Pour bien voir ta vitre flambante.
Et c'est ainsi comme il convient :
Toi, jeune, fraîche, gaie et rose, Ta place est là d'où l'aube vient, Et la mienne au couchant morose.
J'ai regardé luire au soleil
Les fenêtres de ta demeure,
Et les feux de l'astre vermeil
S'y poser longtemps jusqu'à l'heure
Où le dernier rayon du jour, Qui semble avec un regret morne Comme moi quitter ce séjour, S'est perdu dans le ciel sans borne.
La nuit vient et pourtant mes yeux Sont fixés dans l'ombre profonde Vers ce point entre terre et cieux Qui seul les charme dans le monde.
Les Rêves 65
Je ne vois plus, le souvenir M'éclaire de sa lueur triste Qui sous mon front va se ternir Il me semble que rien n'existe.
Tout à coup, en face de moi, Apparaît un reflet blanchâtre Qui met l'horizon en émoi :
Est-ce un feu nocturne de pâtre ?
Derrière le coteau frangé La lune ronde comme un globe Monte, et sur son disque orangé Qui sitôt me ramène une aube,
Se dessinent fidèlement, O merveille, ô prompte revanche !
Le haut pignon, le toit charmant Où tu reposes pure et blanche.
Et voyant dans tout l'horizon Ce seul point distinct par fortune, Je bénis avec un frisson L'astre amoureux, la douce lune,
Qui vient de l'infini lointain, De sa course encor toute blême, Me montrer avant le matin La maison de celle que j'aime.
Les Rêves 6j