‹ Révision de la médecine par la méthode dosimétriqueChapitre 3 sur 11 · DE L’ABUS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L’ABUS EN GÉNÉRAL

Nous allons suivre l’auteur dans chacune de ses propositions, en les faisant suivre de commentaires. Ce qui est en petit texte appartient à l’auteur, et ce qui est en grand texte, à nous.

L’abus, en général, est un mauvais usage que l’on fait des choses : l’abus en thérapeutique résulte du mauvais usage que l’on fait d’un traitement.

L’expérience nous montre que même ce qu’il y a de plus utile dégénère et devient nuisible par l'abus et que l’excès est un défaut en tout. Ainsi en est-il de la thérapeutique: par l’usage excessif des moyens employés, l’application des procédés de traitement reconnus de la plus grande utilité, devient la source d’abus. On comprend donc toute l’importance et à la fois toute la difficulté ;de trouver la mesure et de ne pas forcer l’usage. Nous ne parlons, bien entendu, ni de l’erreur, ni de l’ignorance, qui sont également préjudiciables : elles peuvent avoir plus d’un rapport avec

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l’abus ; elles ne le constituent pas à proprement parler. Par exemple, l’emploi en the'rapeutique d’une dose trop forte d’un médicament, la négligence des règles de l’art, caractérisent l’erreur et l’ignorance mais ne constituent pas l’abus. Nous ne pensons pas devoir parler non plus des conséquences qui résultent, par exemple, de l’impatience, de la mobilité, du désordre dans la médication : c’est le fait d’un mauvais médecin.

L’abus est autre : il peut être commis par les moins étourdis et par les plus savants — ce qui ne veut pas dire qu’il ne doive et ne puisse être évité. La disposition même de notre esprit peut nous y pousser, comme elle peut aussi être notre sauvegarde et nous en préserver. 11 est certaines natures chez lesquelles on peut affirmer à l’avance cette tendance vers tous les extrêmes; ce sont ces excessifs qui n’apportent en rien de mesure : médeçins, ils commettront toujours des abus en thérapeutique.

De tous les temps l'abus^ donc pu exister, puisque c’est nous qui le créons. Il s’est montré dès que l’homme a voulu guérir ses semblables ou se guérir lui-même. Néanmoins, il est dans l’histoire médicale des périodes

où, beaucoup plus qu’àd’autres, il apparaît cl une façon dominante. C’est quelquéfois même, pour ainsi dire, la caracte'rislique de l’époque. Il n’est donc pas sans intérêt de rechercher sous quelles influencés 1 aous se développe et de déterminer quelles causes lui ontle plus généralement donné naissance. Nous pourrons ainsi trouver sa raison d’être, mais non sa justification.

Des systèmes en médecine.

Nous avons dit qu’à toutes les époques l’abus en thé-, rapeulique avait existé ; nous ne pouvons en suivreles conséquences dans tous les temps de l’histoire de la médecine, maisnous devons indiquerqu’à tousles âges, l’une des plus importantes parmi les causes générales qui l’ont amené, est celle qui résulte de l’esprit de système et de l’autorité exagérée que le systématique s’attribue ou conquiert. Qui ne songera immédiatement à l’étrange figure de Paracelse au moyen âge et a son influence? ou, dans des temps plus près de nous, à la tyrannique personnalité du chef de l’École physiologique ?

11 y a encore, de nos jours, des Paracelses qui auront le même sort que celui du x e siècle

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et qui, comme lui, ont la prétention d’avoir une panacée pour prolonger l’existence. Le Paracelse suisse était un alchimiste en retard : s’il n’a pas su faire de l’or, ses successeurs en battent à grands coups de Tam-Tam.

Une autre cause de l’abus a sa source dans les idées dominantes et exclusives d’une époque. La thérapeutique a subi, en effet, toutes les déviations systématiques des doctrines médicales: on Fa vue successivement cabalistique, alchimiste, solidienne, humorale, dichotomique, physiologique. Chacun des modes d’aclion des remèdes a fait la base de doctrines plus ou moins exclusives.

Ainsi la doctrine mécanique de Borellï, de Boerliaave ; la doctrine physique des quatre éléments des anciens: le froid, le chaud, le s^c et l’humide ; la doctrine chimique de Sylvius, de Fourcroy et de quelques modernes ; la doctrine du naturisme d’Hippocrate, des quatre humeurs de Galien ; de l’animisme de Slhal ; du principe vital de Barthez ; de l’asthénie de Brown ; de l’irritation de Broussais ; du dynamisme italien, etc. ; la doctrine thérapeutique des empiriques do tous les temps. Suivant les théories, les médicaments ont été les auxiliaires des influences australes, dont ils répétaient, disait-on, les rapports avec les diverses parties du corps.

Ainsi, dans ces systèmes les remèdes ont tour à tour, relâché ou,raffermi: « excité ou calmé les fibres

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organiques ; ils ont encrassé les humeurs ; ils ont éteint l’ardeur des tissus enflammés ». Oes vues systématiques, sur lesquelles on fonde des classifications avaient, de plus, été étudiées uniquement en vue des systèmes qu’il s’agissait de faire triompher. C’est delà que sont nées tant d’interprétations arbitraires. Les abus qui en sont résultés dans la thérapeutique, ont été d’autant plus grands que le système était plus absolu et qu’il aboutissait presque à l’unitéî.-me, comme chez Brown et chez Broussais. On peut dire, en effet, que dans ces conditions l’abus est presque inévitable. Aussi le voit-on apparaître en tout et partout. Le médecin y échappe difficilement. Une génération tout entière est entraînée; elle le.commet pour ainsi dire inconsciemment.

