EXTERIEUR
§ 59. — Système de propagande , puis de non-intervention. — Discours de Laffitte, Dupin, SoiiU, Lafa^jette^ Séhastiani. — Paroles dxi roi. — Réponse de Laiour- Mauhourg. — Révolution d'Italie.
Jusqu'à présent nous n'avons examiné la conduite du gouvernement qu'à V intérieur ; voyons maintenant ses actes à Vextèrieur.
C'est ici la question capitale : car .sans indépendance, il n'y a ni liberté ni nation ; mais c'est ici surtout que nous allons trouver honte et péril.
Que Louis-Philippe veuille placer le duc de Nemours sur le trône d'Espagne et de Portugal en lui faisant épouser dona Maria , et une de ses filles sur le trône d'Italie en lui faisant épouser le fils du duc de Modène , ou bien qu'il veuille seulement effrayer les rois et les forcer à le reconnaître , ou bien encore qu'il n'agisse que par la nécessité de faire des concessions à l'opiuion publique , il est certain qu'il adopte d'abord un système de propagande contre l'Espagne et le Portugal, contre l'Autriche en Italie, etc.
T. ÏI. â
Mais Ferdinand et les autres souverains l'ayant reconnu , au système de propagande il substitue le système de non-intervention , dont Mole fait hardiment et franchement l'application dès la fin de septembre, en déclarant au roi de Prusse que , s'il envoie des secours au roi Guillaume , Louis-Philippe fait entrer à Tinstant une armée française au secours de la révolution belge.
Ce principe , sauveur de la Belgique et protecteur de l'indépendance de tous les autres peuples, est évidemment pour la France elle-même une nécessité de sa révolution de juillet.
Cette révolution n'est-elle pas , en effet , intéressée à ce que les autres peuples s'affranchissent et deviennent ses alliés au lieu d'être ses ennemis , la défendent au lieu de l'attaquer?
Reconnaître que les rois , surtout les rois absolus , coalisés ou ligués , entraînant tous les peuples esclaves , ont le droit d'empêcher ou de détruire une révolution quelconque, ne serait-ce pas reconnaître qu'ils ont également le droit de détruire la révolution française? Ne serait-ce pas se suicider?
Mais qu'est-ce qu'adopter le principe de non-interxen' tioji? Est-ce tout simplement manifester uneo^ùiiou, un désir ? ou bien est-ce prendre la résolution de soutenir le principe et le droit par la force des armes? En diplomatie , les opinions , les désirs , les prières , les menaces , les mots , le droit même , ne sont rien ; la force est tout. Adopter le principe de non-intervention, c'est donc se résoudre à faire li guerre pour empêcher l'intervention d'un roi contre un peuple étranger.
C'est ainsi que le pratique Mole , c'est ainsi qu'on le proclame unanimement à la tribune, comme on va voir :
Après avoir, dans la séance du ^*''" décembre ^850, annoncé que les liens d'amitié se sont resserrés entre la France et l'Angleterre ; que toutes les puissances ont rtfconnu Louis-Philippe ; que cependant notre révolution il inspiré des craintes et fait prendre des précautions : que les anneinens étrangers sont faits dans des vues de sûreté et non d'attaque , et que le gouvernement reçoit à cet égard les explications les plus rassurantes ; que néan-
moins il ne néglige rien pour se mettre en mesure , et que , s'il désire la j^aix , il ne craint pas les résultats dô la guerre, Laffitte ajoute :
« La France ne permettra pas que le principe de ïa
M non-iniervention soit violé. » (Bravo! bravo!.
Applaudissemens prolongés.)
« Mais elle s'efforcera aussi d'empêcher que Ton com- » promette une paix qui aurait pu être conservée. Si la » guerre devient inévitable, il faut qu'il soit prouvé, à » la face du monde , que nous ne l'avons pas voulue , et ») que nous ne l'avons faite que parce qu'on nous » mettait entre la guerre et l'abandon de nos principes,
» Nous continuerons donc à négocier , et tout nous » fait espérer que ces négociations seront heureuses ; mais » en négociant nous armerons.
