I . Voir diDi Paru rtiiùMIotnalri llnUrnsUil rnlt de H. Tri
Moa, et l'on comptait, ainon sur l'appui de M. Peitthamel, au moine aur aa neubalité. On s'i^tait aussi k Naotei, et le général Berton «e préparait k marcher sur Saumur.
M. Flotard, qui allait quitter La RocheUe, dînait un jour k table d'hâte à l'hâtel de* Ambaaaadeura, lorsqu'une conversation s'engagea devant lui aur les choses da momant, entra deux militaire* quHI ne oonnaiasait pat. • Ce > fan de Berton I diaait l'un d'eux, il se croit fort en sA- < relé, il a'imagine conspirer dana l'ombre ; or, le général
■ Deepinoia estinstruit heure par heure de sea démarches,
■ et s'apprête 1^ le faire fiuillar k la première oceaaion. ■ Vivement ému, M. Flolard partît anaaitôt pour Nantes, et ne prit la roula de Paria qu'après avoir averti le général Berton, et l'avoir dissuadé fortement d« son deaeein. L'expMition aur Saumur eut lien cependant ; elle échoua comme on devait ■'; attendre, et Berton fut obligé de fuir d'asile en asile.
Il y avait un vice radicaldana la charbonneiie. La tougna des fondateur! et la timidité dea hommes notables qu'ils s'étaient associés ae faisaient parpétnallement obstacle. D'un aubv câté, U. de Lafayelte s'était livré aani résorve aux jeunes gène, qu'il croyait dominer, et par qui, au eoDtraire, il était dominé complètement. Pour leur plaire, il sa tenait à l'éeart de se* oollègnes de la Chambra, se caohait d'eux ; d'oit réaullaient un secret désaccord, et, dans lai plu* graves oiroonstances, d'insurmontabtea embarras. Ajoutas k cela que, par une politique trèe habile quand il •'agit d'une conspiration d'an Jour, trèi imprudente quand il s'agit d'une oonspiration qui dure, les premier* directeurs de la charbonnerie c'étaient fait un système d'exagérer lenra forces pour les accroître, et avaient fini par •emer autour d'eux la défiance.
Ce qui est certain, c'eat que las préparatifs faite 4 La Rochelle appdaient un conconi* qui fut refusé. De ratour k Paris, M. Flotard exposa l'état dei choies. Le sueeè* était assuré, disait-il, si un personnage important, connu dans le pays, revêtu d'une autorité officielle, consentait à courir penonnellemeot tous les risques de l'entreprise. Le général Lafayette et M. Flotard s'adressèrent à H. de Beauaéjour, auquel des opinious populaires, des manières simples, des antécédents honorables, avaient acquis une grande infiuence dans La Hochalle et aui environs. M. de Beauséjoiur refusa de partir, prétextant un rendei-voas d'aflaires avec M. ds Villèle. La direction ds la charbonnerie manqnail doue à la fois, et de la force ^ naît de la sagesse, el de celle qui résulte de l'siidace.
M. de Lafayette, qui puisait une ardeur de jeune homme dam son amour de popularité, lecondé d'ailleurs par uns âme naturellement généreuse, M. de LaTayette s'oflnl pour le voyage de La Rochelle comme il s'était offert pour celui de Béfort, mais ion sacrifice ne fut pas accepté, et 1« colonel Deotxel fut donné à U. Flolard pour l'acoompagner.
Ils rejoignirent k La Rochelle le général Berton et ea* sergents immortels qu'attendait la place de Grève.
On touchait an 14 mars, jour fixé pour l'eiploaioD du complot. La charbonnerie disposait, par le moyen des officiers et des sous-ofQciers, de presque toutes les garnisons des villes de l'Ouest. Cinquante-quatre pièces attelées devaient, au moment convenu, apparteuir aux conjurés. La Rochelle avait pri* depnis quelque temps une pbysbnomié étrange. Les esp^ances des uns, les doutes dea antres, les précautions du pouvoir, les demi- confidences.
INTRODUCTION
les conjectures, tout cela répandait dans la TÎlle une inquiétude qui se mêlait en quelque sorte à Tair que chacun respirait. Quand Forage s'amoncèle, on Toit sous un ciel assombri les horisons qui s*éolairent et se détachent. II en est dfl même quand se forment les tempêtes civiles : avant d*éolater, elles illuminent et agrandissent les esprits en les oontrifltant.
