AYANT
§ 1**. — Deux mots sur l'ancien régime. — Souveraineté nationale. — Usurpation. — Légitimité du droit divin. — Despotisme. — Causes de la révolutkm de 4789.
Je ne m^ arrêterai pas à dire que , lorsquVUe s^ëtablit dans la Gaule , il y a près de 4 400 ans , la nation française était libre et souveraike ; que son gouvemeineEt était démocratique ou républicain: qu^elle élisait son Foi j qui n^était qu^un g^énéral , et qu^elle se réunis^l chaque année dans les assemblées du Champ-de-Maî, pour faire les lois , et pour délibérer sur ses principales affaires.
Ce premier gouvernement dégénéra bientôt en aristocrate militaire, sous le nom de gouvernement féodal. Les grands ayant usurpé foute la puissance, les rois, presque sans pouvoir , ne furent plus que les chefs de la noblesse et du clergé. Les nobles et les prêtres étaient alors autant de petits tyrans , se faisant adorer comme des êtres d^une nature supérieure à celle de l'homme, sans reconnaître pour eux aucune morale, aucun devoir, aucun frein. Le peuple, dépouillé de tous ses droits, n'était plus qu'un troupeau (Tesclaves possédés et traités comme de vils animaux. Toutes les jouissances étaient pour ses maîtres , tandis qu'il n'avait lui même en par-
lage que la servitude, le travail, rhumiliation et la misère.
Les rois, à leur tour, travaillant sans cesse à augmenter leur puissance , semant partout la division , concédant quelques droits au peuple pour affaiblir Paristodtttie , séduisant les uns , opprimant les autres , parvinrent à constituer une monarchie héréditaire et aosolue : mais ce ne fut qu^à force d^ntrigues , de guerres civiles , de cmnes et de massacres (comme celui delà Saint-Barthélémy ) ; et , dans la longue liste de nos rois , on en oompte à peine deux ou trois qui méritent Testime et la reconnaissance de la nation.
€es rois , abusant de Fignorance universelle , osèrent établir en principe qu41s tenaient leur puissance de Dieu , et de Dieu seul ; qu'ils n^avaient d^autre règle que leur bon plaisir ; qu'ils étaient propriétaires du sol , et MoKref de leurs sujets: que ceux-ci n'araient d'autres droits que ceux que leurs souverains voulaient bien nettoyer et concéder , et que ces concessions étaient esaentiellement révocables, cbaque monarque n'étant qu'un dépositaire , obligé de transmettre sans altération fantorité royale à son successeur.
Mais cette prétendue légitimité de droit divin, ima- Ipnée dans des temps de superstition , lorsque le pape,. «e prétendant roi de la terre, donnait et retirait les royaumes , n'était évidemment qu'un outrage à la raison humaine.
Tout absurde qu'elle était , elle n'en était pas moins la base de la monarchie de Louis XIY , de Louis XY , do Louis XVI , comme elle est encore , aujourd'hui même , le fondement de presque toutes les monarchies de I^urope.
X^uand Louis XVI monta sur le trône, en mai 1774, la nation était encore divisée en trois ordres , la noblesse , le elerqé et le UerS'étal ou le ;peuple. La noblesse et le clergé possédaient encore presque toutes les terres, et jouissaient d'une foule de privilèges; presque tous les avantages étaient encore pour eux , et les charges pour k peuple ; celui-ci était encore livré aux caprices d'un roi «u des ministres , à l'insolence et à la rapacité des courtisans, des favoris, des confesseurs et des maîtresses^ en
un mot , la France était encore opprimée par Tusarpatton , Farbitraire et le despotisme.
