RÉVOLUTION ESCAMOTÉE
Protestation des députés, du 28 juillet. — DéputatUm à Marmont. — Ordre de fusiller huit députés, — 29, prise du Louvre et des Tuileries, — Lafayette et Gérard prennent le commandement. — Commission municipale, — Sa majorité est orléaniste, — Charles X conunt à tout, — B'Ârgout, etc, à VHôtel-dê' Ville et chez Laffitte, — On refuse de traiter avec Charles X, — 50, proclamation en faveur du duc d'Orléans.
Malheureuses nations! comme vous êtes le jonet des intrigans, des hypocrites, des ambitieux et des traîtres! Malheureux peuples , comme vous êtes victimes de votre confiance , ae votre désintéressement et de votre générosité !
Nous avons vu les Casimir Férier, Sébastiani, Dupis, Bertin de Vaux , Guizot , etc. , invoquer la légalité, l'aire tous leurs efforts pour paralyser les députés patriotes , s^ opposer à la prise de la cocarde tricolore et à Finsurrection.
Nous avons vu Sébastiani proposer une lettre respectueuse à Sa Majesté Charles X , et repousser comme illégale une protestation proposée , dès le 26 , par Béraïul et par Audry de Puyraveau.
Cependant, cette protestation, signée le 28 au soir par huit députés , et imprimée avec les noms de soixante-un qu^on suppose énergiques , di|ns une chambre de quatre cent trente , déclare que cette chambre n'a pu être Uçmr lement dissoute avant d'être constituée , et que les signataires se considèrent comme légalem£nt élus à la députa- Uon; et ceux qui, la veille et le matin, soutenaient le
tontraire , y font mettre leurs signatures , ou souffrent qu'on les y mette après la victoire.
Mais cette protestation , rédigée et apportée par Villemain et Guizot, parle de devoirs envers le roi, des intentions du monarque trompées, d'attachement aux véritables et légitimes intérêts du trône et de la patrie ,* de l'inviolabilité du serment au roi et à la charte constitution' melle : toutes ces phrases sont supprimées à l'imprimerie
{>ar la vergogne a' un journaliste qui laisse déclarer seuement que les soussignés sont inviolàblement fidèles à leurs sermons , ce qui ne les empêchera pas de les violer deux jonrs après.
Dès les deux heures du même jour, 28, Laffitte , Mauguin, Casimir Périer, Gérard et Lobau, envoyés par les députés réunis chez Audry de Puyraveau, vont en députation auprès de Marmont , aux Tuileries , pour demander la cessation du feu et le retrait des ordonnances.
Nous n'obtiendrons rien, leur dit Laffitte avant départir ; il faut donc prendre une résolution d'avance : que ferons-nous? Leduc d'Orléans! — Oui, dit Gérard. — Les hommes me sont indifférens , dit Mauguin , les institations sont tout à mes yeux. » — Lobau parait hésiter. — - Casimir Périer garde un profond silence.
K Vous avez eu des relations avec le duc de Raguse , avali-il d'abord dit à Laffitte : quelques millions ne pourraient-ils pas l'amener à nous? — Non, Marmont n'est pas aussi mauvais que sa réputation. »
Us l'ont abordé, ce malheureux Marmont que semble poursuivre une si cruelle fatalité.
« Maréchal, lui dit Laffitte , arrêtez l'effusion du sang. — > Je suis désolé ; je pense comme vous sur les ordonnances : elles sont funestes; mais j'ai des ordres. — Personne n'a le droit de vous ordonner de massacrer le peuple : vous ne devez pas obéir. — Mais Vhonneur mili' taire, M. Laffitte! — Égorger les citoyens est toujours on
crime — Je ne vois qu'un moyen Que le peuple
86 soumette. — Faites retirer les ordonnances. — Mais, si les ordonnances sont retirées , garantissez-vous la soumission ? — Nous ferons tous nos efforts. — Je n'espère
rien Cependant je vais envoyer ) et dans une heure
TOUS aurez la réponse. — Dans une heure, disent Laffitte et M auguin , si les ordonnances ne sont pas retirées , nous nous jetons corps et biens au milieu du mouyement I De* main , dit Laffitte j mon hdton pourra se heurter contre Totre épée'^ mais le peuple est puissant! »
Un courrier part pour Saint-Gloud.
Sémonville et d'Argout, entraînés par leur dévouemeni , y arrivent aussi.
Charles X, qui, la veille, avait tué des lapins, jouait au wist, au bruit du canon qui tuait des hommes. •— L'étiquette les arrête d'abord ; ils sont enfin introduits :
« Sire, les députés ont déclaré que si dans une heure — Une heure! reprend Charles X en riant; ils
m'en donneront bien deux! — Les députés, sire •«•
Soyez tranquilles , ils sont arrêtés et fusillés maintenant, n
n se trompe : le gendarme Foucault avait bien reçu Tordre de fusiller huit députés, Lafayette , Laffitte , Mauguin, Audry de Puyraveau, Salverte, et trois autres, parmi lesquels ne se trouvent ni Casimir Périer , ni Se* bastiani , ni Dupîn , ni Guizot , ni Bertin de Vaux ; mais Marmont a fait déchirer les huit mandats d'ar* têt, et bientôt c'est la victoire qui protège les députés da peuple.
L'hôtel-de-Ville est pris, perdu, repris, et Laffitte 86 jette à corps perdu dans la révolution.
Dès le matin de ce jour , il a envoyé Oudart au duc d'Orléans , à Neuilly , et lui fait dire d'éviter les filets de Saint-Cloud, Le duc passe, dit-on, la nuit dans un kios* que au milieu de son parc.
(4 Dès ce jour aussi , des placards affichés par les insurgés annoncent que Lafayette , Gérard et le duc de ChoisenI sont investis du gouvernement provisoire ; mais ce n'est qu'une ruse d« guerre.
Le 29 , vers une heure , le Louvre et les Tuileries sont enlevés; le peuple place un cadavre sur le trône de Charles X , l'insurrection est triomphante.
Trente ou quarante députés sont réunis chez Laffitte f et Dupin est parti pédestrement pour Neuilly.
Pendant ce temps , Laffitte, plus hardi, plos décidé et tlus intrépide qu^on ne pouvait le soupçonner, a fait faire,
er Tun de ses frères , un appel au patriotisme des 5"*® et }^^ régimens campés sur la place Vendôme. ScMats populaires , ils arrivent pour embrasser la cause nationale, et leurs chefs se présentent aux députés.
« Que le peuple ne nous désarme pas , s^ écrient-ils ; et » qu'on ne nous fasse pas marcher contre nos camarades I » — • Non, non, répond Laffitte; mais à Totre tour ne » tirez pas sur le peuple! — Non, jamais, nous le ju- 1» rons. — Pas de serment : la parole des braves suffit, n *- Et Ton s'embrasse avec transport.
' ' Les trois partis (patriote, orléaniste et légitimiste ) sont d'accord pour s'emparer du mouvement; mais les deux derniers -ont l'arrière^Bsée de s'en saisir pour l'étouffer. Lafayette, réclamé de toutes parts par les combattant, déclare que , non comme député , mais comme vieux patriote de S9 , il accepte le commandement général de la garde nationale. — « Si nous n'avons pas , dit Bertin de t Vaux, le vertueux maire de 89, applaudissons-nous » d'avoir reconqub Yillmtre chef de la garde nationale. »
Gérard accepte , sous les ordres de Lafayette , le commandement des opérations actives.
Mauguin propose un gouvernement provisoire; ma» Laffitte, Guizot, Bertin de Vaux, etc. , font préférer une commission municipale de Paris. Quelle victoire, dès le début , pour les orléanistes !
Audry de Puyravcau et Mauguin font partie de cette commission ; mais Lobau , de Schonen et Casimir Péner en sont membres aussi, avec Odilon-Barrot , Barthe, Mérilhou, etc., pour secrétaires.. «.. Les patriotes n'y sont pas en majorité , et c'est une seconde et grande victoiiv ies orléamstes.
Les généraux et la commission vont s'installer à rH6t^I-de-Ville , où se trouvent déjà les généraux Duboai^ et Subervic.
Sébastiani se charge à^inspecter le. Louvre et les ff-oilerîes.
LafGtte reste avec lea autres députés.
Cependant Gharlea X se résigne â foutes les concessîoM ; il révoque ses ordonnances , convoque les chambres pour k 3 août, nomme Mortemart président de son cou*' leii, chargé de son hlanc-seing: Casimir Périer ministre des finances, et Gérard ministre de la snierre; il confirme Lfllayette dans son commandement de la garde nationak , et fera lowt ee qu'on voudra.
D' Argout , de Sémonville et de Vitrolles apportent les nouTolies ordonnances de Charles X à la commission manicipale, et promettent un retour franc etshicére à la charte. tt II est trop tard, répondent Lafiiyette , Audry de Puyraveau et Mauguin; do reste, dit celui-ci, allés chei Laintte. » — Casimir Périer pâlit et reste muet.
Sémonville et YitroUes sont découragés ; mais d'Argeut va chez Laffltte, où se trouvent encore les députés , et leur fait la même communication. — « A la bonne i) heure, dît Bertin de Vaux; à ces condiiiom on peu$ ï» s'entendre. — 11 n*est jpïits temps , dit Laffîtte , il n'y a » plus de Chairlee X! »
Sa déchéance n^cstcepeuviant proclamée par la commission municipale que le surlendemain , 54 , et par les chambres que le 7 août; mais c^est en vain que Morte^ mart écrira directement à Lafayette , que Sussy lui remettra la lettre, que Casimir Périer lui parlera secrétementu dit-on , pendant la nuit , et que même , dit-on encore , on lui proposera d^être résent de Henri Y : cette déchéance est réellement décidée dès le 29 , et par conséquent voilà la porte ouverte pour le duc d'Orléans.
