ACTE DEUXIEME
ANDRÉ
Son mari ? Souhaitez qu'il ne se mêle jamais de vos affaires. C'est un bon avis que je vous donne.
BRETIGNY
Mon cher, voiià un mot plus maladroit que tout le reste et qui ne me permet plus de vous entendre. Je fais ce que je veux, madame Rousseau fait ce qui lui plaît, et je vous prie de me laisser tranquille.
ANDRÉ
Ne comptez pas que je vous quitte avant de vous avoir tout dit. Ce qui vient de vous faire parler, c'est un misérable mouvement de vanité masculine. Eh ! je ne doute pas de votre courage et je n'ai pas prétendu vous faire peur... De grâce, n'achevez pas l'œuvre mauvaise que vous avez commencée. Ce que vous faites, vous l'ignorez peut-être ; je vais vous le dire. Voilà une jeune femme, inquiète, faible, il est vrai, — imprudente et curieuse, si vous voulez, — mais honnête jusqu'à présent. Elle a un mari qui l'adore, pour qui elle est tout, et pour qui sa tr.ihi>on serait la plus effroyable des douleurs. Cette femme, vous ne pouvez pas dire que vous l'aimez. Ce que vous attendez d'elle, mille
autres vous le donneront. (Bretignj fuit un geste de dénégations.)
Oh! à peu près et sans préjudice pour personne. Alors, pjurquoi la choisissez-vous? Si cette femme vous croit, si elle vous cède, c'est mûrement une âme perdue (ne souriez pas) et probablement lieux existences. Et cela
ne vous arrête point? (Cesle ironique de Bretigny.) Mais VOUS
faites donc le mal exprès, sans inlérôt, pnur ru;:ique plaisir de le faire ? Ah I tenez, cela est lâche, vil et méchant !
BRETIGNY
Dites-moi, cher monsieur, maintenez-vous ces derniers mots?
ANDRÉ
Parfaitement.
BRETIGNY
Vous ne refuserez pas au moins de m'en rendre raison?
ANDRÉ
Quand vous voudrez !
Uadame de VoTes parait au fond. — Rideau.