‹ Révolution de 1830 et situation présente (nov. 1833): expliquées et éclairées par lesChapitre 6 sur 18 · VOICI LE RÉSULTAT DIT VOTE · texte numérisé non relu

VOICI LE RÉSULTAT DIT VOTE

L'assemblée se compose de ... . 749 membres.

Absens par commission ...... '1 5

— par maladie 7

— sans cause et censuré. . . •!

Refusant de voter "" 5

Votans 724

Pour les fers

Pour la (IcieDtion ou le bannissement ; quelques-uns ajoutent la

Ï>eine de mort conditionnelle si e territoire est enyahi 286 > 554

Pour la mort a\ee sursis y soit après Fexpulsion des Bourbons , soit à la paix , soit à la ratiGcation de la constitution 46,

Pour la mort 564

Pour la mort, en demandant une discussion sur le point de savoir . s^il conyiendrait ou non à Tinté- } 587 rêt public quelle fût ou non différée j et en déclarant leur yote indépendant de celte demande. 26^

Ainsi pour la mort sans condition. 587' Pour la détention, les fers ou la

mort conditionnelle ...... 554

Absens ou refusans

Le président déclare que Louis est condamné à r

Les trois défenseurs sont introduits, et lisent un ire de Louis , par laquelle il demande Fappel au pe

Us demandent aussi le rapport du décret pris au mcncemcnt de la séance sur la majorité nécessaire la peine. On les écoute encore 1 Malesberbes proi quelques paroles entrecoupées de san^vlots : la doulei ce vertueux et vénérable vieillard émeut rassemblé quoique le jugement soit prononcé , on met sa den en discussion!!... mais elle est rejetée.

Le 'l 8 , on renouvelle Fappel nominal pour s' as qu^il n'y a point d'erreur dans les votes !

Le 49 , ceux qui veulent sauver le condanmé de dent un sursis à Fexécution ^ et , quoique cette qu< soit déjà préjugée par le décret du 4 5 sur le rej Fappel au peuple, une longue discussion s'engage en Mais 540 votes seulement admettent le sursis, taudi 380 le rejettent; et les girondins sont pour le rejet

Enfin un dernier décret définitif condamne à mort Umis XVI, cofipabh de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentat contre la sûreté générale de l'état.

Le 20 , le dépnté Michel Lepetlctîer, membre de Tanâenne noblesse, et Tun des plus g^énéreux partisans de b révolution, est publiquement assassiné par Tcx-gardedu-corps Pâi*is , pour avoir voté la mort : cet assassinat sur un membre de la représentation nationale achève de détruire le peu d'intérêt que pouvait encore inspirer Louis XVL

Et le 24 , 600,000 personnes assistent silencieusement kla dernière heure de ce malheureux prince, qui meurt courageusement en proleslaut encore de sou innocence.

On peut dire que la nation entière a pris part à ce grand

Kès : elle connaît toutes les pièces de Taccusation et de éfense, et considère ce grand sacrifice comme un acte de justice et de nécossilé.

Sept des députés absens envoient leur rote pour la aiort.

Des ADRESSES saus nombre , envoyées par les armées , les mvnicipalités, les départemens, les tribuuaux, les sociétés populaires , de simples citoyens , et contenant plus

de ClJiQ MILLIONS DEUX CENT MILLE SIGNATURES , adhè-

reni à cette oondamnation.

Plus des sept-lraitièmes de la France Tapprouvent, dit Camot.

Aussi , la restauration condamnera-t-elle la nation entière à expier la mort de Louis XVL »

Et cependant peut-on accuser la Convention et la nation?

N'est-ce pas à l'unanimité que Louis XVI a été déclaré soopable par l'assemblée et par le pays ?

Parmi tant de juges qui Vomi condamné ou qui ont adhéré à sa condamnation , n'y avait-il aucun comr ho» main et sensible, aucune âme généreuse et juste?

Ceux mêmes qui désirent le sauver n'ont-ils pas reconnu son crime?

Ce crime n*était-il pas manifeste, et n'^-il pas le plus grand des crimes ?

En UQ mot y quelle est la véritable cause de sa perie N'est-ce pas sa déloyauté , ses parjures , ses trahisoas et son alliance avec Fétrangcr contre sa pairie?

N'est-ce pas sa femme qui , par ma fatale influence, Y

Foussé depuis long^-temps dans la route qui Ta conduit abîme?

N'est-ce pas la camarilla de prêtres , de nobles et d contre-révolutionnaires , dont il prenait secrètement le conseils et suivait les inspirations ?

N'est-ce pas ses frères Loifis XVIII et Charles X , € l'émigration, qui l'ont sacrifié à leur ambition personnelle et qui se sont publiquement réjouis en apprenant son sup iHice i

N'est-ce pas la coaliiion étrangère , qui poussait à ton tes les violences dans Tespoir qu'elles désor^janiseraîen le pays et serviraient leurs projets de despotisme et d conquête?

Sans doute, aux yeux des Bourbons , des émigrés, de contre-révolutionnaires et des rois étrangers , les votan sont des régicides, la Convention est criminelle, la Franc entière est coupable ; et si la contre-révolufion et la oof lition triomphaient bientôt , des torrens de sang veng< raient la mort de Louis XVI.

Mais la France n'en juge pas ainsi : pendant sept o huit ans , l'anniversaire du 2^1 janvier est célébré , no par un deuil , mais par une fête , comme un jour d triomphe pour la liberté : le peuple , Farmée , les fonc tionnaires publics ( notamment Talleyrand , ministre de affaires extérieures en l'an vu. — Constitutionnel du 5< octobre 48^9) prêtent à l'envi le serment de haine à l royauté ; et , pendant bien plus long-temps encore , k prétendus régicides seront élus ou nommés aux poste les plus éminens , et siégeront à la représentation natk nale ; on leur conGera même des ministères et le gouyei Qement de l'état.

Que la faction contre-révolutionnaire cesse donc de n

{présenter Louis XVI comme le plus vertueux et le mei eur des rois , sa condamnation comme un crime que 1

nadon doit expîor par un deuil éternel, et la Convention comme une assemblée d'assassins !

Qu'on ne dise pas non plus que c'est la condamnation de Louis XYI qui causera tous les malheurs qui vont sui- Tre : ces malheurs sont tous Finévllable effet , soit de sa trahison , soit des attaques des émi^rrés , des contre-révolationnaires et des despotes européens. Cette condamnation pourra bien aug^menter la haine et la fureur de Vétran(jer et des ennemis de la révolution , mais elle va décupler aussi réncr{[ic nationale eu imposant la nécesâté uc vaincre ou de périr.

« Ali ! les rois nous délient ! disait Danton ; ils osent a nous menacer ! Eh bien ! acceptons le cartel ; et y pour • commencer cette (guerre à mort , faisons rouler à leurs [ » pieds une tête de roi... ! »

Après avoir ainsi brûlé ses vaisseaux , il ne reste plus que la mort ou la victoire : mais le peuple , aussi énergique au moins que ses représcntans , veut vaincre et sera vainqueur.

I- I "10. — Péril extrême, — Coalition générale. — Insurrection de la Vendée, — Insuirections girondines. -i^' Revers, — Divisions et proscriptions entre les patriotes girondins, montagnards, hébertistes , dantonistes et rohespierrisies, — Energie de la Convention, — Comité de salut public, — Terreur révolutionnaire. — Levée en masse, — Pays sauvé, — 9 thermidor an ii. — Chute de Robespierre, — Réa^:-

l tioni — Terreur modérée. — Désai-mement du peufie, — Terreur royaliste. — Massacres du Midi, — Quiberon, — Insurrection royaliste du ^ô vendémiaire. ■^^ 4 ftrtewatrc a»i rv ( 26 octobre 4795), fin de la ' Convention,

L'émigration continua , et Tarméc des émigrés devient plus nombreuse ; l'Angleterre et la Russie entrent dans la coalition ,* l'Europe entière se précipite sur toutes nos frontières.

Dans' Pinténeur , les nobles , les prêtres , les contre-

révolutionnaires font leurs derniers efforts , et fomen.tent , ayec une activité nouvelle , les complots j la guerre civile et la trahison , pour favoriser l'étranger.

La Vendée que , dès 4 792 , le comte de la Rouairîe avait préparée à l'insurrection , se soulève en masse & Foccasion d'une levée de 500,000 soldats ; plus de 50,000 insurgés , organisés en trois corps d'armée, enhardis par de premiers succès , se disposent à marcher sur Paris.

Pour comhle de périls , les patriotes se divisent et te déciment.

Le peuple , chez lequel aucune considération de dangers personnels ne vient paralyser l'instinct belliquenx et la fierté nationale , veut , avant tout , repousser l'étranger.

Les bourgeois redoutent Tasccndant populaire et craignent pour leur fortune.

Les marchands , continuellement circonvenus par les royalistes , qui les menacent de leur retirer leur clientellc , et qui ne négligent rien pour les effrayer par h crainte du trouble et du pillage ; les marchands , dis-je , dont la fortune est exposée à plus de chances iînoo^ f montrent peu d'ardeur et beaucoup d'h^itatiou.

