‹ Révoltée; pièce en quatre actesChapitre 39 sur 63 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANDRÉ

A ceci: Ne devenez pas l'amant de madame Rousseau.

BRETIGNY

Hein ! Quoi? Ai-je bien entendu? Je pensais bien, après toutes vos préparations, que vous alliez me dire quelque chose d'un peu extraordinaire. Mais là, vrai ! je ne m'attendais pas à cela.

ANDRÉ

Ne riez pas ; il n'y a pas de quoi.

BRETIGNY

Je rirai si cela me plaît, mon cher. Je devrais peutêtre prendre la chose autrement. Mais vous vous êtes entouré d'un tel luxe de précautions qu'il m'est difficile de me fâcher. Je vous poserai seulement deux questions. D'abord, où avez-vous pris que je veux être l'amant de madame Rousseau ?

ANDRÉ

Depuis un mois vous lui donnez des rendez-vous dans les rues et dans les musées, et vous l'avez, peu s'en faut, compromise ce soir. Ne niez pas l'évidence. A quoi bon?

BRETIGNY

Alors, vous m'espionnez ?

ANDRÉ

Ne cherchez pas à m'offenser... Je suis venu, moi, vous adresser une prière, — tout le contraire d'une provocation I

BRETIGNY

Soit, coQtinuons. Voici ma deuxième question, et c'est par celle-là que j'aurais dû commencer. De quel droit me faites-vous... celte prière comme vous l'appelez? Vous n'êtes ni frère, ni parent de madame Rousseau et votre intervention est aussi blessante pour elle que pour moi... L'aimeriez-vous par hasard?

J'aime son mari et je lui suis dévoué jusqu'à la mort.

BRETIGNY

Vous êtes inouï, mon cher. Certainement, vous ne vous rendez pas compte du grotesque de votre conduite.

ANDRÉ

Je vous répète qu'il ne me plaît pas de me sentir offensé par vou?, — du moins en ce moment.

BRETIGNY

Vous êtes patient.

ANDRÉ

Je tâche de l'êlre. Reprenons. Vous avez pour madame Rousseau ce qu'on appelle un caprice. Vous la désire z. Vous voulez l'ajouter à votre liste. Mais l'aimezvous? Soyez sincère. Seriez-vous disposé, en cas de malheur, à tout quitter pour elle et à lui consacrer votre vie?

BRETIGNY

Ah! décidément, mon cher, vous vous mêlez trop de ce qui ne vous regarde pas... Eh! laissez à son mari )» soin de la défendre 1

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