C’est comme une servitude à laquelle elle ne peut échapper. A distance, nous sommes saisis d’étonnement : nous ne comprenons pas que les esprits d’alors n’aient pas été frappés des conséquences fatales qu’il entraînait (l’abus). Mais sommes-nous bien placés pour formuler ainsi des jugements autorisés? Pour notre part nous ne le croyons pas : toutefois, avant de nous prononcer, nous devons tenir compte d’un grand nombre d’éléments, tels que les différences qui séparent les temps et les milieux, l’éducation et les coutumes, les climats et les races.

Tous les systèmes en médecine n’ont qu’un temps parce qu’ils s’éloignent de la nature et sont des rêves personnels; seulement il en est

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comme en politique, où les petits pâtissent pour les grands.

[ « Quidquid délirant reges, patiuntur Achiri.]

L’abus en thérapeutique naît donc de l’abus exclusif de systèmes, d’une doctrine poussée à l’excès. Il peut naître aussi de l’état des habitudes et des mœurs du temps : il est souvent alors le fruit de la vogue. D'autres fois, c’est le retentissement du système lui-même, qui s’est prolongé et qui se traduit dans les pratiques populaires d’un pays. Les conséquences de l’abus se perpétuent ainsi.

Dans tous les cas l’abus se développe d’autant plus facilement que la science n’a pas encore posé des hases solides. L’histoire delà médecine, à l’origine, nous apprend que l’abus des médicaments existe surtout à l’époque d’ignorance du fait pathologique. Mais à mesure qu’on avance, elle montre que l’art se débarrasse peu à peu des pratiques abusives de l’empirisme. On sait mieux ce que l’on fait, et on le fait avec plus de prudence. Toutefois la science peut également enfanter l’abus en thérapeutique par esprit de système.

Des agents thérapeutiques.

La thérapeutique est — a-t-on dit justement — la science des indications curatives et l’art de les remplir. Toute indication impose au moins trois conditions indispensables si l’on ne veut s’exposer à franchir les limites qui séparent l’usage de l’abus. 11 faut éviter, en effet : 1° de mettre en usage des agents thérapeutiques qui ne sont pas nécessaires ou utiles ; 2° d’administrer des re • mèdes hors du temps opportun ; 3° de faire usage de doses exagérées.

Ges trois points s’appliquent à la médecine dite officielle. — L’auteur, appartenant à l’École, était donc, mieux qu’un autre, en état de les discuter.

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1° Les agents thérapeutiques ne doivent être ■administrés que s'ils sont nécessaires ou utiles.

Si les agents de l’hygiène eux-mêmes, pour entretenir la régularité et la continuité des fonctions en l’état de santé, sont soumis à la règle ci-indiquée, à plus forte raison doit-il en être ainsi de la thérapeutique. Trousseau répétait souvent, vers la fin de sa carrière « que l’on sait le bien que l’on fait avec les médicaments, tandis que l’on ignore le plus souvent le mal qu’ils peuvent faire».

Gomment se fait-il que la plupart des allopathes prescrivent à l’aveuglette : aujourd’hui un spécifique, demain un autre, selon la recette du jour ?

La guérison d’une maladie est loin d’être toujours la preuve que la médication employée a été nécessaire ou utile. Beaucoup de médecins s’illusionnent à cet égard, et souvent des statistiques bien faites viendraient détruire leurs illusions. L’emploi intempestif du médicament peutavoir l’inconvénient de fausser le diagnostic ou d’augmenter les difficultés de sa précision.

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Cela est vrai avec les médicaments allopathiques qui sont perturbateurs, mais non avec les médicaments dosimétriques qui sont régulateurs.

Il ne faut pas oublier que les maladies ont une évolution naturelle et presque fatale parfois ; car si l’on peut en arrêter quelque-unes au début, ou surtout en abréger la durée, la plupart suivent leurs différentes phases.

Cela est encore vrai en allopathie, mais non en dosimétrie, qui repose sur le principe de la jugulation, non par des moyens violents ou perturbateurs, mais par des moyens physiologiques. Supposons une fièvre éruptive : rougeole, variole, scarlatine, etc. Si dès le début on administre les alcaloïdes défervescents, la chaleur morbide tombera et l’éruption lèvera d’une manière bénigne, comme le germe après une pluie printanière. Dans une fièvre typhoïde l’évolution se fera plus lentement mais sans danger pour l’organisme, surtout si on a soin de soutenir les forces par les analeptiques.

Dans une pneumonie débutante, il en sera de

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même si on administre dès le début la strychnine, la quinine, conjointement ou.successivement avec les défervescents. Nos bactériologues disent que ce sont les pneumocoques : qu'importe, s’ils sont tués ou dissous dans la masse gélatineuse ? Nous ne parlons pas des vaccins, dont le mode d’action est un mystère.

Dans sa thèse d’agrégation soutenue à la Faculté de Paris, en 1856, M. Hérard, amené à s’expliquer sur les mouvements naturels des maladies pour déterminer les conditions de Vexpérimentation en thérapeutique, s’est exprimé ainsi:

' «• La médecine pratique sait tout ce qu’elle peut attendre des efforts salutaires de la nature médicatrice ; mais pour cela il a fallu plus qu’une doctrine absurde.

Le mode « absurde » revient plutôt à l’allopathie qui a, en quelque sorte, amené l’avènement de l’homœopathie, comme l’excès, le bien, car ça été un bien pour les pauvres malades débarrassés du « pavé de l’ours ».

L’homœopathie vint, par la nullité de ses moyens

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