Les montagnards (1 ) , hommes d'action , convaincus que la force seule peut vaincre tant d'ennemis eiitérIeBn et inténcurs , que T humanité même interdit des ménagemens qui pourrraîcut lui être funestes , s'appuieni sur le peuple , sur la commune de Paris et sur les jacobîns , qqi correspondent avec do nombreux affiliés dans Unis les déparèemens ^ ils veulent se défendre à tout pfnc , bravant la mort et la calomnie : Périsse w>tr.e mimeife, disent-ils , povarvu que notre patrie soit smvjée!

Les girondins, occupant la droite de l'assemblée , doetrinaires ci juste-miJieu de cette époque, hommes de parole et de négociation (2) , éloquens , mais présorap*

(1) Ainsi Rppcléfl parce qu'ils occupaient les buM» les ptas élevés du côté gnucliy de la Convention. . *

(2) On les appelnit les. intrigans. les hommes a*ét0t^

iœux , ayant ^ambition de mener et g^ourerner , s'appuient au contraire sur les bourgeois , sur les mar* ehands et les dépariemeus , dont ils excitent la jalousie contre Paris : invoquant sans cesse la légalité » la modémtion et la justice , quoiqu'ils aient cux-niêiues fait le 40 août , et condamné Louis XVI , entravant les montagnards et la défense , ils eompromeitent la France et la Vherté, ( Thiers (^1 ) , tome 4 , page 50 1 , et Mignet , tome 2 , pages 2 et 5. )

Dés le commencement de la session , la guerre a êdaté entre les girondins et les montagnards , au sujet da massacre du 2 septembre , de la prétendue dictature de Robespierre , et du procès de Louis XVI ; et cette foerre a , pendant près -de six mois , presque paralysé le gouvernement.

Ge sont les girondins qui fFont commencée , ce sont cia qui ont ouvert la carrière des proscriptions parlementaires en demandant la mise en accusation de quelques montagnards accusés par eux d'aspirer à la dictalare : ils ont iini par en être victimes.

Dumouriez , d'abord victorieux , ayant éprouvé d'i- ■explicablcs revers en Belgique , on le soupçonne de trahison ; on soupçonne les girondins, ses amis , d'intriguer ivec lui , et Ton prend la résolution de se débarrasser d'eux : cependant le complot, qui doit éclater le 42 mars, n'a pas d'exécution.

Mais Dumouriez lè>e ouvertement Télendard de la révolte , et tente d'entraîner son armée contre la Convention pour la dissoudre , pour rétablir la constitution de 4794 avec un roi nouveau , et pour procltiner , dit-on , Ton de ses aides-de-camp , le auc de Chartres. Mais il est abandonné par ses soldats , et passe aux Antricbiens avec ce jeune prince. Les girondins sont généralement accusés d'être ses complices ; une insurrection populaire éclate contre eux le 54 mai , et , sur la demande des

(4) Néanmoins il ajoute : « Et cependant j'aurais vomhi » promettre comme eux tout ce qu'ils avaient compromis, »

monta(piards , trente-deux d'entre eux sont décrétés d^accusation , et vingtrdcux sont arrêtés.

Les auti*es protestent ; beaucoup prennent la fuite , appellent les bourgeois à leur secours, s'allient avec les rotjalistes, qu'ils savent être alliés de V étranger, et soulèvent contre la Convention Gaen , Bordeaux j Lyon , Marseille , Toulon , et près de soixante départemens du Nord-Ouest et surtout du Midi , en présence do la coalition s'avançant sur le pays.

Les royalistes de Lyon veulent livrer la ville aux Piémontais , comme Toulon est livré aux Anglais.

80,000 Vendéens pénétrent en Bretagne pour l'insurger.

L'ennemi , que les insurrections girondines et vendéennes encouragent , et à qui la trahison des généraux girondins ouvre nos frontières , les franchit partout.

Les contre-révolutionnaires triomphent : la France est au bord de l'abîme , et la perte des patriotes paraît inévitable.

Mais les montagnards , long-temps entravés par les girondins , délivrés d'eux maintenant , dirigent enfin la Convention , et son courage augmente en proportion da péril.

Dès le principe, elle a suspendu le gouvcrnomont légal , et a proclamé le gouvernement révolutionnaire ; elle suspend encore sa constitution républicaine et démocratique de \ 795 , .qu'elle vient de faire , et maintient le gouverneincut dictatorial jusqu'à la paix.

Le comité de salut puJblic créé par elle après la trahison de Dumouriez , exerce en sou nom la dictature.

Les représentans des 44,000 municipalités de France, venus à Paris pour apporter l'acceptation de la constita* iion nouvelle , demandent Varrestation des suspects et la levée en masse.

u Oui , s'écrie Danton , c'est à coups de canon qu^il M faut signifier la constitution à nos ennemis. »

n Oui , dit Barrère , la république n'étant plus qu'une » grande ville a>ssiégée, il faut que la France ne soit >) plus qu'un vaste camp. »

« Oui, dit la Convention^ nous ne traiterons jamais

» avec Vétranger , dont lo pied souillera le territoire • françab, »

Cependant on manque de tout , de canons , de voitures , de fusils , de poudre , etc. , et Ton manque aussi de cuiyre , de fer , de soufre , de salpêtre pour en faire , de machines et d'ouvriers pour en fabriquer : c'est là surtout ce qui donne aux émigrés et aux étrangers la conviction de. leur triomphe.

Méis quels sont les prodiges que ne puisse enfanter Famour dç la liberté et de la patnc ?

La France nVst plus qu'un immense atelier militaire,, où Prieur de la Gète-d'Or appelle les sciences et les arts pour transformer les cloches en canon, les grilles cFRr châteaux en fusils et en piques , la terre de nos caves en

salpêtre, etc Partout on fait des armes en chantant

la Marseillaise.

Tous les citoyens sont ouvriers ou soldats ; hommes , femmes, enfans, vieillards concourent à la défense commune : quatorze armées, organisées et dirigées par le génie de Camot , sont alimentées , équipées , entretenues par les assignais, les réquisitions et le maximum ; 4,200,000 guerriers volent aux frontières, au cri subHme de Vivre libres ou mourir !

Rien no résiste à la Convention inspirée par son intrépide comité de salut public , et s'appuyant sur les sociétés populaires et sur le peuple qu'elle solde et qu'elle intéresse à la défense du pays : les conspirateurs sont livrés aux tribunaux révolutionnaires , les suspects sont emprisonnés , les contre-révolutionnaires sont comprimés par la terreur, les insurrections girondines sont étouffées, Lyon est repris aux royalistes et Toulon aux Anglais , les Vendéens sont presque annéantis ; Fétranger , battu sur tous les points , est poursuivi jusque sur son propre territoire , et la France est une seconde fob miraculeusement sauvée.

Mais le tribunal révolutionnaire, qui frappe les ennemis de la révolution , décime aussi les patriotes dissidens.

Avec la reine périssent, en octobre 4795, le duc T. I. 3

d^Orléans ( compromis sartout par la trahison de Dumou* riez et la fuite de son fils ) et les ving^-deux girondins arrêtés après le 3^ mai : d'autres girondins périssent ' ailleurs , et soixante-treize autres , qui ont protesté contre leur arrestation , sont emprisonnés.

Les montagnards vainqueurs se divisent à leur tour.

Les hébertistes sont condamnés comme ultrà-révola* tionnaires et servant Tétranger par leurs excès , tandis que Danton , Camille Desmoulins et deux autres sont exécutés , en germinal an 2 , comme entravant la marche révolutionnaire par un subit et prématuré retour à la légalité.

Robespierre lui-même , Tidole du jour , le génie de la terreur , soup^^onné d'aspirer seul à la dictature , est attaqué , le 9 thermidor an 2 ( 27 juillet 4 794 ) , par les restes des girondins et des dantonistes irrités , et même par les montagnards et les modérés , menacés dans leur existence : décrété d'accusation avec son frère , Gouthon, Saint Just et quatre de ses amis , arrêté , délivré par la commune insurgée , mais abandonné par le peuple et vaincu , il périt sur l'échafaud révolutionnaire avec une foule de ses partisans , entraînant, dit-il , la république dam son tombeau.

Là finit 2a terreur révolutionnaire.

Mais là commence la terreur modérée , remplacée bientôt par la terreur royaliste: là commencent des réactions plus sanglantes pcut4tre que la révolution ellemême.

Sous prétexte de jusiiee r le parti thermidorien ou des modérés , à qui la désunion des montagnards a subitement donné la victoire , va s'abandonner à la vengeance, en s'appuyant sur les sections de Paris , composées principalement de bourgeois et de marchands, et sur la jeiinesse dorée, composée principalement de royalistes.