» Sous très peu de temps, Messieurs, nous aurons» » outre nos places fortes approvisionnées et défendues, » cinq cent mille hommes en bataille » bien armés, bien, » organisés, bien commandés. Un million de gardes na" » tionaux les appuieront, et le roi, s'il en était besoin, » se mettrait à la tête de la nation. » (Un vif mouvement
d'entliousiasme se manifeste dans l'assemblée Des
applaudissemens réitérés, des cris de rire /e roi.' vive la liberté! éclatent de toutes parts.... Cet enthousiasme se communique aux tribunes, et les regards se tournent vers une d'elles, où se trouve le jeune duc de Nemours.)
« Nous marcherions serrés , forts de notre droit et de » la puissance de nos principes. Si les tempêtes écla- » taient à la vue des trois couleurs et se faisaient nos » auxiliaires, tant pis pour ceux qui les auraient déchaî- « nées ; nous n'en serions pas comptables à l'univers, « (Très vive sensation.) ;;^ ;, .
« Mais, je le répète en toute conviction, la paix est » infiniment plus probable que la guerre. (>uand la France » et l'Angleterre la veulent, quand d'autres puissances la » souhaitent , nous ne savons pas comment elle pouri'Àifc * être troublée, Nous Sonlmuetons oonc à ùôgociei-; » mais nous négocierons appuyés de cinq cent mille » nommes et d'un million de gardes nationaux. »
Cette déclaration est une des plus solennelles qu'on ait
jamais faites 5 car elle sort de la bouche du président du conseil , en présence des autres ministres et des représentans do la nation ; et tout le monde sait qu'elle a été délibérée dans le cabinet , et que le roi l'a approuvée avec une indicible joie , avec un enthousiasme patriotique. De là la présence du duc de Nemours à la séance des députés ; de là ces bravos et ces transports belliqueux de l'assemblée et des tribunes.
Quelques jours après , à la séance du 6 , un orateur , dont l'éloquence grandit quand il exprime des sentimens nationaux , Dupin dit :
« Une phrase a frappé généralement : elle exprime la » véritable situation d'un gouvernement sincère et géné- )) reux ; c'est celle qu'on a remarquée dans le discours du » président du conseil. Non-seulement il a posé en priîi* » cijje que la France ne voulait pas intervenir , mais » qu'elle ne souffrirait ims d'intervention.
» La France, en se renfermant dans son froid égoïsmej » aurait dit qu' elle n'inteiviéndr ait pas; cela pouvait être 5) une lâcheté ; mais dire qiCelle ne souffrira pas qu'on M intervienne, c'est la plus noble attitude que pwiS5c » prendre un pew|)/e fort et généreux. (Très bien! très » bien !) C'est dire non seulement je n'attaquerai pas, «je n'irai pas troubler les autres peuples; mais moi, » France , dont la voix doit être entendue dans l'Europe y> et dans le monde entier , je ne permettrai pas que les » attires interviennent. C'est là le langage qu'a tenu le )) ministère, c'est celui qu'ont tenu les ambassadeurs de » Louis-Philippe y c'est celui que soutiendraient V armée, » la garde nationale, la France entière. (Bravo ! bravo!) »
Le 8 , à la chambre des pairs , le ministre do la guerre, |e maréchal Soult , tient le même langage :
« Nous avons, dit-il, l'inèhranlahïe volonté de main-
» tenir ces principes immuables sur lesquels repose l'in-
^) dépendance des peuples. La non-intervention est désor-
- î..^^'.,/, ^'^"'' i'^»">"r)ecterons reliffieusement
), mais notre pt».i..i.o.xwuai-x^»f'^^^'^*""''*^*S^",.^
» sans doute , mais à la condition esmtieUe (iuil sera .. respecté par les autres. C'est pour arriver plus sûrement „ à ce résultat que nous venons réclamer votre con- « cours. »
Le 28 , le président du conseil vient de nouvçau confirmer ce principe :
« Au-dehors , dit-il , le ministère avait adopté le prin- » cipe de la non-intervention; ce principe vrai, naissant » de la situation même. La sainte-alliance avait pour i> lut (l'étouffer, par desr effort s communs , la liberté des » peuples partout où elle viendrait à se montrer ; le prin- » cipe nouveau , proclamé par la France , a dû être de » laisser déploijer la liheiiè ])artout où elle viendrait à, » naître, mais à naître naturellement.
