ACTE QUATRIÈME
ANDRÉ, douce:iient.
Ne te fâche pas, mon bon Pierre, je t'ai déjà répondu, je n'ai rien à ajouter.
ROUSSEAU
Je veux savoir, entends-tu ?
Il ÉLÎ:NE, s'arançant.
Vous avez raison.
ROUSSEAU
Ail! VOUS voilà, vous? Vous savez donc?... il n'y a que moi qui ne sais pas !
UÉLÈNE.
C'est à cause de moi que M. André a été amené à provoquer M. de Bretigny. La singularité de sa démarche s'explique par son affection pour vous. Mais je vous jure quïl n'y a eu rien de plus, de ma part, qu'imprudence et coquetterie. Si je vous le dis, ce n'est point par crainte ni pour m'excuser, c'est parce que cela est vrai. Faites maintenant ce que vous voudrez.
ROUSSEAU
C'est bien, je vous remercie. Laissez-nous un moment, (nélène Ta jusqu'à la porle, mais s'arrèle et entend le reste de la
scène.) Ainsi, ce que je soupçonnais est vrai ! Tu t'es substitué à moi dans une affaire oii seul je devais agir, et 011 l'intervention d'un autre, quel qu'il fût, ne pouvait que me couvrir de honte et de ridicule!... Quelle opinion as-tu de moi que lu m'oses traiter avec cette compassion superbe? Mais vois donc à quelle atroce situation tu me réduis ! Si je n'avais rien devine, je restais digne de mépris pour avoir inspiré à un autre homme une telle idée de mon caractère, qu'il se crût
le droit de me protéger sans me le dire! Et maintenant que je sais ta conduite, je serais un lâche si je la souffrais, si je ne te la reprochais pas, à loi que j'aimais tant, avec toute l'amertume de mon cœur! Mais tu ne vois donc pas que si elle ne m'aime point, c'est justement parce que je suis d'un monde où l'on ne fréquente guère les salles d'armes. Est-ce que ça se bat, les gens comme moi? Est-ce que ça va sur le terrain? Tu penses comme elle, n'est-ce pas? Tu as cru que je n'étais même pas capable de défendre mon honneur tout seul? Et tu te dis mon ami?... Grand merci! Quand je songe que j'aurais pu ne pas savoir, et qu'elle eût continué à vivre à côté de moi avec cette idée qu'on s'était battu pour moi et qu'on me l'avait caché comme à un enfant!... Et lui, l'autre... que doit-il penser de moi!... Ah ! tiens! j'en ai une sueur froide, une sueur de honte, rien que d'y songer.
ANDRÉ
Pierre, ne te fâche pas... Je n'ai pas cru mal faire. Je t'affirme que j'ai eu souci de ta dignité... et que ce n'est que moi que Bretigny a pu trouver ridicule.
ROUSSEAU
Où. doit se faire la rencontre?
ANDRÉ
Tout près d'ici, dans le parc de Bréville.
ROUSSEAU
Tes témoins sont sûrs?
ANDRÉ
Absolument.