Tandis que soixante-douze membres de la commune ou de son parti sont exécutés , que les ardens patriotes sont poursuivis sous le nom de terroristes, et que le club des jacobins et les sociétés populaires sont fermées, les girondins sont rappelés , les décrets contre les nobles et les prêtres. sont rapportés , l'agiotage est triomphant.

Hais la disette et' la misère , augmentée! par le mon<H fsÂe et les aoeaparemens , réduisent le peuple an désea* pair : il s'insnrge contre la Conventicm le 42 germinal ^ an 5.

Envahie par les insurgés , elle est dégagée par les sec* fions. Quatre membres de l'ancien eomité de salut publio sont déportés , et dix -sept montagnards sont emprisonnés au^ «hâteaii de Ham. :

he 4" prairial suivant, le- peuple s'insurge de nouveau et demande du pain et la constitution de 4795. Encore envahie , la Convention est encore délivrée par les sections; et vingt-huit députés de la gauche sont encore arrêtés.

Le lendemain ramène une insurrection plus terrible : mais on négocie , on amuse et Ton trompe les insurgés par de fallacieuses promesses; ils se retirent, et cependant six députés de la gauche sont livrés ù Âne commis^ sion militaire qui les condamne à mort.

Les faubourgs, privés de leurs chefs, sont désarmés par les sections, comme les jacobins ont été expulsés par la jeunesse dorée '^ et le peuple, dont le courage est impuissant quand il n'est pas dirigé, se trouve pour bien long-temps vaincu.

Les girondins , au'contraire , les bourgeois et les marchands sont triomphans;

Mais les royalistes , qu)? les modérés ont admis dans leurs rangs, s'emparent alors du mouvement; la réao^ tîon devient contre-révolutionnaire ; et la terreur royaliste de 47^5 (dont les détracteurs de la révolution ont là mauvaise foi de ne jamais parler) vient effacer celle' de 4795. . ■ :

Les journalistes donnent partout l'impulsion : — Les royalistes et les modérés sont seUls les honnêtes gens: les terruHstes sont des brigands qu'on peut tuer en toute sûreté de conscience; tous les patriotes sont des jacobins et des terroristes. Dans le midi suivent, le» compagnies de Jésus et du SoleU leur font la chasse en chantant le Réveil du peuple, et les massacrent dans les mes ou les égorgent dans les prisons qu'on on a rejiijt? pKes.

Les cbouans teulent les imiter en Breiàfpué ; et quinze cents émigrés, croyant le succès désormais certain , débarquent à Quiberon avec soixante mille fosils anglais, pour insur^yer de nouveau la Bretagne et la Vendée; mais cette troupe et quinze cents chouans qui se réunissent à elle sont exterminés par les soldats républicains.

C'est alors que la Convention , dont la majorité reste toujours attachée à la république , voulant faire cesser le gouvernement révolutionnaire , fait sa constitution républicaine de Fan 3.

Les royalistes ne la repoussent pas absolument , parce quMIs espèrent qu'elle leur permettra de s'emparer des élections et de faire la contre-révolution par la représentation nationale.

Mais la Convention, qui les devine, décrète que les deux tiers du nouveau corps législatif seront élus par elle parmi ses membres, et ce décret constitutionnel ^ repoussé à Paris , accepté par la majorité des assemblées primaires, déconcerte les espérances contre-révolutionnaires.

Les royalistes préparent alors une insurrection contre la Convention.

Les bourgeois et les marchands se laissent tromper et entraîner par eux; trente-deux sectton^, sur quarantehuit, s'arment pour l'insurrection.

Et le 45 vendémiaire, quarante mille hommes, à la tête desquels paraissent subitement des généraux vendéens et royalistes , marchent contre la Convention assemblée aux Tuileries, tandis que Pichegru traite avec le prince de Condé, se fait battre volontairement à Heildeherg, et trahit à la fois ses soldats et sa patiîc.

Lanjuinais , Boissy-d^ Aoylas et la droite proposent de traiter avec les insurgés.

Défendue seulement par le bataillon des patriotes de 89, la Convention court les plus grands périls, et ses membres ^nt réduits à prendre le fusil pour défendre leur vie.

Mais Bonaparte, chargé de repousser l'attaque, mio^ Craîlle et disperse les .assicgeans : la section des Filles- &UDt-Thoaias est désarmée ; les deux tiers du nouveau corp lé(jislatif sont élus par la Convention , l'autre tiers

est élu SOI» riofluence royaliste ; le Directoire est confposé; une amuisHe générale est proclamée; la pehie de mort est abolie À la paix générale ; la place de la HcyoIution prend le nom de place de la Concorde: et le 4 brumaire an 4 ( 26 oetobre •! 795 ) , la Convention déclare sa sCssion'terminée.

Alors seulement commence le fjouvernement légal et républicain : car 95 n^est pas la république y mais la guerre; et pendant toute la durée de cette orageuse époque , ce n^est pas de Uberté ni d'institutions qu'il s'agit , mais de combat, de défense, de vie ou de mort pour la nation.

Telle est la dictature, ou plutôt tel est le commandement militaire de la Convention qui , tout en se battant , a fondé d'admirables institutions, notamment V Institut ei Y école polytechnique, sur la proposition et le plan de Prieur de la Côte-d*Or.

Ses mesures ont été sévères contre les émigrés , les no« blés , les prêtres rebelle-s , les contre-révoluticnnaires , et même contre ses simples adversaires qui compromettaient le pays en entravant sa défense; mais ces mesures qui^ dans le détail et l'application , ne pouvaient , comme toutes les choses buraames, manquer d'entraîner des excès et dés abus, n'étaient-ellcs pas généralement indispensables? N'ont-elles pas prévenu les calamités bien plus grandes de la contre-révolution, calamités que Napoléon lui-même n'évitera pas en ne s'appuyant que sur une armée impériale? En un mot , ces mesures n'ont-elles pas sauvé la France? Voilà la question.

Eh bien! écoutons un écrivain dont le royalisme et la modération ne peuvent être suspects, le comte de Haistre.

« Comment, dit-il, résister à la coalition? Par quel

• moyen surnaturel briser l'efTort de l'Europe conjurée? » Le génie de Robespierre pouvait seul opérer ce prodige . . .

• eifutle seul moyen de sauver la France. »

« Le mouvement révolutionnaire une fois établi , dit^il » ailleurs, la France et la monarchie ne pouvaient être

» sauvées que par le jacobinisme.», ^oe neveux , qui » s'embarrasseront très peu de nos souffrances, et qui dan*

• seront sur nos tombeaux , riront de notre ignorance ac* » tuelle : ils se consoleront aisément des excès que nous « avons vus , et qui auront conservé VnifUgraliié du plus » beau royaume. » ( Mi(piet. — Tome 4^, pages 574 et 572. )

« Après le traité de Pilnits, dit M. de Pradt (congrès

• de Garslbad ) , commence la fermentation, source et pré* » ludc de l'épouvantable détonation dont le monde va re> » tentir pendant vingt-cinq ans; là commencent les grand»; s» dangers de Louis XYI; là, à la vue du glaive qui se lève » sur elle , la France s'ébranle , serre ses rangs , aignisB' » ses armes , et , comme tout être en danger, brise tout ce V qui peut allanguîr sa défense et ne marchande pas plus » sur les agens que sur les moyens de sa résistance : n épreuve cruelle , chance inévitable de la part de tout N un peuple attaqué à la fois dans son honneur et dans » son existence! »

Qu^on ne juge pas, en effet, de.. ces temps exceptionnels par les temps ordinaires , de ces temps d^orages, de dangers et de passions par les temps de calme et de sécurité.

La révolution mise en péril devait devenir la plus acbarnée des guerres ; la France n'était plus qu'un champ de bataille , une forteresse assiégée , un vaisseau lancé À travers mille écueils par la plus violente des tempêtes; la Convention n^était pas un gouvernement, mais un général d'armée obligé de gagner la bataille sous peine de mort , ou bien un pilote forcé de surmonter tous les dangers d'une mer en furie pour no pas périr lui-même avec Téquipage.

Quant aux contre-révolutionnaires , n'ont-ils pas m^ rite leur sort ?

§44. —Les eontre^évoliitiontiairas ont mérité leur sort.^

« La noblesse française , dit le tcomte de Maistr» » (page 54), ne doit sW prendre qu'à elleaealede tous » sas malheurs. » .

« Dés ^89, dit M. de Rivarol (pagres 424 et 422), » cette noblesse était partagée. Celle de la cour et de • Paris , odieuse depuis long-temps par Fagiotage de Tari» gent et le monopole de la faveur, fut d'abord aban- » donnée par la noblesse des provinces , et bientôt , s'ait ba^donnant elle-même , elle n'a su que fuir et sauver tt son or. Au contra re, les nobles provinciaux et les » bourgeois se sont montrés magnifiques , et le petit peu- » pie courageux ; de sorte que , dans celte grande révo- » iution, les vainqueurs, tout atroces quils sont, ont » mérité leurs succès, et les vaincus leur infortune. »

S'opposer à la révolution n'était-ce pas , en effet , s'opposer à Tintèrent public, à la volonté nationale? N'étaitrce pas vouloir perpétuer tous les privilèges , les abus , la féodalité , le despotisme et l'oppression? N'était-ce pas évidemment une monstrueuse injustice?