Mais il est rare que, dans les entreprises humaineU, on tienne compte de oe petit grain de sable dont parle Pascal» et qui, placé quelque part dans le corps de Cromwell, eût changé la face du monde. Le chef militaire du complot, le général Qerton, avait dû, en fuyant de Saumur, j laisser son uniforme. Dana les révolutions, rien ne vaurque par les apparences : les conjurés le savaient. Us fliient à La Rochelle, pour se procurer un uniforme de général, des tentatives qui furent vaines, et qui alors a*étaient pas sans danger. Il fallut envoyer à Saunkur. Mais Venvoyé ne reparut que dans la soirée du 19 mars. Les sergents Raoulx, Qoubin et Pommier, depuis longtemps soupçonnés, avaient été arrêtés dans la matinée et jetés dans une prison sur la route de Téchafaud.
Cependant le 80 mars, à la pointe du jour, trois hommes montaient dans une barque et se dirigeaient vers Tile d* Aiz. « La frégate, dit le patron de la barque, n*a pas dû aisé-
• ment franchir les passes cette nuit. ^ De quelle frégate « pariea-TOus? a^écrièrent les trois passagers, à peine
• maîtres de leur émotion. — De celle qui était destinée
• au Sénégal, n A ce coup inattendu, MM. Berton, Dentsel et Plotard se regardèrent en silence. Il ne leur restait plus qu'un espoir.
Dans rile d*Aix, Berton et Dentzel furent reconnus par le commandant ; mais, loin de les dénoncer, il les accueillit avec amitié; et comme ils parlaient de pousser leur course jusqu*à rUe d'Oléron, où restaient encore cinq cents hommes : « Gardez-vous-en bien, leur dit le oonunandant, « vous y séries fusillés sur place. » Ils apprirent alors que, dans une conversation qui avait eu lieu devant un agent du gouvernement, M. Feisthamel avait demandé à M. Sofréon si le général Berton n'était pas connu de lui. La réponse affirmative de M. Soflréon avait éveillé les plus vives inquiétudes; de là le départ précipité des troupes formant le dépôt ooloniaL Le commandant de Tile d'Aix fit brûler sous ses yeux Tuniforme de général qu'avaient apporté les trois coigurés, et leur fournit une barque qui les transporta rapidement à Rochefort. Les tentatives des conspirateurs venaient d'être encore une fois déjouées.
On connaît la suite. La charbonnerie ne fit plus, depuis» que se traîner dans le sang de ses martyrs. Le gouvernement organisa contre elle un vaste et hideux système de provocations. Berton, oœur indomptable, avait refusé rhospitalité qui Tatteadait sur une terre étrangère. 11 rentre dans la lice, et, trahi par Wolfel, il meurt sans s'étonner, sans se plaindre, en homme depuis longtemps convaincu que sa vie appartient au bourreau. Parmi ses compagnons d'mfortune, deux demandent grâce; mais Sauge pousse sur Téchafaud le cri de vive la répt^bliquêf comme une prophétie vengeresse; et Gaffé, prévenant ses ennemis, s'ouvre les veines et meurt à la manière antique. Quelque temps après l'arrestation de Berton, un lieutenantcolonel qui a conçu le généreux espoir de sauver les accusés de Béfort, Tinfortuné Garon, se laisse conduire à un rendes-vous dans la forêt de Brissac. LAcbe plagiaire de Wolfel, le sous-offloier Thiers se jette dans les bras du colonel, et, par des marques perfides de dévouement.
ramène k révéler ses espérances, tandis que, cachés derrière un buisson, des espions recueillent ces témoignages accusateurs. Caron est condamné au supplice : on lui refVise la douceur amère d'embrasser, avant de dire adieu à la vie, sa femme et ses enfants ; il meurt comme était mort le maréchal Ney. Le courage me manque pour aUer plus loin et pour vous suivre jusqu'à cette place de Orèvu où vos têtes roulèrent, après qu'aux yeux d'une foule attendrie, vos âmes se furent réunies dans un suprêmo embrassement, ô Bories, et vous, dignes compagnons de ce jeune homme immortel I La Restauration, attaquée, avait oertainetnent le droit de se défendre, mais non de se défendre par le guet-apens; car c'était faire de la peine de mort un assassinat.
La veille du jour qui^ pour lui et ses camarades, devait être le dernier, Bories écrivait à im ami, du fond de son cachot de Bicétre :
« On nous affame ; on veut nous séparer. Si vous ne f pouvez nous sauver aujourd'hui, il est à désirer que nous « mourions demain. »
Ge vœu mélancolique fut accompli. On avait mis la grâce des prisonniers au prix de quelques révélations ; ils emportèrent noblement dans la tombe le nom de leurs complices.
Comment se défendre ici d'un rapprochement douloureux! Pour sauver .ces jeunes gens héroïques qui allaient mourir pour ello, que fit la bourgeoisie? Quoi? soixante mille francs offerts à un concierge dont la place en rspportait annuellement ringt mille, voilà tout ce qui fut tenté I et lorsque la charrette fatale fendait les fiots d'une multitude si profondément émue .qu'on vit des hommes tomber à genoux et des vieillards se découvrir, la bourgeoisie ne trouva pas moyen de soulever le peuple, elle qui, au mois de juin, avait su déployer, pour la défense de , ses intérêts menacés, une si formidable puissance d'agitation!
