‹ Révolution françaiseChapitre 3 sur 38 · I. «iiloire dt la Rtilaurallon par vu hommt i'Êlal. 3* vol · texte numérisé non relu

I. «iiloire dt la Rtilaurallon par vu hommt i'Êlal. 3* vol

INTRODUCTION

poorrojeura d« cette eohue eochanlée •nui pi«Mé« d'épuiier l«i bénéâcci de son ivresse qu'elle l'Hait elle-mAtne d'eo éptuier leipUEsire et l'inioleacel Hais, dam les résullsU produits par l'inTsaion, il y eut cela de singulier, que la Fraace fut brutalement sacrifiée à Paris.

Bu 1815, la centralisation établie par l'Empire existait dans sa plénitude; toua les instincts, tous les intérêts, toutes les passions de plus de trente millions d'hommes, Paris les concentrait dans leur diversité sans les aBaiblir; il les rtsuxaait sans les altérer. Déjà, Paria c'était la France. L'inTadon mit en rebef ce qu'âne telle ceutralisation pouvait avoir d'oppressif : une ville fut enrichie, et tout un rojBume mis au pillage. Oui, les campagnes dévastées, une foule de petits propriétaires ruinés, l'agriculture de 'plusienr* provinces tarie dana sa source, dea villea opulentes écrasées sous le poids de contributiona arbitraires, tout ce que peut, enfla, et tout ce qu'ose la conquête ducs tes plus sauvages emportements, voilà ce que représentaient ces pièces d'or, cpi'avec une insouciance remplie dlasulte las étranger* allaient semant dans Paris.

Autre résultat cligne de remarque : de même que la France fut impitoyablement rançonnée au profit de la cit^roère, de même le corps de la bourgeoisie finit par être appaavri au profit de quelques hGureui capitalistes. Les fraia de subsistance des sept cent mille eunemis qni peuient sur notre sol, l'éponvanlsblp abus dea réquisitions, l'augmenta (iou des impêts de tonte nature, les emprunts forcés, le milliard, prix de notre délivrance, quelle chai^ pour les bourgeois! 11 est vrai que, pour s'aflïanchir de cette chai^, on dut recourir au crédit ; il est vrai que les conditions de l'emprunt contracté avec les banquiers étrangers Baring et Hope, et dont les priDcipeui bauquîers parisiens obtinrent un huilième, offrai^ct aui prêteurs l'eiorbiUnt béaéâce d'un intérêt de 20 à 22 0/U; U est vrai que ces premières mesures financières de la Bestauration étaient à ce point favorables au gros capitalistes, que si H. Casimir Périer attaqna dana une brochure le scandale de l'opération, ce fui, «utr'autres choses, par ce motif qu'il eût été plus national de oe s'adresser qu'à des banquiers français... Au-desses de la masse de la bourgeoisie pliant sons le faii. la haute bourgeoisie puisait dans la honte publique un surcroît de force et d'opulence. Sous ce rapport, il est clair que l'invasion fut, en quelque sorte, un procédé nouveau mis t la disposition des plus riches pour dépouiller les plus pauvres. Au fond, les étrangers, lorsque plus tard ils repassèrent nos frontières, n'empoi^ térent peut-être pas une grande quantité d'argent; mais la quantité qu'ils déplacèrent fut énorme. Poussé par le sort des batailles entre tes gros cspitaliates et les petits industriels, entre les banquiers et les artisans, entre les spécnlHlenra audacieux et lea travailleurs, ils donnèrent aux premiers par l'emprunt, ce qu'ils arrachaient violemment aux seconds par rimpbt.

Ainsi, la bout^eolsie n'était pas encore installée aux affaires, que déjà le principe de mort caché dans sou sein était indiqué an philosophe attentif par le premier rësultst matériel de l'invasion.

Qn'on médite sur les lignes que je viens de tracer, elles coutieuneut en germe toute l'histoire sociale de la bourgeoisie : la banque aiservissant l'industrie et le commerça ; le crédit individuel profitant «m forts, nuisant aai faibles ; en un mol, le régime de la concurrence ayant pour inévitable effet de renverser les petites fortunes, de miner las fortnnea moyennes ; le tout pour aboutir à une véri-

table féodalité financière, ou, si l'on veut, à une oligarchie de banquiers. Admirable loi de la Providence qui plaçait à côté du crime [a menace du châtiment, faisait sortir de l'égolsme même de la bourgeoisie le commencemeat de sa diseoIntion.elcoQrondsit avec les honteuses causes de son accroissement l'iadication dea causes desa ruine flnalel Hais quels que aoienl ses vices de nsissance, on régime auquel se lieat des passions nombreusea, ne s'écroule pas en un jour. C'est trop peu souvent de plusieurs générerons pour absorber le venin d'un mauvais principe. Tout régime tyrannique se peut comparer à un abime qu'il faudrait combler avec des morts. L'opération cruelle s'accomplit lentement, car l'abime eut profond.

Alexandre 1*' Empereur de Russie. (1777-1855)

Donc, et malgré quelques signes, pen apparents d'ailleurs, d'une décadence future, une longue domination était promise, en iei5,à ce régime sans enb-ailles de la concurrence et de rindîvidnalisroe. Seulement, cette domioation demandait à être complétée. La puissance de la bourgeoisie avait ses racines dana l'ordre social ; il ne lui restsit plus qu'à faire invarion dans le domaiua politique. L'individualisme en bas appelait le libéralisme en haut. - Aussi, de 1815 à 1830, la bourgeoisie ne s'occupa que de compléter sa domination. Faire tourner à son profit le syatême électif, s'emparer de la force parlementaire, la rendre souveraine après l'avoir conquiae, telle fut, pendant quinze ans, l'œuvre du libéralisme, ainvre qui ae réaume en MS mots : asserviii la botavtb sans l* Dâraunia. Ainsi, après le passage de ces révolutionnaires de 93, qui avaient foulé aux pieds la tradition politique avec un héroïsme ii farouche, après le règne d'un homme gai, q^

HISTOIRE DE DIX ANS

ponTant dater qae de Ini^méme, avait essayé de faire taire i jamais l'antiqae mugissement des assemblées, voilà que la tradition reparaissait indomptée, et ramenant avec elle la lutte si longtemps soutenue contre la royauté par les États-Généraux et les parlementaires.

Que de nouveautés introduites par le cours naturel des événements dans cette vieille querelle ! Le champ de bataille s^était transformé ; Tobjet du combat n*était plus le même ; le prix de la victoire avait une autre destination, les combattants avaient un autre visage. Qu'importe? Il y avait dans cette lutte renaissante quelque choise que les événements n^avaient pu altérer : sa nature même.

Quand on a vu tomber les Bourbons en 1830, on a donné de leur chute bien des explications diverses.

— Ils étaient entrés en France, a-t-on dit, portés sur les flots de l'invasion, dont ils furent comme Fécume. — Ha avaient rendu la France vassale de l'Europe, et la main de leurs ministres ne s*était pas séchée en signant les traités de 1815. — Ils avaient ramené, au sein de la patrie CB deuil, des milliers de gentilshommes, race orgueilleuae, et le clergé, caste envahissante. — Ils avaient débuté pa|r de» proscriptions, et Tombre de Michel Ney se dressait contre eux, les accusant d*assassinai. — Ils tenaient le glaive levé sur la tête des acquéreurs de biens nationaux, et leur présence était une menace sans fin.

Tous ces griefs, iQalheur à qui les déclarerait illégitimes! Hais suffisent-ils pour expliquer historiquement le rôle de la bourgeoisie en 1830? J'affirme que non.

Si Louis XVIII osa ramasser sa couronne sur le champ de bataille de Waterloo, cette teiTe ensanglantée; s*il rentra dans Paris au milieu d'un état*major an^'-lais, russe et prussien; s'il ne rougit pas de reconnailre au prince régent d'Angleterre im droit de suzeraineté moral« sur rhéritage de Louis XIV et de Napoléon; si Wellingtôà fut far lui maréchal de France; si, pendant qu'aux Tuileries il s'essayait à la royauté, le baron de Muffiiog, un étranger, fut fait gouverneur de sa capitale; si le Musée fut mis au pillage par les Pi-ussiens ; si Hlûdier, dans uu accès de rage, pal parler impunément de faire sauter nos édifices ; si Alexandre fut regardé comme l'ami du roi de France, parce qu'il s'était çonteuté de. faire retentir sous les pas de son armée les ponts construits en souvenir de nos victoires; si les alliés, traitant avec ce même roi de France, exigèrent avant toute négociation et obtinrent que l'armée de la Loire fût dissoute, pour que la France n'eût plus qu'à demander merci ; enfin, car elle est bien longue, hélas I la liste de nos humiliations d'alors, si nos ennemis, par le traité de novembre, acquirent le droit, non-seulement de xéduire la France à ses dernières limites, mais de démanleler ses places fortes, d'en bâtir contre elle avec son aigent, de surveiller sa pf;litique, d'occuper pendant cinq ans son territoire , tout cela fut-il. le crime du roi seulement, et des princes et des ministres? Pourquoi les* représentants de la bourgeoisie, les membres du Corps- Législatif, avaient-ils refusé à Napoléon vaincu cette épée qu'il demandait comme 8im])le général, pour réparer le désastre de Waterloo, sauver la patrie, ou mourir? Et pourquoi, aux premières lueurs des bivouacs ennemis, la bourgeoisie parisienne, excitant le peuple si prompt au combat, ne prit-elle pas les armes^ rugissante et désespérée comn.e les glorieux moines de Saragosse? Mais non:

toutes les portes de la ville furent ouvertes; et il y ent des acclamations de joie dans les rues ; et il y eut des danses dans les jardins publics ; et sur tous les théâtres, pendant plusieurs mois, l'enthousiasme de ceux qui vont au théâtre salua dnns Alexandre le demi-dieu de l'invasion! Je reprends : « Les marchands décuplaient leurs recettes habic tuelles. C'est de 1815 que datent la plupart des fortonea « marchandes de la capitale. » La preuve que la bourgeoisie, en 1830, n'a pas prétendu châtier dans les Bourbons des princes amenés en France par les étrangers, c'est qu'elle a choisi, pour le mettre sur le trône, Philippe, duc d'Orléans. Ce duc d'Orléans, comment était-il rentré en France? Ne s'élait-il pas trouvé, lui aussi, dans l'arrière-garde de l'invasion? Justice et vérité |)our tous. Si la bourgeoisie, en 1830, avait prétendu faire expier à la ' royauté 1815, je dis qu'elle se serait vengée sur les Bourbons aînés du crime dont elle s'était elle-même rendue complice. Il n'en fut rien. C'était le peuple qui se souvenait t.

