L'ESSOR DU VENT
à Jean Aicard.
Dans mon pays où l'autan vole
Avec un bruit désordonné,
Si quelqu'un a la tête folle,
On dit : C'est un homme « autané ».
C'est qu'en vérité ces tempêtes.
Sous qui les grands chênes tordus En frissonnant courbent leurs têtes Et penchent leurs bras éperdus,
Ces tourbillons de toutes sortes, Ces poussières et ces oiseaux, Ces vapeurs et ces feuilles mortes Qui vont comme de grandes eaux,
Ces bruits de mer aérienne Heurtée à d'invisibles bords, La grande harpe éolienne Qui vibre de lointains accords,
Ces frôlements sur le visage Qui nous viennent on ne sait d'où, Inspirent la folie au sage Et font grandir celle du fou.
L'enfant pousse des cris de joie, Bondit en l'air, et ne pouvant Jeter au ciel son âme en proie, Lance son chapeau dans le vent.
L'ivresse chantante des choses Communique à l'homme un émoi Qui lui prend ses pensers moroses Et le fait sortir hors de soi.
Les Rêves 21
Il entend sa lyre muette Où des souffles passent encor, Le penseur redevient poète, Les songes reprennent l'essor.
Puis, hélas ! quand le vent retombe, Un vide pareil à celui Qui s'épand au fond de la tombe L'accable d'un immense ennui,
Jusqu'au jour d'incertaine attente Où la voix qui charme son cœur, La voix sonore et palpitante Viendra réveiller sa langueur.
Les Rêves 23