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soutenir le choc de la puissance française? Raison de plus pour que la France reconnût ses torts. Car, à céder Thonneur était double, quand on avait contre soi la justice et pour soi la force. A l'effet de ces discours, répandus parmi le peuple, s'ajoutait l'agitation produite et entretenue par les discussions dont retentissaient les assemblées politiques. « Quelle est, s'écria M. Stettler dans le « grand Conseil de Berne, quelle est la « Puissance qui nous insulte? Celle pour ce laquelle nous avons versé des torrents de « sang qui rougiraient le Rhin depuis sa « source jusqu'à la mer. » Les journaux tonnaient, de leur côté. Dans le Nouvelliste vaudoisy M. Gaultieur prodiguait les encouragements à ceux des députés qui, tels que MM. Baumgartner et Bruggiser, couvraient courageusement de leurs personnes l'honneur de leur pays, et il poursuivait sans relâche ceux qu'animaient des susceptibilités moins fiëres: MM. de Chambrier (de Neufchatel), Schmid (d'Uri), Burckardt(deBâle). « On remarque, disait le Fédéral^ que parmi « les membres de la haute administration « française se trouvent actuellement trois « minisbres élevés en Suisse ou par des « Suisses: MM. Guizot, Gasparin, Duchâtel; « un fonctionnaire issu d'une famille suisse, « M. Delessert; et le président du Conseil, « M. Mole, qui, lors de l'émigration, vint en « Suisse réclamer un asile et l'obtint: sans « parler de S. M. Louis-Philippe P', qui « plus d'une fois s'est montrée glorieuse de « rhospitalité que le duc de Chartres avait « trouvée en Suisse. » Tout semblait ainsi concourir à précipiter la rupture, et même à la rendre terrible. Les uns faisaient remarquer que le blocus commercial, après tout, ne seraitpas moins funeste à la France qu'à la Suisse ; ils prouvaient par d'irréfutables calculs qu'il s'agissait pour le commerce français d'une perte de plus de 40 millions; ils montraient les villes de Lyon et de Marseille profondément émues et inquiètes. Les autres, prévoyant la guerre, rappelaient à leurs concitoyens tout un passé d'héroïsme guerrier: le Bourguignon fuyant
sur la route ensanglantée de Granson^ au bruit de la trompe d'Unterwald et des cornets de Lucerne ; le chapeau du rival de Louis XI essayé sur le champ de bataille par un paysan des cantons victorieux ; Tossuaire de Morat, et cet étang glacé où, dans la personne du Téméraire, la maison de Bourgogne était venue s'engloutir.
En même temps, on se préparait à la résistance par des actes. Une souscription nationale fut ouverte en faveur des citoyens sur qui pesait le manifeste du duc de Montebello. Et^ pour qu'il restât bien constaté qu'aux yeux de la Suisse, la nation française n'était pas solidaire des fautes de son gouvernement, on fit circuler dans le canton de Yaud une adresse au peuple français conçue en ces termes :
<( Français de juillet, vous allez nous c< faire la guerre, à nous qui vous sommes « unis par six siècles de fraternité, à nous tK qui avons accueilli avec enthousiasme « votre glorieuse révolution, qui avons « donné asile à vos proscrits, qui avons « mêlé notre sang au vôtre dans les ba (( tailles. Et quel est notre crime ? D'avoir c( secoué le joug d'une factioA qui mettait <( notre vieille iadépendance républicaine <c aux pieds des monarques de l'Europe; d'a- « voir déchiré le voile qui couvrait des « menées infâmes! Grime irrémissible, pour « l'expiation duquel on nous appelle à un « combat sacrilège! Mais Dieu est juste; il « nous donnera le courage et la force^ si l'on « précipite vos soldats contre nous. Avec « quelle douleur nous verserions leur sang! « Ah ! que du moins ils se rappellent, si la « fortune leur livrait quelque point de notre « territoire, que les hommes contre lesquels « on les pousse sont leurs frères, et qu'ils « doivent relever par leur humanité cette « injuste et cruelle guerre. »
Mais, au milieu de ce vaste mouvement, le gouvernement de Berne ne montrait qu'indécision et frayeur. Le parti de la résistance n'y était guère représenté que par M. Stockmar. L'avoyer Tscharner voulait qu'on se soumit, et M. de Tavel qu'on eût
recours k la médiation anglaise. Quelques voix s'élevèrent honteusement contre le préfet de Nidau, qui avait arrêté Gonseil; contre MM. Bille et Luft, qui, par ordre supérieur, avaient instruit contre l'espion. Enfin, pour comble d'humiliation, le Gonseil d'Etat du canton de Yaud n'hésita pas à faire un procès au Nouvelliste vaudou^ sur la demande de l'ambassadeur français, et pour plaire à un gouvernement qui, non content de tenir la Suisse bloquée, suspendait le paiement des rentes dues à des Suisses par la France. Le Nouvelliste vaudois avait parlé de transfuge de Famars, d'apostat de F Hôtelde-Ville: M. de Montebello basa sa plainte sur ce que le journal, par ces expressions, avait désigné Louis-Philippe. Et, comme on craignait que la condamnation de la feuille n'allât point jusqu'à l'emprisonnement de son rédacteur, le parquet de Lausanne fit arrêter M. ' GauUieur préventivement ^ sous prétexte qu'il n'avait pas fourni un cautionnement extraordinaire, exigé pour un cas pareil. L'événement prouva que le parquet de Lausanne avait bien fait de hâter l'accomplissement des vengeances qu'il servait, car M. GauUieur ne fut condamné qu'à une faible amende: « Yu, était-il dit dans les c( considérants, empreints d*une légèreté in- « jurieuse et inconvenante, que, bien que « le roi des Français ne fût pas nominati- (( vement désigné dans l'article incriminé, il '( n'y avait pas moyen de le méconnaître « dans les expressions de transfuge et nTa- K postât; vu, surtout, quant à la première, « que, d'après Tllistoire de la Révolution c( française par M. Thiers, le duc d'Orléans « était lo seul officier général qui eût « passé dans le camp ennemi avec Du- « mouriez. »
Une Diète extraordinaire avait été convoquée : elle se rassembla le 17 octobre 1836, et le périlleux honneur de préparer une réponse à Vultimatum de M. de Montebello fut confié à une commission composée de sept membres : MM. Tscharner, Monnard,Keiler, Amrhyn, Kern, Nagel et Maillardoz. Des travaux de cette commission sortirent bientôt
HISTOIRE DE DIX ANS
Ealerremenl de Cturlei X. (Page S73.)
trois projets de répoase, dépourvus tous trois d'énergie, et présentés, le premier par la majorité de la commission, te second pur M. Tscbarner, le troisième par M. Maillardoz. La discussion eut lieu à huis clos, et ce ue fut qu'après plusieurs séaucea orageuses que la Diète composa, des divers projets, une réponse déSniLive. La Suisse y reveuail formellement sur ses décisions antérieures, et y déclarait que la Diète n'avait eu aucunement l'inteution d'oITenser le gouverne* ment français eu décidant que les pièces de raiïaire Conseil lui seraient envoyées*. D» sorte que la mauvaise cause triomphait, et par la violence du plus fort, et par la pusillanimité du plus faible : triste couronnement de tant de scandales !