La bourgeoisie pouvait-elle se soulever avec plus de raison contre la gentilhommerie? J'ai reconnu qu'en 1814 Louis XV III avait eu le tort de professer trop ouvertemeitl le culte des noms anciens; mais ce tort, il s'était hâté de le réparer dès 1815. Sur la première Uste ministérielle de cette époque, ne Usons- nous pas, à côté du nom de TaJleyrand de Périgord, celui de Pasquier, noblesse de robe, et ceux, moins aristocratiques encore, de Oouvion-Saint-Cyr, de Fouché, de Louis? M. Decazes, qui fut pendant si longtemps l'àme du gouvernement de la Restauration, devait-il son mfluence à ses parchemins? MM. de \illèle, de Corbière, de Peyronnet, qui remplirent de leur existence les années suprêmes de la Restauration, n'étaient-ils pas des hommes à peu près nouveaux ? Que la haute bourgeoisie ait ressenti pour les nobles elles prêtres une répugnance très vive; qu'elle ait poursuivi les uns de ses passions jalouses, eu invoquant l'égalité, et les autres de son scepticisme glacé, en invoquant la liberté de conscience et l'indépendance du pouvoir civil, rien de plus certain. Seulement, elle n'aurait jamais volontairement couru les risques d'une révolution, s'il ne se fût agi pour elle que d'assurer le triomphe de son scepticisme et de sa vanité.

1, Voici dans quels termes M. VillemaiD, qui a été miMÙtre depuis iiûù, félicitait l'empereor Aluxandre de sa victoire de 1814, elceSâ ea pleioe académie, le Si avril tôti :

€ Quand tous les cœurs soai préoccupés de celte aogaste présence, j*4i besoin de demacder grâce pour U distraction qae je vais donner Quel contraste d'à» si faible intérêt littéraire et d'on semblabie auditoire T Les princes du Mord qai vinrent aatrefoia assister ^ ces mêmes séances, prévoyaient-iU qa'un joar leors descesdsntf y seraient amenés par la guerre! Voilà les révolntions des empires. Mais sur les âmes généreuses, le pouvoir des arts lie change pas. Devaat Timage des arts, les monarques armés s'arrêtent comme les monarques voyageurs, ils la respecieat dans nos monamants, dsaa le génie de nos écrivains, et dans la vaste renommée de nos savants. L*eloqueDce, ou plutôt i'iilstoirc, célébrera celte urbanité littéraire, en même temps qu'elle doit raconter cette guerre sans ambition, cette ligue inviolable et désintéressée, ce royal sacriice des sentimeutd les plus chers immolés au repus des nations et à ane sorta de patriotisme européen. Le vaillant hérifler de Frédéric nous a prouvé que les chances des armes ne font pas tomber \la trône na verKable roi; qu*il se relève toujours noblement,' soutano sur les bras de son peuple, et demeure invincible parée qu'il est aimé. La magnaoimité d'Alaxandre reproduit à nos yeux une de ces âmes antiques passionnées pour la gloire. Sa puissance et sa jeunesse garanUsseul la longue paix de l'Europe. Son héroïsme, épuré par les lumières de la civilisation moderne, semble digne d'en perpétuer l'empire, digne de renouveler, d'embellir encore l'image du monarque philosophe, présentée par Marc-.\urcie, de montrer enfin sur le trône la sagesse armée d'un pouvoir anssi grand que les vœux qu'elle ferme pour le bonheur du monde. »

INTRODUCTION

Pour ce qui est des cruautés tant reprochées à Louis XVIII, on doit reconnaître que c'est principalemeot aux circonstances qu'elles doivent le caractère qu'elles ont conservé dans Thistoire.

« A neur heures du matin i, dit un historien de la Res*

« tauration, Ney, revêtu d'un frac bleu, monta dans une

« Toitnre de place. Il avait fait demander à M. de Sémon-

H Tille une bouteille de vin de Bordeaux et Tavait bue. Le

H grand-référendaire accompagna le maréchal jusqu'au

« fiacre. Le curé de Saint-Sulpice était à ses côtés ; deux

« officiers de gendarmerie sur le devant de la voiture. Le

ti lugubre cortège traversa le jardin du Luxembourg,, du

t côté de l'Observatoire. En sortant de la grille, il prit à

u gauche, et fit halte cmquante pas plus loin, sous les murs

<( de l'avenue. La voiture s'étant arrêtée, le maréchal en

« descendit lestement, et se tenant à huit pas du mur, il

« dit à Tofficier : « Est-ce ici, Monsieur?» — « Oui, M. le

«< maréchal. » Alors Ney ôta son chapeau de la main gau-

1 che, plaça la droite sur son cœur, et s'adressaut aux sol-

« dais, il s'écria : « Mes camarades, tirez sur moi. » L'ofQ-

« cier donna le signal du feu, et Ney tomba sans faire

« aucun mouvement.

Ce qui trappe sur tout' dans cette horrible exécution, c'est ce qu'elle a de morne, de peu solennel. La foule n'est pas là, au moment suprême ; on l'a trompée : elle est à la plaine de Grenelle. Michel Ney, maréchal de France, prince delà Moscowa, duc d'Ëlchingen, est fusillé dans un lieu muet, 'désert, au pied d'un mur, par des soldats qui se cachent, sur Pordre d'un gouvernement qui a peur de sa propre violence. Ceci explique pourquoi les premières cruautés de la 'Restauration laissèrent dans les cœurs une trace de feu. Ney avait tourné contre Louis XVIII l'épée qu'en 1814 il avait reçue de lui pour le défendre, cela n'est pas douteux. Il est vrai qu*îl était couvert par une capitulation protectrice. Mais le glaive des réactions ne s'arrête pas pour si peu. D'ailleurs, depuis un demi- siècle, tuer ses ennemis n*était pas chose nouvelle. 93 avait lassé le bourreau. Mais les coups que la Révolution avait frappés avaient dans les nécessités d'une situation inouïe leur explication et plus que leur excuse. Le bruit de la hache, en 93, se perdait dans les clameurs du forum et dans la tempête universelle. Ici, rien de semblable. On se recueillait pour tuer, et toute une nation faisait silence autour des bourreaux. Quoi qu'il en soit, si la bourgeoisie s'indigna, son indignation était désintéressée assurément, puisque Ney etLabédoyère mouraient victimes d'une idée combattue et vaincue avec le concours de la bourgeoisie elle-même, puisqu'ils mouraient victimes de l'Empire, puisqu'ils mouraient victimes des Gent-Jours. Napoléon avait fait fusiller le duc d*Enghien dans les fossés de Vincennes : Louis XVIII rendait à Napoléon assassinat pour assassinat; genre d'émulation bien digne des maîtres de la terre I Mais c'est tout. Le lendemain de la révolution de juillet, alors qu'elle était toute puissante, la bourgeoisie a-t-elle imposé à son roi la réhabilitation de Ney? et pourquoi ne l'a-t-elle pa^ fait ' ?

I. HUtoSn de la Restauration par un homme d'État, tome III, p. 404.

1. An DiomeDt même où j'écris ces lignes, aujoard'hai 7 mars 1841, les jouraaui aaooncent la détermloatlon que le OU da maréchal Ney vient de prendre de siéger dans cette assemblée qui TQta. presqa'à ranaaiiiité, la mort de mh père. Dans la lettre expUealive des motifs de cette résolntion, je lis :

• Le fils da marquis de Strafford ne siégea à la chambre des I lords qu'après avoir obtenu la révocation de Tarrêt qui avait « condamné injnitement son père sous le régna de Charles l«r. »

J'arrive à un autre point: l'intérêt des acquéreurs des biens nationaux. La question était plus grave pour la bourgeoisie, car ce n'était plus seulement une alfaire de sentiment et d'humanité. Aussi n'eut-on garde d*alarmcr sous ce rapport les intérêts. Louis XVII ï, qui commit tant de fautes, ne commit pas du moins celle-là. Dans sa déclaration de Saint-Onen, il afflrmaitqne jamais les acquéreurs de biens nationaux ne seraient inquiétés. Que dis-je? la Chambre de 1815, tout ivre qu'elle était d'aristocratie, poussa-t-elle jamais jusque là l'audace de ses passions contre-révolu tiotinairv^s ? Qu'on se rappelle la loi sur les cris séditieux: cette loi, dans l'article 5, portait peine contre toute parole de nature à effrayer les possesseurs des biens nationaux, a Pourquoi cette mesure, s'écriait à cette « occasion le vicomte da Chateaubriand, en pleine pairie? « Pour imposer un silence que rompraient, au défaut des « hommes, les pierres mêmes qui servent de bornes aux « héritages dont on veut rassurer les possesseurs. » Paroles téméraires, mais dont M. de Chateaubriand, malgré toute son éloquence, ne put faire prévaloir la témérité, même dans un moment où la contre-révolution se montrait hardie jusqu'à l'insolence ! Si donc l'intérêt des acquéreurs de biens nationaux fut si souvent invoqué par la polémique libérale, c'est qu'il fournissait une arme de combat à cette polémique peu sincère. Et si l'on m'objecte le milliard des émigrés, je répondrai que la bourgeoisie n'avait pas attendu cette déclaration de guerre pour se montrer implacable ; je répondrai encore que cet acte contre-révolutionnaire ne fut résolu qu'après l'élection de l'abbé Grégoire, régicide, qu'après l'assassinat du duc de Berri, c'est-à-dire quand la monarchie, poussée à bouty se décida enân à tout oser contre ses ennemis, voyant bien que ses ennemis oseraient tout contre elle. D'ailleurs, qu'on le remarque bien, le milliard d'indemnité, s'il condamnait les priucipes de 89, n'en était pas moins une garantie offerte aux acquéreurs de biens nationaux, puisque c'était le prix auquel on mettait leur sécurité Celte indemnité payée, les possesseurs étaient définitivement placés à Tabri de toute poursuite, et ceux qui avaient le' plus à se plaindre,c'étaient tous ces pauvres artisans, tous ces ouvriers, tous ces enfants du peuple sur qui l'émigration venait de lever son impôt, quoiqu'ils ne fussent jamais entrés dans le partage de ses dépouilles.

Revenant donc sur ce que j'ai voulu prouver, je répète que la lutte qui, commencée en 1815, devait aboutir à la révolution de 1830, n'était que la continuation, au protlt de la bourgeoisie, de la lutte que les États-Généraux, ayant 1789, avaient soutenue, quoique sans éclat, sans vigueur, sans continuité, contre le principe monarchi(}ue.

La société peut-elle avoir deux têtes? la souveraineté est-elle invisible ? Entre le gouvernement par un roi et le

€ Moins heureux que lui, ou moins bien servi par les circonsc tances et Tétai de nos lois, je n'ai pu complètement rëuA!$ir daas c l'acconplisseroent d'un devoir religieux que J'ai poursuivi néanc moins sans relicbe et par ton« les moyens en mon pouvoir depuis t 1831.

t Mes efforts auprès des différents ministères qui se sont sucréJé (t pendant cet espace de temps ont toujours échoué devant des fin.s c de non-recevoir. tirées soit des lacunes de notre Gode en matière < de revision, soit aussi des inconvénients que présenterait pour la ff sûreié publique Tévo"^ lion do certains souvenirs que les 'passions « ne manqueraient pas de saisir

« Que vous dirai-Je? je connbats ainsi sans succès depuis dix c ans! »

Voilà ce que réservait à la mémoire du maréchal Ney le gourernement do la bourgeoisie.

