ET SITUATION PRÉSENTE (OCTOBRE
§ i er — Q^^l d j-fin ifi révolution ?
Après la "victoire , chacun voudra se proclamer vam queur : c'est peut-être le lâche et même Tadversaire qui se vantera le plus de son courage et de ses services , et qui mettra le plus d'ardeur à demander le prix de ki victoire.
Mais quels sont les combattans ?
La presse patriote , bravant les ordonnances et les menaces , donne l'exemple de la résistance , et provoque courageusement à l'insurrection.
Les ouvriers , ceux en imprimerie surtout ; le peuple , qui compte dans ses rangs tant de vieux soldats , et chez lequel on trouve cent fois plus de patriotisme et d'hojineur que dans l'aristocratie de naissance et de fortune, les étudians , et surtout l'Ecole de droit , l'École de médecine et l'École polytechnique ; la jeunesse , et notamment celle du commerce ; les patriotes , et principalement les carhonari , prennent spontanément les armes ; sans concert, sans chefs et sans direction.
Quelques hommes entrés depuis dans la résistance , Barthe , par exemple , et de Schonen , prennent part aa mouvement ; d'autres approuvent et laissent faire.
Et les députés ? les fameux deux cent vingt-un ? — Peu se trouvent à Paris. Parmi ceux-ci, Audry de Puipaveau, Mauguin, A. Delab«rde, Bérard , Lafitte, Lafayette , Daunou , Lahbey-Pompierres , Bernard , BavoDS,
Chardel, de Sclionen, Marschal, Duchaffaut, veulent se mettre à la tcte de rinsurrection.
Casimir-Périer , Sébastian! , les deux Dupin , Méchin , Bertiu de Vaux, Villemain, Guizot, s'y opposent.
Mais le 29 , combattant depuis trois jours sans les députés, le peuple est enfin vainqueur. L'Hôtel-de-Ville, le Louvre et les Tuileries sont les trophées de son héroïque courage.
C'est alors que les députés nomment Lafayette commandant delà garde nationale, et Gérard commandant de Farmée, et qu'ils instituent une commission municipale composée de : Audry de Puiraveau , Mauguin , Lobau , de Schonen , et Casimir-Périer.
Lafayette, Gérard et les quatre premiers s'installent à l'Hôtel-de-Ville , le 29 au soir, et proclament , dès le o\ , la déchéance de Charles X , prononcée par la victoire du peuple.
Casimir Périer ne paraît que pour s'opposer à cette déchéance et entraver ses collègues.
Quant à la masse des aristocrates, des légitimistes, des hommes de salons , tous si intrépides en paroles , ils n'osent pas combattre Tinsurrection qu'ils condamnent et qu'ils redoutent.
Et quant aux carlistes eux-mêmes , si menaçans aujourd'hui , que font-ils alors ? — Chateaubriand va répondre :
« Je laisse la peur, dit-il, à ces généreux royalistes j> qui n'ont jamais sacrifié une obole ou une place à leur » loyauté, à ces champions de l'mitel et du trône y « qui naguère me traitaient de renégat , d'apostat et de » révolutionnaire. Pieux libellistes! le renégat vous ap- » pelle. Venez donc balbutier un mot , un seul mot avec j> lui , pour l'infortuné maître qui vous combla de ses » dons et que vous avez perdu. Provocateurs de coups » d'état, prédicateurs du pouvoir constituant, où étes- M vous? Vous vous cachez dans la houe, du fond de la- » quelle vous leviez vaillamment la tête pour calomnier » les vrais serviteurs du roi : votre silence d'aujourd'hui » ost digne de votre langage d'hier. Que tous ces preux,
M dont les exploits projetés ont fait chasser les descendans » de Henri IV à coups de fourches , tremblent mainte- » nant, accroupis sous la cocarde tricolore, c'est tout » naturel : les nobles couleurs dont ils se parent protè- » geront leurs personnes et ne couvriront pas leur lâ- » cheté. » (Discours à la chambre des pairs. Moniteur du ^'i août. )
§2. — Efforts pour sauver la restauration.