Hais, depuis la décoUyerte de l'imprimerie, la barbarie avait fait place à la civilisation, Tignoranoe à la lumière, la superstition à la philosophie, Terroar à la vérité. Des écrits de tons genres , et la courageuse lotte que le parlement venait de soutenir pendant plus de cin' puante ans contre les excès du pouvoir royal ou ministé riel , avaient éclairé tous les esprits. Le tiers-état était devenu puissant par son industrie, ses richesses, son initruction et le sentiment de sa force : chacun connaissait ses droits ; chacun voulait la justice , la liberté , Tégalité surtout ; et le temps était venu où rien ne pouvait empêcher Tune de ces grandes réformes politiques et sociales qui régénèrent les nations.
Ce forent la dilapidation des finances et T épuisement du trésor qui firent éclater la BivoLUTioN , déjà opérée dans Topinion publique.
Je me hâte d'arriver à cette révolution.
§ 2. — Louis XFÏ. — Etats-généraux. — Serment du Jeu-da-Paume. — Séance royale du 24 juin. — Prise de la BasHlle. — Révolntien. — - Assemblée eonsiituante.
n parait que Louis XYI , jeune , économe , sans besoins personnels , sans autres passions que celles de la chasse et de la serrurerie , veut d^abord satisfaire Topinidn publique , réformer les abus , faire des concessions à la liberté , et sWeuper du bonheur du peuple.
Mais , égaré par une mauvaise éducation , imbu de tons les préjugés en pouvoir abaola , faible de caractère, "S^ns confiance en lui-m<ême , irrésolu , jouet do tous ceux qui rentonrent , dominé par une reine altière , tles frères ambitient , des courtisans et des prêtres avides ; il veut bientêt agir en maître.
Les emprunts s'étant élevée , en peu d'années, à un
nillard six cent quaraaatte-sit-roilHons , le revenu public
-présentant un déncît de 440 millions , ou de 56 seiiAe-
ment , selon d'autres^ de novveim emprunta ou nie
niMiveaui impôts paraissant impossibles, le roi convoque, en février 4 787 , une première assemblée des notahles , c'est-à-dire des pnviiégiés exempts de Fimpôt , et leur demande de venir au secours du trésor royal.
Plus libéral et plus populaire que la majorité dans la session de ^854 , il kur propose Y entière liberté du commerce des grains , et une forte diminution sur le prix du seh
Mais les notables refusent tout.
Deux nouveaux impôts , la subvention territoriale , et un droit de timbre , puis un emprunt de 420 millions , sont succiîssivement créés par orcfonnances.
Mais le parlement se plaint vivement des effroyables dilapidations commises par la reine , le comte d'Artois et la cour , refuse d'enregistrer les édits , fait des remontrances énergiques , proteste , brave les menaces , et demande les états-généraux*
Louis tient des lits de justice , parle en sultan y force renregistremcnt , fait enlever les plus ardens parlementaires , exile le parlement , et veut le remplacer par une courplénière.
Mais l'opinion publique s'irrite ; la résistance est partout.
Le roi cède : la liberté de la presse est offerte , le
parlement est rappelé , et les états-généraux , supprimés
' depuis 4 70 ans , vivement redouta par la comr , aussi
vivement désirés par la nation , sont enfin convoqués
pour le mois de mai 4789.
XJne seconde assemblée des notables en détermine la "^Ibrme , et décide que le tiers-état aura autant de députés que les deur autres ordres réunis : c'est un immense avantage pour le peuple , et la vérité force à dire que c'est le vote de Monsieur (deveiiu depuis Louis XYIIÏ). qui détermine cette grande et heureuse décision.
Les états-généraux seront donc composés de 4,200 membres , dont 500 seront élus par la noblesse , 500 par le clergé et 600 par le tier9-ét4t ou le peuple.
Tous les citoyens participeront à Félection des députés ; tous seront éligibles , et les électeurs pourront remettre à leurs mandataires des colliers, ou mandats écrits , contenant leurs doléances et leurs vœux.
Mais Louis XVI qui, dans la réalité, repousse les états-généraux , ou qui veut s^en servir pour rendre son autorité plus absolue et plus indépendante , fait secréteinent tous ses efforts pour iniluencer les élections.
Cependant tout est en mouvement à Paris et dans les provinces : des milliers d'écrits et de journaux éclairent partout Topinion publique.