HISTOIRE DE DIX ANS

D'y a-t-il pB» ungouflira davantage ? Et partout

Eont-its pas condamnés

gouTeruemeDl par use aasemblée, qui cbaque jour lebd à se creuser où ce dualianie eilsle, les peuplée nt à Botter misera blement eutre un 10 août et ua IS brumaire? Le Jour où Louis XVI II s'assit sur le trôoe, ce problème Tut posé devant Iiii, ainsi qu'il l'avait été, pendant les Cent-Jours, devant Bonaparte. Et comme la Torce sociide appartenait k la bourgeoisie, c'était naturellement eu sa faveur qn« la question devait se résoudra. Les obstacles que, BOUS la Bestauration, la royauté eut à combattre, les Laines sans nombres qui se groupèrent sur son passa^, les tempêtes qui l'aaaaillireDt, celte espèce de tremblement de peuple qui, en 1830, la renversa, n'eureut pas de cause

Encore s'il eût été possible de créer entre la royauté et la Chambre un pouvoir médiateur ! Mais les droits de sufaslitDtiou ayant été abolis pour jamais, la division des héritages étant devenue un fait inévitable, l'aristocratie ayant été trois fois vaincue, que pouvait une pairie? Celte de 181S n'exprimait qu'un entassement de ruine, et n'était en réalité que la vivante histoire d'un quart de siècle de trahisons. Ou la comptait pour si peu, que Louis XVIII, par eietnpls la considérait tout simplement comme un mojen • de mtttftune bague au doigt aux getu de aa maison, à lanaUianee de leur- aini. » Le fait est que te personnel de la paine fut remanie en 1815, sans scrupules et sans pudeur. On cassa des pairs de France ; on en créa ; le titre de pair devint un mode de récompense ou un sujet d'encouragement pour la haute domesticité du Chàtesu. Et, ■prés cela M. de Talleyraud se crut un grand homme d'État pour avoir fait déclarer une telle pairie liérédilaire ! Quelle pauvreté de vues '. Le fils de lord Cheblerfleld, par-

tant pour visiter les divers Cours de l'Europe, son pèr« lui dit: i< Allez, mon Sis, ailes voir par quels hommes le n monde est gouverné. » Je conçois ce dédain.

Oui, le gouvernement de la Realauratioo n'était pas ettcore à l'oeuvre que déjà le fait dommant de la situation était lanécessaire rivalité de ces deux pouvoirs : ta royauté et la Chambre. Et voyez quelles circonstances annoncent, préparent la luttel Qusnd les élections commencent, deux hommes se partagent le pouvoir ministériel, Tallejrand et Fouché: celui-ci, habile, pénétrant, rompu k l'intrigue, possédant la conSance de la bourgeoisie et versé dans l'art de manier les ressorts impurs ; l'autre, aussi dépourvu de valeur intellectuelle que de valeur morale, mais passant pour un grand seigneur sans préjugés, etjouiasant d'une immense réputation d'homme d'État, parce que la bassesse a ses triomphes, que tout esprit vulgaire confond avec ceux da l'habileté. Entre ces deux hommes l'anlagonieme est flagrant ; chacun le voit, chacun le dit, et il semble que ce soit là recueil contre lequel «e brisera le ministère. Eh bien I non ; il va se dissoudre, mais aa dissolution sera le premier témoignage de la puissance désintérêts bourgeois et de la force irrésistible du principe électif.

Ce qui avait rendu Fouclié un ministre nécessaire, on le sait. 11 ne pouvait conséquemment tomber que pour faire place k un homme capable de représenter comme lui, an pouvoir, les iutéréla et les passions de la bourgeoisie. Ceux qui n'ont donné pour cause à la fortune extraordinaire de M. Decazes que l'affection de Louis XVIII, ne me paraissent pas avoir pénétré le fond des choses. M. Decszes était d'origine plébéienne. Aucun lien ne pouvait l'attacher à un régime de grands seigneurs. 11 aimait l'argent, il en connaissait le prix \ il aimait le pouvoir, il en devinait lei conditions. Sagacité, souplesse, activité, scepticisme, ambition subalterne, il avait, en qualités et en défauts, tout ce qui est nécessaire pour savoir de quel cAlé se trouve la force et s'y asservir. Le libéraliame, dans ce qu'il avait de plus élevé, ne pouvait trouver une personni il cation plus vrai. M. Decazes, c'était Fouché amoindri.

Voilh précisément ce quirendait H. Decazes propre à remplacer Fouché aux yeux de la bourgeoisie. D'un autre côté, il avait dit, en parlant de la marche étonnante de Napoléon sur Paris au £0 mars : ■ On ne gagne pas la légitimité à la course ; > et, à part celte profetaiou de foi les royalistes le préféraient au duc d'Olraute, parce que lui, du moins, ît ne portait pas sur ses habits l'odeur du sang.

M. Decazes fut ponssé de la sorte au faite des honneurs et Fouché tomba du pouvoir, an y Isissant un successeur digne de lui. Le goût de Louis XVIII pour le nouveau ministre servit sa fortune, mais ne l'explique pas. M. Decazes était libéral: ce fut sa force. Le temps desfavorisétait passé, et si H. Deeates n'avait eu d'autre appui que cette royale affection, surprise et entretenue par la Batterie, son influence, comme celle de M. de Blacss, ne se serait Jamais étendue audelï du gouvernement de l'antichambre.

Mais k c6lé de ce fait singulier, l'élévation subite de M. Decazes, se place un l'ait non moins caractéristique, la la chule du ministère Talleyrsod, Pourquoi ce ministère s'é croule- t-il 7 Parce que les premiers choix électoraux annoncent une Chambre hostile an ministère. H. de Talley» rand craint une opposition trop vire ; il va trouver le roi ; il lui demande si, dans la lutte qui se prépare, le Cabinet doit compter complètement sur l'appui de la couronne. Louis KVIU depuis longtemps jaloux de la réputation du

INTRODUCTION

priiuM, parmlt bleue de l'arrogance de ie« Trajears, et an grsDd étonDement de toDie ta Co jr, il diuonl le miniBlère, laissant cboir aux débiles miiias du duc de Richelieu les destinées de la rojkuté en France. Ne trouvei-vons pas ces

Le raarécbal N«j, {1760.1815}.

chosesbie* remarquables? Un bourgeoia, un libéral, M, Délaies, (leTenaot la léte du gouvamemeat royaiiele ; et dès l'origine, le premier ministère de la Reatauratioa remersé par l'approche seule de la Chambre, et en quelque sorte par l'ombre du principe électif i cette victoire remportée la Teille de la bataille, tout cela ne tous frappe-t-il pas comme une réTélalioD de cette force dont les quinze anoéea de la Restauration De devaient ilee que le développement complet, sons le rapport politique?

Cette force invincible du principe électif considéré comme moyen de développement au profit de la boui^eoisie, cette force était si bien pressentie par les royalistes les plus ialelligents, que quelques-uns d'entre «m firent des eflbrtt incroyables pour soutenir Fouché au pouvoir jusqu'6 la réunioa des députéai témoin M. de VitroUes, qui disait sans cessa : • Avant de renroyer Fauché, attendez la Chambre. *

Mais Toici quelque chose de plus sigoiAcatif encore. Les électdona sont terminées ; la Chambre s'assemble. Ceux qui ont médité sur le caractère df toutes les réactioDS. savent bien pourquoi cette Chambre dut se dire eiclusîvement royaliste. On n'y parlait que do roi; la fidélité au roiélaitla vertu de l'époque: i s'en tenir aa langage ofQciel, Jamais la France a'&vait été plus complètement moaarcbigue, et rien n'égale t'enthousiasme qui éclata Uaus l'Assemblée, lorsque M. de Vaoblanc y prononça ces paroles: • L'immense majorité de la Chambre Teat son roi. •> Uaia quoi 1 cette Chambre, si éminemment rojaliste, c'est par uneviTe série d'attaquée contre la royauté qu'elle débute. Le pre- C — Uw* lllue. — Birt. de Dii-Aai.

mier projet de loi' présenté par le garde des si Chambre, ; est accueilli par de oombreui n a'eat adopté qa'aprés des modifications qui le dénaturent d'une manière complète. Consécration éclatante de l'initiative de l'Assemblée 1 Et, à dater de ce moment, arec quelle ardeur cette Initiative ne cherche-t-etle pas l'occasion de s'eiercerl Qu'il s'agisse de la loi sur la suspeasionde la liberté individuelle, présentée par M. Decaies, ou de celle présentée sur les juridictions prévâtsles par le duc de Fettre, la Chambre se croit appelée, non-seulement à rectiSer le Iraiail des ministres, mais A le refaire. Seule, elle occupe laacéne politique; seule, elle gouverna. Depuis la CoDTenlion, vit-on assemblée plus violenta, plus impérieuse, plus enivrée du seatïment de son droit? Elle apprend que le roi veut faire légaliser l'ordonnance du 2A juillet qui bornait les veogaances royalistes à dii-neuf tètes marquantes abandonnées aui Iribunaui, et t treule-buit personnes frappées de bounissemeat. A celte nouTelle, sa fureur est an comble, et pour que la loi d'amnistie ne soit pas trop indulgente, c'est elle même qui s'empare de l'initiative, usurpant ainsi la plus personnelle de toutes les prérogatires de la royauté ! Qu'imaginer de plus hautainT Et quel acte de souveraineté plus përemploire que ce projet de U. de Labourdonnaye, qui proscrivait dn même coup tous lesmarécbaui. tous les généraux, tous tes préfets, tous les hauts fonctionnaires, complices du retour de Bonaparte; qui frappait tous tes régicides signataires de l'acte additionnel: qui excluait à jamais dn sol natal toilif les membres de la famille Bonaparte; qui mettait le séquestre sur les biens d'un si (rraud uombre de citoyens;

Le duc de Wellington.

Maréchal de France (L7ee-1883)

qui faisait, en un mol, du pouvoir judiciaire une dépendance du pouvoir législatif I Cette grande u&urpation, l'Aasemblëe la sanctioune cependant sous les yeux du roi qui

HISTOIRE DE DIX ANS

avait formellement annoncé qu'il ne consentirait pas à la proscription des régicides.

On a dit qu'en cela Louis XVIII n'était pas sincère ; qu'au fond il abhorrait les régicides, et ne faisait semblant de les proléger que pour rejeter sur la Chambre tout l'odieux de la 'proscription. Soit. Mais il s'était prononcé hautement, et ses ministres combattirent, en son nom, les projets de la Chambre avec une extrême vivacité. Qu'on juge de Teffet que devait produire sur Topimon une lutte aussi violemment déclarée, quelles que fussent d'ailleurs les secrètes pensées et l'hypocrisie des combattants I Un jour, le duc de Richelieu vient dire à la Chambre : « Le f( roi s'est fait rendre compte de vos propositions diverses f( et de vos utiles délibérations. Le testament de Louis Cl XVI est toujous présent à sa pensée. » Et en entendant ces mots, la Chambre reste immobile, muette ; la menace est sur tous les visages : il faut que le ministère ait recours à de longues négociations pour âéchfr l'Assemblée. Elle consent enfin à rejeter les catégories sanglantes de M. de Labourdonnaye, mais elle maintient le bannissement des régicides, après avoir couvert de bravos ce cri factieusement royaliste de M. de Béthisy: u Vive le roi quand « même ! » QtMind même I L'antagonisme des deux prin* cipes éclatait jusque dans le royalisme ardent de l'Assemblée.