Quelques-uns de ceux qui se sont compromis sous la restauration, ou qui l'approuvent et en espèrent des places , ou qui doutent du succès populaire et craignent les vengeances de la cour , font ouvertement quelques efforts pour sauver les Bourbons et la légitimité.
Ainsi , MM. de Sémonville , de Vitrolle , Mortemart , Colin de Sussy , Forbin-Janson et d'Argout ( qui , préfet en 1 815, a fait brûler le drapeau tricolore par la main du bourreau sur la place publique à Pau , et qui a écrit que la légitimité était le seul port de salut pour la France), négocient publiquement pour conserver le trône à Charles X.
MM. Dupin frères et Bertin-Devaux (rédacteur, avec Chateaubriand , du Moniteur royal, à Gand, pendant les cent-jours, et directeur des Défeafs) , se soumettent aux ordonnances et s'opposent à l'insurrection.
C. Périer, libéral , mais non patriote 5 plus aristocrate qu'un grand seigneur ; l'un des partisans les plus prononcés de la restauration ; qui , comme l'en vante Royer- Collard, n^ a jamais désiré la révolution; qui ne faisait de l'opposition qu'aux ministres et aux portefeuilles 5 dévoué à Charles X, qui regrettait qu'il ne fût pas homme ne; fréquentant la cour, y dansant avec la princesse; recevant magnifiquement le roi dans une de ses terres ; gardant le silence à la tribune depuis deux ans, parce qu'il avait l'espérance d'arriver au ministère; effectivement choisi par Polignac ; ayant accepté , et n'ayant pu y entrer que parce que des patriotes, secrètement consultés par lui , refusaient leur concours ; nommé ministre avec
M. de Mortemart après les ordonnances, Casimir Périer, dis-je, s'oppose à l'insurrection et à la déchéance; «t même, quoique membre du gouvernement provisoire, il négocie secrètement à Auteuii et à Paris avec un agent de Charles X.
Sébastiani ( aussi partisan que Casimir Périer de l'aristocratie , de la restauration , de la charte et d'un portefeuille, ayant été comme lui nommé collègue de Polignac, et ayant accepté comme lui) s'oppose également à l'insurrection dans les premières réunions de députés.
(Voyez l'Histoire des Trois-Joumèes , par Armand Marrast. )
Dès le 26 , et jusqu'au 29 , Dupin «îné^ €. Périer , Sébastiani, Ch. Dupin, soutiennent que Charles X a eu le droit de dissoudre la chambre, qu'il n'y a plus de députés, et qu'ils nont aucun droit de rien faire absolument. Ils insistent fortement pour qu'on ne sorte en aucun cas de la légalité, quoique violée par Charles X.
Sébastani veut bien qu'on adresse une lettre respeC' tueuse , et qu'on demande à Sa Majesté une audience pour le déterminer à changer de système, et lui faire connaître que ses ministres Tégarent; mais il fait tous ses efforts , soit pour empêcher la protestation proposée par Bérard et Audry de Puiraveau, soit pour paralyser la l'éunion des députés.
Ne précipitons rien, dit C. Périer; ne nous compromettons pas ; ne donnons aux Tuileries aucun prétexte de plainte contre nous : la prudence commande d'attendre les événemens ; nous saurons mieux quel parti
l'on peut en tirer pour ramener le roi Quand il verra
la monarchie compromise , il retirera les ordonnances , renverra son ministère et viendra à nous.
Mais point d'insurrection, disent C. Périer et Sébastiani à des citoyens qui les pressent de se mettre à leur tête; vos adversaires sont forts , ils ont du canon et vous n'en avez pas ; ce n'est pas dans la rue que nous gagnerons la bataille.
Quand ils voient la révolution opérée malgré leurs efforts pour Tempêchcr, tous se joignent aux orléaniste* pour la faire avorter, ou pour obtenir du duc d'Orléans
la protection et les places qu'ils espéraient recevoir de Charles X.
§ 5. — Conibat , péril , héroïsme , victoire. — Pertes. — Modération, (jénérosité, confiance. — Service rendu, i'econnaissance nationale.
Laissons parler les Débats.
« Ce fut le mardi 27 que la bataille commença.
» Dés le matin , le peuple avait été excité par le déplorable spectacle des journaux confisqués et des presses brisées.
