‹ Rêves et penséesChapitre 70 sur 78 · LE CHOIX DU TOMBEAU · texte numérisé non relu

LE CHOIX DU TOMBEAU

Je cherche pour mon goût le meilleur cimetière, J'en visite plus d'un afin de bien choisir : Après divers essais j'ai trouvé pour ma bière La place qui pourra contenter mon désir.

Je veux reposer là, loin des bruits de la foule, Dans la plaine où blanchit tout seul le champ des morts. Prés de la rive où l'eau sur l'obstacle s'écoule Comme a passé ma vie à travers le remords.

Je dormirai tranquille au sein de la nature,

Moi qui la chérissais du plus fidèle amour,

Et qui dormais souvent, quand la nuit était pure,

Dehors, sous le grand ciel, jusqu'au lever du jour.

Les paysans viendront par là deux fois l'année Pour jeter la semence ou lever la moisson, Et leur besogne simple une fois terminée Me laissera paisible, heureux à ma façon.

Mais où donc va mon rêve ! . . . Heureux ! . . . Chimère vaine ! Quel songe de penser qu'un mort peut être bien ! C'en est fait, quand le sang se glace dans la veine ; Les misérables morts, hélas ! ne sont plus rien.

Toute joie est échue en partage à la vie, Le calme de la tombe est un mot plein de vent; Insensible, il n'a rien du charme qu'on envie, Pour goûter la mort même il faut être vivant.

Voici l'unique instant d'embrasser tout entière Cette image funèbre où se plaît ma langueur, Tant que je suis debout, d'aimer le cimetière, D'approfondir déjà ce rêve de mon cœur !

Les Pensées 175

Le repos à venir qui maintenant me touche,

Quand il sera réel, pour toujours aura lui,

Et tout ce qu'un tombeau tient d'heureux en sa couche,

Je l'épuisé et le sens par avance aujourd'hui.

Il en est de la mort ainsi que de la gloire : Le privilégié qui voit encor le ciel A tout, et la durée acquise à la mémoire N'est pas un bien futur, mais un bien actuel.

ijG Rêves et Pensées

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