Et les moyens? Furent^ls moins criminels que le but? La perfidie, le parjure, la trahison, les conspirations, la provocation à la licence et à l'anarchie dans Tespoir de déshonorer la révolution , la violence , la guerre civile , l'appel des armées étrangères....

Appeler l'étranger contre sa patriel lui faire une guerre parricide et sacrilège 1 Attirer sur son pays l'invasion , l'ûicendie, le pillage, le viol, les massacres , l'asservissement I ! I

Ah ! que de mal les contre-révolutionnaires auraient fait à la France , si la victoire eût alors complètement favorisé leurs projets de vengeance!

« Les émigrés, dit l'abbé Montgaillard ( tome 5, p. 9), j» ne parlaient que de vengeances , de confiscations , de » supplices : il faudra pendre tous ceux qui se sont pro- » nonces en faveur de la constitution , et rouer vifs tous » les scélérats qui ont prêté le serment du Jcu-de-Paume » et voté l'abolition de la noblesse et des droits féodanx : » point de pardon , point d'indulgence ; des potences et » des cachots, c'est ainsi qu'il faut gouverner. »

Aussi , pendant leur courte invasion en 4 792 , quelles cruautés n'ontrik pas exercées? — Voyez :

« Plainte des maire et curé de Voncq, département des Ardeiui68, à la Conveotion : — Le 24 septembre, le ci-

devant maréchal de Broglie, Gonnnaudant le corps des émigrés, fait une réquisition de pain, fourrage, etc., sous peine d*cxécution militaire. — Refus. — Les émigrés mettent le feu au village f 200 maisons sont en flammes ; ils empêchent une mère d'entrer chez elle pour en tirer trois de ses cnfans qui y périssent. Plusieurs liabitans sont tués; dix-huit suntgarottés et emmenés à la queue des chevaux; les autres ont pris la fuite. » (Séance du 50 septembre 4792.)

u £u quittant le pays qu'ils venaient de ravager , les émigrés en ont empoisonné les eaux en jetant dans les puits , les fontaines et les ruisseaux les cadavres de leurs chevaux. » ( Bulletin de la Convention nationale du 5 octobre 4792. )

a Les commissaires envoyés aux armées écrivent : De toutes parts nous recevons des plaintes de nos habitans des campagnes. — Tous s'accordent à dire que les émigrés ont été envers eux les plus inhumains des nommes. — Ils ont enlevé les vases sacrés partout ; ils ont détruit et ravagé tout ce qu'ils n^ont pu emporter. » ( Bulletin du 9 octobre 1 792. )

« Les émigrés, dit M. de Montgaillard (tome 3, page » 249 ), pillent, incendient, égorgent des habitans désar- » mes, et dont tout le crime est de vouloir défendre leurs » foyers. »

Voyez encore comment les jugent Boîssy-d'Ânglas et de Pontécoulant, deux des héros du modérantisme :

Boissy-d'Anglas. — « Ces lâches et féroces émigrés » soudoyés par TAnglcterre , qui osent violer notre terrî- N toire , ou qui s'introduisent parmi nous à la faveur de » notre clémence, viennent aiguiser jusque sous nos yeux » les poignards dont ils veulent nous frapper. Ceux-là »> sont nos ennemis irréconeiables ; rien ne pourra les con- » vertir. Ils ne veulent que notre destruction ; ils ne res- M pirent que vengeance : ils ne méditent que la ruine et » le démembrement de la patrie, — Le coup qui vient de M les frapper ( à Quiberon ) doit les anéantir à jamais. De » nouvelles forces seront employées, et vous ne souffrirei » pas que Fintérieur de la république soit plus long-temps

» déshonoré par la présence de cts traîtres, n ( Moniteur. —Séance du 6 floréal an m. )

De PoîCTÉcouLAifT. — « Les émigrés doivent être pu- » nis de mort, parce qu^ils ont porté les armes contre » leur patrie. — Leurs biens doivent être confisfuiés , » parce qu'ils sont allés msciter contre leur pays wte w guerre universelle. — Et certes il est bien juste que M la patrie saisisse dans leurs biens tous les moyens que » vous pouvez y trouver d*y repousser leurs attaques , do » soutenir cette lutte sangriante qvCïh ont provoquée , et » dû résultat de laquelle ils attendaient la ruine dupa^^ , t^ ( Moniteur. — Séance du 9 floréal. )

Et quoique les contre-révolutionnaires n'aient pu complètement réussir dans leurs horribles projets, que de mal n'ont-ils pas fait à leur patrie? La perte de plusieurs millions de patriotes morts sur les champs de bataille ou dans les (jucrres civiles, sur les échafauds ou dans les réactions ; la lassitude et Tépuiscment de la nation ; la banquci'oute et le despotisme militaire qui en seront infailliblement les suites; toutes les plaies de la France , on un mot, ne sont-elles pas leur ouvrage ?

Que la faction contre-révolutionnaire cesse donc de se plaindre de ce qu'elle a pu souffrir elle-même? Qu'on cesse enfin de s*apitoyer sur sou sort ! car n'est-elle pas hypocrite et stupîde, cette pitié qui se lamente sur de nobles infortunes méritées , et qui n'a pas de larmes à verser sur les calamités qui frappent les armées et les nations ?

§ 42. — Constitution rèpuhUcaine de Van m. — Coterernement républicain. — Majorité royaliste dans les conseils législatifs. — Conspiration royaliste. — \S fruc» tidor an v, coup d'état du directoire contre les conseils. — Majorité démocrate. — 30 prairial an vu, coup d'état des conseils contre le directoire. — Conspiration de Sieyes et Bonaparte. — \Shruinqire an VIII {iO novembre 4799) , coup d*état contre là constitution.

La constitution de Tan III conGe le pouvoir législatif k deux Conseils élus par les citovens et renouvelables cha-

que année par tiers; au Conseil des cin^-cento ( composé de 500 députés âgés de trente ans, ayant seul l'initiative et la discussion des lois ) , et au Conseil des anetems ( composé de 250 députés âgés de 40 ans , ayant seul le droit de les rejeter ou de les adopter et sanctionner).

Tous les cito^^ns payant une contiiJ^ution quelconque font partie des assemblées primaires , et choisissent des électeurs qui nomment les députés aux deux conseils.

Tous ceux qui , comme propriétaires , usufruitiers ou locataires, possèdent un immeuble payant environ 50 fr. d'impôts, peuvent être choisis électeurs.

Tout citoyen peut être élu député , et tout député reçoit non pas un traitement, mais une indemnité.

Les conseils ont leur garde particulière d'environ 4,500 hommes élus par les gardes nationaux de tous les départemens.

Ils ne peuvent être dissous par le gouvernement, et celui-ci ne peut même faire approcher des troupes à moins de douze lieues de leur résidence.

Le pouvoir exécutif est confié au directoire , composé de cinq membres élus par les conseils, renouvelable cha-

3ue année par cinquième, responsable, obligé d'agir par es ministres, ayant une garde de 240 hommes, un traitement de \ 0,000 quintaux de froment , et le Luxembourg pour demeure , ou le lieu qui leur sera ^\é par le conseil des anciens.

Les juges , les administrateurs des communes et des départemens , et les officiers de la garde nationale , sont électifs.

La constitution peut être révisée , et le mode de révision est déterminé.

Elle doit être soumise à V OAiceptation du peuple dans les assemblées primaires. Elle est acceptée par 4, 057,390 suffrages.

La constitution de 4795, qui donnait au peuple une participation directe au gouvernement, était peut-être trop démocratique pour Tépoque.

Celle de l'an III, dont Daunou est l'un des auteurs principaux, moins démocratique que la précédente , aussi libérale et plus populaire que celle de 4794 , parait mieux

«(mcilier les droits «i les intérêts de toutes les classes de la société.

Cette constitution pourra consolider la liberté et Tégalité -et faire le bonheur du pays, si les royalistes n^y portent pas obstaele.

Mais les passions et les oppositions sont encore tellement violentes que la perfection même ne serait pas sûre du succès.

Le gouvernement républicain commence au milieu d'embarras qui paraissent presque insurmontables.

Le peuple est fatigué, épuisé , dégoûté , découragé ; le trésor est absolument vide ; point d'argent , plus d'assignats possibles, plus de réquisitions , plus de maximum ; l'armée manque de tout.

Cependant le directoire se met courageusement à l'œuvre.

Il s'attache d'abord à ranimer Tagricutture , le commerce et l'industrie. -—Il organise ses écoles primaires et centrales , l'école normale avec l'Institut fondé par la Convention.

On sent alors tous les bienfaits de la révoluticm.

L'ordre et la confiance renaissent.

On respire à l'abri des lois , et l'on s'abandonne aux loisirs de ia civilisation.

