ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
Oui!
MADAME DE VOVES.
André se bat pour toi parce qu'il est ton frère, malheureuse !
Mon frère ? ^^ous avez dit mon frère ?
MADAME DE VOVES.
Oui, ton frère. Et il le sait.
HÉLÈNE
Mon frère? Comment cela se peut-il? Alors vous?...
MADAME DE VOVES.
Comprends-tu maintenant?
Elle tend les bras à IIéli?ne, qui reste immobile, HÉLÈNE, à elle-même.
Ma mère?... Ma mère ?... INon, rien... Comment cette révélation me laisse-t-elle si tranquille? J'ai peur de paraître impie et abominable, mais c'est ainsi .. Vous m'avez aimée de si loin! Dieu! que j'ai été malheureuse dans ce couvent ! Les autres avaient des mères qui venaient les voir souvent, qui les emmenaient aux vacances... Moi, je n'avais que les religieuses. Elles étaient bonnes, quelques-unes du moins : mais je sentais bien qu'elles ne m'aimaient pas avec tout leur cœur, comme les mères aiment leur enfant, qu'elles ne pouvaient pas, et que d'ailleurs cela leur était défendu... Il y en avait une, très douce. Ah ! combien de fois j'ai pleuré dans sa cornette I Elle ne comprenait pas... Et puis, je vovais
bien qu'on avait pitié de moi, et cela m'humiliait et m'irritait. Je devinais que je n'étais pas comrie les autres petites filles, qu'il y avait quelque chose qu'on n(> voulait pas me dire ; et ce mystère, cet inconnu me torturait. Je me sentais vaguement proscrite, dépouillée, rejetée... et je me raidissais, je me révoltais. Si j'avais été pieuse, cela m'aurait soulagée : mais je ne priais pas, je trouvais Dieu trop injuste... On ne sait pas tout ce qu'il peut tenir d'amertume dans le cœur d'un enfant. A quinze ans, j'ai voulu me tuer... C'est pour cela qu'aujourd'hui je ne sens rien. Vous arrivez trop tard... Ainsi, vous êtes ma mère! C'était ma mère, celte dame qui m'appelait au parloir deux fois par an, une demiheure chaque fois, et qui ne s'est jamais trahie et que je n'ai pas devinée !... Pourquoi me l'apprendre? Vous vous figuriez, sans doute, que j'avais là, tout prêts pour vous, des trésors de tendresse qui déborderaient subitement, ou que je concevrais, comme cela, tout d'un coup, des sentiments que vous ne vous êtes pas donné a peine de m'inspirer... Eh bien, non, non, je ne sens
rien. Et c'est horrible. (eUg voit madame de Vores qui pleure.
S' agenouillant et r embrassant.) Pardon, ma mère, pardon.
MADAME DE VOVES.
Ah ! ma pauvre enfant ! C'est à toi de me pardonner.
HÉLÈNE
Ma mère!... Parlez: je suis prête à tout pour empêcher ce duel.
MADAME DE VOVES.
Non, tu n'y peux rien; toi ni personne. Je ne te demande qu'une chose. Promets-moi de ne jamais revoir M. de Brétigny. Je ne veux pas, je ne veux pas