MATURITE
Ils sont passés, les mois des fleurs, Des oiseaux et des clairs murmures, Plus de querelle aux nids siffleurs :
On a coupé les moissons mûres.
La canicule a châtié Le vert trop brillant des ramures, Où languit la feuille à moitié :
Les branches des arbres sont mûres.
Vers leurs fruits on lève les mains, Les parfums sont des goûts, les mûres Font une odeur fade aux chemins :
Les pulpes des graines sont mûres.
Un je ne sais quoi d'achevé Avant les premières froidures Accomplit le désir rêvé :
Les beautés des choses sont mûres.
Le soleil même a l'air d'un fruit Touché par des flammes moins dures Et tombant du ciel bleu sans bruit :
Les couleurs de l'azur sont mûres.
Et le cœur longtemps resserré, Laissant choir enfin ses armures, Se donne à qui l'a désiré :
Les molles tendresses sont mûres.
Les Rêves 63