» Mais déjà la force armée avait sa consigne et son chef. Elle était persuadée que deux ou trois décharges de mousqueterie soumettraient la France au premier mouvement qu elle feraU sur les citoyens.
» Le Palais-Royal est fermé. Le peuple s indigne :
au lieu de fuir, il marche aux troupes ; quoique sans armes, il résiste, il se bat, il affronte le feu, il se fait tuer, et la rue Saint-Honoré est couverte de sang.
» Polignac se croit vainqueur... Gloire à vous!
lui disent les courtisans ; malheur aux libéraux ! Laissez
faire b reste au maréchal Marmont On se félicite, on
s'embrasse à Saint-Cloud.
» Cependant mercredi, dès le matin, toute la ville est en armes les rangs se forment, les citoyens se cherchent des chefs.
» Déjà les postes intérieurs sont emportés ; le drapeau tricolore remplace l'autre drapeau ; les corps-degarde se vident ; les sentinelles ennemies se replient. Les deux armées se trouvent en présence à la place de Grève; les troupes défendent l' Ho tel-de- Ville et les citoyens l'attaquent : mi instant les Français en sont les maîtres; l'instant d'après, ce sont les ennemis; il est repris, abandonné et repris plusieurs fois. ..... C'était une belle
journée, une journée de gloire et de triomphe ! Pari*
se promettait déjà la victoire du lendemain
1) ,Mais pendant que le peuple , qui venait de se battre, se reposait de ses fatigues, prêt à recommencer dans quelques heures, il y avait dans la ville des hommes qui pas-
«Skient une nuit horrible : c'étaient les prévoyans et les sages. Ils se rappelaient les maux qu'entraînent les guerres civiles , le sang , l'anarchie , la famine , les excès de toutes sortes; ils se rappelaient aussi les violences des cours, les réactions, les commissions militaires, les prisons, Y exil, Vécliafaud ; ils se figuraient la cour de Saint-Cloud arrivant avec toutes ses forces , et mettant la ville à feu et à sang ; ils tremblaient que le peuple ne fût vaincu ce jourlà ; car, s'il était vaincu , ils voyaient toutes les lois perdues, le pouvoir absolu à la place de la charte, tous les fruits de la révolution détruits à jamais, la France déshonorée et méprisée comme un peuple conquis , le vieux despotisme des courtisans et des prêtres pesant sur elle, tant de grands intérêts livrés à quelques heures do combat.
» Cependant le peuple se réveillait et reprenait ses armes. Dans ces grands mouvemens qui changent le monde, rien n'est sage comme l'instinct du peuple : une fois qu'il s'est jeté dans la lice, laissez-le faire; ne l'arrêtez pas par vos prévisions menaçantes, par vos conseils intempestifs; faites-lui grâce de votre expérience inutile : le peuple saura bien y avoir recours quand il en aura besoin.
» Toutes les rues étaient barricadées. Sur les
boulevards les barricades se faisaient avec des arbres coupés par le pied ; quelques-uns restaient debout pour être
précipités sur les troupes rebelles les pavés étaient
portés au sommet des maisons pour servir de projectiles.
»> Nous sommes au jeudi 29
» Dès le matin, la foule s'était emparée de toutes
les armes qu'elle avait pu trouver. Elle avait arraché aux théâtres toutes les armes destinées aux évolutions d'opéra et de mélodrames. Elle avait désarmé les gendarmes, les soldats de la ligne, les vétérans, les pompiers ; ces braves gens étaient heureux de rendre des armes dont ils ne votilaient pas se servir contre des citoyens.
» Déjà le peuple s'ébranlait pour aller au Louvre et aux Tuileries, quand un renfort inespéré lui arriva : les élèves de YÉcole polytechnique avaient forcé les portes ée leur école. Ces braves ont été salués avec transport. — Je suis votre chef, disait l'un , et il montait sur un cheval blanc. — Général, disait l'autre, je suis votre aide-de-
— \\o — camp, et il se mettait un foulard jaune â la ceinture en guise d'écharpe.