Ce n'est pas tout : la loi des élections est présentée à la Chambre. Deux systèmes se produisent : l'un créant un collègue électoral par canton, et donnant au roi la faculté d'adjoindre à chaque collège électoral juges de paix, maires, vicaires généraux, proviseurs, curés, etc. ; l'autre établissant au profit des riches, l'élection à deux degrés. L'alternative est redoutable. Si le premier système prévaut la royauté a prise sur les élections : elle est mise hors de page. Que le second triomphe, au contraire, c'en est fait : le régime parlementaire n'a plus de contre -poids, le duel inégal de Pym et de Charles I*", de Robespierre et de Louis XVI, de Lafayette et de Bonaparte, va revivre et continuer; la royauté est sur le chemin des abîmes. Eh bien, c'est le système fatal à la royauté qui trouve faveur dans la Chambre ultra-royaliste de 1815. Quel sujet de méditations I

Que cette Chambre ait voulu frapper le ministèi-e, non la royauté ; qu'elle ait proclamé l'omnipotence parlementaire par tactique, non par principes ; qu'elle ait prétendu faire du pouvoir électif un levier irrésistible, uniquement parce qu'il était alors- dans ses mains, c'est possible. Et que prouve cela, sinon que les grands événements obéissent à des lois par qui sont déjouées les ruses de régolsme et toute la stratégie des passions? Qu'importe à l'histoire ce que la Chambre de 1815 a voulu? il reste ce qu'elle a fait. Or, elle a proiessé le dogme de la souveraineté absolue des assemblée^ , et c'est elle qui a posé à son insu, les prémisses du syllogisme dont, après quinze années de luttes, 1830 est venu tirer la conclusion.

C'est pourquoi la révolution de juillet se trouva tout entière dans cette fameuse ordonnance qui frappait de dissolution la Cliainhvc introuvable.

Toutefois, par l'ordonnance du 5 septembre, Louis XVIII ne faiAail qu'eu appeler à des ëleclions nouvelles et à un nouveau mode électoral. Au fond, c'était consacrer en faveur de la royauté ce droit de dissolution, reconnu et pratiqué en Angleterre, droit protecteur des couronnes, et qui, certes, n'avait rien d'exorbitant, puisqu'il n'avait pas em|)éché le stcond Stuart de mourir sur un échafaudi

Quelle fut cependant l'impression produite par cet acte si éminemment énergique? Ceux qu'on appelait les «Ztraroyalistes furent consternés; ceux qu'on appelait les libéraux applaudirent. C'est le contraire qui aurait dû arriver, s'il y avait eu réellement en France des ami^ de la monarchie d'un côté, et des amis de la liberté de l'autre. Mais non : les ultra-royalistes maudirent l'ordonnance du 5 septembre, parce qu'elle brisait une Chambre dans laquelle ils dominaient, sacrifiant ainsi à un intérêt momentané de position tous les principes de la monarchie. Et les libéraux accueillirent avec transport cette même ordonnance, parce que le pouvoir parlementaire qu'elle frappait ne leur appartenait pas encore, sacrifiant ainsi à un intérêt momentané de position tous les intérêts de la liberté.

C'est qu'en effet, les mots ici ne répondaient pas aux idées. Sous ces dénominations de libéraux et de royalistes se cachaient des intérêts qui n'étaient en réalité ni ceux de la liberté, ni ceux de la monarchie.

La division véritable qui existait en France était celle-ci. Les uns voulaient que la nation fût agricole ; que la grande culture fût rétablie et la grande propriété reconstituée par les subslitutions et le droit d'aînesse ; que le clergé fût indemnisé sur les forêts de l'État ; que la centrailisation administrative fût détruite ; que le pays enfin fût rendu à ce régime aristocratique dont la bourgeoisie, aidée par les rois, avait bouleversé les fondements. Les autres avaient des idées diamétralement opposées. Les premiers, c'étaient, en général, des gentilshommes, des émigrés, des dignitaires de l'Eglise, des rejetons d'anciennes familles : ils constituaient ce qu'on aurait dù^ appeler le parti féodal. Les seconds, c'étaient des fils de parlementaires, des banquiers, des manufacturiers, des commerçunts, des acquéreurs de biens natiouaux, des médecins, des avocats, la bourgeoisie.

En laissant les mots de côté pour aller au fond des choses, la lutte n'était donc qu'entre des idées féodales et des intérêts bourgeois. Or, les descendants de ceux qui avaient si rudement combattu la centralisation monarchique par Charles-le-Téméraire, le comte de Soissons, Montmorency, Cinq-Mars, n'étaient pas assurément plus royalistes que les fils de ceux qui avaient si fortement ébranlé les trônes par les Jansénistes, la magistrature et les philosophes. Aux yeux du parti féodal comme aux yeux du parti bourgeois, la royauté était Un instrument plutôt qu'un principe. Lors donc qu*elle prêta son appui à la bourgeoisie, le parti féodal dut se retrancher derrière le pouvoir parlementaire et parler le langage des libertés publiques. Lorsqu'elle se prêta, au contraire, aux vues et aux passions du parti féodal,' ce fut le tour de la bourgeoisie d'attaquer le trône au nom de la liberté. Ainsi s'expliquent les contradictions et les anomalies dont se compose le mouvement politique de la Restauration.

En 1816, la bourgeoisie pouvait presque se dire assise sur le trône À côté de Louis XVIII, dont elle gouvernait l'esprit par M. Decazes. Ceux qu'on appelait ultra-royalistes se mirent donc à «user le pouvoir royal, et se firent tous docteurs en libéralisme. Ici c'était M. de Villèle se plaignant de l'influence inconstitutionnelle du roi sur les élections du Pas-de-Calais. Là c'étaient MM. de Castelbajac et de Labourdonnaye prenant, À la tribune, la défense de la liberté de la presse et de la liberté individuelle. Qui ne se souvient de la pétition de M^^« Robert et des débats orageux qu'elle souleva? Comment! on avait osé frapper M. Robert d'une arrestation arbitraire! On était allé jusqu'à

INTRODUCTION

supprimer son journal I Mais qu*allait doTênir la presse s'il était loisible au pouToir de lui porter d'aussi terribles coups? De quels dangers la société n*esl-elle pas menacée si on donnait cette élasticité au régime du bon plaisir? Voilà les discours qui retentirent d'un bout de la France à Fautre. Btpar qui étaient-ils tenus, ces discours? par les ultra-royalistes» Or, il est à noter que Texcessive rigueur déployée contre M. Robert aTaik sa source dans un pamphlet qu*on disait sorti de ses presses, et dans lequel la migesté royale était traînée dans la boue. . Pendant ce temps, Toici le rôle que jouaient les libéraux, M. Deoaaes préparait, présentait i la Chambre, appuyait, et faisait appuyer par ses amis le système de la censure, dee arrestations préTentives, des lois d'exception. M. Villemain exerçait sur la presse une surveillance inquiète et supprimait des journaux en se jpuant. M. Royer-CoUard, qui ne passait pas pour ultra-royaliste, se prononçait hau* tement pour la prééminence du pouToir royal, et répondait en ces termes à M. de Gastelbajac, au sujet de la liberté de la presse : « On ne doit pas méconnaître que là où « il y a des partis, les ioumaux cessent d'être les organes « des opinions individuelles, mais que, voués aux intérêts « qui s'en emparent, instrumente de leur politique, théâtre « de leurs combats, leur liberté n*est que la liberté des ti partis déchaînés. »

Vint la loi d'élection du 5 février tôi7, qui établissait Télection départementale à un seul degré et des censitaires à dOO francs. Une statistique publiée par le ministère flt eonnaitre que le nombre des citoyens payant 300 francs d*imp6ts, y compris la patente, était de 90,878. La loi du 5 février 1817 livrait donc la puissance parlementaire à la bourgeoisie. Aussi les rôles se trouvèrent-ils aussitôt intervertis. Bn mesure, désormais, de dominer dans le pariement, la bourgeoisie se tourna contre la royauté, dont elle n^vait plus besoin, et se mit à défendre contre elle ces mêmes libertés dont, avant la loi du 5 février, elle avait abandonné la défense au parti féodal. Il fallut révoquer la loi sur les arrestations préventives, il fallut abolir la cen- • sure; et le ministère de la police devint si manifestement une sinéeure, que M. Decazes dut lui-même, par pudeur, en demander la suppression. Mais plus le principe monarchique s'humiliait devant elle, plus cette bourgeoisie, qui d'abord l'avait si vivement soutenu, redoublait d'exigences. Tandis que les politiques du pavillon Marsan cherchaient à envelopper le roi de leurs intrigues, les écrivains de la bourgeoisie minaient sans relâche les fondements du trône. La polémique de la Minerve devenait de plus en plus hostile. On posait déjà devant les électeurs la candidature de citoyens connus, comme M. Voyer-d'Argenson, pour leur anstère indépendance. Les élections de 1818 révélèrent toute la portée de ce mouvement; Manuel obtint une double élection dans la Vendée, et la Sarthe envoya sur les bancs de la Chambre le plus illustre des ennemis de la famille royale, M. de Lafayette.

Qu'avait donc fait la Chambre féodale de 1815, en donnant au pouvoir parlementaire tant de force, tant de relief? Elle avait forgé de ses propres mains pour la bourgeoisie un glaive élincelant et acéré. L'histoire, pour peu qu'on la veuille approfondir, se montre remplie de ces hautes leçons, Semblablei» à certains religieux qui, eux du moins, ont la oonscience de leur néant, les partis emploient souvent leur vie à se creuser une fosse. J'aime à voir de quel air certains hommes passent sur la scène du monde : ils s'imaginent faire mouvoir les sociétés, lorsqu'ils ne font

que remuer tout autour d'eux leur impuissance; ils mb haussent jusqu'à l'immortalité, et volontiers ils usurperaient sur Dieu le lendemain : ambition plaisante! Dieu seul marche au travers des générations qui s'agitent.

Cependant, l'Ëurcpe commençait à s'inquiéter de l'état des choses en Fr^ce. Les souverains étrangers avaient ccu fonder la paix dans notre pays en y établissant l'empire de la Charte et le dualisme politique qu'elle consacre. L^erreur était grande. Ils finirent par s'en apercevoir. M. de Richelieu, qui était parti pour le congrès d'Aix-la*» Chapelle, en rapporta de vives appréhensions sur l'avenir réservé à la monarchie : il fut queestion de changer le régime électoral. Malheureusement, ce n'était pas dans la loi du 5 février qu'était le danger dont on s'était si fort préoccupé au congrès d'Aix-la-Chapelle.' Pour consolider le trône, eu l'élevant au-dessus de tous les orages, il aurait fallu détruire en France, si cela eût été praticable, non pas telle- ou telle combinaison électorale, mais le pouvoir électif lui-même. Car en quelques main^ qu'on voulût placer ce formidable levier, il était impossible que la royauté résistât longtemps à son action. Déplacer la puissance élective, c'était donner au principe monarchique d'autres ennemis, ce n'était pas le sauver.

