‹ Révolution de 1830 et situation présente (nov. 1833): expliquées et éclairées par lesChapitre 5 sur 18 · EPOUX · texte numérisé non relu

EPOUX

Et ce n'est pas Faffection pour Louis XYI qui détermine les autres rois et l'émigration, mais l'intérêt delà royauté et de YaristocraUe.

« Si nous ne pouvons arriver à temps pour sauver le » roi (dira le roi de Prusse , après le 40 août) , mardums M pour sauver la royauté ; remplissons notre devoir en- » vers l'Europe. » ( Baron d Hardemberg , tome I , page 44 7, etc.)

(I On ne conçoit rien (diront aussi les émigrés ) aux con- » férences du roi de Prusse avec Dumouriez , k moins que M l'on n'ait le pirojet des aitver les jours du roi de frah C£ N et denou^^oeri/ier.... Alors adieu la noblesse, le clergé n et les propriétés. » (Le même, page 478.)

Les rois sont déterminés encore par leur ambitieux désir d'affaiblir la France et de s'agrandir eux-mêmes en la démembrant , comme on va le voir par le traité de Pavie.

Extrait d*un traité conclu et signé à Pavie ^

en juillet i79i.

' L'empereur reprendra tout ce que Louis XIV avait conquis sur les Pays-Bas autrichiens ; joignant ces provinces aux Pays-Bas , il les donnera en échange à l'électeur Palatin , de sorte que les nouvelles possessions jointes au Pa« latinat porteront le nom de royaume d'Autriche.

L'empereur aura k perpétuité la propriété et la possession de la Bavière, pour faire à 1 avenir masse mdividoelle avec les domaines héréditaires de la maison d'Autriche.

L'archiduchesse Marie-Christine sera , avec son neven Farchiduc Charles , mise en possession héréditaire du dn* ché de Lorraine.

V Alsace sera restituée à l'empire. L'évêque de Strafbourg et le chapitre recouvreront leurs privilèges , ainsi que les souverains ecclésiastiques de l'Allemagne.

Si les cantons suisses accèdent à la coalition, on leur proposera d'annexer à la lijjue helvétique révêché de Porentruy, les {jorjjesde la Franche-Comté et celles du Tyrol, avec les bailliages qui les avoisînent , ainsi que le territoire de Versoy qui coupe le pays de Vaud.

Si le roi de Sardaigne souscrit à la coalition , on rendra à la Savoie la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, usurpés sur cette monarchie par la France.

Au cas qu'il puisse opérer une assez (jrande diversion , on iui laissera prendre le Dauphiné, pour lui appartenir dorénavant comme au plus proche descendant des anciens dauphins.

Le roi d'Espagne aura le Roussillon, le Béarii et l'ile de Corse, et s'emparera de la partie française de Saint- Domingue.

L'impératrice de Russie se charge de faire une invasion dans la Pologne , moyennant quoi elle conservera Kaminiok, avec la partie de la Podolie qui conOne la Moldavie.

L'empereur contraindra la Porte à lui céder Chockzim, ainsi que les petits forts en Servie et ceux sur l'Anna.

Le roi de Prusse , au moyen de Tinvasion de la Russie en Pologne , fera l'acquisition de Thorn et de Daotzick , et y joindra un palatinat à l'orient des confins de la Silésie.

Le roi de Prusse acquerra en outre la Lusace , et l'électeur de Saxe recevra en échange le reste de la Pologne , pour en occuper le trône comme roi héréditaire.

Le roi actuel de Pologne abdiquera le trône moyennant une pension convenable.

L'électeur de Saxe donnera sa fille en mariage au prince puîné , le grand-duc de toutes les Russies , qui sera souche des rois héréditaires de Pologne et de Lithuanie. Signé Ll'opold, etc.

Le traité de Berlin (février 4792 ) et mille autres circonstances ne laissent aucun doute sur le projet des puissances de partager la France , comme elles paiiageront la Pologne. (Montgaillard, t. 5, pages 58, 55 et 265. -^ Comte de Maistre. )

Plusieurs fois des cartes ont été dressées , représentant la France démembrée.

