SCÈNE VI HÉLÈNE, BRETIGNY
BRÉTIGNY
Il suit des yeus Rousseau et André.
Voilà une sortie pleine d'à-propos.
HÉLÈNE
De qui parlez-vous?
BRETIGNY
De votre mari, qui va vous chercher dans le grand ^alon.
HÉLÈNE
Eh bien...?
BRETIGNY
Qu'il cherche ! n'est-ce pas ?
hélè^hL.
Je n'ai pas dit cela.
Non; mais vous pensez qu'il vous trouvera plus facilement si nous restons ici ?
HÉLÈNE
Vous êtes sûr ?
BRETIGNY
Et vous?
HÉLÈNE
Restons donc... en l'ultendant.
BRETIGNY
Ça, c'est gentil... Nous allons causer bien tranquillement, voulez-vous? (nia fait asseoir.) Là!... Lc croyezvous, à présent, ce que vous ne vouliez pas croire l'autre jour?
Quoi?
Que je vous aime.
HELENE
BRETIGNY
HELENE
Non, vous vous trompez. Vous n'aimez que vos chevaux... et votre tremplin. Vous avez le cœur sec comme du bois mort ; vous vous appliquez à voir les hommes aussi plats et le monde aussi laid que possible, — sans doute parce que cotte façon de voir vous est commode et vous absout d'avance, à vos propres yeux, de tout ce que vous pouvez vous permettre. Vous passez votre vie à railler toutes les illusions et tous les sentiments naïfs... Comment voulez-vous que je vous croie?
BRETIGN\'.
Hé! qu'est-ce que cela l'ait, coque je dis devant les autres Mou ironie et mon prélendu désenchantement, tout cela n'est qu'un masque... Suis-je donc obligé do montrer aux indiffère its le fond de ma pensée et de mon cœur? Mon hisloire est bêle comme tout, et elle est bien vieille, alkz! On raille, on nie la passion, on se croit très fort, on se dit invulnérable... Et puis un beau jour on rencontre une femme... celle qu'on n'attendait pas; on reçoit un coup en plein cœur... on aime... et l'on sent qu'il n'y a au monde que l'amour qui vaille la peine de vivre.
HÉLÈNE
Vous ne pouvez parler autrement. Au point oij nous en sommes, ne pas me jurer que vous m'aimez serait de l'impertinence. Vos ingénieux discours ne p^ouv^nt donc rien, sinon que je ne vous déplairais pas comme maîtresse. Mais cela, vous n'avez pas besoin de me le dire et vous comprendrez que cela ne me suffise point!
BRETIGNY
Comment donc faire pour vous convaincre? Ah! vous me croiriez si vous m'aimiez vous-même. Voyons, m'aif^iez-vous un peu !
HÉLÈNE
Oui, un peu, mais... comment vous dire cela? Je no sais pas si c'est vous, si c'est votre personne que j'aime, ou seulement ce que vous représentez pour moi, c'esià-dire autre chose que ce que j'ai, une autre existence, un autre monde. Si cela n'était ridicule, je dirais que je suis une âme inquiète... Mais je n'en sais pas plus long.