SCÈNE DE CLOÎTRE
Un couvent, prisonnier de la stricte clôture
Qui doit anéantir l'amour de la nature,
Au cœur de la cité dès longtemps établi,
Pour régie austère avait l'universel oubli.
Comme le bruit des flots aux bords plaintifs d'une île,
Expiraient au lointain les rumeurs de la ville.
On avait depuis peu fait un cbemin de fer,
Et ces coups de sifflet dont l'accent nous est cher,
Subit évocateur de voyage et d'espace,
Faisaient dire au couvent : Qu'est-ce donc qui se passe !
Car elles ignoraient, les soeurs, pour la plupart,
Attentives dans l'ombre au suprême départ,
Ces longs serpents de feu qui sillonnent le monde.
Et leur cœur reposait dans une paix profonde.
Un jardin très étroit, par sa forme pareil
A la bande d'azur où passait le soleil,
Leur montrait quelques fleurs, une rose trémière
Dont la tige en faisceaux montait vers la lumière,
Et, des vierges surtout modèles ressemblants,
Un essaim nuageux de candides lis blancs.
Parfois, lorsque arrivaient de nouvelles compagnes,
Leurs yeux portaient au cloître un reflet des campagnes.
Qui s'éteignait bientôt sous les grilles du chœur,
Et de tous les instincts Dieu paraissait vainqueur.
Le bruit se répandit pourtant que le chapitre,
Du sort de la maison seul et suprême arbitre,
Avait acquis, jugeant le local exigu,
Un vieil hôtel aux murs du couvent contigu,
Entouré d'un enclos. A grand fracas de pioche
Les maçons travaillaient et la petite cloche
Disait : Restez voilée et cachez-vous, ma sœur!
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Mais cette nouveauté n'était pas sans douceur.
Le bruit cessa. Passant dans un couloir très sombre,
Un beau jour il parut à toutes moins plein d'ombre,
Et regardant là-bas au fond du corridor
Elles virent les flots d'une lumière d'or,
Tandis que dans la baie ouverte aux lueurs franches
Des souffles agitaient un mouvement de branches.
Comme on voit des agneaux en troupe se presser
A travers une porte où chacun veut passer,
Toutes les sœurs voulaient courir sur l'herbe verte.
Jamais un voyageur faisant sa découverte
D'un tel étonnement ne se sentit charmé.
C'était un peu d'eau claire, un rameau parfumé,
Une brise approchant la feuille de la feuille,
Les profondeurs des bois où l'esprit se recueille.
Les cris recommençaient à chaque objet nouveau :
« Oh ! que c'est grand, ma sœur ! — Ma sœur, comme c'est beau ! s
L'une d'elles suivait, dans le soleil en flamme,
Les ailes de l'oiseau, ces symboles de l'âme.
Une autre regardait, éternel féminin !
Au miroir du ruisseau qui croisait le chemin,
Son visage oublié du jour de la vêture.
Et chacune semblait inventer la nature.
Fraîche aurore, bonheur de qui n'a pas joui !
Chaque naïve sœur semblait, l'œil ébloui,
Un enfant des coteaux qui voit la cime alpestre,
Ou plutôt Eve jeune au Paradis terrestre,
Qui goûte dans le cours de ses premiers instants
L'entière nouveauté diffuse en vingt printemps.
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