Aussi Louis XVI ne se résout-il qu'eu tremblant à réclamer les secours étrangers , et même à accepter cent de l'émigration , redoutant à la fois Tambition et la perfidie de ses alliés , de s«s frères et de sa noblesse émigrée.

Néanmoins , il s'expose à tout , plutôt que d'adopter sincèrement la révolution et la constitution.

§7. ^Manœuvres et machiavélisme de la faction.'-^ Trahison, — Modérés et jacobins, — Guerre. — ^20 juin, invasion des Tuileries par le peuple.

Mais , pendant que Témigration et Tétranger se préparent au dehors, que fait-on à l'intérieur?

La cour et les prêtres prêchent partout la résistance, la guerre civile, la désertion, l'émigration, les complots et les trahisons. Talon, llivarol, Chambonas, Bertrand de Molleville et d'autres proposent divers plans contenant im infernal système de ruse , de perfidie , de corruption et de machiavélisme ; on les adopie ^ on s'efforce d'empêcher toute organisation , de jeter partout l'incertitude , la défiance, la crainte, la division et le chaos; on cherche à faire peur aux faibles en leur disant : Soyez sages, ou l'étrari(jer viendra; et c'est la cour elle-même; c'est l'émigration , c'est aussi L'ÉTRAiXr.ER qui poussent à l'anarchie , à la licence , à tous les désordres et à tous les excès, dans le but de déshonorer la révolution et de lui faire des •ennemis intérieurs et extérieurs. -^ C'est Louis XVI qui, sur sa liste civile, paie des millions pour solder une armée d^agens de toute espèce ( plus de 4 ,500 ) , non-seulementdes espior^, mais des ^notionnaires qui , dans tous les lieux publics, font les propositions les plus violentes , et des orateurs qui les appuient et les développent, et des applaudisseurs qui les applaudissent pour les faire adopter. Son ministre de la marine, Bertrand de Molleville , organise , de son consentement , une bande de plus de 250 applaudisseurs chargés d'assister aux séances.dc l'assemblée nationale , d'y applaudir les ministres et les orateurs royft*

listes , et d'y huer les orateurs patriotes : il dépense trois ou quatre millions pour ce seul objet (M"** Gampaii, toroc 2, pa^e 595). G^est lui qui solde une foule de journalistes et d'écrivains tilirà'révoluiioHnaires (qui corn* mettent les excès), et contre-révolutionnaires (qui les exagèrent , les enveniment , et les dénoncent chaque jour à la France et à FEurope).

Il solde secrètement une partie de la garde nationale; il solde aussi des bandes de sicaires.

On lui fait distribuer de Targent, dans Vunc de ses pro» menades , aux environs du faubourg Saint-Antoine, afin de se populariser parmi eux.

On corrompt un grand nombre de députés auxquels on donne des dinei'S et des pensions.

On distribue plus de i ,500,000 francs pour obtenir igi décret favorable à la liste civile.

Et c'est souvent sur les fonds extraordinaires ou secrets de leurs ministres que les ministères fournissent à ces cri* rainelles dépenses.

Cependant, les patriotes, qui reçoivent chaque jour des avertissemcns , et que mille apparences inquiètent et effraient , se demandent sans cesse : Mais , h roi ne nous tràfiit'il pas? V étranger n'a-t-il pas résolu la guerre?

Les constitutionnels ou les modérés, réunis dans le club des FexiiUans (doctrinaires et juste-milieu d'alors), voulant conserver tout le pouvoir dans la bourgeoisie, redoutant le peuple proprement dit , croient ou feignent do croire à la sincérité de Louis XVÏ, ou du moins se flattent qiîu? la douceur et les concessions vaincront enfin ses répugriancqs pour la révolution j ils prétendent que les rois craignent ia France bien plus qu^elie lic doit les craindre çUc-même : fluc c'est pour eux surtout que la paix est uft besoin impérieux ; que leurs menaces ne sont plus des fanfaronaiTes; que leurs préparatifs sont purement défcnsîfs; qu'il faut éviter toutes les jncsurca .qui pourraient les inquiéter, et qu'on, évitera la'guqrre si la révolution est sage. Leur devisé est légalité^ constitution , confiance» mo«U«-ati4Mi •ct.jMÛx.'-rJLûuiâ XYIcliûiâit ^s ministres

