‹ Rêves et penséesChapitre 35 sur 78 · PLUS BAS · texte numérisé non relu

PLUS BAS

Parmi les hommes, tous soumis au même sort, Il en est qui jamais ne pensent à la mort, Et d'autres de sa vue ont fait leur habitude, Surtout lorsque, allongés, ils en ont l'attitude. Un soir, bien éloigné de songer au néant, Je m'étais étendu sous un chêne géant : Abrité par la courbe heureuse de son dôme Dont la mâle vigueur n'avait rien d'un fantôme Et qui gardait mes yeux de l'infini du ciel, J'admirais son tronc vaste à l'aspect éternel,

Le rude bouclier dont le vêt son écorce, L'ampleur des bras puissants, leur nervure et leur force, Le calme dont le bout de ses branches d'en bas Cherchait l'air nourricier qui ne leur venait pas, Ses rameaux obscurcis par le blanc crépuscule

Et paraissant au loin tendre leur tentacule!

Etait-ce l'heure triste ou la fraîcheur du sol ? Mon rêve à ce moment prit un plus sombre vol : Je me vis habitant les profondeurs voisines, Couché, mais à présent au-dessous des racines, Dôme aussi grand que l'autre, aussi noble, aussi beau, Qui déployait sur moi la voûte d'un tombeau, Et l'arbre souterrain, d'un ordre symétrique, Etendait dans la nuit sa coupole sphérique Dont les arcs s'allongeaient en rameaux chevelus Vers mon corps où la vie et le jour n'étaient plus.

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LES SENTIMENTS

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