Cependant d'Argbut , encouragé par les paroles de Bertin et probablement par les confidences de quelques autres , demande qu'on veuille bien entendre le duc de Hortemart , et lui envoyer un sauf-conduit à Auteuil , où il est retenu. Peu après , Forbin-Janson vient chercher ce sauf-conduit. — C'est alors que Sébastiani , sortant du salon , et s^adressant -aux personnes qui se trouvent dans la pièce voisine , demande deux hommes de honne volonté pour acconijpâgner Monsieur.
Mai« tandis que les patriotes ne s'occupent qu'à s*or-
ganiser militairement pour repousser de nouvelles atta-
Kes et pour expulser Gharies X , qui se retire à Ram* uillet , les orléanistes ne s'occupent qu'à faire procla-^ mer leur roi.
Combien de messages lui sont envoyés alors , je Fîgnore : je sais seulement que Dupin est parti le matin pour Neuilly , et que Laffîtte envoie ces deux mots : une couronne ou un passeport!
Vainement les insurgés , entourant Lafayette et la commission à THôtel-de-Ville , et mettant en eux tonte leur confiance , crient-ils : Plus de Bourbons I plus de Bourbons! Vainement demandent-ils Texercice de la sou- Teraineté du peuple et la convocation d'une nouvelle assemblée nationale. Ce sont quelques députés , quelques pairs , quelques orléanistes qui vont tout décider ailleurs ; c est surtout Laffîtte y véritable dictateur des 28 , 29 et 30 juiUet.
Dès le 50 y entre quatre et cinq heures du matin, Laréguy , Tfaiers et Mignet sont chez lui.
Puisque Thiers et Mignet s'y trouvent , c'est conmie si Talleyrand si trouvait.
Carrel y vient ensuite , amenant des commissaires rouennais , avec lesquels il part bientôt après pour aller soutenir la révolution à Rouen , puis dans la Vendée.
« Les députés veulent conserver Charles X! s'est écrié » Laffîtte , hâtons-nous de proclamer le duc d'Orléans ! » -— Et de suite Thiers a rédigé la proclamation suivante .
« Charles X ne peut plus rentrer à Paris ; il a fait » couler le sang du peuple. . . La république nous expose- » ràit à d'affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec » TEurope. Le duc d'Orléans est un prince dévoué 1^ la » cause de la révolution. — Le duc d'Orléans ne s'est » jamais battu contre nous. ( La Trïbwie a été condam- » née pour avoir dit le contraire. ) — Le duc d'Orléans » était à Jemmapes. — Le duc d'Orléans est un boi cî- » toyen ( comme s'il était déjà roi ! ). — Le duc d'Or- » léans a porté au feu les couleurs tricolores. — Le duc » d'Orléans jpeut seul ( quelle absurdité ! ) les porter en-
» core ; nous n'en youlons pas d'autres. — - Le duc d'Or* » lëans s'est prononcé (^ ) ( quand ? comment ? où ? ). <-. » Il accepte la charte { à qui Fa-t-il dit avant le 30 au » matin ? ) telle que notis { nous ! qui ? ) l'ayons toujours » entendue et voulue. — C'est du peuple fraiyçais » ( quelle déception ! ) qu'il tiendra la couronne. »
Cette proclamation est imprimée, affichée, distribua le 50 , avec ces mots : de l'imprimerie du gouverne" ment, pour faire croire que le gouvernement est définitivement constitué : cette ruse n'est-elle pas du Talleyrand tout pur ?
Il faut la faire insérer dans les journaux l C'est facile.... On a le National: Laréguy rédige le Commerce, Thiers se charge du Courrier et Mignet du Constitutionnel. Elle paraîtra dans tous ces journaux et dans d'autres.
La proclamation rédigée , Laréguy se rend (2) chez Lointier , où se trouvent réunis les patriotes , et leur parle du duc d'Orléans» — * C'est la première fois que ce nom est prononcé.
Les uns consentent , mais en prenant la protestation des cent-jours pour point de départ et en exigeant toutes les garanties nécessaires. D'autres refusent , demandent la république , et déclarent , d'ailleurs , que la nation seule a le droit de choisir son gouvernement.
Cependant les députés se réunissent chez Laffitte sur les dix heures. -* Presque tous s'y trouvent. De Broglie s'y rend aussi plus tard.
Le peuple veut proclamer la république ou. iVopoléon II , s écrie-t-on avec effroi. — Le seul moyen de l'empêcher, répond Laffîtte, est de proclamer le duc d'Orléans.
Le duc d'Orléans! s'écrie Y pensez-vous? En
(1) Le Commerce imprime : « Le duc d'Orléans ne se prtA noncera pas} W attend noire Tœu. Proclamons ce vœu, et il
acceptera la charte telle que, etc » Il paraît que c'était la
rédaction primitive , et qu'elle a été changée parce que l'acceptation du duc était devenue certaine.
(2) n affirme ne s'y être rendu que lur une convocation.
dltcardant son nom sur tous les niiirs et sur tous les arbres du bouleyart , tous n'obtiendrez pas cinquante Toix pour lui t
Ihipin , au contraire , retrouye tonte sa chaleur et toute son éloquence pour faire adopter la proposition Laffitte.
« Puisqu'il s'agit de constituer un gouyemement , dit celui-ci , allons à la chambre ! — Partons 1 partons I •
Tout à r heure , beaucoup d'entre eux ( Sébastian! , Btrpin , Casimir Périer , etc. ) prétendaient n'ayoir pla« aucun mandat ni aucune qualité. — Et cependant les voilà sur leurs sièges de députés !
Que yont-ils faire ? — Voici le procès^erhàl inconnu , mais rédigé sur l'heure , de cette curieuse séance.
§ 43. — Suite du précédent, — Curieuse séance à lu chanibre des députés, le 30. ^- Laffitte préside. — Discussion sur la réception de Mortemart et sur «« gouvernement provisoire. — Hyde de Neuville propose de nommer cinq commissaires pour s'entenére avec cinq pairs. — A. Périer , Guizot , Sébastiani , B. Delessert et Hyde de Neuville sont nommés à une immense majorité. — De Snssy apporté les cinq notavelles wdonnances. — Lettre de Lafayette. — Visite et discours d'Odilo» Barre* au nom de Lafayette. ^. Discours de Dupin. — Rapport de SéhasHani. — lê duc d'Orléans est prié de venir exercer les fonctiom de lieutenant-général du royaume. — Prière rédigée par Sébastiani. — La commission municipale refuse de la publier. — Douze commissaires la portent an Palais-Royal. — Le duc n'accepte qu'après avoir fait prendre l'avis de Talleyrand. — Proclamation du duc.
Laffitte présidera ; car il est le génie du jour , et ceux même qui , le 27 , jetaient les hauts cris contre la présidence de Labbey-Pompières chez Casimir Périer , n'ont pas le moindre scrupule pour se choisir un président.
Les uns parlent encore de Charles X , ou au duc d'An* gQulôme, ou du duc de BordearuL, ayecdes concessions. •*-
Ils attendent avec impatience le duc de Mortemart , qui devait venir dès hier soir , et à qui Ton a donné un rendez-vous au palais Bourbon.
On s'occupe même du cérémonial à suivre pour le recevoir : sera-t-ii introduit tout simplement par les huissiers , ou bien des députés iront-ils au-devant de lui ? S'il se présente , certainement Charles X conservera sa covronne ; et la disposition des esprits est tellement manifeste que X n^ose pas même communiquer le projet
de décret de déchéance qu'il a préparé. Mais le duc se contente d'envoyer à sa place Golhn de Sussy , et reste lui-même avec les pairs. Pourquoi compromet-il ainsi le sort de son maître ? Fait-il des vœux pour le duc d'Orléans ? Sait-il que les députés ne feront rien sans avoir, envoyé une commission au Luxembourg ? Croit-il mieux servir Charles X en restant avec les pairs , pour traiier en vertu de son hlancseing avec eux et les députés commissaires?
Quoi qu'il en soit , voici le procès-verbal sommaire de oette fameuse séance :
Salverte. — Recevrons-nous M. de Mortemart?
Sébastiani. — Il s'agit de graves, d'immenses intérêts : nous devons choisir le parti le plus sage et le plus utile. Or, pour choisir, il faut bien connaître la situation. Nouaf devons d'ailleurs à M. de Mortemart de l'entendre loi*squ'il demande à être entendu. ( Quelle politesse ! )
Un député de la gauche. — Nous n'avons plus le choix: nous ne pouvons plus reconnaître les pouvoirs de M. de Kortemart.
Mauguin.-^ En attendant qu'il ariîve, occupons-nous de mesures de défense.
Sébastiani. — Il viendra. Pourquoi le faire attendre? Pourquoi ne pas discuter à l'instant si vous Tadmcttree?
Mauguin. — Nous sommes menacés de nouvelles attaques; occupons-nous de la défense.
Bérard. — Oui, occupons-nous de faire marcher les administrations publiques.
Mauguin. — Les finances, les postes, l'intérieur, la |iolice , sont occupés par la garde nationale : des mfli^iref provisoires ont été prises j décidez.
Le président. — La oommission miinieipile mi yféxiiMe gouvernement : c'est à elle à en exercer les fomtîons.
Louis. — D'après ce dont nous sommes convenus j préleoiom MM. les pairs que nous sommes assemblés.
—On les prévient.
De Schonen. — Il faut nous emparer des affaires.
Saherte. — Nommons un govfoemement proviMir$s proclamons que les citoyens sont rentrés dans leurs droits; les troupes viendront alors à nous.