Je m'arrête. Après la mort des sergents de la Rochelle, la charbonnerie t'affaiblit et se décompose. Deux partis se forment dans son sein. L'un veut qu'on se prononce nettement pour la république, et il entoure Lafayette ; l'autre ne veut pas qu'un gouvernement quelconque soit imposé à la nation, et il se couvre du nom de Manuel. Ges divisions, sourdes d'abord^ s'aigrissent bientêt, s'enveniment et éclatent en accusations réciproques. L'anarchie pénètre la charbonnerie par tous les pores, et à suite s'introduisent les défiances injustes, les haines, l'égolsme, l'ambition. La période du dévouement passée, celle de l'intrigue commence. ,
. La charbonnerie n'était point descendue dans les profondeurs de la société, elle n'en avait peint remué les couobssinférieures. Gomment se serait-elle longtemps préservés des vices de la bourgeoisie : l'individualisme, la petitesse des idées, la vulgarité des sentiments, l'amour exagéré d'un bien-être tout matériel, la grossièreté des instincts? La charbonnerie avait employé la partie généreuse et saine de la bourgeoisie ; mais après l'avoir fatiguée, usée, mise sous la main des agents provocateurs et du bourreau, que lui restait-il de noble à tenter et que pouvait-elle ? Ge fut. dans cet état de dépérissement et d'impuissance pour le bien, qu'elle accepta et subit l'empire d'hommes tels que MM. Mérilhou et Barthe. Ge dernier, dans la défense des accusés de Béfort, avait eu de nobles inspirations, mais si on lui attribua les vertus d'un ami du peuple, ce fut le tort de ceux qui le jugèrent.
HISTOIRE OE DIX ANS
On k botuconp parlé, depuis 1S30, dM mAum dnnuitiqoea qne la charboanerie oouiraît de aon ombra, dea aar- «•nia da haioe à la rojanté prononoéa anr dea poignarda, at aulr«a farmaliMa ainialres. La vérilé de tout cela, c'est qa« la charbomuierie ayant pris one grande extension, les venta avaient âui par échappera toute directiou centrale. Il ; en arait de répnblieaiaes, d'orléanistes, de bonaparlistes: qnelqueS'^mes conspiraient aana autr* but que de MDSpirer. Lea pratiques Tariaient comme les principes; et au fond d'une association, tm tnom«nt ai terrible, il ue restait phia que le chaos. Le défaut de^priDcipes, xice originel de la charbonqene, se retrouva dans let aaoHi de m raine. C'était toul limple.
qu'ici on n'a pas surSfanimeot btaa étudié lé caractère et apprécié l'ïmporlaaeg.
Aussi, Toyei quelle modiflealioo la cburbiMlDeTie ap> porte dans les rapports de la Chambre et de la royauté. Ce D'est pins cette lutta de tons let instant* qui data dé 1814. La royanlé a'hnmilie, elle cAde. Dan* les combats que la charbonuerie lui lÎTre an seio de la aociélé, son attitude est fiére et ses lictoires sont cruelles. Mais, sur la scèue politique, elle n'apparaît qoe languiaaante et soumise. Il n'y a plua qu'un Téritable ponvoir eu Fraoce : c'est la Chambra; at lea n '
Duc de Richelieu.
Quant à *ou inflneiice, elle se maaifeela par deux résultats divers.
Bn montrant au pouvoir combien aei euDeuit étaient nombreux et imptacablea, la charbannerie le précipité sur cette peote des réaelions an bai de laquelle était uq
D'un autre cAté, en réagissant d'une égale ardeur etcoutre la dynastie de* Bourbons, qui occupait le trAae,et contre le parti féodal, qui dominait dan* la Chambre, elle força le* deuxpouvoira ft se réunir, et amoKtit pour quelque temps ce qu'il y avait da nécessaire, d'inévitable dans la cause de lenr rivalité. .
La force que la Restauration déploya sons le mjnittère Villéle, et les efforts violents qui la perdirent sous le ministère Polignac, n'eurent donc qu'une même source : la charimunerie.
Voilà pourquoi je me sois étendu sur cet épisode de 'histoire de la Restauration, dont, il me semble que, Ju*<
pouvoir.
-Four première preuve dalajustesae de cette ohservatioD, ja trouva la guerre d'Espagne.