Les cahiers sont unanimes pour demander la réforme des abus, Fabolition des privilèges, la consécration de Y égaJiié ci\\\e, une constitution écrite, de justes li mites au pouvoir royal , et des garanties populaires.
Plus de 6 MILLIONS de citoyens participent à Télec* tion.
Les 4 ,200 élus sont vraiment V élite du pays.
Us arrivent à Versailles.
Louis XVI fait K^vcrture de rassemblée , le 5 mai , et reconnaît que leiT'états-généraux représentent la ^lation.
Voilà donc en présence la nation presqu'unanime, et le roi , ou plutôt la cour.
Mais la discorde éclate aussitôt. —> Comment votera-ton? La noblesse , le clergé , le tiers-état , délibéreront-ils dans trois chambres séparées , et le refus d'un des trois « corps détruira-t-il le consentement des deux autres? Ou bien , n^y aura-t-il qu'une seule assemblée délibérant en commun , et votant à la majorité des voix ?
Évidemment , la réponse va décider du sort des étatsgénéraux.
La cour , qui veut les paralyser , exige le vote par oT' dres; le tiers-état, qui veut un résultat national et populaire , réclame le vote par têtes.
Pendant plus d'un mois , on négocie sans pouvoir s'ac« corder.
Enfin , les députés du peuple , tranchant la difficulté , le 47 juin se- déclarent assemblée nationale, et invitent les deux autres ordres à venir délibérer avec eux.
La France applaadit avec enf houvasmie à cet acte éner-
Mais le 20, quand les doutés se présentent à leur «aile , ils en trouvent la porte fermée par ordre du roi.
Ils se retirent alors , aux acclamations du peuple et des soldats eux-mêmes , dans la salle du Jeu^e-Paume , et là , debout, les mains tendues, bravant tous les danj^ers, électrisés par la grandeur et la sainteté de leur mission , ils jurent unanimement et avec transport de ne se séparer *^'après avoir fait la constitution.
Le 22 , le Jeu-de-Paume étant fermé , c'est dans une égHse qu'ils se rasseml)lent , et c'est là que la majorité du clergé vient se réunir à eux.
Mais le 25, Louis, poussé par la cour, entouré d'un imposant appareil militaire , tient un grand lit de justice , parle en maître , casse tout ce qui s'est fait , prescrit de voter par| ordres et non par têtes, défend de faire une constitution , détermine lui-même les objets dont les étatsgénéraux pourraient s'occuper , ordonne aux trois ordres de se rendre dans leurs chambres respectives, et sort, après avoir menacé de dissoudre si l'on résiste à sa volonté.
La noblesse et le clergé obéissent , et se rendent dans leurs chambres.
Le tiers-état indigné reste immobile.
Le grand-maître des cérémonies vient lui rappeler l'ordre du roi.
« Allez dire à votre maître , s'écrie Mirabeau , que nous » sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en » sortirons que par la force des baïonnettes. »
L'assemblée se met majestueusement et courageusement à délibérer , confirme tous ses arrêts préeédens , déclara l'iiiviolabilitë de ses membres et Irresponsabilité des ministres , et persiste dans son serment de faire la constitution.
La cour n'ose pas exécuter ses menaces.
La majorité du clergé se réunit de nouTeau à l'assemblée ; 47 députés de la noUesse , et notamBieiil le duc
4f Oolétns ^ 8^y joigiœiit aussi ; le reste des deux ordres i^y réuDÎt enfin , sot TinTitation de la conr elle-inèine , et, le 27 juin, les i ,200 députés commencent à délibérer en commun.
Paris , Versailles et la France entière applaudissent encore à rassemblée nationale.
Jllais Louis XVI veut rester maître : il ne reculera ni devant Temploi de la force , ni devant refîusion du sang des députés et des citoyens. Les régimens allemands , lea régimens suisses , presque toute Tarmée sous les ordres du maréchal de Broglie, arrive précipitamment , investie sent et menacent rassemblée, Versailles et la capitale.