Bérard. — La commission municipale est surchargée; sommons un gouvernement provisoire composé de dnq membres.
Persil. — U faut un gouvernement.
Hauguin. — Donnex-vous à la commission tous les po«f QÎrs qui peuvent lui êtres nécessaires?
Lobau. — Conserves le titre de CommissionmunMpah , et nommez de nouveaux membres , ou autorisei-noiis à «ouf en adjoindre.
La Commission municipale est conservée avec Faotorisaiion d'exercer les fonctions de gouvernement provisoire et de s'adjoindre qui elle voudra.
Hyde de Neuville.-*- Nommes une commission de cinq ou six mcmi)res qui se réuniront officieusement à un nombre égal de commissaires choisis par les pairs de France, afin d'examiner en commun ce qu'il convient de fairt pour concilier tous les intérêts et toutes les conscienees.
Salvcrte combat cette proposition ; mais elle est adoptée , et Ton procède au scrutin pour nommer cinq com* missaires. — En voici le résultat :
Aug[ . Périer , 34 voix . — Sébastiani , 55 . — Guisot 59. --^B. Dele^crt, 54. — Hyde de Neuville, 28. — Dupin, 4 g. — Salverte, B. Constant, Marschal et Bérard chacun 9.
Voilà Tcsprit de la réunion qui nomme les cinq commissaires I voilà les cinq députés qui , avec cinq pairs , vont décider du sort de la révolution ! . . .
Les cinq premiers se rendent au Luxembourg.
Quelques autres députés se disposent à sortir, etlaréfh sion sera peut-être indéfiniment ajoomée.
Mm Bérard demande que la séance continue , et , tur la proposition d'un autre, la réunion se déclare en jpermanenee»
C'est alors qu'arrive CoUin de Sussy. — En Fabsence du chancelier , dit-il , quelmies pairs , en peiii nombre^ étaient réunis chez moi. Le duc de Mortemart nous a re^ mis une lettre adressée au général Gérard ou à M. Gaflîmir Pérîer : permettez-moi de vous la lire ( elle est à pe« prés ainsi conçue) :
« Monsieur; parti de Saint-Gloud dans la nuit, Je chern che vainement à vous rencontrer. Veuillez me dire où )» je pourrai vous voir. Je vous prie de donner connais- A sance des ordonnances dontje suis porteur depuis hier. »
Bérard. — Je ne puis m'empéchei* de signaler ici UB iMûiqae de franchise, M. de Mortemart, que j'ai rencon* tré'ce matin , quand il allait chez M. LaOttc , m'a dit qu'il viendrait ici. Pourquoi n'y vient-il pas?
B. Contant. — Lisez les ordonnances.
M. de Sussy les lit : la première révoque celles d« 25 juillet , la deuxième convoque les chambres pour le S soùt, les trois autres nomment Mortemart, Gérard et C. Périer, ministres.
Ce!8 ordonnances excitent chie vive agitation : combien voudraient certainement pouvoir les accepter !
CoHin de Sussy ' prie le président de les remettre aux nouveaux ministres Gérard et Casimir Périer ; maisLaflltte refuse : Je ne suis pas , dit-il , Icff^eWtefoste dcfîhar^ IobX.
'Lafayette annonce par une lettre que le peuple s'atiewl à voîp la ehamhre des députés s'occuper, dès le 5 août, dm grands intérêts de l'éUU.'—îl annonce aussi que le due es Chartres a été arrêté à Montrouge , mais qu'il a donné l'ordre de le relâcher, attendu qu'on n'avait le droit d'arrêter persomie, — Quelques nommes irrités contFt Imi8 les Bourbons auraient peut-être maltraité ce jeune duc M Y..» ne les «rail retenus..... et Y... est aujourd'hoi presque proscrit avec les autrss hommes de juillet 1
Od. Barrot est introduit, demande à être entendu, et ^exprime à peu près ainsi :
k Messieurs, je ne suis chargé d'aucune explication par- » ticulière ; mais ayant reçu les épanchemens de Thoniine » à qui était réservée la gloire de présider deux fois 6 •» notre régénération politique , j'ai cru devoir vons sou- 1» mettre quelques observations. Le général Laf^yette est » préoccupé d une crainte ; c'est que la population de Pa-
• ris ne soit pas unanime sur ce qui sera décidé sans Tin- » tervention des chambres. Il craini que si Ton proclam màit A PRIORI un chef qui ferait des concessions plus ou « moins larges , on ne rentrât dans les théories du droit T» divin. Pour faire cesser tant de dissentimens , et donner » à la révolution ce caractère d'unanimité qui seul peut
• en assurer la force et la durée ^ te général pense qu'a- » vaut de prendre \xnpaHi décisif, il faudrait commencer -* par stipuler, en assemblée générale , les conditions Il du peuple, et déférer la couronne enmêinetQmpsqu^on » proclamerait les garanties stipulées. C'est à vous, Mes*
• sieurs, à décider dans votre sagesse. »
Labbey-Pompiéres.^ Vous connaissez les ordonnances de Saint-Gloud? Vous l'avez, entendu : On se croit evCiam roil On voustijourn^ au 5 août/ On veut gagner du temps parce qu'on attend des troupes. Je pense, Messieurs, que nous devons nous déclarer aujourd'hui les députés de la
iPrance, ...
Un membre. — Attendons le retour des cinq commissaires envoyés à la chambre des pairs.
B. Constant.-*- %us savons d avance ce que la chambre des pairs nous dira : elle acceptera purement et sivnr plement la révocation des ordonnances. Quant à moi, je ne me prononce pas positivement sur la question de dî^iuwtie. Maw il serait trop commode pour un roi de faire mitrailler son p&nplê , et d'en être quitte pour dire ensuite : il n'y a rien de fait. Rendez-nous les dix mille citoyens qfBte vos satellites ont <igorgés !
Dupin aîné. — Paris est dans un état violent, héroïque, mais qui ne peut pas durer. Qui oserait assurer que d&ns «ept jours vous pourrez maintenir la population? Les rues «ont encombrées de harHcades: la circulation est d«vonp« inihDssible; \a stagnation, des eaux peut devenir une caote KUve iHiisaUbriié'; et d'ailleurs les séditions peuvent
éclater, les paHis se former : il n'y a pas un moment k perdre; il faut quWjourd'/iui m^e quelque chose soit décidé sur Tétat de la France; il faut, à tout prix, sorti» du vague et de Tincertitude dans lesquels on se traîne
{péniblement. Vous êtes sans gouvernement, il vous en àut un.
Le président. — Il y a je ne sais quoi d'embarrassé et d'équivoque dans ce qui se passe autour de nous : il faut une délibération immédiate.
Eératry. — Oui.
Le président envoie quelqu'un à cheval au Luxem:^ bourg pour inviter les cinq commissaires à revenir im* médi^tement.
I^es commissaires^ arrivent , et Sébastiani s'exprime é peu près en ces termes :
. a Messieurs , nous nous sommes rendus chez M. le grand-référendaire. Nous y avons trouvé vingt ou vingtcinq pairs réunis. M. le duc de Mortemart ( chargé da hlanc-seing de Charles X ) était présent. Nous avon» insisté sur la nécessité d^ aviser promptement à des com^ hinaisons qui, en assurant à la France les garanties sui lesquelles elle a le droit de compter , puissent ramenei et affermir V ordre , la sécurité et la confiance publiques» Une longue discussion s'est engagée ; nous avons reiir contré chez MM. les pairs une grande affinité d'oph-^ nions et de sentimens; chacun a apporté dans la dii^ cussion le désir sincère de rétablir Vordre et le calm^ M. le duc de Mortemart s'est surtout fait remarquée par la pureté et la nobiesso de ses intentions. Toutes les combinaisons, toutes les difficultés ont été envisagées. Nous avons fait sentir que, de toutes les mesures^ la plus urgente était la réunion des chambres, mai qu elle ne pouvait s'opérer avec le chef que les nv^
IflERS EVEIfEMENS ONT PLACE DANS VVJL POSITION 9
FACHEUSE. (Ils le rappelleraient, s'ils l'osaient! Ils n'appellent le duc d^Orléans que pour le remplacer momentanément I ) Nous avons cherché une solution: la réunion des pairs l'a trouvée , comme nous , dantf une invitation à M, le duc d'Orléans de se rendre à Paris pour exercer les fonctions de lieutenant-général
■ du royaume : nous espérons que cette mesure aura vo-
■ tre assentiment. »>
De toutes parts : aux voix ! aux voix !
Le président; — La réunion entend-elle appeler le due d'ùrlians au rang de lieutenant-^éniral du royaiume ? Trois disent non : les autres disent oui.
Le duc est donc reconnu lieutenant-c^éral J)U
BOTAUME.
Cette reconnaissance est la révolution elle-mémç, ou plutôt ranéantisscmcnt de la révolution. ^ Car Lafayette et la commission municipale se trouvent annulés ; le due est fait dictateur et maître ; on lui confie aveuglément les destinées du pays , on lui abandonne tout le gOBvemement et toute la puissance : c'est lui qui va disposa^ du trésor, de Farmce , des ministères et des fonctions pu-^ bliques ; c^est à lui que vont accourir tons les întrigans, tous les solliciteurs , tous les valets et tous les séides d« Taristocratie ; c^est loi qui va diriger Fopînion dans son intérêt et dans Fintérét de son parti; c'est lui et les meaeurs de ce parti qui vont constituer le gouvernement définitif, et rédiger la charte ou la constitution qui leur Éonviendra.
Dés ce moment , la révolution est détournée , dénaturée, étouffée, perdue : car pourquoi pas un gouvernement
gime
Si'est-ce pas tout de suite la légitimité et la restauration
cmtservées?