Sarmi eux ; mais il conspire avec ceux qui veulent se rente Tfes complices , (k ^rompe les autres j îl leur çachç 90$

coi'l'ôspdntlaùccs particiilîèrcs j lés résolutions hostiles des étningers, leurs préparatifs d^attaque, et même leur marche vers nos frontières. D'un autre côté, il invoque sans cesse une constitution qui lui donne assez de pouvoir poiur qu'il puisse trouver moyen de la renverser; mais, quoique cette constitution ne lui accorde qu'une garde française de DIX-HUIT CENTS hommcs, il conserve ses Suisses et se compose une jjardc de six mille contre-révolutionnaires, qu'on lo force de dissoudre quand elle est découverte, mais qui reste secrètement à sa solde et à sa disposition.

Les autres , en beaucoup plus {jrand nombre , parmi lesquels se trouvent les fameux girondins (4 ), le âxic d'Orléans et son fils (aujourd'hui Louis-Philippe), réunis dans le club des Jacobins, sont couvaincus que Louis XYI ne se résig^nera jamais à la diminution de son ancienne autorité; qu'il conspire contre la constitution; qu'il s'entend avec l'émigration et avec. l'étranger; que Tintérét des rois est d'étouffer la révolution ; qu'ils veulent, non-seulement rétablir le pouvoir absolu , mais surtout démembrer le royaume ; que leurs préparatifs sont hostiles ; que la gpuerrc est inévitable ; que le danger est immense et pressant ; enfin , que le salut public exige qu'on se prépare à 1^ défense , et qu'on fasse expliquer catégoriquement les gouverncmens étrangers sur leurs intentions et leurs

projets.

Le ministre des affaires étrangères ,Delessart , demande; enfin ces explications.

Mais il se concerte secrètement avec les cabinets , et leur dicte leurs réponses. Plaignez-vous , leur dit-il , des jacobins ,' des sociétés populaires, de l'anarcliie , des e^cès , etc."

Sa double correspondance, l'une ostensible'", l'autre secrète , lui donne la' facilité dei tromper la représentation nationale.

Ses manœuvres sont enfin '({écouvcrtes , et le girondin îssot l'accuse à la tribune d'avoir caché à l'assemblée

Bnssot

(i) Ainsi appelés parce qUî les. p; încîpaux^ font députés du

dépaitement «le la Gironde (Borcîeavx).

le traité de Pilnitz et beaucoup cVautres actes : a Si le i> min'stre , dît-il , a connu cet acte, sou sience est » une trahison ; s^il ne Ta pas connu , sa négli(jence est » inexcusable. L'incapacité seule , ajoute Brissot , dc- » Tient , dans un tel ministre , un véritable crime : car )) s'opiniâtrer à tenir le gouvernail dans un moment de n tempête , lorsqu'on n'a ni la force , ni la tête , ni le M courage nécessaires, c'est s'ci^poser à être l'assassin de. » SCS frères , qu'un homme plus habile pourrait sau- » ver. »

Décrété d'accusation , le ministre des affaires étrangères s'enfuit.

Un ministère patriote est alors formé : mais le roi lui cache toujours ses manœuvres secrètes , Tentrave , le paralyse , et correspond avec les précédons ministres que l'opinion publique Fa contraint de renvoyer.

Après beaucoup de temporisation , F Au triche , forcée de s'expliquer , persiste dans les déclarations du traité de Pilnitz , et demande la dissolution de l'assemblée nationale et des sociétés populaires.

Louis XYI propose enfia, le 20 avril 4792 , de lui déclarer la guerre ; mais l'assemblée est dupe de ses larmes et de ses démonstrations patriotiques : car il est d'accord avec l'étranger , et son but secret est d'accélérer l'invasion.

On prend tout de suite Toffcnsive contre les Autrichiens , en Belgique.

Mais l'armée no se trouve ni aussi nombreuse , ni aussi, bien organisée que le gouvernement Tavait souvent affirmé ; la trahison éclate dès les premiers engagemens ; des cris de sauve qui peut mettent le désordre dans les rangs , et l'on est réduit à reprendre la défensive : l'ennemi , n'étant pas encore prêt pour attaquer lui-même , reste dans ses positions.