Un emprunt forcé, décrété par les conseils, ne produit que peu de ressources. •— 2 milliards 400 millions de mandato hypothéqués sur les biens nationaux en produisent davantage ;*mais la réduction de la dette publiq|ne au tters-consolidé, payable en argent, devint tine fâcheuse nécessité léguée par les cinquante années précédentes*

Carnet, l'un des cinq directeurs, réorganise l'armée et la dirige encore : la victoire conduit Bonaparte eu itaHe et plus tard en Egypte, Jourdan et Moreau jusqu'aux portes de Vienne , et Hocbe dans la Vendée et la Bretagne qu'il pacifie.

La Belgique , reconnue partie de la France , la Hollande, la Suisse et l'Italie, transformées en républiques batave, helvétique, cisalpine, ligurienne, romaine et parthénopienne, défendront désormais la répubtiqoe fntpfaîae«

Elle est enGn reconnue par tontes les puissances , et la paix vient suspendre le? calamités de la (juerre.

Mais le directoire ayant adopté un système de justemilieu entre les royalistes et les démocrates^ veut comprimer é(jalcnicnt ces deux partis, et les luttes politiques recommencent.

Irrités par les san(jlantes réaclions des royalistes, par leur audacieuse tentative du -15 vendémiaire, par les avantages que leur a donnés la constitution nouvelle dans les élections du tiers des conseils , et par la prédominance que les élections prochaines peuvent leur donner, les démoci'ates, qui se réunissent habituellement au Panthéon, sous la direction de Gracchus Babeuf, conspirent pour rétablir la constitution de i795.

Le directoire dissout leur société , et désarme la légion de police qu'ils ont séduite. Trahis par le capitaine Grisel , Babeuf et plusieurs chefs sont arrêtés la veille du jour fixé pour Texécution du complot.

Six ou sept cents conjurés , entraînés par d^infàmes agens du directoire qui les trahissent , se portent au camp de Grenelle, dans lequel ils ont des intelligences, -pour fraterniser avec les soldats : mais on a déplacé le bataillon du Gard sur lequel ils comptent ; le commandant Malo les faits sabrer par ses dragons ; et ceux qui ne sont pas tués sont livrés à une commission militaire qui en condamne trente à la déportation, vingt-cinq à la détention et .trente-un à mort. Ceux-ci se pourvoient en cassation; mais le directoire les fait fusiller malgré le pourvoi , et ■4juelques mois après la cour déclare la commission militai! e incompétente, et casse tous les autres arrêts.

Babeuf et 40 autres paraissent ensuite devant la haute

•cour de Vendôme en cîvantant la Marseillaise et bravant

Ja mort avec un intrépide courage : deux d'entre eux ,

M^abeuf et Darté, condamnés au supplice, se percent à

coups de poignards.

Les royalistes, enhardis par la défaite des démocrates,

.conspirent aussi, veulent entraîner le camp de Grenelle,

et sont à Jeur tour livrés au directoire : mais celui-ci les

raduit devant les tribunaux ordinaires , qui se trouvent

royalistes : les accusés y sont traités avec égard , et ne sont condamnés qu'à une courte détention qui doit les encourager.

Les bourgeois et les marchands se laissant toujours entraîner et tromper par les royalistes, les élections de l'an V amènent dans les deux conseils une majorité contre-révolutionnaire.

Les cinq-cent 5 , sous la présidence du traître Pichegru , et les anciens , sous celle du royaliste Barbé-Marbois, rappellent les émigrés , favorisent les prêtres , menacent les acquéreur de biens nationaux et les patriotes, ferment leurs clubs, attaquent journellement le directoire, et marchent ouvertement à la restauration en s'appuyant sur les sections ou la garde nationale dont ils décrètent la subite réorganisation.

Le directoire effrayé s'est rapproché des patriotes ; il a organisé le club Saint , républicain , afin de paralyser le le club Clichy , royaliste ; il appelle au ministère Talleyrand qui vient de rentrer d'émigration , s'appuie sur Tarrace dont il obtient des adresses foudroyantes contre les royalistes , et se détermine à violer la constitution par . un coup d'état pour arrêter la contre-révolution flagrante.

Les conseils ont ûxé le jour de leur insurrection prétendue légale: c'est Pichegru qui la commande; mais il hésite , et le directoire les prévient.

Bans la nuit qui précède le 4 8 fructidor, Augereau , entrant secrètement à Paris avec douze mille hommes et quarante pièces de canon , cerne les Tuileries.

Les huit cents grenadiers formant la garde des conseils, se joignent à lui.

Pichegru est arrêté; les autres chefs de la majorité conspiratrice le sont également , quand ils arrivent sur la convocation de Picliegru , et le reste des conseils est convoqué à VOdéon et à Y École de Médecine.

Là, la minorité, devenue majorité, accorde toutes les mesures de salut public que demande le directoire.

Quarante-un députés des cinq-£enis , douze des anciens, deux directeurs, dont Carnot qui s'est opposé au coup-d'état, les auteui^de trente-cinq journaux contrerévolutionnaires , sont législallvemeut déportés à Gayenne ;

les électioiu d« qaarante-huit départemens sont cassées : les prêtres réfiraetaires et les éiiiigrrés sont expulsés d< nouveau ; la famille d'Orléans est bannie comme c^ ^des antres Bourbons; les nobles suspects sont forcés d< donner des ùtages; le directoire est investi du droit d« mettre toutes les villes en état de siège et de créer de commissions militaires ; en6n les royalistes sont eompri mes partout.

€e coup d'état était indispensable , puisque les conseil allaient briser la constitution , le directoire et la républî aoe, et qu'il n'y avait aucun moyen légal de les dissou are : mais il est lui-même le renversement de la constî tution et de la légalité, que le directoire a juré de res pecter.

A son tour , la défaite du parti contre-révolutionnair« et royaliste relève le parti patriote et républicain: le clubs , rétablis sous le nom de cercles constitutionnels lui préparent , dans les élections , une victoire inquiétant pour un directoire jii$te-nit2teic.

Celui-ci s'efforce vainement de discréditer les démo erates en les appelant des anarchistes : les élections d* l'an YI amènent aux conseils une majorité républicain' et presque démocrate.

Mais ces élections sont encore dietatorialement annu lées le 22 floréal , comme celles de Tan Y , en vertu d la même loi faite en fructidor contre les élections roya listes.

Ce coup d'état nouveau , le renouvellement de 1 guerre suscitée par les royalistes , la conscription rem plaçant pour la première fois la levée on masse de I Convention , enfin des revers militaires qui menacent d nouveau nos frontières , ne font qu'augmenter le mécon tentement général contre le directoire.

Les élections de Tan YII , produit de l'alliance des d< mocrates et des républicains modérés , donnent aux coi seils une majorité fortement prononcé pour la répv blique.

Les conseils se déclarent en permanence , et , le 9 prairial, fcnroent à donner lenr démissicm des directes

gui n'ont plus ni la confiance publique ni les moyens nécessaires pour défendre le pays.

Les contre-révolutionnaires expulsés après le 4 8 fructidor raniment encore la chouannerie , insurreetionnent rOuest et le Midi , et la France est de nouveau menacée d^invasion par les Autrichiens s'avançant en Italie , par les Anglais en Hollande , et surtout par les Russes en Suisse. — Mais Championnet, Brune et Masséna surtout, sauvent, une troisième fois, la république et la patrie.

Cependant la constitution est mise en question. -— Défendue par deux des directeurs , par la majorité dans les cinq-cents , par une assez forte minorité dans k» anciens , et parle club du MmUge, républicain exalté , mais non démocrate , elle est attaquée surtout par le vieux Sieyes , l'un ^s nouveaux directeurs , qui , voulant établir une nouvelle constitution , un nouveau gouvernement plus fort , conspire et cherche un génial influent pour exécuter son complot.

En attendant, il affiche la modération, et affecte la crainte du retour des jacobins et de la terreur, — Lucien Bonaparte, président des cinq-cents, en fait le tableau le plus effrayant ; — et le ministre de la police , Fouché , Fun des plus violons terroristes de 95, Pun des auteurs des mitraillades de Lyon , ferme le club patriotique du Manège.

Bonaparte , averti par Sicycs , ou par Lucien son frère, ou seulement par les événemens , débarque subitement à Fréjus, le 47 vendémiaire an VIII (9 octobre 4799).

Ses victoires dltalie et d'Egypte excitent Fadmiration et Fenthousiasmc du peuple : sou voyage de Fréjus à Paris est un long triomphe que continue son entrée dans la capitale.

Fatigués , mécontens , inquiets , tous les partis espèrent en lui , le craignent et le caressent ; les royalistes se flatiçnt qu'il veut jouer le rôle de Monck et rétablir les Bourbons , avec lesquels son ami Barras vient d'entrer en négociations ; les ardens républicains redoutent qu'il n'aspire à la dictature militaire, mais les modérés Fadoptent.