Du reste , quels sont les termes de cette résolution , et fluelles en sont les conditions ?
Va$$àl. -^ Décidons que les couleurs nationales remplacent le drapeau blanc.
De€orcelUs, -^ Le lieutenant-général est-il appelé sans conditions, ou bien ajoutera-tron un article additionnel à la charte ?
B, CansUmt. — J'ai la conviction intime que les stipulations demandées par M. de Goircëlles sont eontplMcnient inutiles. Oui, le prince que vous investirez de la lieute- Mttce-générale aéra, eommme il Fa toujours été, fi^èk
à la coûte éê la Uberti. J'en crois Jemmapes et Vàimy. Cependant, pour rassurer toutes les consciences, il serait utile qu'on indiquât les garanties réclamées par la nation» telles que l'organisation des gardes nationales , les ëleelions municipales et départementales, le jury pour la presse, etc.
Voici un projet rédigé par Bérard : — « Les citoyent ■ légalement élus, en vertu des lois existantes, membres » de la chambre des députés, actuellement présens à Pa- » ris , obligés par la nécessité des circonstances , et pitr » l'absence de gouvernement établi , de se réunir pour » aviser aux moyens, de aauver le pays, ont pris les réao- » lutions suivantes :
• Voulant pourvoir aux besoins immédiats du pays, et » ne laisser aucun service administratif ou autre en sonf- » franco, le duc d'Orléans est nommé, pour trois m^iis, » lieutenant-général du royaume. — D'ici à Tcxpiratioii. » de ces trois mois, les pouvoirs légaux de Tétat, c'est-Â- » dire la chambre des pairs et la chambre des députés , » détermineront les conditions auxquelles la royauté
• constitutionnelle devra exister à l'avenir en France.
• -^ Le pacte rédigé par ces pouvoirs sera respectivement
• soumis à l'acceptation de la nation et du monarque » d<mt elle aura fait choix, »
Mais ce projet , communiqué à quelques députés , est trouvé révolutionnaire et anarchique, et Bérard n'ose pas même le soumettre à la discussion.
Benjamin Constant rédige un autre projet à peu prés semblable , et n'ose pas davantage le soumettre k l'assemblée.
Sébastiani et Benjamin Constant sont enfin chargés éê présenter une rédaction. — La voici :
« La réunion des députés actuellement présens à Paris N a pensé qu'il était urgent de prier S, A, H. Monsei-
• gneur le duc d'Orléans de se rendre dans la capitale » pour y exercer les fonctions de lieuienant-^énéral ékt
• royaume 9 et de lui exprimer le vcm de conserver les
• couleurs nationales. Elle a de plus senti la nécessité d«> » s'occuper sans relâche d'assurer à la France , dans le » prochaine session des chambres^ toutes les garantiiS
n indispensables pour la pleine et entière exécution de la » charte. »
Kératry, — Stipulez le renvoi des troupes étrangères.
Labbey-Pompières. -— Dites que vous confiez l'exercice du pouvoir jusqu'à ce que les chambres aient fait tme eanstitution.
Bertin de Vaux, — C'est au cri de vive la charte que la population a combattu et triomphé ; la charte ne $au' rait être remise en question,
Delahorde, — Ajoutez seulement que M. le duc d'Orléans est appelé pour donner à la France toutes les garanties quelle réclame,
Lefehvre, — Ajoutez : Les chambres , dans leur prochaine session, réviseront , s'il y a lieu, la charte constiiutionnelle,
B, Constant, — Je partage cet avis.
Cependant la rédaction de Sébastiani est adoptée sans aucune modification.
Je dis de Séha^stiani, car à cette rédaction peut-on re* connaître B. Constant, ni pour la forme, ni pour le fondf N'est-ce pas nécessairement l'œuvre de l'aristocrate et du diplomate Sébastiani? n'estrce pas l'inspiration du Luxembourg d'où il arrive? n'est-ce pas le langage des Talleyrànd, des de Br<^lie, des Pasquier, des $éijiQnville, des d'Argout , des Mortemart , cnargé du blanc-seing de Charles X?
Quoi ! une poignée de députés, d'accord avec une poignée de pairs , parlant au nom d'une grande nation prie de venir occuper le plus beau trône du monde !
Elle ne le nomme p<is lieutenant-général du royaume; elle le prie d'en venir exercer les fonctions, comme s'il en avait déjà le titre et les droits, soit en vertu du consentement de Charles X, soit en vertu de sa naissance et des antiques usages de la monarchie !
Elle lui exprime timidement et respectueusement le voeu qu'il conserve les couleurs nationales comme elle pourrait faire auprès de Charles X, ou de son lieutenantgénéral nommé par lui I
Elle parle de la conservation des ckanArts des pairs el des députés actuels, et de la charUt comme s^il n^y avait aucune révolution , et comme si la restauration et la légitimité continuaient 1
Si cet acte s'exécute, si Lafayette ou la commission ma* nicipale n'en empêchent pas Texécution, la révolution eaSL CBcamotée, le peuple est trahi, la France est trompée.
Que les orléanistes, qui espèrent que le duc sera roi, efc que les légitimistes , qui espèrent qu'il ne remplacera que momentanément Charles X , adoptent avec cmpresscmeot cet acte , c'est tout naturel, c'est leur triomphe ; mais que des patriotes ne protestent pas aux yeux du peuple , c'eft ce qu'on ne peut concevoir aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, quand il s'agit de signer cette faumhle prière, la signature est l'ohjet d'une nouvelle discussion.
Laffîtte, Salverte , Bérard , B. Delessert , Gorcelles, pensent qu'il est nécessaire de signer. — Odier , Kératry^r Gh. de Lameth, sont d'avis contraire.
Villemain déclare qu'il n'a jmis mandat jpour chwnget tin^ dynastie.
Mais, dit Sébastian!, la question de changement âg dynastie est j^trangere a l'acte que la réunion vient de voter; l'intention des commissaires n'a pas été do lar soulever; il n'y a point lieu , quant à présent, de la traiter ; on no s'est occupé que de faire cesser le désordre et
y GARITAGE.
Néanmoins, quei^ues-uns refusent designer, et la]]pié49 n'est certifiée que par une quarantaine de signatures.
C'est à coup sûr l'acte le plus importaut depuis l'insur* rection ; c'est l'origine de tous les autres ; c'est le premier article du contrat avec le duc d'Orléans ; et cependant, ni les députés , ni les pairs , ni le duc d'Orléans ne l'ont
jamais fait connaître au pays Pourquoi ? Nous le di*
rons tout à l'heure.
Mais tandis qu'on a consulté les pairs , Talleyraud et d'autres (car, que de conciliabules et de négociations sont encore inconnus I ) on ne prévient pas même ni Lafayette et la conmùssion municipale, ni lé peuple vaio;^ queur.
La séance n^est pas même puLHque, sous Tabsarde préteite que ce n'est pas la chambre , mais une sîmpfe féunipn de députés; les Journalistes n'y sont pas admis , tout ie décide dans les ténèbres da secret î
Et tout est fait par une cinquantaine d'indiyidus se di* tant députés , mais dont l'élection n'a pas même été vérifiée!
£t Uéie monstrueuse illégalité est commise par les iDêmef hommes qui tout à l'heure invoquaient sans oesM k légalité!
De ce moment j les orléanistes et les légitimistes \onl feire cause commune contre les patriotes, contre la rëvelution et le peuple.
Une députation de douze memhres est nonHuée pout porter au duc l'invitation de la réunion.
Puisque les pairs ont été consultés, et puisqu'ils approuvent cette invitation , pourquoi n'est-elle pas faite ea leur nom comme en celui des députés ? Pourquoi n'eil* elle pas signée par eux y et portée par eux ? -^ Quoi qu'il en soit , avant de suivre cette députation ^ passons à l'Hôtel-de-ViUe. ...
La commission municipale reçoit une copie de l'invitation pour la faire imprimer et afficher. M. Maugnin la trouve tellement avilissante pour la nation , et si capahia d'allumer la fureur populaire, qu'il refuse de la publier , SU! lut sans les noms des signataires : il demande cei noms ; mais on ne peut pas les lui donner , parce que l'oliginal est au Palais-Hoyal, et qu'on a mis tant d'empressé* ment à l'y porter, qu'on n'a pas pris le temps de copier les aignatures.
Le lendemain , O.-Barrot va trouver Laf&te de la part de THôtel-de-Ville , et lui fait reconnaître l'inconvenance et le danger de cette déclaration. Laffitte promet de la ror tirer du Palais-Royal , et de la détruire , tant elle est honr teuse !
' Revenons à la députation.
Sébastiani en fait partie ; Sébastian! , qui ne parlait que de légalité, que de légitimité , quia tout fait pour
saoTer Gharks X et empêcher riasurrection , et qui , dafei cette même séance , n'a pas craint de soutenir que le drttpeaa blanc était encore le seul drapeau national. Bien plus j quoique Gallot ait été désigné comme président ^dfe cette députation, c'est Sébastiani qui Ta prendre ce rôle, et qui, presque seul, va servir d'intermédiaire entr« Iti députés et le duc.
Que se passe-t-il entre eux ? Voici comment SébasUani raconte les faits le lendemain, à une heure, à la réunÛMI des députés :
« S. A. R. était absente (elle était au Raincy); nottè » avous pris la liberté d'écrire au duc , pour lui titPia* » mettre la délibération. Monseigneur le duc d'Orléans » s'est empressé de se rendre à Paris : il y est arrivé le soir • à onze heureS' La députation en a été instruite ce ma- » tin et s'est réunie de nouveau. A neuf heures, nous n avons été admis en présence du duc. Les paroles qiM » nous avons recueillies de sa bouche respiraient. . . •
Ce récit , empreint déjà de toute l'adnlatidn qii^)Oâ trouve dans la bouche des courtisans , et qui ne conVieii* drait qu'à un prince légitime ou à une révolution de palais ; ce récit , dis-je , est-il parfaitement exact?. . . On Tt le voir.