Voilà ce que n'avaient compris ni les souverains, ni M. de Richelieu y leur représentant et leur organe dans le conseil des ministres. Au surplus, les tentatives faites par M. de Richelieu pour renverser la loi du 5 février, furent inutiles, et n'eurent, comme on sait, d'autre résultat que de précipiter sa chifte. M. Decazes, son collègue et son rival, M. Decazes, dont il avait demandé l'exil, resta au pouvoir en y appelant le général Dessoles. Maintenir la loi d'élection était le but du nouveau ministère, ce qui revenait à ceci : la monarchie choisissait des ministres dont le programme était la destruction de la monarchie.

Sans doute une telle pensée n'était venue à l'esprit de personne. La bourgeoisie elle-même ^ dans sa course ardente vers la domination absolue, n'avait qu'un sentiment confas de sou œuvre, et elle était loin de croire que rendre la royauté dépendante, c'était l'abolir. Mais, je le répète, les hommes sont presque 'toujours les jouets des choses qu'ils accomplissent. Les sociétés vivent sur un malentendu éternel.

Le ministère Dessoles ne pouvait être et ne fut en effet qu'une suite non interrompue de victoires remportées sur la royauté par la bourgeoisie, armée du pouvoir parlementaire. Et d'abordf le premier acte de la session de 1818 fut le vote d'une récompense nationale pour le service que M. de Richelieu avait, disait-on, rendu à la Franee, en la délivrant de l'occupation étrangère. Ce qu'il nous coûtait, ce service, je ne veux pas le rappeler. On pouvait dire avec vérité, cette fois, que l'honneur de la France avait sué par tous les pores. Mais la bourgeoisie avait atteint son but : son opulence s'était aoorue dans rhumiliation de la patrie ; M. de Richelieu méritait bien pour cela quelque reconnaissance.' Cet homme, néanmoins, avait une àme loyale. Ce fut son malheur d'avoir eu à signer l'abaissement de la France ; il n'en est pas moins vrai que le ré-, compenser était un scandale : on ne lui devait que de le. plaindre.

Quoi qu'il en soit, le vote de la Chambre dans cette question était un acheminement manifeste à la dictature, parlementaire : « Prenez garde ! prenez garde 1 criait-on « des bancs de la droite : tout ceci est anti-monarohique. « Vous imitez les assemblées de la Révolution. » Mais il

HISTOIRE DE DIX ANS

Mt puéril de demander i od pouvoir de se limiter. La Chambre paua ontre, et, dîna cette carrière, elle ne de- Tait pltu «'arréler.

Pour la gagner, que ne fl(-OD pas? Le roi rappelait lea proacriU. Le miniitre de la guerre, 11. de Oouviou Saial- Cjr, ouvrait lea cadres de l'armée i de vieux ofSciera. Le miniatre de la justice, M. de Serrea, écrivait ft tous les procureort-géDâraux pour leur reoommaDder en termes pressant* le respect de la liberté individuelle. Le miuîàtre de l'intérieur, M. Decaies, décrétait que l'industrie serait invita i exposer périodiquement ses merveilleg, iuaugurant de la aorte lea fétea du travail là où n'eiisteient déji plus les pompes de la monarchie. Que dire encore? Dans un projet de loi sur la responsabilité minUlérieUe, les repré-

Pierre Beumou ville.

Maréchal de France

tentants de la couronne rendaient homniage à l'omnipotence politique de la bourgeoisie, teodis que, dans un projet de loi qui abolissait Is censure préalable et soumettait les journaux Dujnrj, ils recon q aises ient son omnipotence judiciaire. C'était aller, ou le voit, au-devant de toutes lea exigence^. Hais quand deux pouvoirs rivaux sont en pKsence, c'est trop peu que le plus Faible cède ; son destin est de auccomber. La bourgeoisie demandait toujours plus qu'on ne lui donnait. Le projet de toi sur la responsabilité ministérielle fut trouvé trop vague et incomplet. Celui qui réglait la liberté de la presse fut attaqué avec violence, parce qu'il créait des éditeurs responsables et imposait un cautionnement. Les plaintes de la tribune trouvèrent dans la presse de bruyants et farmidablet écbos. Eponvaolée de tout le bruit qui es TaJeait autour d'elle, la Chambre dea pair* avait parlé de modifler le loi du 5 février, et les ministres l'avaient cbAtiée aussitôt par une promotion de pair* qui, en altérant sa majorité, avaJi Tait entrer dans

son sein un grand nombre de bourgeois. Cela même a« snfflaait plus. L'effervescence allait croissant. La iiintrve voulait que le cens d'éligibilité fût détruit. L* Conutitutionnel demandait avec ironie si deux cents députés représentaient bien ddèlement trente milliont d'hommes. M. Bavoui adreasait à la jeunease des Ecoles des discours enfiammés, et en expliquant les articles 8G et SO du Code pénal, qui punissent le simple complot contre la vie du roi des mêmes peines que le crime consommé, il disait ; « Le I Téve de Mareyas, puni par Denys de Syracuse, comme

• crime de lése^majesté, et la mort de ce gentilhomme 0 exécuté aux balles pour avoir eu !a pensée d'asaateiner

• Henri III, ne aont-ce pas là des faite légitimés par notre

• code actuel, malgré la réprobation constante et univer- ■1 selle de la postérité? ■ On comprend quel devait être l'effet de semblables parolea sur de jeunes cœurs. Dos troubles eurent Ueu k l'École de droit, et M. Bavoui fut Iraduitdevanlla cour d'assises. Mais la bourgeoisie a pi^udissait à son courage ; le Jury le déclarait non coupable; et, au aortir de l'audience, les étudiants se presMieot en foule pour le féliciter et l'embrasser.

Lea Donvelles du dehors ajoutaient k cette turbulence dea eaprits si activement entretenue par les écrivains de ta bourgeoisie. Les manifestes anti-monarcbïques des aociéléa allemandes étaient accueillis avec faveur. Le meurtre de KotisbOe avait des adm ira (eu ra.- C'était le temps oii la voix terrible dea réformateurs de Manchester .retentissait dans toute l'Europe. Il va sans dire que ta pressa française donnait le programme de ces innombrables aasembtéea qui couvraient le sol de la Ûrande-Brelagne, et un lisait dans les journaux : u Une assemblée a eu lieu à " Smitbfleld. Henri Hunt, accuse par les adversaires de t la réforme d'avoir reçu de l'argent, a répondu : • Le ■• duc d'Yorck vient de perdre au jeu la somme que la par-

> lement lui a votée comme gardien de soa père inârme.

- C'est aaos doute une preuve de la moralité des haulea

• classée de la société. C'est la même moralité qui a porté « lord Sidmouth à donner la charge de eltrk of the pelU,

• rinécure de 3,000 livres sterling par an, à son dis,

- encore enfant. L'épouse légitime dn dac de SuMel,

■ avec laquelle il a vécu pendant très longtemps, rient

■ d'être abandonnée par ce prince, et ou lui a donné

■ 2,S78 livres sterling, prises sur les taxes tirées de vos

> poches, etc., etc. •

Ces accusations virulentes, portées contre l'aristocratie en Angleterre, répondaient en France à dea intérêts et t des haines qui en faisaient, dsns les salona de la magistrature et de la finance, une application paasionnée ; et la royauté recevait le contre-coup de ces attaques.

De son cfité, et par une tactique habile, le parti féodal aigrissait la bourgeoisie contre leamiuistres. M. de Chateaubriand écrivait dans le Coftscrvaleur, que M. Decazes s'était fait d'abord le persécuteur des révolutionnaires, et qu'il les avait persécutés sans mesure. Le général Donnadieu lançait un pamphlet dans lequel il rejetait sur le favori de Louis XVIII tout l'odieux des événements de tïrenobU an 1816. Il racontait qu'en réponse à une demande en griee adressée par lai au roi en faveur de sept condamnés, une dépêche télégraphique lui avait Iranamia l'ordre de la tuer nir-U-ehamp. H n'était pas jusqu'à la protection manifeste et toute spéciale accordée par le gouvernement au génie industriel, dont on ne lui fit un crime ; et le Drapeau BUine s'émerveillait de tout ce qu'il y avait de délié dans la politique de M. Decaxes. faisant coïncider

INTRODUCTION

i dM prodniM ds l'iiiduitrie ; «'était lÛK entflDdre à la bourgeoisie qa'oa la flilUit pour U tromper.

Il faut ajouter qvM la politique dei ullreu itait alon de poaiMr an jacobiniame par d'iosaltaDtei provocatione.

> Vous voilt donc, disait le Journal dti DébaU aux ad-

• Tenairei du parti féodal, à propoa d'une résoluUoa i4-

■ ceoie priw par la Diile gennaDiqua, tous voilà foroés ■1 de reooDDaitre que l'Europe eatiire eit ultra comme « noua. Voua loili cODTaincua que ce que voui appelei

• rSurope, let peupla, U tiicle, se réduit en dernière - analjM à qndques petite marchanda atiiE inr de* balles K de colon et des barriques de sucre dans la rue des Ra-

• mauét, à Rouen, à quelques écoliers imberbes del'Um-

■ Tersité d'Iéna, en cfaereui long» at ea veste courte, à

• quelques milliers d'honnétea radicaux illuminés par les

■ Tapeurs de l'eau-de-Tie. m Cea petits marchauds assis sur des balles de coton loulnrant montrer qu'il leur était permis d'oser ; ils élurent U. Ûrégoire, et semblèrent sTOir ainsi jeté aux pieds de leurs ennemis, en manière de déH, U tétesanglaule de Louis XVI.

Hais leurs ennemis s'en réjouirent: • Plutôt de* élections

> jacobines que des électims ministérielles >, avait dit le Draptau Blanc.. Ce vran était accompli. La dncbesse d'Angouléme redoubla ds gémissements et de pleurs; la parole du comte d'Artois eut le droit de se Taire écouter ; Louis XVIII, qiù sentait peser sursa couronne le souvenir du ministère Pouché, recula cette Tois devant le Tautôme de son frère ; dès ce moment l'abolîtioa de la loi du & février fut résolue.