» A onze heures, le Louvre était enlevé. — C'est uu élève de l'École polytechnique qui Ta pris, c'est un héros de vingt ans
» Enfin, à une heure, Paris était vainqueur
Toute la ligne s'était rendue, toute la gendarmerie, et plusieurs corps de la garde royale
n Jamais, disent les vieillards, ils n'ont rien vu de pareil. Dans la révolution de 89, les combats les plus acharnés du peuple n'ont jamais duré qu'un jour; et d'ailleurs qu'est-ce que 89 lui-même suivi de 95, comparé aux 27, 28 et 29 juillet? Ici point de proscrits, point de meurtres, point de pouvoir iisurpè par le peuple, point de temples profanes, et, pour célébrer la victoire, des funérailles sans faste, une croix de bois vis-à-vis celte colonnade dont les Parisiens étaient si fiers , que les Suisses les ont forcés de mutiler , et dont ils seront plus fiers que jamais. » ( Article des Débats répété dans le Monitexir du 5 août).
M Les autres journaux, Lafayette, la commission municipale , le lieutenant - général Louis -Philippe , les chambres , et toutes les autorités sont unanimes pour rendre hommage à l'héroïsme , à la générosité et aux vertus civiques de la jeunesse et du peuple. Ecoutonsles :
National du oO piillet , rédigé par ThiersetMignet. —
« Parisiens vous avez été toujours les plus braves
et les plus héroïques des hommes Aucune journée
depuis quarante ans n'a été aussi belle que celle d'hier.
Il n'y en a de pareille dans l'histoire d'aucun peuple
Honneur! honneur à vous, braves Parisiens! Encore un jour, et par vous la France est libre et respectée ! »
Même journal. — « 11 n'y a point de termes qui puissent rendre l'impression qu'a produite la conduite du peuple de Paris sur ceux qui l'ont observée dans les journées d'aujourd'hui et d'hier.
» Injustes que nous étionsi Nous le croyons désintéressé dans les questions constitutionnelles qui^ depuis
— i\A — quinze ans , s'agitent entre nous et la contre-révolution. . . .
» Mais ce peuple, exclu des collèges électoraux,
et condamné à l'ilotisme politique par la trop prudente timidité de nos institutions ; ce peuple avait merveilleusement compris qu'une chambre des députés n'est pas faite pour recevoir les lois de la royauté, mais au contraire pour soumettre cette royauté aux volontés nationales
» Il faut ajouter encore qu'on a bien vu que ce peuple n'était plus celui de l'ancien régime , mais celui que la révolution a formé. Le peuple n'a point égorgé ceux qui tombaient entre ses mains ; il a été clément autant que hrave ; il a traversé les appartemens des Tuileries sans détruire, sans piller, sans rien emporter. Il a arboré sur la demeure des rois l'étendard tricolore
» ... En un mot, c'est le peuple qui a tout fait depuis trois jours : il a été puissant et sublime ; c'est lui qui a vaincu , c'est pour lui que devront être tous les résultats de la lutte. »
Proclamation du gouvernement provisoire aux habitans de Paris, du 51 juillet. — « Quel peuple au monde mérita mieux la liberté ! Dans le combat vous avez été des héros ; la victoire a fait connaître en vous ces sentimens de modération et d'humanité qui attestent à un si haut degré les progrès de notre civiUsation ; vainqueurs et livrés à vous-mêmes , sans police et sans magistrats , vos vertus ont tenu lieu de toute organisation judiciaire; jamais les droits de chacun n'ont été plus religieusement respectés.
» Habitans de Paris , nous sommes fiers d'être vos frères; en acceptant des circonstances un mandat grave et difficile , votre commission municipale a voulu s'associer à votre dévouement et à vos efforts ; ses membres éprouvent le besoin de vous exprimer 1' admiration et
îiA RECONNAISSANCE DE LA PATRIE.
» Leurs sentimens , leurs principes sont les vôtres : bu lieu d'un pouvoir imposé par les armes étrangères , vous aurez un gouvernement qui vous devra son origine : les veHus sont dans toutes les classes ; toutes les classes OHt les méïïies droits: ces droits sont assurés.
» Vive la France ! vive le peuple de Paris ! vive la liberté!