(Juand la députation arrive , le matin , Sébastian! ea^ tre sans se faire annoncer , et comme un homme admît dans la plus secrète intimité.
Bérard et B. Delessert pressent le duc de consentir; mais Sébastian! ( chose étrange ! ) l'engage à refuser, pié»
de consulter quelqu'un qui n est pas là ; il demande vingtquatre heures pour faire sa réponse. — La chose «at urgente , dit Bérard. — On s'exagère le danger , r^Mid Sébastian!.
Cep«[idant le duc rentre dans son cabinet avec Séb«k tiani seulement , puis , assez long-temps après , il ravimé avec lui et déclare qu'H accepte.
Mm pendant que le duc et Sébastiani ont
■rri— — ^"^
long-temps seuls dans [son cabinet , qu^ont-ils fait? Le Yoici : îi^fm)^^*m)M'
Sébastian! est allé porter la résolution des députés au quelqu'un dont le duc a parlé , dont il veut avoir Tayis , et qui répond : Il peut accepter i — Et ce quelqu'un , quel est-il? C'est , on le devine sans doute , c'est TaUeyrand!
Voilà comment Sébastîani commence avec le prince et avec les députés I — Et voilà de quelle manière commence le règne du duc d'Orléans lui-même ! C'est Talleyrand qui est son conseil , son guide, sa boussole et son génie !
La proclamation du duc est aussitôt affichée partout. La voici :
« Habitans de Paris , les députés de la France ( c'est N inexact ) en ce moment réunis à Paris m^ont exprimé » le désir ( il a la pudeur de ne pas dire , comme eux f » m'ont pné ) que je me rendisse dans cette capitale , V pour y exercer les fo^ictions de lieutenant-général du 9 royaume,
» Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers , & » me placer au milieu de votre Iwroîque population, et n à faire tous mes efforts pour vous préserver des calO' » mités de la guerre civile et de Vanarchie ( comme s'il * y en avait le moindre symptôme , et comme si le gou- » vemement de la révolution n'avait rien autre chose à
» faire! ).
» En rentrant dans la ville de Paris , je portais avec or-
N gneil les couleurs glorieuses que vous avez reprises, et
» que j'avais moi-même long-temps portées.
» Les chambres ( comme si un congrès national n'était
' » pas nécessaire) vont se réunir, et aviseront aux moyens
« d' ASSURER le rég^^e des lois et le maintien des droits
« de la nation ( comme s'il n y avait qu'à maintenir et
» rien à créer ).
I) Une ( la proclamation affichée et imprimée dans le t Moniteur dit une , demain on dira la ) charte sera dé- « germais une vérité. »
Signé Louis-Philippe d'Orléans.
Qu'on pèse bien tous les termes de cette proclamatioD,
et qa'on le dise : si le duc d'Orléans se regardait comme étant de droit lieutenant-général du royaume dans les cas^ d'absence ou d'empêchement du roi ; s'il venait exercer ces fonctions pour Charles X, cette proclamation ne pourrait-elle pas lui convenir ?
Le 28 , chez Audry de Puiraveau , Guixot disait qne les députés devraient se porter au milieu de la population comme médiateurs entre Charles X et le peuple : si le duc d'Orléans ne voulait arriver aussi que comme média* teur pour prévenir , comme il dit, les calamités de la guerre civÛe et de l'anarchie, pour assurer le règne des lois et pour maintenir les droits de la nation , n'adopterait-il pas encore la même proclamation et les glorieuses couleurs déjà reprises par le peuple ?
§ \À, — Suite» — Séance du 34 . — - Bapport de Séhaêtiani, -^ Adresse rédigée par Guizot, — Le duc dit à
B « Je suis républicain, » •^Thierslui conduit sisx
chefs républicains. — Tous les députés apportent Va* dresse. -*- Paroles de Laffitte. — Proclamation de Lafayeite et de la commission municipale, — Ancienne lettre de Paul-Louis Courrier sur le duc. — - La prO' clamation du duc est déchirée. — Odilon Barrot en^ voyé a/u Palais-Royal. — Le due vient à VHôtélrde' . Ville. — Cris sur son passage. — Froid accueil. — Paroles de Duhourg.
Quoi qu'il en soit , à une heure les députés se réunissent à la chambre pour connaître le résultat de la démarche qu'ils ont fait faire ]iier auprès du duc d'Orléans. Leur nombre, quoique beaucoup plus grand,, n'est cependant encore que de quatre-vingt-neuf sur quatre cent trente.
Personne n'est admis dans les tribunes.
Le président lit la proclamation du duc , et cette lecture excite de nombreuses acclamations.
On en ordonne l'impression à dix mille exemplaires.
Puis Sébastian! fait, au nom de la commission, ie rapport dont j'ai parlé tout-à-l'heure.
« Les paroles que nous avons recueillies de la
bouche de S. A . R. , dit-il , respiraient Vamour de l'ordre
et des lois , le désir ardent d'éviter à la France les flëam de la guerre civile et de la guerre étrangère , la ferme intention d'assurer les libertés du pays, et , comme S. A. R. l'a dit elle-même dans sa proclamation, la volonté de fam enfin une vérité de cette charte qui ne fut trop long-temp«
Su'un mensonge. » (Très bien! très bien!) — (Monitewr u 2 août. )
Quoi I la réponse du prince n'est pas écrite ! On né èresse pas même prùeès-^Derbal d'un acte si important et si décisif pour les destinées du pays ! Et ses propres paroles ne sont pas même rapportées aux députés ni com» muniquées à la France !
Non , la réunion se contente de la proclamation et da rapport de Sébastiani , ravie qu'elle est d'apprendre mie le duc consent à conserver la charte, les pairs et les députés récemment élus , et qu'il promet de convoquer immédiatement les deux chambres» Elle lui abandonnerait volontiers la dictature et le pouvoir absolu , assurée qu'elle est qu'elle va les partager avec-^hii.
Cependant THôtel-de-Ville y scandalisé de ce qu'on jetle ainsi le pouvoir, envoie Odilon-Barrot pour mviter la réunion à stipuler des eonêUioni et des garanties: mm on préfère une adresse à la nation.
Labbey-Pompières , Gorcelles et Benjamin Constant demandent que cette adresse indique que le peuple a reconquis sa liberté.
Salverte propose d'adopter la déclaration de la chambre df 4845, avee 4^ très légères modifications.
Mais Guisot, Villemain, Bérard et Benjamin Constant eut été déngnés comme secrétaires, et c'est Guizot, aidé de Yillemain surtout , qui va rédiger oette adresse.
Us se retirent pour s'ocoaper de cette rédaction et na la commenceront probablement pas sans aller encore au Luxembourg pour se concerter avec Mortemart, de Br<> gfie et les autres pairs.
Cependant le président communique à l'assemUëe les informations qui lui sont transmises au sujet de la jm* Clamotion du duc^ qui vient d'être affichée et publiée : i umoncse que le lecture de cette proclamaticm exciif
dans le public la plus vive agitation , et que Vomissions 99U de la daU , soit du contre-seing de la commissUm munic^Uy est probablement la cause des inqviitud$$ i|nî se manifestent.
« Il est urgent, dit Persil, de faire préyenir le lieu*
• tenant-général du royaume ; qu'on Tinvite à parcourir w la capitale avec une députation de la chambre: ou bien « qu'on fasse contresigner la proclamation par le général » Lafayette (tant on lui reconnaît de puissance). »
« Dans mon opinion , dit Alexandre Delaborde , 3 y miffit que les députés se rendent au Palais-Royal. » -—
• Partons de suite y s'écrie-t-on de toutes parts , alloas-y
• tous. »
« Les pins vives alarmes agitent les esprits, dit Iter- 9 nard ; les hruits les pins inquiétans circulent, surtout t autour de THôtel-de-ViUe. » -<— « Partons, » répéte-t-oR de tons côtés.
« Point de précipitation dans d'aussi graves circon-
• Stances, dit le président, attendoQs Y adresse. » (/Vatio- Mfdni^'août.)
Guizot reparait enfin et lit cette adresse ;•
« La France est libre , dit-il ; le pouvoir absolu levait » son drapeau ; F^éroffue population de Paris Ta abattu. » Paris attaqué a fait triompher par les armes la causê » sacrée qui venait de triompher en vain dans les élec» » tîons. Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturhch » teur de notre repos , menaçait à la fois la liberté et » l'ordre : nous rentrons en possession de Tordre et de la » liberté. Plus de crainte pour les droits acquis; plus dé » barrière entre nous et les droits qui nous manquent en- » core.
Un gouvernement qui, sans délais, nous garanfissft » œs biens est aujourd'hui le premier besoin de la patrie.
I» Français , ceux de vos députés qui se trouvent déjfk
• à Paris se sont réunis ; et en attendant Tinterventioîl » régulière des Chambres , ils ont invité un Français aoi Tt' ii'a jamais combattu que pour la France, U. le aùê É d'Orléans , û venir exercer les fonctions de lieutenanêr Ti général du royaume. C'est & leurs yeux le plus sûr V moyen d'accomplir promptement par la paix le succ^p
» de la plus légitime défense, » (Tout cela ne peut-il pat 5e faire dans Fintention de conserver Charles X?)
a Le duc d'Orléans est dévoué à la cause nationale et » constitutionnelle ; il en a toujours défendu les intérêts » et professé les principes: il respectera nos droits , car U » tiendra de nous les siens.
