ARRONDISSEMENT DE DIJON
( côte-d'or. )
Mes ohers commettansy
Dans ma première lettre publiée en octobre i 854 ^ après avoir indiqué rapidement quelles auraient dû être les conséquences de la révolution de Juillet , j''ai montré comment une eamarilla, inspirée par Talleyrand, a escamoté cette révolution pour y substituer frauduleusement une quasi-rcstauration avec tous les principes de politique intérieure et extérieure de la restauration ellemême ; j^ai fait voir que cette quasi-resiauration, appuVée sur la sainte-alliance et sur un système de qnasi-lé^tî-' mité, d'aristocratie, de répulsion des patriotes, démenanagemcnt pour les carlistes , de calomnies et de violences, était la véritable cause des émeutes , de la misère , du mécontentement général , de tout le sang répandu : enfijr? j'ai exprimé la conviction que ce funeste système nousprécipiterait dans la guerre civile et la guerre étrangère;
J'ai fuît plus : cédant aux cris de ma conscience , j'ar dénoncé les usurpations , les tromperies et les trahisekis* du gouvernement.
Nous n'avons vu que trop de ces sinistres prédictions déjà réalisées , et la réalisation des autres n'est malboo» reusement que trop certaine et trop menaçante.
Cependant, rien ne peut arrêter la marche du ministère ni même ses chante de trimiphe : entraîné par la fa^ talité qui précipitait les Yilièle et les Polifjnac , il s^obstine, s'opiuiâtre, et semble vouloir accomplir sa destinée en ne s'arrêtant qu'au fond de Tabi me.
Mais ne peut-il pas entraîner la France avec lui? Les patriotes peuvent-ils souffrir quHl compromette ainsi leurs lamilles , eux-mêmes et leur pa^'s? N'est-ce pas un devoir autant qu'un droit de signaler le péril qui menace la pairie?
Ce droit, je veux l'exercer; ce devoir, je veux le remplir.
. *^ Mais pour bien apprécier la situation présente , ses dangers et- ses besoins, je crois utile de jeter d'abord un coupd'œil sur les révolutions de ^ 789 , 4 792 , 4799 et 1 804 , sur les principes de liberté consacrés par nos premières assemblées nationales, sur les parjures et les traliîsons de Louis XVI , sur les anciens projets de démembrement et les perfidies des coalitions étrangères , enfin -sur les excès de la faction contre-révolutionnaire, soit «vftllt , soit depuis la restauration.
jQne de comparaisons à faire, en effet, entre l'époque actuelle et ces époques trop ineonnues ou déjà trop on- Miées! Que d'utiles leçons, oue d'utiles averUssemens ne peut-on pas y trouver pour les peuples comme pour ki gouvernemens I
Ou verra nûenx que la contre-févolution opérée paf la restauration a été la véritable canse de la rév(^ntiou de 4880, cpie le retour aux principes de 4789 était son YdfîtaUe hut, et que l'exercice réel de la souveraineté m$r tienale devait être sa véritable eansèquenee.
On sentira mieux les iUègaliiés commises depuis cette révolution de Juillet, Fusurpation du 7 août, tes tro^i sons du gouvernement, les projets nécessairement hostiles des puissances étrangères , les calamités qu'entratnerait une invasion nouvelle ou seulement une troisième restauration , et la nécessité qui nous presorit de tout faire pour nous en préserver. /^
Je vais donc examiner rapidement , dans une première partie, les révolutions de 4789, 4792, 4799 et 4804, en prenant principalement pour guide l'Histoire de la réydlution, par Mignet; dans «ne seeonde partie, j'examiiifSrai- la restauration , et èmnûoe troisième , la révolution de 4830.
Je n'ignore pa$ combien de haînea, et de haines puiif
santés et redoutables je vais attirer sur ma tête ; mais si , depuis 4844, ma vie n*a été qu'une lutte périlleuse en faveur de la liberté , aujourd'hui que la confiance et le mandat de mes concitoyens m'imposent plus spécialement Fobligation de publier les vérités que je crois utiles au pays, rien ne pourrait m'empêcher ae faire ce que je regarae comme l'accomplissement d'un devoir.