LETTRE DU DUC D ORLEANS A L EVEQUE DE LANDAFF
A l'occasion de V oraison funèbre du duc d'EngJiieny prononcée à Londres.
n Mon cher milord , j'étais certain que votre âmo élevée éprouverait une juste indignation à l'occasion du meurtre atroce de mon infortuné cousin ; sa mère était ma tante; lui-même, après mon frère , était mon plus proche parent. Nous fûmes camarades ensemble pendant nos premières années, et vous devez penser, d'après cela , que cet événement a dû être pour moi un coup bien rude. Sou sort est un avertissement pour nous tous; il nous indique que l'usurpateur corse ne sera jamais tranquille , tant qu'il n'aura pas effacé notre famille entière de la liste des vivans. Cela me fait ressentir plus vivement que je ne le faisais , quoique cela ne soit guère possible, le bienfait de la généreuse protection qui nous est accordée par votre nation magnanime. J'ai quitté ma patrie de si bonne heure, que j'ai à peine les nabitudes d'un Français, et je puis dire avec vérité que je suis attaché à l'Angleterre , non seulement par la reconnaissance, mais aussi par goût et par inclination.
C'est bien dans la sincérité de mon cœur que je dis : Puissé-je ne jamais quitter cette terre hospitalière !
» Mais ce n'est pas seulement en raison de mes sentimens particuliers que je prends un vif intérêt au bienêtre , h la prospérité et au succès de l'Angleterre; c'est aussi en ma qualité d'homme. La sûreté de l'Europe, celle du monde même, le bonheur et l'indépendance future du genre humain , dépendent de la conservation et de rindépendance de l'Angleterre, et c'est la noble causede la haine de Bonaparte pour vous , et de celle de tous les siens. Puisse la Providence déjouer ces projets iniques , et maintenir ce pays dans sa situation heureuse et prospère ! C'est le vœu de mon cœur , c'est ma prière la plus fervente. »
(Le reste concerne ïa religion. )
» Veuillez bien croire aux sentimens d'estime et de
considération avec lesquels je suis
» L.-P. d'Orléans.
» Twikenham , ce 28 juillet J 804.
» P. S. La chute de la monarchie française, les emprisonnemens , les confiscations , les proscriptions , les meurtres, les boucheries qui ont accompagné cette chute, et la honteuse tyrannie qui y a succédé , sont des événemens dignes de la considération des princes et de leurs sujets ; ils apprennent aux princes à user avec modération du pouvoir arbitraire, et même à bien réfléchir si le despotisme est en rien convenable aux peuples éclairés qui habitent aujourd'hui l'Europe. Ils leur apprennent â se garder d^accabler leurs sujets d'impôts pour soutenir des guerres inutiles ou le luxe et les prodigalités de leurs cours. Ces évènemens enfin apprennent à leurs sujets, je ne dis point à se soumettre à une oppression extrême de la part de leurs princes , mais à supporter avec patience des maux légers, de crainte qu'en voulant s'en affranchir, ils ne soient accablés par de i^us grands. Des réformes faites à propos peuvent être sans danger ; mais la résistance aux réformes se termine souvent par des révolutions. » (Bibliothèque historique, tome I , page 279. )
En -1 8 1 G , on avait mêlé , à la cour de Louis XVIII , le nom de monseigneur le duc d'Orléans, aujourd'hui
Louis-Philippe \^^ , k des vœux contre le trône légitime. S. A. S. repoussa cette imputation par la déclaration ciaprès :
Déclaration de monsekjneur Je duc d'Orléans, premier . prince du sang de France, publiée en \Si6.
« Français!
» L'on me force à rompre le silence que je m'étais imposé; et puisqu'on ose mêler mon nom à des vœux coupdbles et à de perfides insinuations , moi honneur me dicte , à la face de l'Europe entière , une protestation solennelle que me prescrivent mes devoirs.
» Français! on vous trompe, on vous égare. Mais qu'ils se trompent surtout , ceux d'entre vous qui s'arrogent le droit de se clioisir un maître, et qui, dans leur pensée , outragent par de séditieuses espérances un prince, le plus fidèle sujet du roi de France Louis XVIII !
» Le principe irrévocable de la légitimité est aujourd'hui la se^de garantie de la paix en France et en Europe ; les révolutions n'en ont fait que mieux sentir la force et l'importance : consacré par une ligue guerrière et par un congrès pacifique de tous les souverains, ce principe deviendra la règle invariable des règnes et des successions.
» Oui, Français, je serais fier de vous gouverner, mais seulement si j'étais assez malheureux pour que l'ex- ^Hnction d'une branche illustre eût marqué ma place au
)ne. Ce serait seulement alors que je ferais connaître
^USsi DES INTENTIONS PEUT-ETRE BIEN ELOIGNEES DE
(^:lles que l'on me suppose , ou que Ton voudrait me suggérer.
» Français! je ne m'adresse qu'à quelques hommes égarés. Revenez à vous-mêmes, et proclamez-vous fidèles sujets de Louis XVIII et de ses hèi'itiers naturels, avec un de vos princes et de vos concitoyens. •
« Paris, -1818.
Signé, Louis-Philippe , duc d'Orléans. »
[Quotidienne, Trihune, 50 août ^831.)
> Voyons maintenant la lettre à Nicolas.