Le 8 juin , l'assemblée prend des mesures contre Fembauchage , et décrète un camp de 20,000 hommes sous Paris ; mais le roi refuse sa sanction , fait tous ses efforts pour désorganiser Farmée , renvoie les ministres patriotes , reprend des ministres suspects , ne s'entoure que des parens des émigrés , et fait partir secrètement

Mallet-Dupan pour hâter rarrivée des coalisés , tout en protestant avec force de son dévoûment à la constitution.

L'un de ses ministres , Mourgucs , se plaint de ce

3u^il Fentrave par ses actes particuliers , et lui donne sa émission.

L'inquiétude , la défiance et Firritation du peuple sont extrêmes. Le 20 juin , plus de 50,000 personnes envahissent les Tuileries et demandent au roi le rappel <Iu précédent ministère et la sanction des décrets. « Ce » u^est ( répond-il avec un courage qui prouve qu'il sa- » vait refuser quand il le voulait ) , ce n'est ni la forme • ni le moment de l'obtenir de mot. »

Vainement trois des chefs girondins , Vergniaud , Guadet et Gensonné , lui présentent-ils un mémoire dans lequel ils l'exhortent à suivre franchement le système de la révolution : il rejette.

Vainement lui conseille-t-on à* abdiquer : il refuse.

§ 8. -*- Invasion étrangère - — Manifeste Brunsivick. — AO août, insurrection , prise des Tuileries. — ^ Suspension de Louis XVI. — Prussiens en Champagne. — 2 septembre. — Expulsion des Prussiens.

Cependant la coalition s'avance vers la frontière^ l'assemblée déclare la patrie £N danger, et la population court aux armes.

Enïïn le 25 juillet , 200,000 Autrichiens et Prussiens , animés par la présence de Fempereur d'Autriche et du roi de Prusse , commandés par le duc de Brunswick , et guidés par divers corps d'émigfrés sous les ordres du maréchal de Bro;][Iie , débouchent par plusieurs routes et marchent sur Paris.

Avant de quitter Goblentz , le généralissime publie , an

nom de Fempereur d^ Autriche et du roi de Prusse , son

fameux m'àhifeste iadressé â la nation française et rédigé

par un émigré , le marquis de Linon , dans lequel il re-

^^Âtoche aui révolutionnaires d'avoir usurpé -les rênes de

^^Hnimistration en France, d'y avoir troublé le bon

ordre et renversé Tautorité légitime. Il déclare que les sonverains alliés niarcheDt pour faire cesser l'anarchie en France, arrêter les attaques portées au tiône et à l'autel, rendre au roi lu sûreté et la liberté , et le mettre en état d^exercer son autorité souveraine. 11 rend 1er gardes nationales et les autorités responsables de tous lesdésordres jusqu^à Tarrivée des troupes de la coalition. B les somme de revenir à leur ancienne fidélité. Il dit que les babitans des villes qui oseront se défendre seront funis sur-le-champ comme des rebelles , et leurs mottons démolies oit brûlées. Il ajoute que si Paris ne traite pas le roi avec tout le respect qui lui est dû , tous kf membres de rassemblée nationale , du département , du district , de la municipalité , de la garde nationale , en répondront sur leurs têtes; et que, si le château est insulté , les priuces confédérés en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable , en livrant la ville elle-même à une exécution militaire et à une destruction totale. Il fait espérer , au contraire , aux Parisiens qu'ils^ obtiendront pardon s'ils obéissent promptement aux ordres de la coalition.

Que faut-il faire alors? Courber la tête , se jeter à genoux, demander pardon au roi, se soumettre à Tétranger, se laisser envahir, humih'er, châtier, asservir?

Défendons-nous ! crie-t-on de toutes parts.

Mais , pour résister , il faudra vaincre nos ennemis intérieurs : beaucoup de nobles, de prêtres, de contrerévolutionnaires périront 1 — Hé ! vaut-il donc mieux que nous soyons pendus, roués , exterminés , nous et nos f%: milles , par eux et l'étranger ?... Défendons nous !

Mais de simples dissidens seront peut-être victimes ! — Hé ! faut-il donc que les égoïstes , les lâches , ou le» imbéciles nous compromettent et nous perdent ?.... Défendons-nous !