• Nous ( et la nation 1 ) , nous assurerons par des Im M toutes les garanties nécessaires pour rendre la liberté » forte et durable.
t Le rétablissement de la garde nationale aveo.l'i&ter-
• vention des gardes nationaux dans le choix des offîr « ciers ; Fintervention des citoyens dans la formation àet^
• administrations départementales et munipales; le jury j» pour les délits de la presse ; la responsabilité légalement «» organisée des ministres et des agens secondaires d^ f»' Fadminîstration ; Fétat des militaires légalement assuré; m la réélection des députés promus à des fonctions pu- V blimies.
» Nous donnerons à nos institutions , de concert atec t» le chef de Vèiai (c'est la légitimitèl)^ les développemens M dont elles ont besoin.
» Français, le duc d'Orléans lui-même a déjà parié, ei M son langage est celui qui convient k un pays libre : ^ Les chambres vont se réunir^ vous dit-il ; elles aviseront » aux moyens d'assurer le régne des lois et le maintîeo I» des droits de la nation.
j» La charte sera désormais une vérité. •
Étaient présens MM (Suivent les noms de quatrer
vingt neuf députés.)
Cette adresse , qui serait infiniment plus vague encore si Corcelles et d'autres députés patriotes n'y avaient fait insérer quelques promesses , en parlant de la colère popur laire , ne contient aucune garantie réelle j elle conserve la charte, la pairie, les députés actueb; elle contient à |reine les promesses faites par le ministère Martignac , et ne présente pas même toutes les concessions que pourr/Euit (airâ Charles X lui-même ; elle anéantit la rèoolution,^ âpnt elle ne prononce pas'même lo nom et qu'elle ne con,aidère que comme une simple défense.
Les vainqueurs devront en être furieux.
Hais les députés orléanistes ou légitimistes , dont elle ' assure le triomphe et qui se trouvent là réunis en majorité , Faccueillent avec enthousiasme et la votent sans disevLSsion,
Les députés patriotes la désapprouvent et se bornent à lui refuser leurs signatures : c'est pourquoi le Moniteur » imprimant les quatre-vingt neuf noms au bas (pour faire croire que tous Font signée), emploie cette expressioo inusitée : étaient présens.
Girod de FAin demande, avec chaleur, qu'elle soit imprimée et portée de suite , par tous les députés , au lieutenant-général. — Tous se lèvent en masse.
« Je ne puis vous accompagner , dit Lafiîtte , blessé au pied en franchissant , le z8 , une barricade. -— Vous
^s rhomme populaire d'aujourd'hui, lui dit l'un
— Vous serez notre paratonnerre, lui dit l'autre! Venez en chaise à porteur; venez, venez 1^.... — - Allons.
« Nous ne saurions décrire , dit le National ou plutôt
• Thiers , les transports d'allégresse qui ont accueilli les « députés sur leur passage ; c'est à travers une hai^ m d'hommages et d'applaudissemens qu'ils sont arrivés
• au Palais-Royal. Le prince les a reçus avec une corm dialité qui s'associe noblement avec la popularité de
• nos représentans. ».
Voilà la fable : voici la vérité :
tJn tambour aviné et chancelant , puis quatre huissier^ ouvrent la marche : quelques gamins escortent le petit peloton de députés qui , au milieu d'un silence presque continuel, semble se glisser au Palais-Royal.
B a précédé ses collègues : il annonce leur visite
et leur adresse. — Ah! mon cher B , 911e je souffre
là , dit le duc en portant la main sur son cœur , c'est moi qui vais tuer la république, moi qui suis républicain!
Les députés entrent. LafBtte est avant Sa jambe ,
blessée , est seulement enveloppée de bandelettes : des
pantoufles sont à ses pieds Ce singulier costume fixe
les regards du duc « Ne regardez pas mes pieds, dit
Laffîtte , mais mes mains : ce que je tiens (l'adresse) est est bien beau ; c'est une couronne! (N'est-il pas en effet
déjà roi?) — Si la Quotidienne me voyait, ajoiitd4-fl tout bas , elle dirait que o^est un sun^-cvishe qui vwu kl présente. » — Puis il lit solennellement Tadreage.
« Gomme Français, répond le prince (Moniteur en » l^'' août ) , je déplore le mal fait au pays et le sang qui » a été versé; comme |irtnce (comme prince! Qu'est-od w que cela veut dire?) «^~ je suis heureux de eontrUbuer
• «m honheur de la naUon, Messieurs , nous allons aller à » FHôtel-de-ViUe. .>
Auparavant il se montre au balcon avec Laffitte, et des vivat les accueillent tous les deux.
Avant de recevoir les députés , le due a reçu m des principaux carhonari et des principaux républieains ; e'est Thiers qui est venu les chercher , qui a fait tous set efforts pour les déterminer à cette visite , et qui les a in* troduits au Palais-Royal. Sans montrer aucune hostilité personnelle , ils demandent notamment un congrès natio- Aal et la réorganisation des tribunaux.
« Ah ! pour les juges, dit le prince , je leur en veux au* tàat que vous : Us m^enl fait perdre tous mes procès. »
Néanmoins ils sortent sans avoir rien obtenu , mais sans que les caresses , les flatteries et les offres les piui séduisantes aient pu les rendre infidèles à leurs opimons et à la souveraineté nationale.
Cependant que se passe-t-il ailleurs ?
Lafayette et la commission municipale s^ adressent aux citoyens et commencent à gouverner.
Proclamation de la commission , du 30. — « La caus* » de la liberté a triomphé pour jamais : les citoyens de « Paris Pont reconquise par leur courage , comme leurs
• pères Favaient fondée il y a quarante-un ans »
La commission nomme provisoirement des ministres ; elle nomme aussi Delaborde préfet de la Seine , Baveux préfet de police , Ghardel directeur des postes , Maréchal directeur des télégraphes. •. '
Le lendemain, elle ordonne Torganisation de vingt rëgimens de garde nationale mobile.
Proclam^Uion deLafayette, du 50. •— « Mesehers con* » citoyens I la confiance du peuple de Paris m^appeUe
9 ear («ae «isaa «ansnandemeii ee Ml force puUique.^ » FA accepté ayec dévoûment et avec joie les devoirs qui
V me sont confiés Je ne ferai pas de profession de foi:
» mes sentîmens sont connus. La conduite de la popula» » lion parisienne dans ces derniers jours d^épreuve me t rend plus que jamais fier d'être k sa tête. La liberté il triomphera ou nous périrons ensenible.
" » Vive la liberté! Vive la patrie! »
ProckmnHon de la commission municipale ^ du 51 jiûUet. — I Habitans de Paris , Charles X a cessé de rim pitr sur la France! JVe pouvant oublier V origine de m io» autorité» il s'est toujours considéré comme Fenneni)! 1» de notre patrie et de nos libertés qu'il ne pouvait com- » prendre. Après avoir sourdement attaqué nos înstitu- » tMHis - par tout ce que l'hypocrisie et la fraïude lui prê- ^ ittient de moyens , lorsqu'il s'est eru assez fort pour les
• détruire ouvertement, il avait résolu de les noyer dons m le sang des Français: grâce à votre héroïsme, les m crimes de son pouvmr sont finis.
• Quelques instans ont suffi pour anéantir ce gonv«f- <f» nement corrompu , qui n'avait été qu'une conspiraHtfn r» permanente contre la liberté et la prospérité de la
VI France: La notion seule est del^otct , parée de ses cou-
• leurs nationales qu'elle a conquises auprix de son sang ; m elle veut un gouvernement et des lois dignes d'elle.
• Les sentîmens et les principes des membres de la » commission sont les vôtres. Au lieu d'un pouvoir im- » posé par les armes étrangères , vous aures un gouver- » nement qui vous d^ra son origine. Les vertus sont » dans toutes les classes ; toutes les classes ont les mêmes » droits ; ces droits sont assurés.
» Vive la France I vive le peuple de Paris ! vive iali- » berté! »
C'est en vain que le National a publié la proclamation ée Tbiers en faveur du duc d^ Orléans et de la chart0. lYoyes page 446.)
C-est en vain que , pour mieux recommander le duc , a transcrit une lettre imprimée en 4 S22 par un des écrivains les plus populairti , Paul-Louis CSourrier , s^eipriiQant ainsi :
« J'aime le duc d'Orléans parce qu'ëtant né prin^ce , il
• daigne être honnête homme. Il ne m'a jamais rien pro^ » mis ; mais , le cas avenant , je ms fierais à lui » et rae- » cord fait , je pense qu'il le tiendrait sans fraude , sans m en délibérer avec les gentilshommes , ni en consultef
v des jésuites S'il gouvernait, il ajusterait bien les
m les choses , non seulement par la sagesse qui peut être « en lui , mais par une vertu non moins considérable et » trop peu célébrée. C'est son économie; qualité y si l'on
• veut , bourgeoise, que la cour abhorre dans un prince^ M mais pour nous si précieuse , pour nous administrer si
• belle» si comment dirais-je? si divine, qu'avec elle
m je le tiendrais quitte quasi de toutes les autres, »
Vains éloges ! la proclamation du duc d'Orléans est dé» chirée dans beaucoup d'endroits, aux cris de^ has'lêÊ Bourbons 1 plus de Bourbons! Descombattans s'indignent de ce que les députés ont nommé un lieutenant^nérd Au royaume ; on invoque , avec la souveraineté nationalev les promesses de Lafayette et de la commission municH l>ale ; on demande qu ils ne se laissent pas enlever le gou* vernement provisoire qui leur est confié.