La cour les excite au carnage : tout fait craindre une nouvelle Saint-Barthclemy.
Mais Paris slnsurge ; le peuple court aux armes et se barricade; la garde nationale sWganise; pour la première fois, on arbore une cocarde tricolore; les gardes françaises qui , peu de temps avant , ont fait feu sur une émeute, se joignent à rinsurrection, et, le '14 juillet, jour d^immortelle mémoire, la Bastille est emportée d'assaut.
Les courtisans trompent Louis XVI et lui cachent cetle
effrayante victoire populaire ; maJLS LarocfaefoucauU-
Liancourt parvient à lui faire connaître la vérité : « C'est
« une révolte, s'écrie le roi. — Non, $ire, répond le duc ,
t c'est une aivoLUTioir.
Mais Tarméen-est pas sûre ; elle parait hésiter, et menue iraterniser avec le peuple : Louis s!effraie.
Il fait éloigner les troupes : il vient serA à Paris ; et la population, qui n'accuse que les perfides et cruels conseillers du prince, raeoueille avec des cris de reconnaissance et d'ami^ur.
Voilà donc l'assemblée reconnue unique, naHonàU et cOHsnTUijfiEEl Voilà donc une incalculable révolution déjà commencée 1
«it uoîtefttd ;jbes sepitimens les fin»
généreux échauffent tous les cœurs , exaltent toutes les têtes , et si le prince est sincère y la France va deyenir le modèle et Tenvie des autres peuples.
§ 5. — Nuit du 4 août. — Abolition des privilèges et de$ monopoles. — Constitution de i 79^ .
L'assemblée s'occupe d'abord de réformer les abus si^ gnalés par les cahiers.
Tel est alors Tenthousiasmc universel pour tout ce qui est grand et généreux , que ce sont des privilégiés qui donnent eux-mêmes Fexemple des sacrifices et rivalisent entre eux de patriotisme.
Tout ce qui reste du régime féodal est aboli, ainsi que les privilèges et les monopoles , dans la nuit du 4 août , nuit immortelle , qui consacre le triomphe de la révolu* tion morale , comme la journée du ^14 juillet a consacré la victoire de la révolution matérielle.
Une médaille est frappée pour éterniser la mémoire de ee grand événement , et Louis XYI , à la sincérité duquel on croit encore , reçoit le titre glorieux de Restaurateur de la liberté française.
L^assemblée proclame ensuite les droits de Thomme et du citoyen , la liberté , l'égalité , la sûreté personnelle et la propriété : elle déclare que la nation est souveraine ; qu^elle a seule le droit de faire sa constitution par Forgane de ses députés ; qu'elle a toujours celui de la réviser; que tous les pouvoirs émanent d'elle ; que le roi n'est que le premier de ses mandataires , et que la constitution , les lois et l'administration doivent avoir pour but unique l'intérêt national.
Puis j procédant à la constitution y elle organise une monarchie représentative avec des institutions populaires ou républicaines.
Trois pouvoirs principaux sont établis, législatif, exécutif, judiciaire.
Le pouvoir législatif est confié à une seule chambre
composée de sept cent quarante-cinq députée élus pour deux ans , ayant seule 1 initiative- des lois et' d
des impôts ,
et ne pouyant ni être dissoute ni être environnée de troupes.
Le pouvoir exécutif est confié à un roi héréditaire, inviolable, mais n^agissantque par des ministres et des agens responsables , et n^ayant qu'une garde particulière de 4 ,200 hommes à pied et 600 à cheval.
Le pouvoir judiciaire est remis à de nouveaux tribunaux; les juges et Taccusatenr public lui-même sont élus à temps : tous , ainsi que les jurés, sont complètement indépendans du gouvernement : les justices de paix sont établies , la cour de cassation est créée.
Les communes et les départemens s'administrent euiroêmes sous la surveillance de commissaires nommés par le roi.