Les ministres Oessoles, Louis et Qonvion Saint-Cyr, voulaient le maintien de celt^ loi : ilsdurent se retirer du pouvoir, et à la téta du Cabinet nouveau on vit paraître avec étoonement M. Decaieal M. Decaies, qui avait appelé funatt, du baut de la tribune de la Chambre des pair*, la proposition Bartbélemj; M. Decaiei, qui avait forcé le duc de Richelieu i la retraite pour garantir de toute atteinte ce même système électoral qu'il s'agissait maintenant de détruire. Uais le favori était mol conseillé par aon ambition. Lorsqu'on change de drapeau, Il faut donner des gages au parti qu'on embrasse: H. Oecaies fut obligé de suspendre la liberté individuelle. La loi qui annonçait d'une manière si éclatante la dafeetion du ministre fut flétrie du nom de loi da autpeau, et le parti auquel il venait de livrer tout son honneur en proie se serrit de cette lot dt* nttpecu pour faire emprisonner lea propres amis de celui qui l'afiit présentée. Quant au parti libéral, il organisa en faveur des victimes un comité de souscription, dont l'activité devint si redoutable, que lea souscriptions purent être et furent considérées comme des enraiements pour la révolte. Quel profit H. Decaies c's'ail-il tirer de son apostasie? La, bourgeoisie quil trahissait l'abandonna, et le parti féodal ne lui «ut aur.un gré d'un re- ' tour in volontaire.

Tout-à-eaup une uouvelle étrange se répandit. Au moment on il sortait de théâtre, le prince sur qui reposait l'immortnlité de lu race rojale, le duc da Berry, venait d'être aaisi par un Inconnu, et frappé eu flanc d'nn coup de poignard.

Lorsque, sons Charles 11, en Angleterre, le parti dominant avait voulu perdre les papistes, il avait suscité un audacieux imposteur, nommé Titus Oates, lequel accusa du crime d'un iAdivIdu tout le parti catholique. Les siècles ont beau passer sur les sociétés, ils n'en emportent pas dans

leur cours le vieux limon. Les Titus Oates ne manquèreni pas après l'assassinat du duc de Barr;. Ce prince, disaient lea ennemis de la bourgeoisie, vient d'être poignardé par uneidét Ii6^rab.Et,commeon n'attendait qu'une oeeasion pont renverser H. Decaiea, ceux qu'on appelait ultra-rojalistes le précipitèrent du pouvoir pa<- ce cri : •> Voaa êtes le complice de Loavel I • Prétoites menteurs sans doute ! ruses bien connues, de partis se donnant rendes-vous sur le tombeau du prince assassiné, pour e'j combattre en quelque sorte avec son cadavre I Les vraies causes de la chute de M. Dei:azes étaient beaucoup moins odieuses et beaucoup plus décisives : il tombait, parce que le jour oii il s'était prononcé contre la loi du 5 février, il avait eeaaé de représenterquetque chose au pouvoil'. Et ce n'était pas

asset, pour l'y retenir, de la tendresse du roi, h une époque ou la royauté n'était plus qu'un vieillard caduc.'auquel on disait tire en lui parlant.

L'assassinat du duc de Berry ayant été, pour ceux qui se prétendaient les amis des rois et des princes, une spéculation tout k fait benreuae, U. de Richelieu se trouva naturellement porté aux efl^aires. Id noua touchona aux pagee las plus instructives da l'histoire de la Restauration; mais avant d'expliquer celte pensée, voyons comment fut remplie la mission politique du nouveau Cabinet.

Cette missiou consiatsili déplacer la puissance pobtique par le changement du système électoral. On us perdit pas de temps, et, dès le mois de mai iStO, la Chambre, assemblée, depuis pau, était saisie d'un projet de loi électorale. Menaoée, la bourgeoitis rauembla Coules tei força et prépara une vigoureuse dérense. Ëllepublia des brochures, elle Bt gémir ou gronder tous ses joumaui è la fois, elle suscita du fond des provinces des pétitions ardentes, elle déclara la. Charte en. danger. Tous les esprits étalent en éveil : la discussion s'ouvrit daus l'orage.

Il existait alors i Paris une association, véritable club éclos de la franc-maronnene, et dont les puérilité* solen-

HISTOIRE DE DIX ANS

nelles du Grand-OrienI ne serraieat qu*à masquer Taction politique. Fonde par quatre commis de radmiuistration de Toctroi, MM. Bacard, Flotard, Bûchez et Joubert, ce club, sous le nom de Loge des AmU de la Vérité, 8*ëtait d'abord recruté dans les ESeoles d» droit, de médecine, de pharmacie ; puis, sur la proposition de Bazard, il avait appelé à lui im grand nombre de jeunes hommes voués à l'apprentissage du commerce. La Loge des amis de la Vé" rite était ainsi parvenue à se créer dans la jeunesse parisienne une influence puissante, et elle était en mesure de commander à Tagitation.

Cependant, la discussion avait commencé, àla Chambre des députés, au milieu de Tanxiété la plus vive; et quoique fort souffrant, M. de Chauvelin s'était fait transporter au Palais-Bourbon dans un appareil propre à frapper les imaginations. Applaudi par les uns, il fut injurié parles autres. L occasion était favorable pour exciter le peuple: la Loge des Amis de la Vérité s'en empare ; les membres qui la composent se répandent dans la capitale pour y souffler Tesprit qui les anime : les Écoles s'ébranlent, et des groupes nombreux d'étudiants viennent se former autour du palais des délibérations, en criant Vive la Charte I De leur côté, des militaires, appartenant au parti féodal et vêtus en bourgeois pour la plupart, accoururent armés de cannes. Il y eut une rixe, des désordres : un jeune homme fut tué. Qui ne se rappelle l'impression produite dans Paris par la mort de Lallemand ? On lui devait des obsèques touchantes, on les rendit pompeuses. Les troubles se prolongèrent. Toute la garnison fut sur pied. On vit rouler le long des boulevards une foule grondante de jeunes gens auxquels se mêlèrent, dans la rue Saint-Antoine, tous ces ouvriers que la misère tient sans cesse à la disposition de l'imprévu. Ce qui serait arrivé, nul ne le peut dire, si la pluie, qui tombait par torrents,ne fût venue en aide aux charges de cavalerie. Le trouble n'était pas moins grand dans la Chambre. Le père de l'infortuné Lallemand avait écrit . une lettre pour venger la mépaoire de son flls, que quelques feuilles de la Cour avaient lâchement outragée. M. Laffltte lut cette lettre d'une voix profonde, tandis que, levant les mains au ciel, les députés dé son parti criaient: Quelle horreur I Manuel parut à son tour, et appuyé contre le marbre de la tribune, malade, le visage couvert de pâleur, il prononça ce mot terrible : Assassins l Durant plusieurs séances, ce ne furent que récits funèbres faits par les députés de la bourgeoisie. M. Demarçay avait vu des dragons charger une foule inoffensive dans la rue de Rivoli, et deux d'entre eux pousser leurs chevaux jusque dans le passage Delorme. Des peintures non moins émouvantes furent fai* tes par M. Casimir Périer. Et pendant ce temps, les journaux publiaient le sombre interrogatoire de Louvel, cet homm^ étrange qui n'avait frappé un prince que pour éteindre en lui d'un seul coup toute une race de rois, homme à convictions implacables, plus implacables pourtant que son cœur.

Dans l'immense agitation que tout cela faisait naître, les deux partis s'accusèrent réciproquement et avec amertume. Tous deux ils avaient raison, dans une certaine mesure. La bourgeoisie avait droit de s'indigner des excès d'une répression sauvage ; mais on pouvait lui reprocher d'avoir été seditieuse elle-même et violente.

Quelques cris de Vive l'Empereur avaient été poussés dans les rues : les députés de la gauche prétendirent que ceux qui les avaient poussés étaient des agents de police, et que ceux-là seuls étaient de bons citoyens, qui avaient

crié Vive la Charte \ l'esprit de la bourgaotsie se montrait là tout entier.

Ces tumultes de la place publique, qu'elle protégeait hautement en 1819, noua l'avons vue depuis les flétrir avec passion. Ah 1 c'est qu'en 1819, elle n'était pas encore à bout de conquêtes I

Quoi qu'il en soit, comme tous les troublas qui n'aboutissent pas à une révolution tournant au profit du pouvoir qui les réprime, la bourgeoisie fut vaincue dans le parlement, faute d'avoir vaincu ses ennemis dans la rue. Quelquesuns de ses meneurs prirent l'épouvante ; quelques conscien. ces se laissèrent acheter, et, après d'orageux débats, la lot du 5 février Ht place à un système électoral qui donnait au parti féodal une représentation à part. Il avait demandé l'élection à deux degrés :. on lui donnait, en établissant dans chaque département un double collège, plus et mieux qu'il n'avait demandé. Grande fut la joie des vainqueurs* Pour ce qui est de la monarchie, elle se trompait si aile se crut sauvée: elle était perdue.

Pour élever le trône au-dessus des orages, c'était trop peu, ai-je dit, de modifier telle ou telle combinaison électorale : il aurait fallu détruire le principe électif lui-même. On va voir la vérité de cette observation.

Le ministère Richelieu venait de remporter sur la bourgeoisie une de ces victoires qui semblent décider du sort des empires. Quelle reconnaissance ne lui devait pas le parti féodal? Que de bénédictions ne devait pas attirer sur la couronne, de la part des royalistes,- s'il y en avait eu de sincères, un service aussi éclatant?

D'ailleurs, il venait de naître un fils à la duchesse de Berri, comme pour prouver que la main de Louvel s'était égarée en frappant, et que la Providence se rangeait du côté de la monarchie. Qu'il y ait folie à croire aux dynasties impérissables, quand leur avenir repose sur la tête d'une pauvre petite créature vagissante et frêle, sans doute et certes, depuis que Vienne gardait le fils de Napoléon, il n était plus permis à personne de mettre en doute la puérilité de la gloire et la fragilité des trônes. Mais tel est l'imbécile ot^eil des grands de la terre, que cet orgueil abaisse leur intelligence au-dessous de la plus vulgaire philosophie. Il semblait donc que la naissance du duc de Bordeaux dût entourer la royauté d'un nouveau prestige.

Ajoutez à cela que les^ ministres mirent tout en œuvre pour gagner l'aristocratie. Il était naturel que, dans le nouveau système, les élections lui assurassent l'avantage ; et c'est ce qui avait eu lieu. Les élections de 1820 n'avaient donné à la bourgeoisie qu'un fort petit nombre de représentants, et avaient enfanté une Chambre tout aussi féodale que celle de 1815. M. de Richelieu, pour se rendre cette Chambre favorable, appela aussitôt à lui les hommes qu'elle protégeait. Il mit M. de Corbière à la tête du conseil royal de l'instruction publique, et nomma M. de Villèle ministre sans portefeuille.

Vaines concessions ! Les deux principes ne furent pas plutôt en présence qu'ils se combattirent. La Chambre féodale de 1^0 ne se montra pas moins hostile au ministre féodal, M. de Richelieu, que ne s'était montrée hostile au ministre bourgeois, M. Decazes, la Chambre bourgeoise de la veille, tant la lutte des deux pouvoirs était chose naturelle, inévitable!

Cette hostilité se révélait déjà dans l'adresse en réponse au discours de la couronne. Après avoir parlé des améliorations qu'elle voulait introduire dans l'ordre .social, la

INTRODUCTION

xxiu

Chambre ajoutait : « Ces améliorations importantes, nous « les poursuivrons avec la modération, compagne de la m force, » Ce langag^e était bien celui d'une assemblée souveraine.