Mais beaucoup d'entre nous périront ! — Plutôt

la mort que l'esclavage ! Vaincre ou périr ! Défendonsnous ! défendons-nous ! CTest le cri national.

Cependant le roi conspire, trahit, se prépare à fuir pour se mettre à la tête de rennemi , ou s'apprête à résister dans son palais. Trois ou quatre cent mille contre-

ment arrivés on foule de tous côtés à Paris... Le canon d'alarme gronde , le tocsin spnne , la générale bat. . . Beaucoup de conspirateurs ont été arrêtés le 'lO août et depuis; de nouvelles arrestations sont faites. Humanité , couvretoi d'un voile funèbre!... Les prisonniers sont presque tous immolés dans leurs prisons... 40,000 Parisiens s'enrôlent en trois jours; 600,000 citoyens partent de tous côtés ; on court au-devant des Prussiens au cri de vive la nation ; on les arrête à Valmy ; on les force à regagner précipitamment la frontière ; on s'empare de la Belgique è pas de course , et le pays est une première fois sauvé.

§ 9. — Convention, — Abolition de lu royauté. — Procès de Louis XVI. — Adhésion générale à sa condamnation. — Véritahle cause de sa perte.

Le 21 septembre , la Convention nationale est réunie.

Dès la première séance... » Personne de nous (s'écrie » l'un des plus sincères amis de la liberté, Tévêque Gré- » goire) ne proposera jamais de consacrer en France N l'institution funeste des rois; nous savons trop bien que B toutes les dynasties n'ont jamais été que des races dév vorantes, qui ne vivaient que du sang des peuples.... » Les rois sont , dans l'ordre moral , ce que les monstres « sont dans l'ordre physique ; les cours sont l'atelier du » crime, le foyer de la corruption...; l'histoire des rois » est le martyrologe des nations... Plus de roi , plus de » cour! n

Et l'assemblée se lève spontanément tout entière ; la royauté est abolie , les Bourbons sont déchus , et la République (mitraillée le 47 juillet 4794, au Ghamp-de- Mars , dans la personne de ceux qui la demandaient après la fuite de Yarennes), la République est unanimement proclamée par acclamation.

On va donc faire une constitution républicaine. En attendant, 01) déclare qu'aucune constitution ne peut être légitime qu'autant qi; cÇe est squmise à l'AccEFTATiozi du peuple et formellement acceptée par- lui.

Tous les soupçons contre Louis XYl sont désormais

changés en certitude. On a saisi soit dans la fameuse ormoire de fer ( construite aux Tuileries par ordre de Louis XYI , dans un corridor intérieur de son appartement , et parfaitement imperceptible , découTcrte sur U dénonciation du serrurier qui Ta faite , et qui seul en â connaissance), soit dans les bureaux de la liste civile, soit ailleurs , une immense quantité de pièces qu{ révèlent ses longues perfidies, son machiavélisme et ses trahisons.

Le girondin Rolland , ministre de Tintcrieur , fait um rapport sur ces pièces :

« Elles sont enfin trouvées, dit-il, ces preuves que ré- N clamaient avec tant d'affectation des nommes faibles » ou complices , et de Texistence desquelles les ardens » amis de la patrie avaient eu rheureux courage de ne » jamais douter. Il ne s^agit plus seulement do soup^ns » ni de défiances. Des pièces écrites, arrachées de ces « archives du crime, vont enfin apprendre à l'univers » entier ce qu'il devait penser de ces réclamations affee- » iées de la consUUitiaii et des lois, de ces sermens si » complaisamment répétés, de ces témoignages hypo- » crites d*affeciion pour le peuple» à Tabri desquels on » soudoyait des assassins, on payait des pamplets, on » décriait les assignats, on svhornait des régiinens, on » dispersait nos armées, on ouvrait nos frontières, on » préparait enfin le ravage de nos propriétés , le ^nassa- » cre de nosjamillés,la ruine de la liberté et les espé- » rances de^rhumanité entière.... »

^ Qdé dirait donc Rolland , s'il avait trouvé le portefenille retiré de cette armoire par le roi , après Tinircision de son palais le 20 juin , et remis par lui à madame Campan , contenant sa eorrespondance secrète avec les princes, notamment vingt lettres de MoNSteur, dis4iait tm dix-neuf du comte d'Artois , un grand nombre d'antres écrites par Montmorin , Alexandre de Lamethy Mirabeau , àe» ministres , des ambassadeurs , etc. , « piéoes » qui, dit la reine, seraient les plus funestes pour le roi, » si on allait jusqu'à lui faire son procès *» (M'^^C^mapan, tome 2, page 249)?

