‹ Rêves et penséesChapitre 8 sur 78 · VENT D'AUTAN · texte numérisé non relu

VENT D'AUTAN

L'autan qui vient du Sud a rompu sa barrière, Le torrent d'air jeté dans sa haute carrière A déchaîné sa force, il est maître du ciel, Les échos éveillés par son souffle qui passe Se choquent en montant et remplissent l'espace D'un invisible bruit, presque immatériel.

La terre tend au vent ses orgues vénérées, Et ses rameaux vibrants et ses lyres sacrées Qu'elle dresse pour lui sur la cime des monts ; Il arrache des sons sublimes aux grands chênes, Il frissonne tout bas dans les herbes prochaines Et mugit dans les rocs comme un vol de démons.

Auprès de la rivière où le flot gris moutonne , Il assemble un concert où rien n'est monotone Dans les arbres du bord étalés en rideau; On voit céder à l'air le peuplier docile Comme la plante verte au fond du fleuve oscille, Indifférente et souple au gré du courant d'eau.

On rencontre parfois un lieu plein de silence,

Asile inespéré de calme et d'indolence

Dans ce vaste océan aux confuses clameurs

Que l'on ne peut pas voir, mais qu'il est doux d'entendre,

Et qui, roulant sa vague, essaie en vain d'étendre

Sur cette île de paix son cercle de rumeurs.

Dans la forêt secrète où palpitent les branches, On entend comme un bruit de sourdes avalanches S'approcher, puis bondir sur les nids affolés, Puis rapide, glissant aux cimes des ramures, Finir dans le lointain en de vagues murmures Dont la fuite a rendu les bois plus isolés.

Le vent qui retentit aux flancs de la colline, Poussé par son élan, à peine un peu s'incline

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Au-dessus du vallon silencieux qui dort ; Il y sème en son vol quelques brises errantes, Il y laisse tomber quelques voix expirantes, Et court recommencer son bruit à l'autre bord.

Les bruits mélodieux sans cesse se déplacent; Renforcés, assoupis, ils montent ou se lassent En un rhythme inconnu qui berce ma langueur; Les modulations, légères voyageuses, Se poursuivent au front balancé des yeuses Et séparent leurs voix ou les mêlent en chœur.

Les arbres tourmentés perdent leurs feuilles mortes, Qui s'échappent au choc des haleines plus fortes Et vont s'accumuler dans les creux des abris, Ou pénétrent parfois dans les maisons ouvertes, Apportant la senteur des campagnes désertes, O nature, et l'attrait de tes vagues débris.

Un tourbillon soudain, s'approchant comme un rêve, Balaie au bord des prés les feuilles, les soulève : On les voit se débattre et s'enfuir en lambeaux, Mais, prises dans son souffle, invisible spirale

Qui monte à la hauteur des tours de cathédrale, Elles flottent, nuée épaisse de corbeaux.

Un voile que le vent tisse et régularise, Tenture faite d'air, nappe immobile et grise, Filtre le jour égal par son dôme léger; Au-dessous un flocon détaché du nuage, Portant quelque nouvelle, active son voyage Et se hâte là haut comme un bon messager.

Une bande d'oiseaux ivres de la tempête Se lance dans le vent qui les reçoit en tête, Leurs avirons unis refusent de plier, Puis vaincus sans douleur à ce jeu de la lutte, Ils tournent en traçant une souple volute Et cherchent un refuge au proche colombier.

La fumée à grands flots se trouble et s'échevéle ; La cloche, à qui l'autan fait une voix nouvelle, Semble un soupir perdu dans l'immense frisson, Le fantasque ouragan qui toujours la domine La rapproche tantôt, tantôt la dissémine Comme une autre fumée, une vapeur de son.

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La nuit, lorsque, sentant la journalière insulte, L'homme dans le sommeil apaise son tumulte Et livre son repos à tes voiles amis, O nature, ta voix lointaine et solitaire Continue à régner au ciel et sur la terre, Et veille doucement sur tes fils endormis.

Avec les sons légers, l'oiseau, l'air et la feuille, Avec tous les désirs que ta force recueille, Je me laisse emporter par tes grands tourbillons Vers le sein pressenti d'une haute puissance Qui dispose la mort, la vie et la naissance, Malgré les vains essais de nos rébellions.

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