» Plus d'intervention d'aucun genre ; tel a été le sys- » tème de la France. Il avait l'avantage de garantir notre » indépendance , ainsi que celle des paijs nouvellement )» affranchis, et de rassurer en même temps les puissances: M qui pouvaient redouter une perturbation chez elles.
» Cependant , renonciation de ce principe n'était rien M encore , c'est son ajypUcation qui était tout. Aujourd'hui M cette application a commencé.... Les cinq grandes » puissances viennent de reconnaître et ont signé en cora- » mun l'indépendance de la Belgique.
» Cette grande question de la Belgique , de laquelle on » pouvait craindre une occasion de guerre, la voilà » donc résolue dans son point essentiel.
» Cependant , je le répète , malgré tant de gages de » paix , la France ne suspend pas ses arméniens ; elle ne ») les interrompra que lorsqu'elle aura reçu Yassurance » et la PREUVE qu'ils ont cessé partout. »
Pendant que ce principe de non-intervention est ainsi adopté , appliqué , notifié à tous les cabinets , proclamé et expliqué solennellement à la tribune , les Italiens s'apprêtent à faire leur révolution.
Impatiens du joug , travaillant depuis long-temps à le briser , parfaitement mûrs pour la liberté , l'ayant déjà conquise en i 820 (Naples) , et \ 821 (Piémont) ; électrisés par l'exemple de la France , de la Belgique , de la Suisse, de la Pologne , de l'Allemagne , ils savent bien que rien ne leur sera plus facile que de s'affranchir , s'ils n'ont à lutter que contre leurs propres gouvernemens.
Mais ils savent bien aussi qu'il leur serait impossible de résister aux armées autrichiennes , et ne veulent com-
nencer leur délivraneç que dans le cas où la France sera bîen déterminée à s'opposer à toute intervention étrangère.
Avant d'ag^ir, les Italiens qui sont à Paris, et des Italiens qu'on envoie spécialement d'Italie , ont plusieurs entrevues avec Sébastiani , et lui demandent quelle est décidément la résolution du gouvernement français. — Si r Autriche intervient, répond-il, une armée française entre de suite en Italie.
Vers le 10 janvier , ces Italiens , notamment MM. Misiey et Liuati, s'adressent encore à Lafayette. — Pouvonsnous compter sur l'application du principe de non-intervention ? ■ — Je n'en sais rien ; mais je vais voir Sébastiani, et voici ce que je lui dirai : « On m'a confié qu'une » révolution allait éclater dans l'Italie centrale, et l'on » m'a demandé si la France s'opposerait par la force à î) l'intervention autrichienne. J'ai répondu que je n'en » doutais pas. Ai-je bien ou mal fait de donner cette as- » surance ? »
Lafayette voit donc Sébastiani , qui demande deux jours pour consulter le conseil sur une affaire si délicate.
Deux ou trois jours après , Sébastiani répond affirmativement à Lafayette.
« Cependant , dit Lafayette aux Italiens , comme j'ai I) quelques raisons de douter de la sincérité du gouver- » nement , et comme je ne veux aucunement compro- » mettre ma responsabilité personnelle envers vous,j'in- » terpellerai publiquement les ministres à la tribune pour » leur faire confirmer solennellement la réponse qu'ils » viennent de nous faire. »
Le 'l 5 janvier, Lafayette explique publiquement, en elîet, le système de non-intervention à la tribune.
« Messieurs , dit-il , toutes les fois qu'un pays de l'Eu- » rope , où qu'il soit placé , veut recouvrer ses droits , et » qu'une intervention étrangère vient l'en empêcher, » c'est une hostilité directe contre nous , non-seulement » parce que c'est ressusciter les principes de Pilnitz et de »> la soi-disant sainte-alliance , et justifier une aggression » future contre notre liberté et notre indépendance , mais
»^^ parce que le bon sens nous avertit que c'est comme s^ » Ton disait : Attendez , nous allons écraser vos auxiliaires » naturels , les amis de la liberté dans les autres pays ; et » quand ils auront cessé d'exister , nous tomberons sur » vous de tout notre poids (Approbation.) »
Le ministre des afl aires étrangères approuve cette définition par son silence.
Mais ce n'est point encore assez pour Lafayette : il veut avoir l'approbation du roi lui-même. — « Avez-vous lu » mon discours sur le système de non-intervention , et ap- » prouvez-vous la définition que j'ai faite de ce système? î) — Assurément oui, répondit le roi. — Il a donc l'as- » sentiment de Votre Majesté? reprit le général. — Sans » nul doute, ajouta le roi. » (Sarrans, tome 2, page 58.)