Le 4 5 brumoiro , Sieycs et Bonaparte arrêtent ensemble leur plan de conspiration , et fixent Texécution nu 48.

La majorité des anciens, Lucien et la minorité des cinq-cents , un autre directeur , Roger-Ducos , les ministres Tallcyrand , Fouché, etc. , sont leurs complices; Bonaparte a (j^afpé la plupart des généraux et la troupe.

Le 48 brumaire (40 octobre 4799), le conseil des anciens est subitement convoque dès le matin. Les conjurés dénoncent le retour imminent des jacobine, du gouvernement révolutionnaire et de la terreur^ et les dangers de lapairie. Ils demandent que les deux conseils soient immédiatement transférés à Saint-Cloud , et que Bonaparte soit nommé commandant de la division militaire et chargé de la translation.

Bonaparte choisit pour son lieutenant Lcfévre , commandant de la garde du directoire.

Abandonnés par leur garde, les trois directeurs qui voudraient résister donnent leur démission.

Le lendemain , les deux conseils se rendent à Saint- Oloud, et Bonaparte s'y rend aussi avec Sieycs. V Orangerie, préparée pour les cinq-cents, eilagaleriedeMars, préparée pour les anciens , sont euvironuées de troupes , et c est au bruit de la Marseillaise que les séances sont ouvertes.

Les anciens appuient Bonaparte contre la constitution ; mais les cinq-cents la jurent de nouveau d'enthousiasme, et s*indignent contre le nouveau César et le nouveau Croniwell.

Il entre à la tête de quelques grenadiers : « A bas le di4:tateur! Hors la loi! » s'écrie rassemblée tout entière.

Bonaparte pâlit , se trouble, recule, et ses grenadiers renlcvenf.

3Iais Sieyes lui rend son courage : les grenadiers vont enlever Lucien , président des cinq-cents , qui , croytuit son frère perdu , s'est dc?jà dépouillé de son costume.

11 monte à cheval à côté de Bonaparte : il harangue ses soldats comme président , et les trompe en leur disant que Yimmense majorité du conseil est asservie par guelqxies fariieux à stylet qui viennent de lever \c poignard sur leur général.

Harangués aussi par Bonaparte, les grenadiers ren-

treat, et Tofficier notifie au conseil Fordrede se disperser. Jourdan , général et député , leur fait cnvisa{|er Ténor* mité de leur attentat j et la troupe hésite; mais de nouveaux grenadiers arrivent avec le général Leclerc : « Au » nom de Bonaparte, dit-il, le corps législatif est dissout; » que les &on« citoyens se retirent: grenadier», en avant! » Le bruit des tambours couvre la voix des législateurs; les baïonnettes les forcent à sortir ; et les cris de Vive la république! sont une dernière protestation de la représentation nationale , violée par la force brutale exécutant la volonté d'un conspirateur.

§43. — Usurpation de Bonaparte. — 22 frimaire an . VIII, eonstiintion consulaire. — Despotisme, — Machine infernale. — Conspiration de Georges Cadoudal, etc. — 28 floréal an XII (\ 804) , constitution impériale. — Nouvelle usurpation. — Ambition, — Excès. — Invasion. — Trahisons royalistes. — Talleyrand. — o\ mars 4844, coalisés à Paris. — Déchéance de Nor poléon. — Abdication. — Restauration des Bourbons

Que le peuple est sensible à la gloire I QuHl est reconnaissant des services rendus à la patrie ! Qu'il est confiant! mais aussi qu'il est crédule et facile à tromper par Tambition cachée sous le masque du patriotisme.

Le peuple , ébloui par les victoires de Bonaparte , appUudit au 48 brumaire; les bourgeois, les marchands, les modérés y applaudissent aussi dans Tcspérance de V ordre , et les royalistes dans Tespoir de la restauration : mais les républicains ardens pleurent à la fois la république et la liberté.

Bonaparte et ses complices vont se partager les places et les traitemens.

Talleyrand et Fouché seront deux de ses ministres, et le trahiront plus tard en faveur des Bourbons,

La plénitude du pouvoir dictatorial est provisoirement confiée à une commission consulaire, composée de trois î consuls, les trois conspirateurs, Bonaparte, Sieyes et Roger-Ducos.

Deux commissions de vingt-cinq membres ch désignés par Bonaparte parmi les conjurés des dei seils , sont chargées de préparer une nouvelle ce lion. — Les conseils sont ajournés au 'l^ ventôse, se rassembleront même plus.

Tandis que les consuls abolissent les lois sur IV forcé et les otages, et rappellent les prêtres prosci proscrivent les républicains ardens , dont trenf e-sc arbitrairement déportés par eux à Cayenne , et vi mis ious la surveillance de Tex-terroriste Fouchc l'indignation publique les force bientôt à révoqi acte d'une tyrannie presque incroyable aujourd^hi

Sieyes a la bonhomie de croire que Bonaparte a* son projet de constitution; mais le crédule et pi tuenx législateur est joué par le rusé Bonaparte , c en 48^15, l'honnête Garnot sera dupe de la rou Fouché. — Rejetant du projet tout ce qui est libéi napane n'en conserve que ce qui peut constituer riteble dictature masqué sous le nom de répuhli Sieyes se iaîi devant le dictateur qu'il a pris sur ponsabilité de donner à son pays.

Cette constitution , prétendue républicaine , du maire an viii , est le plus audacieux des mensong

Tout le pouvoir réside dans les mains d'un | consul nommé pour dix ans et indéfiniment réé les deux autres consuls n^ont que voix consultai Bonaparte est premier consul, Gambacérès et sont tes deux autres. Sieyes et Roger-Ducos seroD teurs.

Un conseil d'état, nommé et révocable par le ] consul , prépare les projîets de lois et fait des ré[ d'administration publique.

Un tnbunat composé de cent membres , nomni cinq ans, donne son avis; mais on le supprimer tôt.

Un corps législatif composé de trois cents me nommés pour cinq ans , vote sans discussion.

Un sénat segret composé de quatre-vingt m<

nommés k Yié, doit veiller à la eonservation de la consti» ioiion ; mais il la détruira.

Le premier consul a 500,000 fr. de traitement, les sénateurs 25,000, les tribuns 45,000, les lég^lateurs 40,000.

Les citoyens n'ont .plus aucun droit d'élection : ils ne sont plus appelés qu'à rédi^j^er, tous les trois ans, des listes contenant des candidats en grand nombre , parmi lesquels le gouvernement choisira les fonctionnaires publics.

Tous les nouveaux fonctionnaires nommés arbitrairement par Bonaparte avant la constitution feront nécessairement partie des premières listes , et par conséquent pourront être conservés par lui, en sorte que les listes sont même illusoires dans le principe.

Trente-un sénateurs sont d'abord nommés par Sieyes , Boger-Ducos , Gambacérès et Lebrun , et ces trente-un nonunent les autres, c'est-à-dire que Bonaparte nomme le sénat : les tribuns et les législateurs sont ensuite choisit par le sénat , c'estrà-dire par Bonaparte encore. . Plus de liberté de la presse , plus de responsabilité des fo^tionnaires publics, plus d'administrations départementales et municipales , mais des préfets et des matref nommés par Bonaparte et révocables par lui.

«En un mot, Bonaparte nomme tout et dispose de tout: e^est le despotisme légalise ; c'est pis que la monarchie de Fancien régime.

Ainsi voilà une constitution qui n'est plus faite par une représentation nationale, mais par quelques conspirateurs triomphans. Quel changement subit 1 Quel renversement de la révolution ! Quel insolente usurpation !

Cependant soumise à l'acceptation d'un peuple , qui ne voit que Bonaparte dans cette constitution , on proclame qu elle est acceptée par 5,440,007 votans; mais où en àt la preuve? Ce n'est pas ^ans les assemblées primaires qu'on exprime son vote; c'est chez les préfets , les maires, les greffiers et les notaires , sur des registres où rien n'est plus facile que la fraude ; et le recensement des suffrages n'est fait que par le conspirateur Lucien Bonaparte , ministre de 1 intérieur , qui ne reconnaît comme bons Françaù que ceux qui ont voté pour son foère.

La guerre continue ; mais ce n'est plus pour la patrie et la liberté qu^elle va se faire ; Bonaparte ne parle plus que d'honneur , comme font les monarques.

Sa nouvelle campagne d'Italie y sa victoire de Bfarengo , et son retour , presque miraculeux , à Paris , seize joui*s après son départ , excitent un enthousiasme universel.

11 rappelle alors tous les proscrits , en emp^loie même quelques-uns , et achète presque entièrement la pacification de la Bretagne et de la Vendée.

Cependant quelques chouans réfugiés en Angleterre imaginent la nmchine infemah , à laquelle Saint- Régent met le feu , le 5 nivôse an viii ; Bonaparte n'échappe que par une espèce de miracle.

