‹ Révoltée; pièce en quatre actesChapitre 47 sur 63 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ROUSSEAU

C'est bon, j'y vais. (La bonne Fort.) Vous le voyez, ce n'est q'i'eulre deux leçons que je puis vous ouvrir mon cœur, vous parler de ce qui est maintenant pour moi une que>Uon de vie ou de mort. Cela en devient comique, n'est-ce pas ? Mais, si je travaille ainsi, c'est pour vous, pour contenter un peu vos goûts d'élégance, pour vous procurer un peu des plaisirs que vous aimez. Comme cela m'a mal réussi ! Ces besognes que je m'impose et qui me prennent tout mon temps, vous rappellent d'autant mieux la médiocrité de notre condition; et les quelques satisfactions de luxe que vous leur devez vous font regretter plus amèrement d'être privée des autres. Joignez que la fatigue des soirées succédant à l'éreintement des jours n'est pas pour me rendre aimable. Ainsi, plus je fais pour vous plaire, et plus vous vous écartez de moi; et, quand je travaille pour vous, c'est contre moi que je travaille. Cela n'est-il pas triste?

HÉLÈNE

Il fallait parler plus tôt. Je ne savais pas. Nous ne sortirons plus, voilà tout.

ROUSSEAU

Et c'est tout ce que tu trouves à me dire ? Pas une bonne parole ? Pas un mot de cœur ? Tu ne comprends donc pas que, dans tout ceci, ce dont je souffre, c'est ton implacable indifférence? Eh! je ne te demande aur cun sacrifice, mais seulement un peu d'affection. Hélas! je ne sais pas dire ce qu'il faut pour te toucher. Mais n'est-ce rien d'être aimée comme toi? Que faut-il donc faire?... Oui, je sais, je te parais trop peu de chose. Eh bien! c'est ridicule ce que je vais dire, mais tu te trompes : je ne suis pas un si pauvre homme. Informe-

toi auprès de ceux qui me connaissent bien et qui peuvent me juger. Si tu voulais, si tu daignais t'intéresser un peu à mes travaux, à mes ambitions, tu verrais... Tu ne veux pas me croire? Tu ne dis rien ? Tu as ton méchant sourire?...

HÉJ,ÈNE.

Dites-moi, est-ce votre ami M. André qui vous a conseillé de me faire cette scène?

Ah ! vous n'avez pas de cœur ! Je finirai par croire que vous vous êtes jouée de moi dès le premier jour, et que je n'ai été pour vous qu'un moyen de sortir de prison. Ah! ma pauvre petite, que cela serait mal!... Vous ne répondez pas ? C'est bon. Je n'ai plus rien à vous dire. Réfléchissez. Soyez prudente. Vous ne l'avez pas été à ce dernier bal... Ne protestez pas : je ne vous accuse pas encore. Je vois seulement que n'importe quel fat à la mode aura toujours plus de charme pour vuus que votre mari. Mais je veillerai sur vous. ^ C'est mon devoir. Je suis avec vous bien timide et bien ridicule. Mais je vous jure qu'à l'occasion je ne serais pas ainsi devant un homme. Tenez-vous-le pour dit !

Il sort.

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