» Signé LoBAU , Audry de Puiraveau ,
MaUGUIN , DE SCHONEN. T»
Gouvernement provisoire. Deux arrêtés du 4 août. — « Une commission sera chargée de recueillir les traits notables qui se sont passés dans les derniers événemens.
» Il sera élevé des monumens funéraires sur tous les lieux où repose la dépouille mortelle des citoyens morts pour la patrie. L'Académie des beaux-arts est chargée de nommer une commission qui proposera le plan de ces monumens. » — ( Moniteur du 5 août. )
« Il sera publié une narration officielle de tous les irdiiis dliéroîsme et d'humanitc qui ont illustré les dernières journées de juillet. » ( Moniteur , 6 août. )
Proclamation d^A. Delahorde, nouveau préfet de Paris , du 50 juillet. « Braves babitans de Paris ! chers concitoyens !... qui peut se flatter de mériter le rang de premier magistrat d'une population dont la conduite héroïque vient de sauver la liberté et la civilisation ; d'une population qui réunit dans son sein tout ce que le commerce , la propriété , la magistrature , les sciences et les arts ont de plus distingué? Mais c'est vous surtout , dont on ne peut assez faire V éloge et protéger les intérêts , citoyens industrieux de toutes les jirofessions , vous dont les efforts spontanés , sans guide , sans plan , ont su trouver les moyens de résister à l'oppression , et de ne pas souiller d'une seule tache la victoire. » ( Moniteur du i"^"" août. )
Proclamation de Girod de VAin, préfet de police, aux babitans de Paris. — ... « Continuez à donner l'exemple de toutes les vertus civiques, après avoir montré votre intrépidité dans le combat. » ( Moniteur du 2 août. )
Ordre du jour de Lafayette à la garde nationale de Paris , du 5 août. — « Tant de prodiges ont signalé la dernière semaine que , que lorsqu'il s'agit de courage et de dévoûment, on ne peut plus s'étonner de rien. Le général en chef croit néanmoins devoir exprimer la recon-
iiaissance puhliqxie et la sienne pour la promptitude et le zélé avec lesquels la garde nationale et les corps volontaires se sont précipités sur la route de Rambouillet , pour mettre fin à la dernière résistance de Tex-famillc royale. . . » Au milieu des services rendus à la patrie par la population parisienne et les jeunes gens des écoles , il n est aucun bon citoyen qui ne soit pénétré à' admiration , de confiance , je dirai même de respect , à la vue de ce glorieux uniforme de l'École polytechnique qui , dans le moment de la crise , a fait à chaque individu une puissance pour la conquête de la liberté. » (Moniteur, 6 août. )
Moniteur du 0 août. — « Tous les jeunes gens attachés au Jardin-des-Plantes , aussitôt qu'ils ont appris que leurs bras pouvaient être utiles à la cause de la patrie , se sont armés spontanément et portés sur tous les points du danger , ayant à leur tête un élève de l'École polytechnique. Leur philantropie après la victoire n'a pas été moins grande que leur courage. »
Réponse du lieutenant-général à M. Séguier , président de la cour royale. — « J'espère que mes eufans
48e montreront dignes condisciples de cette glorieuse jeunesse qui vient de déployer une énergie sublime pour la défense de ses droits et de ses foyers. » {Moniteur^ 9 août.)
« L'École de médecine , au nombre de 4 ,500 élèves , est venue saluer le roi, dans son palais. Ceiie jeunesse si active et si brave se serrait en foule autour du monarque, heureux de se sentir pressé par ces cœurs généreux qui avaient contribué à sauver la patrie, dont ils sont une des plm belles espérances. » ( Moniteiir, iO août. )
Réponse du roi aux élèves de l'École de droit. — « Je reçois avec attendrissement l'expression des seutimens de l'École de droit. J'admire le patriotisme avec lequel elle a concouru à l'héroïque défense de Paris. Messieurs , je SUIS A vous A LA VIE ET A LA MORT. » ( Moniteur , À\ août. )
Discours de Chateaubriand à la chambre des pairs.
— « Non , Messieurs , nous n'avons à craindre ni ce peuple dont Ja raison égale le courage , ni cette généreuse jeunesse que j'admire , avec laquelle je sympathise de toutes les facultés de mon âme , à laquelle je souhaite , comme à mon pays, honneur, gloire et liberté. » ( Moniteur, -H août.)