C'est aux démocrates qu'il attribue ce complot ; vainement lui dit-on que les royalistes seuls sont capables d'une pareille atrocité : son antipathie contre les patriotes est si prononcée qu'il s'obstine à les accuser seuls, et ce sont eux que son servile sénat frappe aveuglément : cent trente sont déportés par un sénatus-consulte , violateur de la constitution ; et quand ensuite on découvre que les coupables sont des chouans , des tribunaux militaires spéciaux sont inconstitutionncllement créés pour tes condamner à mort ; mais ils ont déjà fait périr plusieurs patriotes innocens !

Cette haine contre les patriotes , ces vengeances , ces inconstitutionnalités , et l'envoi à Saint-Domingue de quarante mille hommes , choisis parmi les républicains , sous prétexte de conquérir un climat qui doit les dévo» rer , excitent quelque irritation.

Mais la paix générale qui suit la victoire de Marengo ; la tolérance pour les prêtres , une armistice pour tous les émigrés , à l'exception de mille environ ; les secours donnés à l'industrie et au commerce ^ la construction de beaucoup de canaux , ports , ponts , routes ; l'achèvement dos différents codes ; tous ces avantages matériels empêchent d'apercevoir ou font tolérer les usurpatiouis politiques.

Quant au consul , visani à se faire roi ou bien eiïipe-

— eg —

reur, prétendant calomnieusement que les Français n*ainient ni la liberté ni VègiUitè, mais seulement les hochels et les crachais 9 exploitant et même excitant Tégoïsme , la ¥anité , Famonr des places et de l'argent , il cherche à s'attacher le clergé par un concordat ayec le pape , et à se faire des séides , en créant une nouvelle noblesse aous le titre de Légion-d' Honneur,

Sa monarchie ainsi préparée, il commence par se faire nommer consul pour vingt ans au lieu de dix , par un sénatus-consulte du 6 mai \ 802.

Mais ce n'est pas assez : deux mois après , Bonaparte daigne soumettre au peuple la question de savoir s'il sera consul à vie : le sénat le remercie de ce qu'il veut bien rendre un hommage éclatant à la souveraineté populaire^^ et il est nommé consul à vie , c'est-à-dire roi. — Le ^16 thermidor an X , un sénatus-consulte , prétendu organique , mais réellement aussi destructif de la constitution qu^usurpateur de la souveraineté nationale , augmente encore son pouvoir, donne à son sénat, c'est-à-dire à luimême, le droit de modifier la constitution , et réduit les cent tnbuns à cinquante , afin de ne conserver que les plus dociles , qui , plus tard , seront même entièrement supprimés.

Une troisième coalition , formée par l'Angleterre , ayant ramené toutes les chances de la guerre , Pichegru et Georges Gadoudal , chef des chouans , tous deux retirés à Londres , conspirent contre Bonaparte , arrivent seerètement à Paris , et s'abouchent avec Moreau , entraîné par sa femme dans la faction royaliste. Arrêtés au moment d'agir , Pichegru est trouvé étranglé dans sa prison , Georges Gadoudal est condamné à mort , Moreau snbit deux ans de bannissement , et le duc d'Enghien , dénoncé par Fouché comme chef de ce complot , est , d*aprè8 le conseil de Talleyrand ( dit Montgaillard ) , enlevé sur le territoire «badois, amené àVincennes, iinmédiatement livré à une commission militaire et fusillé secrètement on plutôt assassiné quelques heures après.

Cette conspiration royaliste sert merveilleusement Fiinbition de Bonaparte. Des adresses sollicitées arrivent

— roda toutes parts ; on inyoqae VinlèrH du peuplé » le be^ soin d'éviter les conspirations et les ambitions rivale» ; et le plus adulateur des sénats supplie presque Napoléon Bonaparte de daigner se faire empereur héréditaire, aTee 1» consentement du peuple , pour être plus sûr de conserver la REPUBLIQUE , et pour assurer sans retour le triomphaf de la liberté et de Yég^çilité. Un nouveau sénatus^onsultff organique du 28 floréal an xii , qui , comme le précédent , n'est pas même soumis à l'acceptation populaire , constitue le plus despotique des empires.

Voilà donc la monarchie restaurée , et même la nuH narchie de l'ancien régime : ci|r Napoléon transforme ses frères en princes français , ses complices en grands dignitaires , ses généraux en maréchaux de France , et les tribunaux en parlemens , sous le nom de cours impé^ riales, avec leurs premiers présidens, leurs conseillers et leurs procureurs-générauiL : il a des palais , une cour , des chambellans et des pages,

La flatterie lui prodigue l'encens dans des- adresses ; le clergé en fait un nouveau Moïse , un nouveau CyruM régnant par l'ordre de la Providence ; le pape vient ent personne le sacrer en grande pompe à Notre-Dame ; il y porte la couronne , te sceptre et Tépée de Gharlemagne , et s'y fait introniser et proclamer le très glorieux et très atiguste empereur des Français , par la grâce de Dieu et les constitutions de. l'empire.

Désormais la nation n'est plus rien , Napoléon est tout f comme Louis XIV, il dit : l'état, c'est moi. Ce serait on crime à ses yeux de ne pas considérer l'empereur comme le seul représentant du pays , et le corps législatif comme, un simple conseil. Sur le champ de bataille d'Austerlitf , l'Europe étonnée l'entendra dire : « Soldats je suis coiiifiit de vous ! » Il souffrira que , de son vivant , le sénat lui donne le titre de NapoUonAe-Grand.

Fils ingrat de la révolution , il dénigre sa mère : sai» vant lui , cette révolution , si glorieuse , n'a presque rien fait ; il ne permet pas qu'on en parle , et que la gé* nération nouvelle , élevée par lui dans ses lycées militai* res , puisse la connaître , 1 admirer et Taimer ; il détruit

son calendrier répablicain , rend aux prêtres son Panthéon , et remplace sa légalité par l'arbitraire , sa liberté par le despotisme , son égalité par l'aristocratie , son amour do la patrie par l'amour de l'honneur ou plutôt des honneurs , et ses généreux principes par ]e plus yil égoîsme et la plus funestcvcorruption. Le code civil , ordonné par rassemblée constituante et préparé par eUe , n^est puis Que le Code-Napoléon. Il transforme en royaumes toutes les jeunes républiques, son beau-fils en yice-roi d'Italie, ses frères en rois de Naples , d'Espagne , de Hollande et de Westphalie, et ses favoris en princes, ducs et barons , auxquels il distribue des fiefs dans toutes lesr parties de FËurope , et qu'il mêle aux princes , ducs , comtes , vicomtes et marquis de l'ancien régime , encombrant ses antichambres.

Lui-même se fait roi d'Italie , médiateur de la confédération suisse , protecteur de la confédération du Rhin, et vise peut-être à se faire empereur ou protecteur de TEurope.

Son mariage avec l'archiduchesse d'Autriche , Marie- Louise ; la naissance de son fils , roi de Rome ; ses rapides et merveilleuses victoires d'Austerlits , d'Iéna , d'Eylau et Friedland , d'Espagne , de Wagram , etc. , etc. ; son entrée triomphale dans toutes les capitales du continent ; l'humih'tc des rois , des nobles et des prêtres pros^ ternes à ses pieds ; l'admiration des peuples ; tout enCn semble favoriser sa gigantesque ambition.

Mais les excès du despotisme perdront le despote.

Son dédain pour la uation ; ses guerres continuelles , qui ne paraissent entreprises que dans son intérêt persannel j ses conscriptions , qui moissonnent la popula* tion ; ses levées de gardes nationaux , auxquels il promet va exercice salutaire U leur santé ; ses impôts , qui finissent par être accablans ; ses droits réunis , accompagnés" d'intolérables vexations; son hloeus- continental, qui ruine le commerce et cause mille privations ; sa déloyauté en* vers l'Espagne ; l'insolence de sa nouvelle noblesse ; la prédominance du soldat sur le citoyen ; ses duretés envers le pape , qui irritent contre lin l'armée des prêtres et ses dévots ; la servilité de scm sénat , de son corps 16>

gislatif et de son conseil d^état , qui légalisent tontes ses volontés et tolèrent tous ses décrets ; Finconstitutionnalité der ces mêmes décrets » qni eréent des impôts , des taxes , des peines ( même de mort ) , des tribunaux exceptionnels et des prisons d^état ; son oppression de la presse pour TempêcDer de dire la vérité , et Tabus qu'il en fait pour publier des mensonges ; sa haine contre les patriotes, qu'il appelle dédaigneusement des idéologues; tout finit par exciter contre lui Tirritation universelle. Et quand les peuples se soulèvent au nom de la liberté;

Suand les Espagnols et les Russes , imitant Ténergie de la onvention, veulent à tout prix se défendre et ne laissent devant lui que des cendres et des ruines ; quand les chaleurs de rÈspagne et les froids de la Russie dévorent sa grande armée: quand des revers aussi grands que ses succès viennent ébranler sa puissance , il ne trouve presque plus que des ennemis irrités contre son despotisme : ses alliés tournent leurs armes contre lui sur le champ de bataille ; sa propre famille se joint aux assaillans ; les généraux qu'il a gorges d'or et d honneurs ne veulent plus les risquer pour le défendre; les émigrés et les prêtres qu'il a favorises conspirent contre lui; le corps législatif, longtemps muet et docile , maintenant royaliste , lui demande l'abandon de ses conquêtes et le rétablissement de la liberté.