Les administrateurs communaux et départementaux , les officiers de la garde nationale sont électifs.
Tous les corps choisissent leurs présidens.
Tous les citoyens âgés de 25 ans, et payant une contribution quelconque d'environ 5 fr., sont gardes nationaux, participent aux élections dans les assemblées primaires, choisissent des électeurs qu^ils chargent d^élire les députés et les fonctionnaires, et sont éligibles à toutes les fonctions publiques.
Pour pouvoir être choisi électeur, il suffit d'être propriétaire , usufruitier ou locataire d'un immeuble payant environ 50 fr. d'impôt.
Tous les citoyens ont aussi la liberté de publier leurs opinions et de s'assembler paisiblement et sans armes.
Enfin, des codes civil et criminel, des établissemens de secours et de travail pour les pauvres , une instruction primaire gratuite, et des fêtes nationales compléteront les mstitutions nouvelles.
Après avoir terminé son ouvrage et fait beaucoup de lois organiques , l'assemblée constituante se dissout le 29 septembre )794, fait place à l'assemblée législative, et pousse le désintéressement jusqu'à se déclarer inéligible pour cette assemblée.
Telle est en substance la première constitution française.
Cette constitution a été préparée par les cahiers conte-
nant les voeux de la nation, et par tous les écrits des philosophes et des puhlicistes , soit étrangers et nationaux , •oit anciens et modernes. — Elle a été discutée avec calme, maturité et solennité , pendant deux années , par les hommes du premier talent , éclairés encore de toutes les lumières de la presse. — Elle a été votée par une assemblée nombreuse, choisie par six millions de citoyens, représentant réellement le pays , admirable par son cou rage, son patriotisme, son esprit de justice et de générosité. •*— Résumé de Texpéricnce et de la philosophie du dix-huitième siècle , expression de la volonté nationale , die obtient l'approbation de la France entière , et mérite qu'on s'incline respectueusement devant elle comme devant l'arche sainte où les générations futures viendront puiser les vrais principes de la liberté.
Elle est imparfaite , dit-on I — Mais qu^y a-t-il de parfait sur la terre? N'est-elle pas cent fois meilleure que l'ancien régime , et même que les constitutions postérieures du consulat et de Fempire , et que les chartes de 4^4 et de 4850? Ne peut-elle pas être révisée plus tard et améliorée?
Elle laisse trop peu de puissance au roi ! — Mais l'assemblée , qui renfermait trois cents députés de la noblesse et trois cents députés du clergé, n'a-t-elle pas voulu donner au monarque tout le pouvoir nécessaire au bien du pays? N'a-t-elle pas pensé que la constitution lui donnait, en effet, une autorité suffisante? Et si Louis XYI l'adopte sincèrement; si, au lieu de faire tous ses efforts pour la détraire , il les fait pour l'exécuter, n'est'il pas évident qu'elle pourra faire le bonheur du peuple et la gloire de s(m chef?
Assez puissant pour faire le bien , il ne Test que trop ^encore pour faire le mal.
Qu'il l'accepte donc , cette constitution , sans arrièrepensée : c'est évidemment son devoir et son intérêt.
Mais, malheureusement pour la France et pour lui, la cour ne veut aucune constitution quelconque fondée su le principe de la souveraineté nationale ; et ce prince, tro] faible et peu loyal, devient son instrument et son eom plice pour arrêter et détruire la révolution.
Revenons sar nos pas.
] 4. — Faction contre - rèvohUionnaire. — Louis Xll à ta tète. — - Projets de violence, — Repas des V^ et 5 octobre. — Journées désuet 6, — Perfidies. — Feintes acceptations de la constitution. — Parjures» — Fuite.
Noiu a;roii8 tu Louis XVI manoBuvrer pour faire ayor^ 1er les élections et les états-généraux , puis menacer Fataemblée au 25 juin ^1789, puis appeler ses soldats pour la dissoudre par la force ; nous avons vu ses projets sanguinaires déjoués par le 44 juillet.