Qae dirait-îl encore, s'il savait tous les aveux que]^fe-

— seront plus lard une foule d'écrivains royalistes , à qui leurs fonctions donnent Foccasion de connaître toute la vérité : le ministre Bertrand de Molleville,— lecomledeMaistre, — Ip niarquis de Ferriêres , — le marquis de Bouille, — le ministre Dumouriez, — la confidente de la reine, madame Caropan , — - Tabbé de Montgaillard , — le baron d'Hardemberg, ministre prussien, etc., etc., etc.?

Ce rapport de Rolland, ceux de Gohier et de Valazé, r adresse de Condorcet au peuple sur les motifs du décret de suspension de Louis XVI , l'impression et la publication de toutes les pièces découvertes, excitent au dernier point rindig^nation universelle contre un roi déloyal et perfide.

« Le peuple est furieux contre lui, dit Dumouriez, parce qu il le regarde comme un traître. »

Ce même peuple est tellement convaincu de sa perfidie, que, victime d'une famine effrayante, il n'attribue au'à ses manœuvres un fléau qui ne vient peut-être que de la nature.

De tous les points de la France , des journaux et des adresses demandent son jugement.

La Convention s'en occupe enfin.

On va voir que jamais procès ne s^est instruit, discuté, jugé, avec autant de lenteur et de solennité.

Les partisans du roi prétendent qu'il est inviolable d'après la constitution , et qu'il ne peut être jugé.

Une commission de législation est cbargée d'examiner cette question.

Le 7 novembre , Mailbe fait un rapport en son nom , et propose à la Convention de décider : i^ Que l'inviolabilité constitutionnelle ne s'applique qu'aux actes que le roi fait constitutionnellement , c'est-à-dire , par Tintermédiaire de ses ministres qui en sont responsables ; qu'elle no s'applique pas aux trahisons et aux crimes qu'il peut commettre ineonsiituHonnellement à l'insu de >«ea ministres (4); que Louis XYI ne peut invoquer la

f^^atrmmm , n ip h

Vopinion de Mirabeau. — Séance du 25 mars 179D

constitution , parce qu^il ne l'a jamais acceptée sincèrement, et qu'il a constamment conspiré pour la détruire; Î[ue d'ailleurs la raison d'état et le salut public , qui ont iait proclamer sa déchéance , exigent aussi qu'on le ju^e ou qu'on statue sur son sort ; 2% que la Convention peut le juger , parce que la nation Ta Tolontairement et spécialement investie de tous ses pouvoirs ; qu'elle doit le faire dans l'intérêt de la révolution et du salut du pays ; 5^ qu'elle peut et doit également prononcer dans la forme ordinaire de ses décrets , c'est-à-dire à la simple majorité des voix ; 4^ enfin , sa décision doit être définitive et sans appel.

Ce rapport est traduit dans toutes les langues , imprimé j envoyé aux départemens , aux municipalités , aux armées.

La discussion est renvoyée au ^12. '

Elle dure depuis le 42 novembre jusqu'au 5 décembre.

Oudot , député de la Côte-d'Or , présente son opinion sous la forme d'un apologue , dont voici le sens : « Une » société de Français avait traité avec un capitaine de » navire pour une traversée longue et périlleuse. Le ca- » pitaine avait voulu rester seul maître de la direction » du vaisseau y et cependant n'être assujetti à aucune » espèce de responsabilité. Il inspirait de la confiance , » il paraissait d'ailleurs intéressé au succès du voyage : » la société déféra à ses vœux. A peine en pleine mer, il » prit un chemin contraire à celui qu'il devait suivre : » on lui fit des représentations ; il les méprisa. Bientôt » un corsaire se présente , et le combat s'engage ; mais » les manœuvres du capitaine ne tendent qu'à rendre » infructueuse la vigoureuse défense des voyageurs. » Alors ceux-ci s'emparent du gouvernail , mettent en » fuite le corsaire , se saisissent de la personne du capi- » taine , et trouvent dans ses papiers les preuves de sa » trahison... La non-responsabihté , l'inviolabilité stipu- » lée on faveur de ce perfide pouvaient-elles le soustraire w à la peine due à sa déloyauté ? Français , dit Oudot en » finissant , ce perfide était partie secrète dans le traité » de Pilnitz ; il a conjuré votre perte avec la cour de

