‹ Révoltée; pièce en quatre actesChapitre 32 sur 63 · SCÈNE VI HÉLÈNE, BRETIGNY · texte numérisé non relu

SCÈNE VI HÉLÈNE, BRETIGNY

BRÉTIGNY

Il suit des yeus Rousseau et André.

Voilà une sortie pleine d'à-propos.

HÉLÈNE

De qui parlez-vous?

BRETIGNY

De votre mari, qui va vous chercher dans le grand ^alon.

HÉLÈNE

Eh bien...?

BRETIGNY

Qu'il cherche ! n'est-ce pas ?

hélè^hL.

Je n'ai pas dit cela.

Non; mais vous pensez qu'il vous trouvera plus facilement si nous restons ici ?

HÉLÈNE

Vous êtes sûr ?

BRETIGNY

Et vous?

HÉLÈNE

Restons donc... en l'ultendant.

BRETIGNY

Ça, c'est gentil... Nous allons causer bien tranquillement, voulez-vous? (nia fait asseoir.) Là!... Lc croyezvous, à présent, ce que vous ne vouliez pas croire l'autre jour?

Quoi?

Que je vous aime.

HELENE

BRETIGNY

HELENE

Non, vous vous trompez. Vous n'aimez que vos chevaux... et votre tremplin. Vous avez le cœur sec comme du bois mort ; vous vous appliquez à voir les hommes aussi plats et le monde aussi laid que possible, — sans doute parce que cotte façon de voir vous est commode et vous absout d'avance, à vos propres yeux, de tout ce que vous pouvez vous permettre. Vous passez votre vie à railler toutes les illusions et tous les sentiments naïfs... Comment voulez-vous que je vous croie?

BRETIGN\'.

Hé! qu'est-ce que cela l'ait, coque je dis devant les autres Mou ironie et mon prélendu désenchantement, tout cela n'est qu'un masque... Suis-je donc obligé do montrer aux indiffère its le fond de ma pensée et de mon cœur? Mon hisloire est bêle comme tout, et elle est bien vieille, alkz! On raille, on nie la passion, on se croit très fort, on se dit invulnérable... Et puis un beau jour on rencontre une femme... celle qu'on n'attendait pas; on reçoit un coup en plein cœur... on aime... et l'on sent qu'il n'y a au monde que l'amour qui vaille la peine de vivre.

HÉLÈNE

Vous ne pouvez parler autrement. Au point oij nous en sommes, ne pas me jurer que vous m'aimez serait de l'impertinence. Vos ingénieux discours ne p^ouv^nt donc rien, sinon que je ne vous déplairais pas comme maîtresse. Mais cela, vous n'avez pas besoin de me le dire et vous comprendrez que cela ne me suffise point!

BRETIGNY

Comment donc faire pour vous convaincre? Ah! vous me croiriez si vous m'aimiez vous-même. Voyons, m'aif^iez-vous un peu !

HÉLÈNE

Oui, un peu, mais... comment vous dire cela? Je no sais pas si c'est vous, si c'est votre personne que j'aime, ou seulement ce que vous représentez pour moi, c'esià-dire autre chose que ce que j'ai, une autre existence, un autre monde. Si cela n'était ridicule, je dirais que je suis une âme inquiète... Mais je n'en sais pas plus long.

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