Discours de Barthe , procureur du roi , prononcé à
Taudience du ^^ août , lors de son installation. — «
Au sein de cette lutte immortelle , une classe entière s'est manifestée avec des vertus ignorées , il faut le dire , jusqu'à ce jour. Accoutumés à ne trouver que dans la fortune ou dans les emplois publics des g^aranties d'ordre et de sagesse , nous semblions environner d'une sorte de défiance cette classe d'hommes qui ne doivent leur existence qu'aux travaux de leurs mains , mais qui , au milieu même de ces travaux , n'étaient point restés étrangers au mouvement progressif de notre époque. Tout à coup vous les avez vus , au signal de la destruction donné par un gouvernement qui se frappait lui-même , combattre pour la liberté avec un courage qui s'est joué de la discipline militaire ; vous les avez vus vainqueurs et armés , sans loi, sans police , sans autre retenue que le sentiment de la sainteté de leur cause , et cet amour d'ordre léQal qui a jeté parmi nous de si profondes racines, montrer , après la victoire , une modération , une sagesse , un respect pour les droits de tous , un désintéressement , qui attestent à la fois et la plus haute moralité et les progrès de la civilisation dont la France , plus qu'aucune autre nation , a le droit de s'enorgueillir. » { Gazette des Tribunaux du \\ août. )
Proposition de Bavoux — « Honneur , honneur
auxrcritts civiques de la capitale, à son héroîsme.lei à la grandeur quelle a montrée dans la victoire. — Je soumets à la chambre la proposition suivante : — « La chambre » des députés vote des remerciemens à la ville de Pa- » ris. — » Elle invite le gouvernement à s'occuper d'un monument digne de transmettre à la postérité la plus reculée l'événement qu'il est destiné à consacrer. « Il portera l'inscription :
— us —
A la ville de Paris , la France reconnaissmie. Cette proposition est adoptée par acclamation .
Trois ordonnances du 6 août. — « Considérant les services distingués que les élèves des Écoles pohjtechniquer de Droit et de Médecine ont rendu à la cause de la patrie et de la liberté , et la part glorieuse qu'ils ont prise aux héroïques journées des 27 , 28 et 29 juillet , avons accordé douze croix d'honneur à la première, quatre à la seconde et quatre à la troisième. »
Les élèves remercient , déclarant qu'ils n'ont que rempli un devoir national, et que d'ailleurs tous l'ont également rempli.
RappoH de Jars sur la proposition relative aux récompenses nationales. — ... « Je ne dirai point cependant tout ce qu'il y a de beau , de grand , de généreux dans ces mémorables journées des 27 , 28 et 29 juillet ; il serait difficile de choisir entre tant de hauts faits , entre tant de modèles d'un courage inouî et à'une vertu sans égale; chaque arrondissement a eu ses héros , dont il se glorifie ; on retrouve partout les mêmes traits d'héroïsme et de désintéressement » ( Moniteur du 18
août. )
Discours de Charles Dupin sur la même proposition.
-i^ « Lorsqu'il arrive, comme aujourd'hui, qu'un*
dynastie est fondée par suite de l'héroïsme des ouvriers , la dynastie doit fonder quelque chose pour la postérité de ces ouvriers héroïques. » ( Moniteur du ^9 août. )
Tels sont les hommages d'admiration et de reconnaissance unanimement rendus à l'héroïsme , surtout à la générosité et aux vertus civiques de la jeunesse , des ouvriers et du peuple.
Pourrait-on en effet n'être pas reconnaissant envers des citoyens qui viennent de braver si généreusement la mort pour sauver la liberté ? Les deux cent vingt-un surtout pourraient-ils se montrer complètement ingrats envers ceux qui viennent de les arracher tous à la proscription ?
