‹ Révoltée; pièce en quatre actesChapitre 46 sur 63 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

pire malheur, et dont je me plains comme de la plus cruelle injustice.

HÉLÈNE

Je ne sais pas ce que vous voulez dire.

ROUSSEAU

Oh! si; vous le savez bien. Voyons, de bonne foi, croyez-vous que je sois très heureux avec vous ?

HÉLÈNE

Je n'ai pas une telle prétention.

Ne raillez pas, je vous en supplie. Ce n'est pas le moment.

HÉLÈXE.

Mais quelle querelle me cherchez-vous ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal?

ROUSSEAU

Vous le demandez? Voici. Quand je vous ai rencontrée, vous étiez la plus jolie et la plus délicieuse des jeunes filles. D'ailleurs seule au monde et aussi pauvre que moi. Je n'étais pas, je le sais, fort séduisant; mais enfin, je vous apportais mon travail, une situation honorable un immense dévouement et un immense amour. Vous avez accepté cela Ubrement. Ceites, je ne pouvais attendre de vous qu'une bonne et loyale alïection : m.iis cela, du moins, vous me donniez le droit d'y compter absolument par ce fait seul que vous consentiez à devenir ma femme. Il est évident que, dans ce contrat, vous apportiez plus que moi, rien qu'en me tendant la main, — mais à condition de ne la point retirer. Or, c'est ce que vous

avez fait dès les premiers jours de notre mariage. Cela est-il loyal ?... Répondez donc !

HÉLÈNE

Ce serait trop difficile... Je m'expliquerais mal... El puis, à quoi bon?

ROUSSEAU

A quoi bon ? Mais à sa\oir oiî nous en sommes... a sauver l'avenir, s'il est encore temps. Oh! j'entre dans vo> raisons autant que je puis. Je comprends que vous ayez éprouvé quelque mécompte après votre mariage." La vie que je vous oiTrais a pu vous sembler plus médiocre encore que vous ne vous y étiez attendue. iMais je ne croirai jamais que ce soit cela seul qui vous ait éloignée de moi: ce serait vous faire injure. Celte vie, du reste, par l'effort même que vous auriez fai; pour l'accepter, vous y auriez trouvé quelque douceur. Et qu'est-ce que vous avez donc fait dans vutre couvent si vous n'y avez pas appris l'amour du devoir? Le malheur, c'est que je n'ai pas su vous reconquérir à ce moment décisif. J'élais tout craintif avec vous; craiiuif par trop damour. Et puis, je n'avais pas le temps, je travaillais trop... J'ai continué.

Monsieur..

Quoi?

LA BONNE, entrant.

ROUSSEAU

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