Cependant la session est ouverte. Ek quelle voix reten* tit la première à la tribune ? L*inexorable voix du général Donnadien, reprochant aux ministres du roi des tentatives honteuses et corruptrices. Encore tout meurtris des suites de cette accusation, les ministres présentent un projet de loi sur les donataires, projet de loi qui préparait l'indemnité des émigrés. Et voilà que touta la fraction aristocratique de la Chambre applaudit à M. Duplessis de Grénedan définissant l'indemnité des donataires un salaire pour les conspirateurs. Une loi municipale était attendue avec impatience ; les ministres, eu l'élaborant, s'étudient à y faire revivre l'esprit des temps anciens ; livrent tout le pouvoir communal à un nombre très restreint d'électeurs choisis parmi les plus riches. Que leurs idées soient adoptées, une voie est ouverte au retour de la féodalite dans les campagnes. Mais quoi I ils ont osé attribuer au roi dans les communes urbaines, et A son représentant dans les communes rurales, la nomination du maire et des adjointe I Grime irrémissible aux yeux des royalistes de la Chambre I

Ce fut alors que Louis XVHI laissa échapper ce cri d'une ime blessée : « Je leur abandonnais les droite de ma cour « ronne ; ils n'en veulent pas, c'est une leçon; « C'était une leçon en effet, et dont la portée était plus grande que Louis XVIll ne pouvait le supposer, car elle avait le sens que voici: partout où le gouvernement d'un roi et celui d*ane assemblée seront face à face, il y aura désordre, et la sociéte cheminera entre la dictature et l'anarchie, c'est-à^ dire entre deux abîmes.

Voilà où en était la monarchie en France, lorsque survint un évènenoient plus important pour elle que la naissance du duc de Bordeaux. Sur un rocher, du côté de l'Occident, bien loin au milieu des mers, Napoléon était mort ! Le monde s'eg émut.

La chute de Napoléon avait éte profonde, immense: donc mieux que ses taomphes, elle attestait son génie. A quel vaste cœur, à quelle volonte inexpugnable, à quelle intelligence d'élite l'histoire a-t-elle accordé une impunité absolue? Quel grand homme n'a pas éte ou ne s'est pas cru destiné à l'illustration des revers ? César meurt assassiné dans le Sénat. Sylla s'étonne et s'épouvante de la constance de son bonheur: il abdique. Charles-Oumt prend ombrage de sa propre puissance: il se fait moine. La destinée des âmes vraiment fortes n'est pas de rester an faite jusqu'à la fin, mais de tomber avec édat. Qu'on me montre un homme qui ait su se créer de nombreux obstacles et d'imptacablea ennemis : quand les obstacles auront épuisé tout son vouloir et que ses ennemis l'auront foulé aux pieds, je. saluerai son génie, et j'admirerai quelle force il lui a fallu pour se former un tel malheur.

La dynastie des Bourbons avait un ennemi de moins. La Cour se trompait cependant, si elle crut pouvoir se réjouir. Napoléon vivant, toute autre candidature que la sienne était impossible. Napoléon mort, 'les prétendante se pressèrent dans la carrière obscure des conspirations. Il y eut un parti pour Napoléon II, un parti pour Joseph Bonaparte, un~ l>arti pour le prince Eugène; et la couronne fiit mise à Tenoan par une foule d'ambitions ténébreuses et 'subaltemes. Ce fut alors qu*on vint offrir à Lafayette, de la part du prince Eugène, la somme de cinq millions, pour couvrir les

premiers frais d'une révolution en faveur du frère de la reine Hortonse. Celte proposition, qui ne fut ni acceptee ni re» poussée par Lafayette, donna lieu, plus tard, à son voyage en Amérique, et lui suggéra l'idée des étranges démarches qu'il fit auprès de Joseph.

Mais le plus redoutable ennemi du trône des Bourbonsi c'était un principe sous l'effort duquel Napoléon lui-raéiA« avait succombé, le principe électif. La session de 1821 acheva ce qu*avait commencé la session de 1820. Au disr cours de la couronne, les royalistes de la Chambre répondirent par une adresse oii se trouvait cette phrase personnellement injurieuse pour le monarque : « Nous noi s félici* « tons, Sire, de vos relations constamment amicales avee « les puissances étrangères, dans la juste confiance qu'une « paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices « incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de « la couronne. » ^

Ainsi, lorsqu'au 1830, la bourgeoisie, dans une adresse à jamais célèbre, opposait au pouvoir royal )a souveraineté parlementaire, et cela au risque des plus effroyables tempêtes, elle ne faisait que suivre l'exemple de la Chambre féodale de 1821 !

« Eh quoi ! s'écria M. de Serres, après la lecture du pro- « jet d'adresse, votre président irait dire face à face au roi « que la Chambre a la juste confiance qu'il n'a pas fait de u lâchetés ! C'est un outrage cruel. » Inutile avertissement I Ce que M. de Serres regardait avec raison comme un outrage, le président de la Chambre Talla dire, et face à face, au roi irrité, mais impuissant. C'était donc sous la main de ceux qui ne vivent que par les adorations ignorantes de la multitude, que vous deviez vousr' écrouler, ô vieilles idoles ! ,

Ici le dualisme politique dont on vient de suivre les péripéties va revêtir un nouveau caractère, et pendant quelque temps il aura pour résultat, au lieu de la lutte des deux pouvoirs, le volontaire {^servissement de l'un d'eux. Pour faire comprendre ce changement, il est nécessaire d'exposer l'origine, le but et la marche du carbonarisme. Car son infiuence sur les relations des deux pouvoirs devait être imimportante et durable.

Le i*r mai 1821, trois jeunes gens, MM. Bazard, Flotard et Bûchez, se trouvaient assis devant une table ronde, rue Copeau. Ce fut des méditations de ces trois hommes inconnus, et dans ce quartier, un des plus pauvres de la capitale, que naquit cette charbonnerie qui, quelques mois après, embrasait la France.

Les troubles de juin 1820 avaient eu pour aboutissement la conspiration militaire du 19 apùt, conspiratioft étouffée la veille même du combat. lie coup frappé sur les conspirateurs avait retenti dans la Loge des Amis de la Vérité, dont les principaux membres se dispersèrent. MM. Joubert etDugied partirent pour l'Italie. Naples était en pleine révolution. Les deux jeunes Français offrirent leurs services, et ne durent qu'à la protection de cinq membres du parlement napolitain l'honneur déjouer leur tete dans cette entreprise. On sait de quelle sorte avorta cette révolution, et avec quelle triste rapidité l'armée autrichienne démen- •tit les brillantes prédictions du général Foy. M. Dugiqd revint à Paris, portant sous son habit le ruban tricolore, insigne du grade qu'il avait reçu dans la charbonnerie italienne. M. Flottard apprit de son ami les détails de cette initiation à des pratiques jusque-là ignorées en France. Il en parla au conseil administratif de la Loge mxtçonnique djs Amis de la Vérité, et les sept membres dont ce conseil

Mcompouit r^Bolureot de fooâ«r la chartrannsm TruiçaiM ■prèa «'être juré I'ud à l'autre de garder iiiTiolablement ce redoutable *ecret. UM. Limpérani et Dngiect furent chargé* de traduire le* règlemeuts que ce dernier «Tait rapports de son Tojage. lU étaient merreiUensement appropriés an caractère italien, mais peu propres à deTenir en France nn codei l'usage dee eonepiraleura. La peuiêe qu'ill exprimaient était eueutiellement religieuse, inyttiqne même. Lea earbonari n'y étaient considérés que comme la partie militante de La franc-maconnerieique comme une armée dévovéd m Christ, le patriote par eicellence. On dut songer à des modiacalioDS. et MH. Bâchez, Baiard el Flottard, Turent choiiis pour préparer les bases d'une oi^anisalion pins

a qu'autour d'au

n-mére, appelée

Le duc lie Berry.

(liia-iaïo.)

La pensée dominante de ^as^^ociation n'avait rien de précis, rien de déterminé : les comidéranU, tels que MH. Baiard, Flolard et Buchei les rodigèreut, se réduisaient à ceci: Attendu que force n'est pas droit, et que les Bourbons oot été ramenés par l'étranger, les charbonniers l'associent pour rendre i la nation Trancaise le libre exercice dn droit qu'elle a de choisir le gouTememenl qui lui couTÎeut. C'était de décrétai- la soureraineté nationale, sans la définir. Hais plus la formule était Tagoe, mieux elle répondait k ta diversité des ressentiments et des haiiies. On allait donc conspirer snr une échelle immeoie, arec une immense ardeur, et cela sans idée d'arenir, sans études préalables, su gré de toutes tes passions capri-

Mais si la charbonnerie était nn jeu puéril comme principe, elle fut comme orgaaisatiDU quelque chose de puissant et de merveilleux. Triste condition des honunea I leur Force éclate dans tes moyens, et leur faibles** dans

Il fot 01

la Aowte vente, i imlu, d'autres ««sociation* au-dessou* desquels agiraient des ventes partieutiiret. On ttia le nombre des membre* à vingt par association, pour écliapper au Code pénal. La Aawte vente fut originairement composée dea sept fondateurs de la charbouDcrie : Baiard, Flotard, Buchei, Ddgied, Carriol, Joubert et Limperani. Elle se recrutait eile-

Poor former le* vtntet etntrtt'.et, on adopta te mode anivant: deux membres de la hattte venu s'adjoignaient un tiers sans lui faire confidence de leur, qualité, et ils te nommaient préiidetu de la rente future, en j prenant eniraémai, l'un te titra de député, l'autre celui de oeneeur. La mission dn député étant de correspondre avec l'asaociation supérieure, et eeUe dn cemeur de conb^ler la marche de l'associalion secondaire, la haute vente devenait par ce m.ay«o comme le cerreau de cbacone de* ventée qu'elle créait tout eu restant, ris-i-ris d'elles, maîtresse de son secret et de ses actes.

Les ceniet particulière* n'étaient qn'niis soMirision administrative ayant pour but d'éviter la complication que le* progrés de la charbonnerie pouvaient amener dan* le* rapports entre la AalUc rente el les députesdescenlu wniralet. Du reste, de même que ceUe*M:i procédaient des sodé tée-mère s, de même les sodétét inrérisure* procédaient des sociétés secondaires. 11 ; avait dans cette combïnaiaon une admirable élasticité: bieutât les centet se multiplièrent à l'inBoi.

On avait bien prévu l'impossibilité de déjonar complètement les effort* de la police : pour en diminuer l'im-' portauce, ou convint que les venlee 'agiraient en commun, sans cependant se connaîtra le* nne* les autres, et da manière t ea que la police ne pât qu'an pénétrant dans la haute vente saisir tout l'ensemble de l'organisa lion. Il tut couséquemment interdit à lout charbonnier appartenant k une vente de chercher t s'introduire dan* une autre. Cette interdiction était sanctionnée par la peine d^ mort.

