‹ Rêves et penséesChapitre 48 sur 78 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

C'est demain, bientôt, à l'aurore, Que je vais, chère, te revoir; Mais ce jour n'étant pas encore, Je languis dans un acre espoir.

Bien que l'instant de mon ivresse Doive fatalement venir, Je ne puis faire qu'il paraisse, Pas plus qu'alors le retenir.

Je ne puis activer les heures, Je les regarde fuir, j'attends Dans les mauvaises les meilleures On ne peut rien contre le temps.

Cette substance insaisissable Qui mesure tous nos chemins Et se divise en grains de sable, Echappe à l'effort de nos mains.

C'est bien vainement que je lutte Contre ce fantôme léger ; Non, pas même d'une minute, Le temps ne se laisse abréger.

Il faut qu'il passe et se déroule, Que son être, vide ou rempli, Seconde à seconde s'écoule Jusqu'au bout du terme accompli.

Oh ! si sous moi, sous ma colère, Je l'avais comme un bon cheval Que l'éperon rude accélère A travers le mont et le val,

Les Sentiments n:

Je lui ferais franchir l'espace D'un élan si beau qu'alentour On dirait : cet éclair qui passe, Ce ne peut être que l'amour !

Mais le temps refuse la course :

O sommeil indolent et fort, Tu restes ma seule ressource, Toi qu'on dit frère de la mort !

Et j'aime, à l'heure où j'y succombe, Tes abîmes parfois maudits D'où je vais, comme de la tombe, M'éveiller en plein paradis!

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