Bien plus , et pour donner à ses promesses toute la solennité possible , le ministre des affaires étrangères , Sébastiani, s'exprime ainsi lui-même, le 27 janvier, à la tribune nationale , sur laquelle l'Europe entière a les yeux fixés :
« La sainte-alliance reposait sur le principe de l'inter- » vention , destructif de l'indépendance de tous les états » iecondaires.
» Le principe contraire , que nous avons consacré , que » nous saurons faire respecter , assure l'indépendance et » la liberté de tous. »
Et le lendemain 28 , Lafayette vient encore prendre acte» pour ainsi dire, de la déclaration du ministre, et répète ce qu'il a dit à la séance du 45.
« Si la conséquence de ces principes , ajoute-t-il , amène » la guerre , sans doute il faut la subir , et nous avons » pour la soutenir ce million de gardes nationaux , ces )) 500,000 soldats, citoyens aussi, dont M. le président » du conseil nous a parlé à cette tribune. »
De leur côté , les Bolonais s'adressent à l'ambassadeur français Latour-3Iaubourg , qui se trouve à Bome ; celuici , soit qu'il ait reçu des instructions , soit qu'il ne fasse qu'interpréter les déclarations de la tribune , répond aussi que la France empêchera l'intervention autrichienne.
Après tant de précautions , de déclarations solennelles
et de promesses , comment les Italiens pourraient-ils douter gue la France empêchera Fiutervention de l'Autriche?
Ajournée depuis plus d'un mois , l'insurrection éclate du 5 au 7 février, à Modène, à Parme, à Bologne, à Ancône.
Là , comme en France , la révolution est modérée et généreuse : pas une goutte de sang n'est versée; les opprimés embrassent leurs anciens oppresseurs; à Modène , on pousse le respect pour les propriétés jusqu'à ne toucher ni à la vaisselle ni aux trésors du duc expulsé.
Cependant la nouvelle de cette révolution arrive à Paris , et Sébastiani paraît ivre de joie.
L'Autriche , invoquant un prétendu droit de réversibilité sur le duché de Modène , et voulant intervenir par la force des armes , le cabinet français fait notifier à toutes les cours qu'il s'oppose à cette intervention , et se prépare à la guerre.
C'est alors qu'il tolère et encourage les préparatifs des réfugiés italiens réunis à Lyon , auxquels on délivre des passeports.
C'est alors qu'une armée s'organise sur les Alpes , et que Gérard est désigné pour en prendre le commandement.
C'est alors que Piémontais , Romains , Napolitains , Italiens , se disposent à rentrer en Italie.
Mais bientôt le principe de non-intervention est subitement abandonné ; tout change à l'instant.
Quoi ! les solennelles déclarations de Laffitte , de Dupin, de Soult , de Lafayette , de Sébastiani , et de Louis-Philippe lui-même , ne sont pas sacrées ! Mais qu'y aura-t-il donc de sacré sur la terre ? La tribune ne serait-elle qu'un tréteau pour des jongleurs? Alors à quoi bon la tribune? N'est-elle pas la plus funeste des déceptions ? Que sert do demander des explications aux ministres et d'écouter leurs protestations ? Sincérité , bonne foi , loyauté , honneur , digqité nationale , sont-ils autre chose que des mots inutiles , trompeurs et perfides ?
Malheureuses nations! vos gouvernemens , qui vous parlent sans cesse de vérité , de franchise , de religion et de vertu , ne vous en parlent donc que pour vous en-
chaîner ! Ils ne reconnaissent donc aucun frein pour eux-
mêmes
§ 40. — Lettre du duc d'Orléans à l'èvêque de Landaff. — iS« déclaration en -1816. — Lettre de Louis-Philippe à Nicolas. — Réponse. — Ratifications des traités de 4814 et de ]S\o. — Entrée de Louis-Philippe dans la sainte-alliance. — Congrès de Vienne transféré à Londres. — Violation du principe de non-interveniion. — Intervention contre l'Italie. — Article des Débats. — Note de M. d^Appony. — Paroles de Metiernich. — Dépêche de Maison. — Cachée pendant cinq jours. — Diverses inèces concernant l'Italie. — Démission de Laffitte. — Ministère et système du 45 mars.
