ACTE QUATRIEME
m'a parlé... et j'ai vu que Pierre n'était pas seul malheureux. Alors je n'ai plus hésité. Je savais qu'il n'y avait rien à tenter sur vous : je n'aurais fait que vous blesser et vous exaspérer. Je suis allé droit à l'ennemi : je lui ai dit ce que j'avais sur le cœur. Il l'a pris de haut et m'a obligé à dire plus que je ne voulais. Tant mieux! Cela est bon d'avoir un homme à qui s'en prendre et sur qui se soulager du mal qu'on souffre ou qu'on voit souffrir!
Vous vous trompez. Le seul plaisir que vous goûtiez vraiment, c'est le plaisir de me juger et d'appuyer par des actes la dureté et l'orgueil de votre jugement. Vous m'avez toujours détestée, convenez-en. Est-ce parce que je vous ai pris votre Pierre? Oh! je vous l'ai pris si peu !
Il est étrange que vous vous vantiez de ce détachement. Mais il expUque mes sentiments pour vous. C'est vrai, je vous ai souvent jugée avec sévérité. Je ne comprenais pas pourquoi vous étiez révoltée, ni contre quoi. Ce que je connaissais de vous n'était pas pour m'inspirer beaucoup de sympathie ou d'estime. Vous n'aimiez aucun de ceux qui vous chérissaient. Avec tout votre esprit vous n'avez pas su vous aviser que votre mari était un homme du plus rare mérite, et vous l'avez jugé avec l'étroitesse d'une petite bourgeoise vaniteuse et mécontente de son sort. Oui, je l'avoue, je ne vous aimais pas. Mais aussi j'ignorais ce que je sais depuis hier; je vois maintenant qu'il faut beaucoup vous pardonner, que j'ai pu être injuste pour vous; et je suis prêt à vous aimer comme uue sœur. La preuve, c'est que j'ose vous parler comme je fais. Réfléchissez. Vous
n'avez plus de raisons d"être une révoltée. Vous n'êtes plus seule au monde. Vous avez une famille, et qui veille sur vous. Vous trouvez même qu'elle y met de l'indiscrétion. Cela vous irrite que nous prenions les choses si fort au sérieux? Mais c'est ainsi; résignezvous. Tâchez d'aimer votre mari. Vous vous êtes trompée sur lui, et vous le verrez de plus en plus. Il est parfaitement bon; et, à mesure que vous saurez mieux la vie, vous sentirez que rien n'est meilleur au monde que la bonté... Quand je songe que c'est cet homme-là que vous avez méconnu! Et pour qui? Pour ce misérable Bretigny, qui s'amuse de vous et qui, j'en jurerais, est allé, en vous quittant, retrouver son écuyère! (MouTêment d'Hélène.) Oui, mademoiselle Léona, une fille avec qui il crève des cerceaux en papier. Oh! cela est public, et je ne m'abaisserais pas à vous le dénoncer... Au reste, à quoi bon ces petits moyens? J'ai confiance que mes paroles vous toucheront, i]uand vous en aurez digéré la première amertume. Et surtout, quelle que soit l'issue de ma rencontre avec Bretigny, je me dis que votre situation vis-à-vis de lui ne sera plus du tout la même. C'est à cela qu'aura du moins servi mon intervention. Elle n'est donc pas si absurde. Quoi que vous fassiez, j'aurai mis un obstacle entre vous deux, et vous ne pourrez plus passer outre, à moins d'être... ce que vous n'êtes pas, grâce à Dieu ! Au revoir, espérons-le.
Hélène qui, au commencement, a donné des signes d'impatience et de colère, a fini par baisser la tète comme accablée. Elle se laisse tomber sur un siège sans rieo dire.
MADAME DE VOVES.
Mon cher André, je ne suis pas encore assez bonne chrétienne pour te blâmer d'aller où tu vas. Puis, il me semble qu'un duel comme celui-là n'est pas dé-