La commission et Lafayette envment Odilon-Barroi pour protester ea quelque sorte contre ce qu'ont fait les députés ; et cette mission est lellemeot urgente qu'il paii il cheval, malgré la difficulté des barricades. Malheurea* SBmeiit , il rencontre , d^ant le Pout-de'k-Arts , le duo il les députés qui se rendent à l'Hôtel-de-Yille.
a Les expressions manquent , dit Thiers dans le NaUa^ » nal , pour peindre Yenthousiasme qui , de toutes parts , 9' a éclaté sur le passage du prince et des députés. L'air « retentissait sans cesse d^ acclamations qui exprimaient
• toutes les joies d'un peuple jaloux de sa liberté, et heU'
• veux de recueillir le fruit de ses héroïques efforts. Au 9 sein même de l'Hôtel-de-Ville, ces acclamations ont rê* m doublé , lorsque M. Laffiite a fait recommencer far » M. Viennet la lecture de la proclamation. Cette journée » couronne dignement celles qui ont mis dans un jour si
• éclatant les vertus de la population parisiemie. »
Non., cet enthousiasme impossible à peindre, ces ao^
damatjons, ce redoublement à THôtel-de-VUIe , ne sont pas la vérité.
Josga'à la place de Grève , on entend des cris, tantôt pour le duc, et tantôt pourLaffîtte^ mais sur la place, on n'entend plus que vive la liberté! vive Lafayette! vive la ràôublique! plus de Bourbons!
il faut du courage pour affronter le bruit de cette mer populaire:
Cependant le prince monte , appuyé sur LafQtte.
Lafayette et la commission le reçoivent dans la grande salle , et les vainqueurs Fentourent au milieu d'un morne silence.
- En abordant le général, le duc lui tend la main , se jette à son co|) et Fembrasse affectueusement.
LafBlté va lire l'adresse à l'assemblée : Donnez, dit Viennet , en enlevant rapidement des mains de LafGtte le papier que celui-ci ne lui donne pas , j'ai une voix sur , ferbe, et il lit; puis il figure plus tard dans le tableau qui , représentant cette soéne , ti'ansmettra sa gloire à la postérité.
Après cette pbrase de F adresse , le jury pour les dèliU i^ la presse , le duc dit et répète plusieurs fois : « Il n'y en aura plus il n'y en aura plus »
Vive le due d'Orléans ! s'écrie de Schonen , et quelques voix de députés répètent ce cri , auquel les jeunes gens répondent par celui de vive Lafayette.
Le duo.Famène vers le balcon, saisit un drapeau tri' colore , se montre au peuple, qui cric un peu vfoe le due 9M4ans! et beaucoup vive Lafayette !
Le lieutenanlrgénéral , secrètement appelé par Laffitte^ invité où prié par les députés , se trouve donc ainsi confirmé par FHôtel-de-Ville , ou plutôt par Lafayette. ■ c Tenez mieux vos sermens , Monsieur , lui dit 'fk gé- • ^éral Dubourg d'un air qui paraît dur alors ; voua » Yoyeft comme . nous arrangeons ceux qui les violent. » Vous opnjsaissez nos besoins et nos droits ; si vous iji$ f^ oy9LU2:9 ^aus vous U^ rappellerons / -* Ab 4 Monsieqli » (r^pQpd le duc avec F^ccent d'une profonde alBiction ,
9 et en portant la main sar son corar^, ai voua me aoa- » naissiez , vous n'exprimeriez pas un pareil soupçon. -* •. le Youa connais bien , » réplique le général en se toursaut du côté des hommes qui ont combattu.
Sans vous , peuvent dire aussi les Yainqueurs à Lait fitte et Lafayette , le duc et les .députés ne seraient rien aujourd'hui : c'est vous seuls qui nous imposez «a rw^ c'est vous qui placez sur le trône un Bourbon ; voua en êtes garans et responsables ; s'il peut l'oublier un jo^ , ne Tonblies jamais vous-mêmes 1
S 45. — Suite. — Proçprammê de l'Hôtel-de-VUle. — Visite de LafayeU» au heutenoM^Héral du roytmmêi «— Explications entre etuc» —Je suis républicam.
Cependant les patriotes , les jeunes gens et le peupla , oui ont bravé la mort pour la liberté ; qui pleurent d^ irères et des amis tués en combattant comme eut i qui suspectent le duc, parce que c'est un Bourheu; «■ redoutent l'intrigue, Tambition, l'aristocratie ; qui, nom de poudre et de poussière , ont encore les armes à k main; cette troupe enthousiaste , dis-je, est prêtée it relever en masse pour obtenir des garanties.
Malheur alors aux pairs et aux députés, s'ils veulent résister!
Mais Lafayette leur offre d'aller au Palais-Royal po«r stipuler des conditions plus positives et plus populairet, et demande que tout mouvement soit suspendu pendant vingt-quatre ou quarante-hnît heures.
On accepte, on consoit. par respect pour lé vieil àni éê la liberté.
Voici, du reste , ce que demandent ks patriote^ (pjaéralement :
« La souveraineté nationale reconnue en tète de la » constitution comme dogme fondamental du gonreesm^ » nacnt ; — Point de pairie héréditaire , mais deux cfatmt bres homogènes ; — - Renouvellement eomptét de la iliffa gîstrature; — Lois municipale et communale sur b n principe le plus large d'élection ; -«Paa de éena dféfijp-
• èîEté; — Gens électoral à 50 fr. ; — LVlection appli- » quée à toutes les magistratures inférieures, notamment » aux justices de paix; — Plus de privilèges ni de mono- » pôles ; — Liberté entière des cultes et de Fenseigne- » ment;-*— Une école primaire gratuite par commune; D — Liberté entière de la presse , sans timbre ni caution-
• nement, ni droit de transport pour les journaux ; <— n lury pour les délits de la presse; — Jury d'accusation; » — Garde nationale nommant directement tous ses ai' » ficiers sans exception ; — Responsabilité des agens sa- » condaires , sans Fautorisation du conseil d^état ; — * « Tout cela enfin adopté provisoirement et devant ébrê » soumis à la sanction de la nation , seule capable de
• s'imposer le système de gouvernement qiti lui eon- » viendra. »
Lafayette résume tous ces principes en un seul : un tt&He populaxre entouré d^ institutions républicaines.
n part sur les huit heures , et se rend au Palais-Royal. Que s'y passe-t-il? Ecoutons-le parler lui-même dans la lettre qu'il écrit plus jlard à ses commettant , le 45 jais
« Après la visite du nouveau lieutenant-général , aei compagne des députés, à l'Hétel-de-Y ille , je crus trou* » ver, dans l'autorité et la confiance populaire dont j'étaif » investi , le droit et le devoir d'aller m'expliquer firan- » chement au nom de ee même peuple , avec m roi pro- » jeté.
(I Vous savez , lui dis-je , que je suis républicain, et avm » je regarde la constitution des États-Unis comme la plut » par&itje qui ait existé.-— Je pense comme vous, répon- » dit le duc d'Orléans ; il est impossible d'avoir passé deux » ans en Amérique et de n'être pas de votre avis; mais » croyez-vous , dans la situation de la France , et d'après n l'opinion générale , qu'il convienne de Fadopter? — > » Non , lui dis-jc ; ce qu'il faut aujourd'hui au peupb » français, c'est un trône populaire entouré d'institutions n républicaines, tout-à-fait républicaines. — C'est bieic • AINSI QUE JE l'entends , répartit le prince. —Cet enga- »" ment, mutuel que je m'empressai de publier, acheva de « rallier autour de nous ceux qui ne voulaient pas de m<H
> uarque , et ceux qui en voulaient un tout autre qu'um » Bourbon. »
Cest en effet cet engagement qui détermine les bona* partistes , et surtout les républicains , à renoncer à leuf projet d'insurrection contre des chambres usurpatricj^ et contre le lieutenant-général.
peut'
tion des principes __ .- ^ , ^^„,
surtout cette proposition qui lui semble les renfermer tous , un trône populaire entouré d'institutions républvcaines , tout-à-fait républicaines-
A l^instant même , il annonce , il^^ublie que ce programme est accepté par le duc d'Orléans ; et partout , dans les départemens ainsi qu'à Paris , on adopte , comme programme de THôtel-de- Ville, comme principe fondamental de la révolution nouvelle , un trône populaire entouré d'institutions républicaines.
Lafayette le répète solennellement en toute occasion, sans craindre aucun démenti , sans en recevoir aucun.
« Un trô)ie populaire entouré d'institutions républicai- » nés (dit-il dans un ordre du jour du -lO décembre , la » veille du procès des ministres ) y tel fut le programms •M adopté par un patriote de 89 , devenu roi-citoyen : peu- M pie et roi se montreront fidèles à ce contrat, »
« Aujourd'hui) dit-il à la tribune , le 27 décembre , le » lendemain du procès des ministres) , ma conscience n d'ordre public est pleinement satisfaite. J'avoue qu'il B n'en est pas de même de ma conscience de liberté. iVous « connaissons tous ce programme de l'Hôtel-de-VilIe : Un » trône populaire entouré d'institutions républicaines : il » a été accepté y mais nous ne l'entendons pas tous de » même. »
C'était au milieu d'une crise : comme au 54 juillet , Lafayette était tout puissant alors ; on avait besoin de la protcçlion de sa popularité ; on l'appelait sauvewt et mon cher général; on se garda bien de nier le programme ou dç prétendre qu'il avait été anéanti par la çhapte d^ 7 août ; et ce n'est qu'après le 45 mars , quand on se crul
asftes fort pour lever le masque , que la dénégation com» mença ; ce n^est que le 6 juin qu'on prétendit positive* ment que le programme de rHôtel-de-ViUe était on infinie mensonge ; ce n'est qu'alors qu'on fit entetfdre oeg singulières paroles : « En droit, je n'evais rien à pnh » mettre'^ en fait; je n'ai rien promis. »
« Mais, disait un jour Lafayette à un des ministres, » de quelque bouche que sorte la dénégation , c'est cette » dénégation qui est un mensonge. »
« J'ai pu me tromper dans mon eitréme confiance, dit- » il un autre jour dans une réunion de députés ; mais y certainement j*aiët^ trompé. »
Du reste , les paroles écrites par Lafayette sont alors le langage ordinaire du duc d'Orléans.
