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LE JOUR DU REPOS

à Philibert d'Ussel.

Les dimanches d'été le paysan s'ennuie.

Les coudes aux genoux, contre un mur il s'appuie Et regarde, au-dessus des proches fenaisons, L'accablante langueur des vides horizons. La messe du matin est dite de bonne heure, Les vêpres ont fini, beaucoup de temps demeure Avant que le soleil disparaisse là-bas.

Quoiqu'il ait bien gagné ce jour et qu'il soit las,

\6i Rêves et Pensées

Il voudrait s'occuper, reprendre en main sa bêche,

Mais le respect qu'il doit à la terre l'empêche.

Aucun bruit des jours pleins ne monte sous les cieux,

Il manque une substance à l'air silencieux,

Le moineau semble avoir d'autres cris sur la paille,

On ne sait même pas si la sève travaille ;

Un crêpe, dirait-on, tout blanc, car c'est l'été,

Endort le monde aux plis de sa tranquillité.

Se sentant étouffer, le paysan soupire.

Et moi je souffre aussi d'un mal pareil ou pire, Je ne sais pas me joindre aux fêtes des humains, Je fuis les lieux publics où vont tous les chemins, Préférant le travail dont les âpres puissances Emplissent mieux mon cœur que les réjouissances, Me plaisant dans l'effort, dans la fièvre dispos, Et ne redoutant rien à l'égal du repos. Il est donc vrai pour tous, ô paysan, l'emblème De l'àme qui ne peut se posséder soi-même, Qui cherche en l'action des biens extérieurs Pareils à des jouets pour les enfants rieurs, Et dans le tête à tête avec soi sent le vide Seul répondre au soupir de son espoir avide.

Les Pensées 163

Il nous faut le labeur, il nous faut l'aiguillon, Il nous faut le désir d'achever le sillon, Et, jusqu'au grand sommeil dans le suprême gîte, Que sur nos fronts lassés un fouet rude s'agite !

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