‹ Révolution de 1830 et situation présente (novembre 1833); expliquées et éclairées par les Révolutions de 1789, 1792, 1799 et 1804 et par la restaurationChapitre 19 sur 30 · INTERVENTION CONTRE L ITALIE · texte numérisé non relu

INTERVENTION CONTRE L ITALIE

Ce n'est qu'après des renseignemens multipliés et comparés que j'ai regardé comme certains les faits graves qui vont suivre.

Dans le courant de février , le ministre d'Autriche â Paris, M. d'Appony, remet une note par laquelle l'Autriche demande positivement :

4° D'occuper Modéne en vertu d'un droit de rèversihilité ;

2° D'agir en commun pour déterminer le pape à accorder une constitution représentative â ses états ;

5° D'aviser en commun aux moyens d'opérer un désarmoment général en Europe.

Quelques jours après , sans consulter le conseil , le roi lui déclare qu'il a résolu d'accéder aux demandes de l'Autriche.

Le président se récrie , et demande la parole comme un droit et comme un devoir.

« Ma résolution est réfléchie et irrévocable , dit Louis- Philippe : cependant parlez 5 mais je sais ce que vous allez me dire » Et il commence par parler très longuement lui-même.

-w Le prétendu droit de réversibilité sur le duché de Modène , dit en substance Laffîtte , n'est qu'une chimère : l'intérêt , l'honneur , le salut de la France s'opposent à la prétention de l'Autriche. — Forcer le pape à donner des institutions à ses sujets, ce serait intervenir et violer nous-mêmes notre principe de non- intervention. — La proposition d'un désarmement général après l'intervention en Italie est un leurre, un piège, une duperie. — Répondons à l'Autriche que nous préférons la guerre. »

Soult , transporté d'enthousiasme , et toujours prononcé personnellement pour la guerre, remercie Laffitte au nom de la France.

Louis-Philippe paraît se rendre à d'aussi bonnes raisons , et l'on convient que Sébastiani va répondre dans ce sens.

Sébastiani lui-même trouve les idées de Laffitte tellement sublimes qu'il veut employer, autant que possible , les expressions dont il s'est servi.

Le lendemain , en effet , il communique un projet de réponse à faire à d'Appony, rédigé conformément au discours de Laffitte.

Mais n'est-elle pas ensuite clandestinement supprimée par Sébastiani d'accord avec Louis-Philippe? N'en remet-il pas une autre contenant l'irrévocable volonté du roi? C'est ce que l'avenir va révéler. — Et tout de suite , je dis oui.

Oui , Louis-Philippe , d'accord avec Sébastiani , surtout avec Casimir Périer et même avec les autres ministres, a déjà résolu de sacrifier les Italiens et de souffrir l'intervention de l'Autriche.

Il ne s'agit plus que de tromper Laffitte , de l'éloigner,

d'appeler Casimir Périer, et de tromper aussi les dépntés patriotes et la nation.

Sous le prétexte de rester fidèle au principe de nonintervention , on arrête tous les réfugiés italiens , piémontais, modénais, bolonais, romains, napolitains, etc. ; non seulement les proscrits qui résident en France et qui reçoivent des secours alimentaires, mais tous les autres, Pépé, Misley, etc., etc., à qui l'on a déjà délivré des passeports. — Mais c'est illégal, oppresseur, tyrannique et barbare ! C'est une violation manifeste du droit des gens! — N'importe.

C'est en vain que la tribune et la presse réclament en faveur de l'Italie.

Vainement les Débats eux-mêmes , du \ ^^ mars , s'exprîment-ils ainsi :

« Mais le principe de non-intervention attend aujourd'hui une nouvelle et plus sérieuse application.

» Des secours ont été demandés au gouvernement autrichien par les souverains dépossédés de plusieurs états d'Italie. On parle de traité de réversibilité, de stipulations , de contingent , qui obligeraient la cour de Vienne à se prêter à ces exigences, et il est hors de doute qu'un mouvement de troupes est commencé dans le royaume Lombarde-Vénitien , vers les frontières deModène, de Parme et de laUomagne.

») Ici encore , il n'y a pas deux partis à prendre pour le gouvernement français. La présence d'un seul régiment autrichien sur le territoire d'une de ces provinces est une violation flagrante du principe de la non-intervention. La France ne peut y consentir.

I) C'est ici plus qu'une question d'équilibre ou de prépondérance 5 c'est l'avenir tout entier de notre révolution.

» Songeons quelle ne vit en Europe que du maintien du principe qu'elle a proclamé la première , et que les autres puissances ont proclamé après elle. EHè n'a pas cherché sa force dans les accroissemens de territoire , elle l'a trouvée dans le respect pour l'indépendance des autres nations.

» Une seule atteinte portée à ce respect, et la France

s'expose a perdre l'estime et la confiance de l'Europe. »

Vainement l'ambassadeur de France à Vienne , le maréchal Maison , annonce-t-il que les Autrichiens vont entrer en Italie 5 vainement jettera-t-il un cri d'alarme et de guerre dans la dépêche suivante :

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