« Je SMAJS rèpMicain , dit-il également à Mauguîn , » le matin du 4^' août ; la constitution des États-Unis est » la plus parfaite à m£s yeux. •
« Si l'on veut une monarchie , dit-il encore peu d'ins- » tans après à Gabet , il faut que ce soit une monarchie » républicaine. »
« Est-ce que par hasard, monsieur Dupont (l), dit-il à » celui-ci la veille, vous auriez la prétention d'être pluf- » patriote que moi ? »
« Gomment, dit-il à plusieurs personnes qui poop- » raient l'affirmer, comment trouvez-vous le général La^ n fayette , qui a la prétention d'être plus républicain que » moi? »
Serait-il possible au plus défiant , au plus soupçonneux^
(4) Dupont (de l'Eure) refusait d'abord le portefeuille de la justice, disant que le duc serait provfibîcmcnt roi; qu'il aurait une cour , et que la grandeur et le pouvoir ni> ...-''»'»nnen* pas à un vieux plébéien ami du peunle ll^L ?''."'1~ A d'un ton presque irrité : * Est ce^^rpar ^^^^^^^ t^P^^^f * TOUS auriezla prétention d'être plus Datr^ffm.-. i^P^J** pont (de l'Eure) pe résista plus ^ ^^'''^'' ^"^ '"*'* ^ « D«-
de &'étpe pas rassuré , persuadé , séduit par des protestelion» si nombreuses et si positives ?
Malheureusement le système du 45 mars est déjà dan» liestinement adopté dès le 4*' août; la ruse remporte tnr k force ; et la révolution est perdue.
§ 46. — Suiie. *^ Ministère provisoire. Démission de la commission municipale. -*- Proclamation de ÎAh fayeite. — Charles X nomme le duc d'Orléans Heutenant-général du royaume. — Abdication en faveur d'Henri V, déposée. — 5 aoitt, ouverture de la session. — Nomination du président de la chambre des députés.
Par un inconcevable aveuglement , on par d'inexplicables manœuvres , la commission municipale ( dans la- Ïuelle se trouvent, il est vrai, G. Périer, de Scbonen et lobau , et leurs secrétaires Barthe et Mérilhou ) choisit pour ministres Louis, Guizot, de Broglie, de Rigny, Gérard , Bignon et Dupont de T£ure. Mérilhou a niéme présenté Sébastiani et Dupin , remplacés ensuite par Bi- ^non et Dupont.
Combien y en a-t-il là qui représentent réellement le .j>euple et les vainqueurs? Charles X ne pourrait-il pas accepter un pareil ministère? Et le duc d Orléans peutil mieux choisir pour conserver la charte , le» chambres , ,4it les principes de la restauration?
Les ministres provisoirement choisis à rHôtel-de^VilIe sont donc provisoirement conservés. Seulement Mole -remplace Bignon , et le ministère de la marine est vacant. — Mais Sébastiani sera bientôt ministre.
On prend Dupont , parce que sa popularité est nécessaire; et Laffitte se jette presque à ses genoux pour vaincre sa répugnance et le déterminer à accepter ; mais on ^e renverra éé$ qu'on croira pouvoir se passer de lui. .On n'ose pas *^nS6Të prendre d'Argout , négociaiteur
^^-^ "".«r'iGs X et Casimir Périer, choisi par lui pouf pour oiiarles a, ^\ ,^^ ^^^^^ ^ ^^ il^cli^ance: mart
Hait on ne «raint pas d'admettre Sébastiâni, Gaiiot^ Louis , qui , loin de rien faire pour Tinsurreëtion, se sont eiTorcés dj Tempécher.
Talleyrand lai-ménae sera bientèt ambassadeur k Lon* dres , <et dirigera la polîtiqtie étranger^ , c'est-à-dire disposera du salut de la France.
Ahl MM. Lafayette et LafQtte, vous connaissez -tous ces kommei , et vous ne conseilles pas an due, que tous aimez comme la patrie , de ne pas les choisir pour minia* natret d'une révolution dont vous savez qn ils sont lel ennemis?
YoiUi donc les conapirateucs ortéanisies , les partisant de Taristocrajtie, de la restauration et 'de la légitimité» maîtres de oett^ révolution et du pouvoir!
Que vont-ils faire de la commission municipale?
N'osant pas Tannuler , on lui insinue de donner sa dé* mission.
Les oombattans rexhortent à refuser. Odiloô-Barrot le promet en son nom; mai» d^ Schoncn, G. Péner, ei d'autres encore, sont dans la, commission ou près d'elle^ les dévoués , profitant de l'absence dWui eu 4e denx d« leurs collègues, se hâtent, dés le 4*'* a4}àt , de donner- It démission désirée , sans qu'elle ait été ni signée ni cou*' sentie par tous les membres de la commission : elle est rédigée secrètement, et Ton s'empresse • de la porter au Palats-Royari , revêtue de trois ou quatre signatures aen- JenicBt.
. C'est ainsi que cette commission municipale , que b peuple x^nsidérait comme éiaqt , avec .Laffiyette,; la seub autorité nopulaire , se laisse jouer et iil^aritiM^ ou plu^ iài abandonfieijson poste sans ôen dire, ft; livre le po^ voir sans rien stipuler pour la rév«lutiai\I
Le licutimant-^énéral daigne leur exprimer des rogrets, et les inviter à continuer leurs fofictions pour ^ qui concerne Paris ; mais ses (onctions se trouvent cffaetivement annulées , et l'organisation des vinyt régimona -de garde nationale mobile oJatira fias lien; peut-étro au*
nulerait-oQ aussi la :clécl^éaoçç de Chairles X si la chose était possibkl
Cependant La%yette est tofïs^t\é dans soa commandement par le lieutenant-général du. royaume , et reste à rHôtel-de-Villc ; il commande encore la garde nationale-, et c^est lui surtout que le peuple regarde comme son défenseur. ......
« Dans la glorieuse crise où Ténergie parisienne a re* n conquis nos droits , dit-il dans un ordre da jour dn ^ 2^ août , tout reste encore provisoire ; il n'y a de âèfixà» » tifque la souveraineté de ces droits nationaux^ etlé- N ternel souvenir de la grande semaine du peuple ; mais n la réorganisation des gardée nationales est un besoin de
» défense et d'ordre public réclamé de toutes parts
1» Je crois devoir ^ jpour servir la liberté et la patrie» slc^ » cepter l'emploi de commandant-général des gardes n(^ 1 tionafès de France. » .
Si quelqu'un doit penser qu'un congrès national est nécessaire, c'est assurément le vieux représentant de 89,*
aussi le désire-t-il et le éèmande-t-il ; mais F lui fait
craindre la discorde et la guerre civile : il cède, et, dans sa proclamation du 54 , il reconnaît que les députés aotuels peuvent constituer le gouvernement. — Dés Ion tout est perdu.
Néanmoins , il y dit que le peuple français est rentré dansM plénitude de ses imprescriptibles droits: qu'il faut d'abord assurer à la patrie toutes les garanties de liberté^ d'égalité et d'ordre public, que réclament la nature souteraine de - ceb droits ' et la' ferme volonté du peuple ;
re déjè^ sous la restauration, il était reconnu que, os la session actuelle , les lois indiquées dans l'adresse •devaient être faites avant tout vote des subsides ; et qu'à plus forte raison aujourd'hui ces garanties et toutes cèdes que peuvent réclamer la liberté et Végalité doivent précéder toute concession de pouvoirs définitifs. Liberté, XGALrrÉ , ordre public , dit-il en terminant , fut toujours ma devise ; j'y serai fidèle*
■.Jl fait effectivement écrire cette devise sur les dra-
peaux de la garde nationale , avec ces mots : 27, 28 e| Hd juillet.
« Quoi 1 lui dit Girod de T Ain , envoyé prés de lui , » vous adoptez ce mot égalité, qui rappelle un nom ré^ » Yolutionnaire, Phïlippê'Egalité! Quelle inconvenance { » quel scandale! » Et ce mot , qui seul représente la révolution, disparait pour laisser la place kVotârepùlHicl dont le despotisme et l'aristocratie savent si bien abuser^
Mais du moins l'aigle de l'indépendance déploiera-t-il ses ailes sur les drapeauiL de :1a garde juationale?--*- Non, c'est le coq gaulois qu'on y place , et même , par erreur} on n'y met qu'un [c^o^^pn* i .•
Enfin l'on adopte, pour la garde nationale, un uni-' forme tellement bnltànt et dispendieux, qu'on lui dpnne à l'instant un esprit de futile vanité , et qu'on en fait un corps presque aristocratique , dont le peuple est exclu pac sa misère.
Revenons au due d'Orléans, et même à Charles X.
Retiré à Rambouillet , celui-ci fait rédiger et envoie att duc d'Orléans un acte ainsi conçu :
« Le roi j' voulant mettre fin aux troubles qui existent » dans la capitale et dans une partie de la France, comp M tant d'ailleurs sur le sincère attachement de son cousin N le duc d^ Orléans, le nomme lieutemtant-general du