Les fondateurs de la charbonnerie avaient compté sur l'appui des Ironpes- De lè l' organisation double donnée à la charbonnerie. Chaque vente fut lonmise à une hiérarchie atiiitaice, parallèle k la hiérarchie civile. A côté de la charbonnerie, de la haute vente, des ventet eenIraUe, detvenlet particulières, il j «ut la légion, les oohortet, les centuries, les tnanipules. Quand la charbonnerie agissait dvilemeut, la hiérarcliie militaire était comm* noo-avenue; quand elle agissait militairement, au contraire, U hiérarchie civile disparaissait. Indépendamment de la force qui résultait du jeu de ces deux pouvoir* et de leur gouvernement attematif, il j avait dans les doubles dénominations qu'ils nécessitaient un mojen de faire perdre à ta police les tracas de la conspiration. *

Les devoirs dn charbonnier étaient d'avoir un fusil et cinquante cartouches, d'être prêt i se dévouer, d'obéir aveuglement aux ordres de chefs inconnus.

Ainsi constitué-, la charbonnerie s'étendit so fort peu de temps dans tous les quartiers de la capitale. Elle envahit toutes les écoles, jis ne sais quel feu péDétraut circula dans les veines de la jeunesse. Chacun gardait le secret, chacun se montrait dévoué. Les membres de chèque vente se reconnaissaiebl à des signas particuliers, et oo passait des revnss mystérieuses. Des inspecteurs furent ehargés, dan* plnsienn ventes, de veiller à ce que ntd ne B« diapensU d'avoir de* cartouches et unfusil. La* affilié)

INTRODBCTION

•'«xarpaient daDslearaderaenrMan maniement dMtrme*; plus d'une fois od â( l'eierdce aur un parqoel recoureri de paille. Et pendant que oette eingnlitre conspiration •'étendait, protégée per noe diicrétion lana exempte, le goaTemement l'eadormait dana l'ombre t

Lea fandatenre de U obarbonnerie, on l'a m, étaient de* jeunee geni obsenr», aane poeition offlcielle, «ans in- Bnence reconnne. Qnand il fut qaeition pour aux d'agruidir lanr (envre at de jeter sur la France entière le réeean dont il* avaient enTaloppé (ont Paris, ils le raeneillirent et ae déUranl d'eai-mémea. 11 eiiatait alon un aomiti parlemantaire dont H. de Lafayette fa^aait partie. Lié iatimamenl avec le général, H. Baurd demanda nn jour fc aea amis l'autoriia lion de lui confier le aeerel de leora elTorte. Le* objection! ne pouTaient manquer ; pourquoi cette conSdeoce que le caractère facile de Lafayette rendait pleine d'ioeoniénienta et de përila 7 S'il couBentaît à entrer dan* la charbonnerie, eE à j porter, aineique tout, M tête comme enjeu..., A la bonne beure I... Lafajatle, a*erti, n'hétita pai ; il entra dana la haute vente, et parmi •ei collègue* de la Chambre, le* pin* hardis le snÎTirent. Lea direoltnrs delà charbonneria se trompaient s'ils jugé' nnt nette adjonction indispensable. Les obarbonniers ayant toujours ignoré de quelle* maioa partait t'impulalon qui leur était donnée, il* n'aTatent jamais cru obéir qu't cas mimas notabilitéa libérales, tardirement appelées au partage d'un ténébreni ponvoir. La préeence effectire de ce* hants personnages dans la haute vente n'ajootait donc rian h l'effet moral qu'avait jusqu'alors produit leur présence supposée. Quant à la portée de ce qu'il* pon- Taienl et oeeraiant, c'était le eecret de l'avenir.

Quoi qn'il en eoit, leur intervention fut d'abord utile aux progrès de la cbarbonnerie par lea rapporta qu'ili entretenaient avec les provinces. Munis de lettres dr recommandation, plusieurs jeunes gens allèrent dan* les départements organiser la cbarbonnerie. M. Flotard fut envoyé dan* l'Uueat, M. Dugied partit pour la Bonrgt^ne, U. Ron«a aine pour la Bretagne, M. Joubert pour l'Alsace. Considérée dsns ses relation* avec les départemeols, la haute centa de Paris reçut le nom de vente juprim* ; et la cbarbonnerie fut organisée partout comme elle l'était dains la capitale. L'entrainemeot fut général, irrénatible : sur presque tonte la surface de la France, il y eut des complots et des conspirateur*.

Les ehosee en vinrent au point que, dans lea derniers jonn de l'année 1S2L, tout était prêt pour nn aoulèrement. h la Rochelle, à Poitiers, k Niort, à Colmar, A Heur-firieaeh, h Nantes, à Béfort, k Bordeaux, à Toulouse. Des vente* avsient été créées dan* nn grand nombre de régiment*, et les changements mêmes de garnison étaient ponr la cbarbonnerie, nn rapide moyen de propagande. Le président de la vente militaire, forcé de quitter une ville, recevait la moitié d'une pièce de métal, dont l'autre moitié était eofojée dans la ville où se rendait la régiment, A nn membre de AouCe vente ou de vente oentraie. QrAce A ce mode de communioalton et de reconnaissance, inaaisieaaMe pour la police, les soldais, admis dans la , «hartionneria, en doveiuient les commis- voyageurs, en emportaient pour ainsi dire la conspiration dans leors

Cependant, l'heure d'edater était venue : on le peneait da moin*. Le panonnel de la cenle tuprime s'élantaccm plus qu'il ne convenait, on y créa un comité mpérittii' t chargé de tous les préparatifs du combat, - Looii Blase. — Hiil. d* Dii-Ai».

mais auquel il fnt intardil de prendre, «an* l'aeaentimant delaBïiue lupréme, nneréaolnlioo déSnitive. Ce conilê déploya une activité extraordinaire. Trente-six jennee gen* reçurent l'ordre de partir pour Béfort, oii devait être donné le signal de l'insurrection. Ils partirent aans héeisitation, qnoiqae bien convaincu* qu'ils marchaient A la mort. L'un d'eux ne pouvait quitter Parie ssns fuir une affaira d'honneur : il n'héaita pas plus que sea camarade*, BJoDraaDt nn duel pour des oombale plus *à4eax, etsacri- Baot A no devoir patoiotique jnsqu'A oette réputation de bravoure si chère A de nobles Ame*. A mesure qn« l'heure snpréme approohait, le* conspiratear* ee montraient plus OonSanla ; sur la routa de Paris A Béfort, la Maneillaite

Duo Decaies.

(1780>18ai.)

lut entendue, chant magique qu'on n'entendait plus depuis., bien longtemps.

Le sang allait couler : comment ne pae aooger aux suites, si la fortune était favorable? Fidèle* A l'esprit de la, charbonuerie, lea membres de la vente rupréme ne songeaie'nt A imposer A la France aucune forme particulière de gouvernement. La dynastie des Bourbon* elle-même n'était pas proscrite dans leur pensée d'une manière abeolne et irrévocable, liais, en tout état de canae, il fal-. lait pourvoir A celte grande néceseité de toutea les révolution* : un gouvernement provisoire. On adopta lea bases, de le Constitution de l'an IIJ, et lea cinq directeun dési-. gnés furent MM. de Lafayette, Corcelles père, Kœchlin, d'Argenson, Dupont (de l'Eure) ; c'est-A-dire un homme d'épée, nn représentant de la garde nationale, un manufacturier, nn admiulatrateur, un magistrat.

Manuel >nsque-IA n'avait prêté A Is cbarbonnerie qu'un

HISTOIRE DE DIX ANS

ooDcoon inquiafr et indéeû. Ayant appria qn'on ronUit «Dgtger sur le thétire de l'iasurrectiaii oeni qui étaient apptlëi d'avance k en rjgulariier le succès, il usa ds «on influença mr quetques-una d'entre eux. et notamment eilr M. de I«fayette, pour les diatnader da Tojage de Béfort; •oit qu'il jugeit l'entreprite mal conçne ou prdmalurae, •oit qu'eo rdfléohiMant aux choeei du lendemain, ton ima rigide ee fdt ouverte k nne seorMe déQancs.

Toojoan Mt-il que de (ou les hominei inBnenla dont on atlendaitla prisenca aur le théltre de l'insnirsctioii, la lenl ee mit en roule, le général Lafayelte. Mais un devoir de famille qu'il avait (onjoura rempli religieusensnt et «oquel il ne voulut pas manquer, le retint quelques heure* de trop dam sa maison de campagne de Lagranga. Le l" janiier 1882, à quelque* lianes de Béfort, la chaise de poste qui transportaft le gioétai et ion SU, fut rencontra par une voiture où se tronvaientUM. Corcellei fils •tBaiard. • Eh bien! quellesiaouvelleaî — Tout est fini, ■ général, tout est perdu. ■ Lafajette, déMspéré, changea de route, pendant que, presa^ d'avertir leurs amis de . Paris, MH. Corcelles fils et Baiard se faisaient emporter vers la capitale par des chevaux de posta attelée à une charrette. Le froid était de douze degrés ; la neige convrait les chemins. Bazard, en arrivant à Paris, avait une oreille gelée.

Je ne m'arrêterai pas sur tee détails de ce qui venait de ■e pawer à Béfort : ce sergent qui, le soir du 31 décembre, rentrant dans md quartier, aborde sou capitaine, lui frappe lurTépanle, et par la familiarité inaccoutumée de son langage, éveille des loupcona funestes ; le commandant de place, Toustain, averti et convoquant les officiera qu'il rotient autour de lui ; le trouble de cëui d'entré aui qui étaient dans le complot ; l'hésitation des soldala conèpirateuri en ae vojant privés de leurs chefs ; les conjurés ee réunissant sur la p le poste prenant les

afmes; la colonne rrivéa la veille dans les

faubourgs, se diijg i, et coupée en deux

par la herée qui se i décieir; ce conp de

pistolet tiré sur le i, sur la croit duquel

la balle vient s'ktaa a des conjurés, parmi

lesquels se trouvait )1 Paillhèx, l'impëtueui

Quinand, Pance, ci cœur dévoué ; l'arres-

tation de plusieurs, les sympathies qu'ils éveillent par leur courage, leur procès, leur aacendani viclorieui sur les juges : tout cela forme aseurément un des épîdodes les plus pathétiques de ce drame delà Restauration si souvent enaanglaoté. Mais quelques-uns de ces détails ont été r«Ddua publics >. Il en eet d'autres moins connus et qnî méritent une place dans l'histoire de la bourgeoisie.

La charbounerie à Béfort était loin d'avoir éprouvé une défait» irréparable. Etouffée sur un point, t'insurreetiou pouvait éclater sur un autre. M. Plotard avait été envoyé à La Rochelle pour y préparer un mouvement, et cette' ville était pleine de conspiratenra. Lee trois chefs de bataillon dal'artiUerie de marina n'attendaient plus que le signal. Od avait des intelligences avec Poitiers et avec la garni' son de Niort. Un conrageua officier, M. Sofréoa, devait mettre eu service de la charitonnerie sept cents hommea faiaant partie du dépât colonial établi à l'île d'Uléron et qu'il avait été chargé de conduire au Sénégal. J^e chef du dépât lui-même s'était prêté aux conadenees de M. 80-

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