wÊim

» Vienne ; il a entretenu une armée contre-rëyolution- » naire à Goblcntz , avant j pendant et depuis l'accepta- » tion de la constitution. Je conclus à ce que le traître « iiavigaieur Louis XVI soit jugé. »

Toutes les raisons qu'on peut donner sur Vinviolahilité sont présentées avec liberté , force et talent ; mais les raisons contraires l'emportent , et l'assemblée décrète que Louis XVI ierajttgé par la Convention nationale.

Personne ne sait quel jugement Fliistoire pourra porter un jour sur cette première décision ; mais aujourd'hui , quel homme , quel tribunal , quelle assemblée peut avoir la prétention de mettre son génie au-dessus de Mlui de la Convention ? Qui peut dire : Ellle a commis une eneur ou bien une injustice ?

Une commission de vingt-un membres est chargée de dresser un acte d'accusation énonçant les faits , les pièces et les preuves. •

Le -1 , Robert-Lindet , rapporteur , commence par tm historiqtLe rapide de la conduite de Louis XVI depuis le commencement de la révolution.

Le 'l 'l , Barbaroux lit le projet de l'acte d^ accusation ; ee projet est discuté et arrêté.

Louis XVI est alors amené à la barre de l'assemblée. Le président l'interroge. Il nie l'évidence , même l'existence de l'armoire de fer ; il s'abaisse jusqu'à désavouer son écriture et sa signature.

« A minuit , dit Cléry , pendant que je déshabillais Louis XVI , il me dit : J'étais bien éloigné de penser à toutes les questions qui m'ont été faites ; et , dans mon embarras, j ai été ebhgé de renier jusqu'à mon écriture, » ( Montgaillard , tome 5 , page 294. )

Il demande un défenseur et la communication des pièces : on accorde.

Target refuse de le défendre ; Tronehet accepte ,* Malesherbes s'offre ; Desèze est adjoint.

Pendant quinze jours , ces trois défenseurs commnni-

3nent librement avec lui au Temple : des commissaires e la Convention lui apportent chaque jour les originaux des pièces du procès ; on lui laisse tout le temps néces- «aire pour préparer sa défense.

Le 26 } il paraît de nouveau  la barre de la Gonven» lion , assisté de ses trois défenseurs.

Desèze prononce sa défenàc , s^explîque sur tout , et parle avec la plus grande liberté et même avec hardiesse au milieu du plus religieux silence.

n reconnaît , avec les partisans du roi , que la nation a le droit de changer sa constitution , de choisir une autre forme de gouvernement , et de révoquer les pouvoirs délégués A Louis XVI et à sa dynastie ; mais il prétend qu^il est inviolable , même innocent , et qu'il ne peut être ni condamné ni jugé.

Louis est encore interrogé , et déclare qu'il n'a plus rien à ajouter à sa défense.

L'assemblée ordonne que le mémoire de ses défenseurs , signé d'eux et de lui , sera imprimé et puhlié dans toute la France.

Là discussion s'ouvre , et dure jusqu'au 7 janvier : chaque jour, plusieurs membres prononcent de longs discours ,. dans lesquels toutes les questions sont librement discutées. Personne ne soutient l'innocence de Faccusé ; beaucoup le peignent comme le tyran le plus hypocrite , le plus odieux et le plus criminel ] ceux mêmes qui veu« lent Je sauver avouent qu'il est coupable , et Taccablcnt de mépris.