Et quand on réfléchit sur les maux causés par la faction contre-révolutionnaire depuis \ 789 et depuis 'l 8^ 4 ; sur la tyrannie dont les ordonnances sont les avant-coureurs ; sur les immenses périls de la résistance ; sur le nombre des victimes immolées en défendant la liberté ( sii ou sept mille) ; sur la haine, la colère et la vengeance qui pourraient animer les combattans ; sur les précautions que le peuple pourrait croire nécessaires à sa sécurité ; est-il possible de ne pas admirer sa modération et.sa générosité? Et que l'admiration doit être plus grande encore aujourd'hui quand , à cette générosité populaire , on compare la royale barbarie de don Miguel , de Ferdinand , de Nicolas , du duc de Modéne , du prétendu père des Chrétiens , en un mot , des monarques contre les patriotes, et même du gouvernement sorti des barricades cootre les hommes de Juillet.
Oui , cette générosité tient du miracle et du prodige : c'est un bonheur inappréciable, c'est l'un des plus heureux événemens que l'histoire ait à célébrer ; car , lors même que le peuple est réduit au cas de légitime défense, lors même qu'il n'oppose que quelques jours de colère à des siècles d'oppression, sa violence excite d'éternelles accusations exploitées pour lui faire des ennemis : mais aujourd'hui , sa victoire est empreinte d'un caractère tout nouveau de grandeur et de magnanimité qui lui fait mieux sentir sa propre dignité , qui lui impose en quelque sorte l'obligation d'être désormais plus vertueux encore, qui lui attire les applaudissemens de toutes les nations , et qui lui procure une puissance morale dont l'effet est incalculable.
Ah ! qu'ils seront coupables envers la France et l'humanité ceux qui, au lieu de tirer toutes les conséquences de cette générosité sublime , accableront plus tard ce même peuple , ces mêmes ouvriers , et cette même jeunesse, de dédains, de calomnies, d'outrages et des violences les plus atroces I » -1
§ 4. — Quelle est la cause de la récolution ? Ce sont uniquement, dit le juste-milieu, les ordoa-
nances violatrices de la charte. — Non, ces ordonnances sont l'occasion et le signal, mais elles ne sont pas la cause.
La cause est dans tout ce qui ce s^est passé depuis 40 ans : c'est l'amour de la liberté , de l'égalité et de l'indépendance ; c'est le souvenir de notre glorieuse révolution de 4789, le désir de reconquérir les principes de notre immortelle constitution de 4 794 ; c'est l'aversion pour le despotisme, pour la noblesse, pour l'émigration, pour la chouannerie, pour les jésuites, pour la contre-révolution , pour la restauration , et pour les budgets ruineux ; c'est la haine contre les Bourbons et la domination étrangère; c'est le sentiment qui animait la France entière lors de la prise de la Bastille, qui lui rendit l'empire odieux malgré sa gloire , et qui la ranima pendant les cent-jours ; c'est le besoin qui lui fît expulser Louis XVIII au 20 mars , et qui fit éclore depuis tant de conspirations et de tentatives d'insurrection ; en un mot , c'est la volonté de répondre à l'appel des représentans de 1845 , pour reconquérir l'indépendance et la liberté.
§ 5. — Quel est le but de lu révolution?
Tout ce qui s'est passé depuis la régénération àe la France en 89 ne l'explique-t-il pas manifestement ?
Ce lut n'est-il pas évidemment l'expulsion des Bourbons dont , dès le premier jour , le peuple brise avec fui^ur les armoiries? N'est-ce-pas l'expulsion de leurs pairs, de leurs juges et de leurs jésuites, contre lesquels les insurgés manifestent leur colère au Luxembourg, au Palaisde-Justice et à l'Archevêché? N'est-ce-pas l'amélioration du sort du peuple, la suppression des impôls injustes et la diminution des impôts excessifs , la jouissance des droits électoraux , en un mot , la conquête de droits de l'homme et du citoyen ?
Ce but n est-il pas aussi Tannulation d'une charte octroyée, imposée par l'étranger, illégitniie, illibéralo, antipopulaire , continuellement détériorée , cent fois violée , qui a facilité la misère du peuple et l'oppression du pays, qui vient d'être déchirée par ses propres auteurs , et qui
doit être odieuse par cela seul qu'elle est l'œuvre des Bourbons?
§ 6. — Quelles doivent être les conséquences de la révolution ?
La première , celle qui renferme toutes les autres , doit être , pour la nation , la rentrée dans l'exercice de sa