L'adoption , la notification , la proclamation du principe de non-intervention , n ont-elles jamais été qu'une comédie , pour tromper l'opinion publique? Ou bien ce principe , sincèrement adopté d'abord , est-il subitement et traîtreusement abandonné en février à 854 ? C'est un point douteux ; mais l'abandon du principe n'est malheureusement que trop indubitable.
Y a-t-il eu des traités x>osiiifs entre Louis-Philippe et les souverains étrangers relativement à la révolution de juillet? Et quels sont les engacjemens contractés par Louis- Philippe? la France devrait le savoir; mais la France n'en est point informée.
Cependant les faits parlent : écoutons-les.
Quel que soit son motif , que ce soit l'aveugle crainte des calamités de la guerre , ou Teffroi du mouvement qu'elle imprimerait à la révolution et à la liberté, ou le désir de conserver intacte la position de Charles X , ou bien des intérêts de famille , et notamment la conservation de son heau-frère sur le trône de Naples , il n'en est pas moins certain que Louis-Philippe ratifie les injustes et infâmes traités de 4844 et 4815.
« Ne pas les reconnaître , dit Sébastiani le 54 mars , » c'était la guerre, et nous voulions éviter la guerre. »
Cependant la révolution de juillet, et Fexpulsion de Charles X garanti par ces traités , la substitution de Louis- Philippe et les modifications à la charte , sont une première atteinte à ces traités : mais les souverains paraissent y consentir.
La révolution belge est encore une seconde exception : mais toutes les puissances paraissent reconnaître la séparation de la Belgique sous le sceptre de Léopold.
Sous ces deux exceptions , et surtout sous la première , la sainte -alliance continue; Louis -Philippe prend là place de Charles X; les traités de 4844 et 4 8^5, par lesquels les souverains se sont réciproquement garanti leurs couronnes , seront exécutés ; les principes des congrès do Troppau , de Laybach et de Vérone , d'après lesquels la sainte- alliance a proclamé son droit d'intervention, resteront en vigueur; le congrès de Vienne sera continué sous le nom de conférence de Londres, car « cette conférence » n'est autre chose que le congrès , » dit Bignon , le -J 0 août \ 85 1 .
Les rois continueront de se partager les peuples comme des troupeaux et de les tenir sous le joug du pouvoir absolu; non seulement Louis-Phihppe consentira à ce qu'ils compriment toutes les révolutions nouvelles , mais îl les aidera à comprimer Tltalie , la Pologne et la Belgique ; il leur promettra de comprimer même la révolution française ; et ses alliés , se concertant secrètement avec lui , comme autrefois avec Louis XVI , lui donneront les moyens d'endormir, de tromper et d'enchaîner la nation.
Voyons les faits :
D'abord n'est-ce pas Talleyrand qui est le conseil et le. guide de Louis-Philippe? N'est-ce pas lui que le duc d'Orléans consulte le 54 juillet, avant de consentir à exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume? N'est-ce pas lui que le roi choisit pour son ambassadeur à Londres , et qu'il impose pour ainsi dire à son ministère?
Et , ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que , jusqu'à cette nomination annoncée le 5 septembre , les relations de Louis-Philippe avec Talleyrand sont mystérieuses et inconnues à des ministres patriotes qui croient posséder tout entière la confiance du roi , et qui cependant n'en-
tendent jamais parler du diplomate , et ne le voient jamais au Palais-Royal , de même que Tintimité de Thiers avec le duc d'Orléans , avant la révolution , était inconnue , dit-on , à Laffitte lui-même.
Or, comment le principal auteur de la restauration , comment le père des traités de 4 84 4 et 4 84 5 pourrait-il méconnaître ses enfans et la sainte-alliance ?
Envoyer Talleyrand à la conférence de Londres , malgré son extrême impopularité , n'est-ce pas nécessairement vouloir ratifier les traités et prendre rang dans l'alliance des rois contre les peuples ?
Aussi , que dit la lettre à l'empereur de Russie ?
Mais auparavant voyons deux lettres du duc d'Orléans, l'une sur l'Angleterre, sur la France et sa première révolution , l'autre sur la légitimité , sur la branche aînée et sur les mtentions personnelles du duc.