‹ Rêves et penséesChapitre 38 sur 78 · PÈLERINAGE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGE

Pour un fils une joie amère Qui lui rend les jours révolus, C'est de voir la ville étrangère Où naquit autrefois sa mère, La sainte femme qui n'est plus.

Voilà, pense-t-il, cette ville Où, dans un âge sans retours, Au sein du paternel asile Elle vécut, simple et tranquille, Les plus beaux des rapides jours.

ioo Rêves et Pensées

Ce lieu ne vit que sa jeunesse Et ses naïfs commencements ; Là le destin plein de promesse Ne lui donna que pure ivresse,' Exempte encore de tourments.

Espérance fraîche qui brille Et déjà s'incline au devoir, Ma mère, enfant et jeune fille, Fleur et non souche de famille, Telle en ce lieu je crois la voir.

Son âme enfant dut être douce, De cette suave douceur Devant qui tout orgueil s'émousse, Qui chérit les siens sans secousse, L'idéal même de la sœur.

Et sa jeunesse fut sereine, Et ceux qui l'avaient pour trésor L'admiraient, humble souveraine, Mêlant pour soulager la peine Sa parole affable à leur or.

Les Sentiments 101

Et puis, vers un pays plus rude Elle partit avec l'époux, Elle eut pour chère servitude La maternelle inquiétude Qui sans cesse veillait sur nous.

Pour moi, sa blonde chevelure Qu'aucun fil n'argentait ici, Des ans ayant subi l'injure, M'apparaît, ombrant sa figure Avec les neiges du souci.

Né trop tard, je n'ai connu d'elle Que l'âge où le front s'embrunit, Et ma mémoire trop fidèle Mieux encore, hélas ! me rappelle L'heure d'angoisse où tout finit.

Mais ces lieux empreints d'un sourire Me font voir ma mère à vingt ans ; Mon cœur, qui de regret soupire, Tout à la fois ici respire Un parfum tendre de printemps.

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