La contre-réTolution forme un autre plan : on feindra de consentir ; on promettra y on acceptera ; on jurera même ; mais on emploiera tous les moyens d^ acquérir de la confiance et de la popularité ; on se retirera dans une province éloignée , ou sur un territoire étranger , pour
L organiser militairement tous ses partisans ; on appelra , s'il est besoin , tous les rois de TËurope , et Ton reviendra , avec des baïonnettes , rétablir violemment le pouvoir absolu et punir des sujets révoltés.
Ainsi la cour ot ses partisans , c'est-à-dire alors moins de deux cent mille individus , ao mettent en état de guerre contre la nation presque entière.
Louis XVI repousse aabord les premiers décrets conatitutionuels , puis les accepte , ou plutôt feint de les accepter , et se prépare à la fuite.
On fait vonir à Versaille les troupes sur le dévouement desquelles on croit pouvoir compter , notamment les dragons et le régiment de Flandre. Tout est mis en usage pour exalter leur ardeur contre^révolutionnaire. Le 4 ^ octobre on fait offrir une fôte aux officiers par les §ardes-du-corp6. On met à leur disposition le palais jneme du roi , sa grande salle des spectacles et sa musique. Les simples soldats y sont admis. Le roi y la reine tienant le dauphin dans bras , y paraissent pour exciter Fenthousiasme. Les tètes sont échauffées par le vin , la musique , les chants et les cris ; Fépée à la main , on boit à la sauté de la famille royale , en blasphémant conti?6 la nation ; on aonne la charge , on foule aux pieds
la cocarde tricolore , on escalade les logées pour simuler une attaque contre le peuple , on se répand en triomphe dans les galeries du palais y et Ton arbore la cocarde blanche et des rubans distribués par les dames de la cour, prodiguant les félicitations et les epplaudissemens.
Les même scènes se renouvellent le lendemam.
Mais bientôt tout est connu dans Paris. Le peuple 8*en eifraie , ou plutôt s^en irrite , s^ameute y se porte en masse à Yersaille les 5 et 6 octobre , et ramène la fa-^ mille royale aux Tuileries , pour être plus sûr qu^elIe ne pourra ni conspirer ni «^enfuir.
La cour n^en continue pas moins sa conspiration.
Dix autre» projets d'évasion ou d'enlèvement sont encore déconcertés , sans qu'on perde Tespoir de réussir enfin.
En attendant , on dissimule , on ne néglige aucun moyen d'acquérir de la popularité , et , pour mieux inspirer de la confiance , on accepte la constitution.
Le 44 juillet ^1790, anniversaire de la prise de la Bastille , au milieu du Ghamp-dc-Mars , en plein air , sur un autel de la patrie , après une messe célébrée, au bruit des instrumens militaires , par Talleyrand , alors évêoue d'Autun , assisté de quatre cents prêtres , vêtas de rooes blanches , décorés de .ceintures tricolores flottantes , la représentation nationale , des députés spéciaux envoyés par quatre-vingt-trois départcmens pour contracter , en leur nom , une fédération fraternelle , des députés de toutes les armées , la garde nationale et toutes les autorités de Paris , en présence de quatre à cinq cent mille spectateurs , latéralement placés sur des gradins de galon , prêtent serment à cette convention. Louis XYI , à son tour, jure de l'observer ; la reine elle-même , levant le Dauphin dans ses bras , parait s'unir aux sentimens du roi.
Quoi de plus solennel et de plus sacré qu^un pareil serment prêté à la nation , en face de ses représentans et sous l'invocation du ciel !
Qui pourrait douter de la sincérité du monarque?
Aussi le peaple , toajoars confiant et crédule , lui prodigue les acclamations et les témoignages d^attachement et de respect. La joie et l'espérance se répandent dans toute la France avec les députés fédérés retournant dans kars départemens.
