LE JOUR DU TRAVAIL
Cependant que je rime auprès de la fenêtre, M'arrêtant comme veut la mesure et le mètre, Quand un vers est fini revenant sur mes pas Au bout du terme exact que je ne franchis pas, Et tandis que j'avance ainsi ligne par ligne, Sous mes yeux un bouvier qui laboure sa vigne Fait une œuvre semblable en guidant son sillon Avec deux bœufs qu'unit le joug et l'aiguillon,
Les Pensées 165
De même que je marche avec la double rime. L'œil fixé devant lui sur le but, il s'escrime A bien mener l'ouvrage où naitra le bon vin Qui doit verser au cœur le courage divin. Moi je lutte avec lui qui l'ignore, et m'effraie Quand je le vois finir avant mon vers sa raie, Car je ne voudrais pas que son humble labeur Primât le mien qu'excite une plus belle ardeur. Et je jouis pourtant de penser que nous sommes De féconds travailleurs tous deux parmi les hommes Et qu'un rythme pareil en différents emplois Gouverne nos efforts soumis aux mêmes lois.
i66 Rêves et Pensées