Lanjuinais , l'un de ses plus dévoués partisans , l'appelle un ci-devant roi , méprisé , haï ;... une tête déshonorée. (Choix de Rapports , tome 10 , page 554 et 561 5 lome 4^ , page 5S»0. )

« Citoyens , dit Morison ( le plus ardent défenseur de » l'inviolabilité royale ) , je sens , conamc vous , mon » âme pénétrée de la plus forte indignation , lorsque je » rassemble dans mon esprit les crimes , les perfidies , » les atrocités dont lAmis XVI s'est rendu coupable. La » première de toutes mes réflexions , la plus naturelle , » sans doute , est de vdir ce monstre sanguinaire expier n.ses forfaits dans les,,4iruels tourmeus. Il les a tous méa rites, je le. sais; mais... il est inviolable. »

Le 7 , la discussion est fermée à l'unanimité , et Taf-

faire est ajournée jusqu^au 44, jour auquel on arrét< les trois questions sur lesquelles rassemblée doit yoter.

Le 'l 5 , rassemblée se déclare en permanence , et Yot< par appel nominal , à haute voix , à la tribune , par ou ou par non , sur cette première question : Louis est-i coupable de trahison et d'attentat contre la sûreté -di Tétat?

La Convention a sept cent quarante-neuf membres.

Trente-deux sont absens pour commissions ou congés,

Dix refusent de voter , et ce refus prouve que le vote est parfaitement libre.

Quatorze déclarent voter comme législateurs et noE comme juges.

Six cent quatre-vingt-treize disent oui.

Pas un seul ne dit non.

Quel tribunal fut jamais plus imposant ! Quel juge* ment fut jamais plus solennel et plus unanime !

Quelle que soit Fopinion sur les autres questions , h critique ne doit-elle pas se taire devant ce grand , cel immense fait hbtorique. Louis XVI est , à l'unanimité, déclaré , par la Convention nationale, coupable de .tr^^ HisoN envers la patrie.

On vote sur la deuxième question. Yaurort-il recoure au peuple ?

Trente-deux sont absens. — Dix refusent. — Deux ceni quatre-vingt-trois répondent oui , et quatre cent vingi quatre, non. ..

Il n'y aura donc pas de recours ni d'appel.

Le 46, au commencement de la séance, ou décide que la simple majorité sufRra pour la peine comme pour tous les décrets de l'assemblée, et Ton vote sur cette troisième question : Quelle peine sera infligée à Louis?

L^appel nominal dure vingt-quatre heures.

Presque tous les membres motivent leurs votes : en voici quelques-ans :

« Camot : La justice et la politique veulent également v) que Louis meure. Jamais dévoir ne pesa plus sur mm » cœier; je votelamort. »

« Condorcet : Louis mérite la mort ; mais je ne la vo- » terai jamais pour personne ; je vote les fers. »

» Le duc d' Orléans : Uniqueinent occupe de mon de- » voir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou atten- » feront par la suite à la souyeraineté du peuple méritent » la mort, je vote la mort. »

Quelque conciencieus et courageux même que soit ce vote , rassemblée ne Tentend qu'avec une douloureuse surprise , tant le sentiment des convenances a de force sur elle.

« Lanjuinais : Comme homme, je voterais la mort de • Louis ; mais , comme législateur, je vote la réclusion » jusqu'à la paix, puis le bannissement et la mort en cas » d'infra£tion, »

Les girondins Vergniaud, Guadet , Gensonné, etc., votent la mo)^*

David la vote aussi ; et cependant, Tun de ses collègues lui demandant comment il doit voter : « Puisque tu » doutes, lui répond-il, absous^ »

Avant le dépouillement du scrutin, le bruit circule que la majorité pour la mort n'est que de deux voix. Plusieurs partisans du roi volent chez M. Duchastel , malade ,' et r^imènent. Il se présente au pied de la tribune , la t^e enveloppée , demande à voter, et annonce qu'il votera pour le bannissement.

L'appel nominal étant clos , son vote comptera-t-il ?

« Si Duchastel eût voté la mort , dit Garreau ( qui l'a » votée lui-même), je réclamerais la radiation de son suf- » frage ; mais il a voté pour l'indulgence, et je demande » que son vote soit compté. »

Cette proposition est adoptée ; et cependant le résultat du scrutin est encore incertain, et ce vote pourrait sauver Taccusé.

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