Cependant ce serment solennel n^est qu^un odieux parjare , et Louis XVI trompe la nation et même ses ministres : car , tandis qu'il fait signifier officiellement son acceptation à toutes les puissances , il écrit clandestinement , dit le marquis de Ferriéres ( tome 2 , p. 277 ) , une eontre-littre à ses ambassadeurs , pour qu'ils n'ajoutent aucune foi à ces notifications , et pour qu^ils en pré- Tiennent les souverains.
Le 46 avril 4794 , il écrit à Tévêque de Glermont qu'il a toujours regardé son acceptation comme un (tcte forcé , et que , s al vient à recouvrer sa puissance , il est fermement résolu de rèiahlir pleinement le cuite caiho- Uque dont les prêtres ont été assujétis à prêter serment comme citoyens.
Vainement le duc de Larochefoucault-Liancourt lui présente-t-il une adresse au nom du département de PariSj pour l'exhorter à suivre franchement la constitution ;
Vainement lui dit-il : « Sire , on voit avec peine que
• vous n^êtes servi presque que par des ennemis de la conr
• stittifton , et l'on craint que ces préférences trop ma- » nifestcs n'indiquent les véritables dispositions de ro- » ire cœur,
» Sire , par une démarche franche , éloignez de vous B Us ennemis de la constitution ; annoncez aux nations » étrangères qu'il s'est fait une glorieuse révolution en » France ; que vous l'avez adoptée ; que vous êtes main- » tenant le roi d'un peuple libre ; et chargez de cette » instruction y d'un nouveau genre , des minisires qui
• ne soient pas indignes d'une si auguste fonction. Que
• la nation apprenne que son roi s'est choisi , pour envi-
• ronner sa personne , les plus fermes appuis de la li-
« hertè : car anjourd'hui il n^est pas d'autres vériiéblm • et utiles amis du rei {^).
U n'en persiste pas moins à ne s^entourer que de prêtres , de nobles et de parens d^émîgrés , protestant toàjours de sa sincérité , mais travaillant toujours à préparer sa fuite.
Il pousse même la perfidie ( dit le marquis de Ferrières y tome 2 , page 304 ) jusqu'à écrire à TasserobUe nationale pour se plaindre de ce que les journalisUS osent avancer qu'il a le projet de s'éloigner de Paris; di, peu de jours après , le 20 juin , il part clandestinemenl, avec la reine , et se dirige vers le camp de Bouille , à Montmédie , laissant une protestation écrite de sa mailla contre la constitution et la révolution , sous Fabsurda prétexte que son consentement n'a jamais été libre.
Arrêté k Varennes par le maître de poste ; ramené au milieu des gardes nationales des 'départemens , qui manifestent leur enthousiasme pour la révolution et la 4îonstitution ^ reçu dans un morne et imposant silence par le peuple de Paris , qui partout avait écrit sur lai murs : Quiconque saluera Louis , sera battu ; quieonqm l'insultera , sera pendu ; provisoirement dépouillé de set fonctions , menacé de la déchéance et d^un jùgeraent-î rétabli , reconnaissant , après un long et mûr exame^^| que la constitution réunit Tassentiment universel , il dé' dare Faccepter librement et volontairement ; et , le 'l 4 septembre 479^ y dans le sein de Fassemblée nationale, il jure solennellement une seconde fois de la faire fidèiisment exécuter.
Mais ce second serment n'est qu'un nouveau parjore.
Le parti de la cour dans Fassemblée ( 290 membres de la noblesse et du clergé ) , d'accord avec lui , vient de prùtester d'avance contre la constitution ; ses frères et
mm
(i) Ce fut Talleyrand qui rédigea cette «dreMe ; dn moiiM;il B>n fit un mérite quand il eut été décrété cTaccusalion par la Convention nationale» en novembre 17i)2, comme traître à .la -sévoltttion.
I» princes prêiestent publiquement fontre son sceep* Mion , et lui-même , toujours d'intelligence avec eui , 01 f'oeeupe que des moyens d'annuler son nouveau ser-
■ Jamais , dit la reine & Dumouries , en juin 4794 , le I roi ni moi ne pourrons souffrir toutes ces nouveautés
• m la fonstiMion. » (Dumouriez, tome 2, p. 465. «— Fvrières, tome 5. — M™*Gampan , tome 2.)