La France , si bien défendue par la Convention , est enfin envahie , sur la fin de 4813, par toutes les armées de l'Europe , et les souverains coalisés s'avancent sur la capitale.

Bien différentes du fameux manifeste de Brunswick , leurs proclamations ne parlent que de liberté et des droits des peuples.

Cependant ce n est qu'en tremblant qu'ils foulent le sol de la France.

Mais c'est en vain que Farmée, qui ne voit en Napoléon que la patrie , déploie la plus héroïque valeur , et veut vaincre ou périr.

C'est en vain que lui-même se surpasse en génie ; c'est en vain que tous les souverains et leurs soldats , écrasés  Cbampaubert, à Montmirail, à Montereau, etc., eoopéf

sur leurs derrières, séparés do leurs parcs d^ artillerie , sont menacés de trouver là leur tombeau.

La nation , trop mécontente et trop fatiguée , oublie follement que Finvasion est le plus grand de tous les fléaux , et se laisse séduire par les trompeuses proclamations des rois ; le peuple , dont le despote a toujours redouté Ténergie et paralysé le patriotisme , reste spectateur immobile; les royalistes, au contraire, redoublent d^efforts et d^intrigues ; les bourgeois et les marchands se laissent encore tromper et entraîner par eux ; des généraux et surtout Marmont, des ministres et surtout Clarke duc de Feltre, des courtisans anciens et nouveaux^ ]e servile sénat lui-même , trahissent leur chef et . leur pays.

Et c'est principalement Talleyrand qui trahit et détermine les autres traîtres; Talleyrand , déjà accusé de trahison en novembre 4 792 , et déjà traître envers la république pour favoriser Bonaparte au 48 brumaire f ïalleyrand , dont Fonde , archevêque de Reims , n'a pas quitté les Bourbons ; Talleyrand , que son maître a fait prince de Bénévent, vicc-grand-élecleur , grand-chambellan et président de son sénat !

Ce traître « s'est mis en communication avec les cours « alliées,* il a nourri leur confiance, animé leur fermeté, » réchauffé leur espoir. Autour de ce diplomate ondoyant » se pressent un grand nombre de sénateurs , de fonc-

• tionnaircs, de grands capitalistes, de fournisseurs » poursuivis en restitution ou menaces, d'acquéreurs de

• propriétés nationales recherchés pour des décornptcs. » I Montgaillard, tome 7, page 374.)

Pour avoir plus de facilité d'accomplir sa trahison , il" excite secrètement Timpératrice régente à se retirer à Blois; mais, pour ne pas se compromettre envers Tempereur, (jui peut encore être victorieux, il feint de vouloir la suivre quand elle part le 29 mars , se fait arrêter ft la barrière faute d'un passeport ( dont il n'a pas voulu se munir), et fait répandre le bruit qu'il s'est oppose au départ de la régente et qu'il a voulu proclamer Napoléon II. {Ihid,, page 585.)

C'est maintenant que la trahison va s'accomplir.

Paris n^est défendu à Fintérienr que par 42,000 gardes nationaux , dont moitié manquent ne fusils de ma*

nitions : le ministre de la guerre en a 20,000 mais il

n^en donne pas un !

50,000 ouvriers peuvent prendre part à sa défense... mais on ne veut pas utiliser leur courage !

On a 2,600 hommes d'élite qui peuvent être infinîmenl utiles... mais on les éloigne, sous prétexte d'accomptgner Marie-Louise et son fils !

On fait annoncer avec emphase , par les journaux , la construction d'un grand nombre de redoutes... mais Ton n^i construit pas une !

On manque de pièces de gros calibre : on en fait venir exprès quatre-vingts de Cherbourg; elles sont à Meulan, distant de dix lieues seulement... mais on les y laisse!

On n'a que 25,000 soldats pour défendre les dehors : on peut en faire arriver 20,000 autres... mais on ne les appelle pas !

Clarke part le 50 , sous prétexte de rejoindre Fimpératrice... mais c'est pour désorganiser la défense et masquev en même temps sa trahison,! . . .

Cependant, 6,000 braves gardes nationaux, commandés par Moncey , dont Tartillerie est servie par des élèves de 1 École polytechnique et par des invalides , défendent long-temps les hauteurs de Montmartre, attaquées par 480,000 étrangers... L'héroïque courage d'une poignée de Français les étonne et les arrête; et si Napoléon,

qu'on attend, peut arriver, ils sont perdus peut-être

Mais les munitions manquent aux combattans, quoique les magasins en soient pleins!... Clarke a même fait mettre de la cendre au heu de poudre dans une partie des cartouches distribuées! (Ihid,, pages 594 à 596.)

Aussi le verra-t-on récompensé par les Bourbons , fait pair de France , maréchal et ministre de la guerre ; on k verra même persécuter les officiers fidèles à leur patrie. Enfin Marmont capitule... et, le 54 , Alexandre el Guillaume font leur entrée dans Paris, tandis qu'An gereau livre Lyon aux Autrichiens, et qu'un député maire de Bordeaux , reçoit les An(jlais au nom d< Louis XVIIL

Pauvres soUMs, painrfls jeunes ^ens, pauvres ganies nationaux! pendant que tous braries héroïquement ia mert pour défendre le pays, les Marmont, les Glarke et les Talleyrand Tendaientvotre sang pour satisfaire leur ambition et lear vengeance !

Aussi quand Napoléon reviendra, en 4815, Talley* rand,;Marmont etoose autres seront exceptés de Tarn* nistie qu'il s'empressera de publier.

£t.cW pour les BouÀons que tant de gens trahissent la patrie 1

Cependant ee n^est pas pour eux que les alliés ont franchi la frontière : leur cause, depuis long-teraps dé* sespérée , est aussi depuis long-temps abandonnée par les monarques européens , qui souffrent à peine qu'ils se glissent furtivement parmi leurs bagages. Ces monarques sont bien intéressés ^refouler dans ses limites la puissance d^un ambitieux conquérant ; mais ils n'ont pas d'intérêt à. renverser un despote dont le bras, assez vigoureux pour enchaîner la France , consolide tous les trônes et tous les despotismes. • .

Aussi, au congrès de Châtilion , voulaient41s traiter avec.Napoléen. Ils .peuvent donc encore traiter avec lui dans P^ris; ils. peuvent surtout traiter avec son fils, en faveur duquel il oflfre d'abdiquer, et que protègent à la fois l'intérêt et r^ffection de son grand-père, l'empereur d'Autriche, TadmiratioU et l'ancien engouement d'Alexan* dre pour son père.

Mais l'abbé Louis, l'abbé de Montesquieu , et surtout Talleyrand , aidés par les démonstrations des belles dames du faubourg Saint-Germain , accourues au-devant des alliés , agitant à leurs yeux des mouchoirs ou de petits drapeaux blancs, jetant fenr eux des rubans, des guirlandes et des couronnes (ihiS. page 400), persuadent faussement à Alexandre que la nation désire et veut les Bourbons ; et ces Bourbons , dont la génération nouvelle soupçonne à peine l'existence, redevienuent subitement les protégés de la sainte-alliance.

Alexandre , au nom de ses alliés , déclare alors qu'ils ne traiteront avec aucun membre de la famille Napoléon ,

mais qu^ils reconnaitront et garantiront la eonstituHon ffu la nation française se donnera : il invite le sénat à désigner un gouvernement provisoire qui préparera la eonsH tution qui convient au peuple français. Tandis que , pai une proclamation aux Parisiens , Bellart et le conseil mu nicipal de Paris demandent Louis XVIII , leur maîtrj légitime , le sénat, on plutôt la majorité du sénat , dirigé par Taleyrand , compose un gonvemement provisoire dont ce traître se fait nommer président , prononce la dé chéance de Napoléon , qu^il appelle maintenant un tyran décrète une nouvelle constitution dans laquelle il a la bas sesse de stipuler la conservation de ses riches dotationi personnelles , et rappelle au trône le frère de Louis XVI Napoléon , se voyant universellement attaqué , généra lement abandonné , et trahi par des généraux et par l< sénat, envoie son abdication et se retire à Tîle d'Elbe dont on lui redonnait la souveraineté.

Les voilà donc consommées, en 4844 , cette trahison cette invasion- et cette restauration que les jacobins si in juriés , mais clairvoyans autant qu^ntrépides , suren prévoir et prévenir en 4792 , 4 793 et 4 794 !

Gomme Napoléon , la Convention n'aurait pu détourne; la catastrophe si , comme lui , elle avait tué le patriotisme repoussé le peuple, et seulement employé l'armée.

Comme la Convention , au contraire , Napoléon aurai Muvé le pays si, comme elle , il s'était appuyé sur l France et sur la liberté.

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