• l'entends , dit le roi à M"^* €ampan , peu de jours ifrant le 40 août; Mandat (commandant de la garde
• nationale de Paris) est un homme qui défendrait mon I palais et ma personne , parce que cela est imprimé dans
il H constitution , et qu'il a juré de la maintenir , mais . • qni se battrait contre le parti qui veut Vautoriiè sou- ^ I versifie ; c'était bon à savoir d'une manière positive , - • je vois ce que je dois attendre de lui. » (M*^ Gampan, ^ tome 2; page 255).
§ 5 . — ÉmigraHon, — Son iniolence.
I^endant ce temps , les contre-révolutionnaires émi- ,|Knt.
Le comte d'Artois (devenu depuis Charles X) a donné Fêiemple ; aussitôt après le44 juillet 4 7S9, avec les Igineé de Condé et de Gonti et la famiHe PoHguac.
Le duc de Bourbon et les tantes du roi partent plus tard.
Monsieur, l'ainé de ses frères (devenu depuis Louis I?III) , part le 20 juin 4794 , avec les pouvoirs de ; Ls«is XYI et le titre de régent. Les plus ardens émigrent fenx-mêmes : on excite les officiers et les soldats h la désertion ; tous les gardes-du-corps passent à Tétranger ; en envoie des quenouUles aux nobles qui balancent encore dans leurs châteaux ; on menace de dégrader ceux qui retiérûent : plus de 20,000 hommes s'organisent muitaimmcat à Bruxelles, à Worms, et surtout à Coblentz, s'appdlent la France extérieure, insultent leur patrie et la ■Mnacent de l'attaquer & main armée pour y établir Tantsrité souveraine. Louis XYI les désavoue publiquement; mais^ tout en les redoutant qndquefoîs, il les approuve
en secret, correspoud mystérieusement avec euK, les en* courage, autorise et garantit leurs emprunts, leur envoie . partie de sa liste civile, et, quand rassemblée législative .veut enûn prendre contre eux et les prêtres inassermentét les mesures nécessaires , il refuse d^y donner sa sanction.
L'émigration, s^imaginant d^abord quelle suffira pour, soumettre les révoltés , agit sans déguisement au nom du roi , enrôle des troupes étrangères , et traite avec lo prince de Hohenlohe, qui lui amène un régiment d'infanterie , et dont le fils sera fait pair et maréchal de France après la restauration.
« A moins d'avoir vu les réunions d'émigrés à Goblenti » et dans les Pays-Bas autrichiens , dit Tabbé de Mont- » gaillard (tome 5, page 9), il serait impossible de se » faire une idée juste de leur légèreté, de leurs bravades, • de leurs vociférations contre le nouvel ordre de choses. » Des fouets de poste suffiront , disaient-ils , pour chasser » devant nous ces roturiers, ces tnanans, qui ont pris des » épaulettes et des épées : toute cette canaille se dispersera » aussitôt que nous aurons passé la frontière. »
Nous verrons cette prétendue canaille leur donner de rudes leçons. ,
g 6. — Appel de l'étranger, — Coalition. — Projets cb
démembrement.
Mais rémigration et la cour sentant bientôt leur insuffisance , implorent Vintervention étrangère , et provoquent la coalition do tous les rois contre la France.
Dés le mois de septembre ^1790, le baron de Breteuil, ei-ministre , reçoit de Louis XVI un pouvoir illimité pour traiter avec les cours étrangères, proposer et accepter tous les moyens propres à rétablir en France Tautorité royale telle qu'elle existait avant Fouvcrture des états-généraux. (Monlgaillard , tome 3 , page 450. )
I>ès le 5 décembre de la même année , Louis XVI écrit hii^même aux souverains de Prusse, de Russie, d'Espagne et de Suède , la lettre suivante :