Est-il besoin de rappeler combien furent vives et obstinées lea répugnance* que le projet d'une expédition en Espagne rencontra dans le Conseil? H. de Villéle, gni était l'éme du mioistère, regardait une semblable expédition comme uns calamité publique. Loui* XVllI ne Fenvitageait qu'avec effroi. BH que de motifs pour l'en détournerl Qu'allait^n faire en EspagneTRenverserdanslesaog das Espagnol* la pierre de la Constitution ! Faire passer let Pyrénées à une sort* de 18 brumaire t Pourquoi? pour faire tomber violemment la Péninsule sons le joug d'Antonio Maranon et de tes pareils, hommea terrible* qui tenaient un chapelet d'une main etnnpistolet de rautrel et pour qui? pour Ferdinand VII, princedont M. de Chlteaubriand a dit qu'il itait daetndu de CiMripidité de m tite dont la lànhttÀ de ion ecntr, despote qui ne gardait que dédain hui monarques constitulionuelt, ï Loui* XVIII et à «a Charte 1 Jl fallait de l'aient, d'ailleurs, pour celte expédition. Et M. de Villéle montrait le trésor épnisé. le crédit public ruiné, le libéralisme en émoi, l'industrie en sntpens, le commerce éperdu. Etait-ce toutf La charbonuerie avait semé dao* l'armée l'esprit de révolte; et de l'autre c6té de la Bidassoa, le drapea u ricolore Sottait. agité par de* main* fraoçaisaa. Enfln, l'Angleterre grondait; Canning ae montrait menaçant, et Loui* XVIII craignait da déplaire à WellingtoD.
Uais ce que la roteuté redoutait, la Chambra rappelait an contraire de tous se* vceux. Ce que M. de A'illéle repoussait, k Pari*, comme ministre de Louis XVIII, U.deMoDtmoreucy, au Congrès de Vérone, l'adoptait comme homme de conHance de l'aristocratie pBrIe.nenlaire. Ce fut la Chambre qui l'emporta. J'en ai dit la raison. Entra lea deux pouvoirs qu'attaquait i la fois une conspiration tans limites, l'accord était devenu nécessaira, c'était au pins faible dea deux a se soumeltre.
En essayant de résister k la volonté de la Chambre, M. de Villéle ne faisaitdcoc que lutter contra la force des choses ; et si en forçant U. da Monlmorenoj k se retirer du miniglère, il crut avoir remporté une bien grande victoire, il ne larda pas k èlre détrompé. Car celle même sonvertineté parlementaira que H. lltlhieu de Hontmorancy représentait alori, elle porta aussitât ani sffaîrea, pour remplacer le dnc Mathieu, le vicomte de Chateaubriand, ce qui rendait la guerre d'Espagne inévitable.
Pour l'éviter, cette guerre, LouiiXVIII et M. de Villils avaient cherché k négocier entre les Cortït et Ferdinand VII une réconciliation qui aurait en pour base la consécration d'une Charte eapagnola faite k l'image de la Charte française, tt H. de Villéle avait écrit dans ce sens b M. de Lagarde, notre ambassadeur k Madrid. C'était bien mal juger les nécessités du moment.
■INTRODUCTION
Qu'importait aa parti reKKiet» at féodal qui domihaîl, U Utuation politique d< l'Eltpagna, «nviug^ au point da *«• da la Dation Mpagoole? L« parti ffodal désirait U gn«m pour* lui-même, il la déairait pour qua «aa enaeinii de PrauM rmieDl coniaiDoni de folie on Trappéa d« ter-
Quant k M. de Chateaubriand lea vuei ëtaient plu» él«véea, aon déair était enoora plul rougneni, plu* absolu. M. de Chateaubriand STait accompagné U. de Monlmorencf an Congru de Vérone; il y avait étudié la> diapoiitioBi dei toutertini ; il savait qu'en te pronoDçaot pour nnterrentioa en Espagne. l'Autrioha et la Pruue ne Tai* atient qn« auiTre k'impnlaion qui leur était imprimée par l'aropé' ' r«ar de Rniiia; il sa- ▼ail que l'empereur de - RosM, de son c6té, ne demandait cette intar- Tenlion que par orteil, et pour que «a main reatlt dao* toutes UiafTaires de l'Europe. Hait H. da Chateaubriand aurait tu avec un regret mortel da* balailloDS i^tses fouler la Tieille terre de Chariea-Quinl. Il Toolait faire de la guerre d'Espagne quelque ehoaa de fran-
Bourbons, la souTenir deatraité* de 1815 importunait sa poétique fldélilé, et il saperait relever la Reslauraiion en loi donnant une épée.
On a Oétti la guerre d'Bspagnaen appaUnt le principa d'intarrention un principe oppreaaaur. Accusation puérile I Tous les peu plea sont fMres et tontes les rérolntious cosmopolites. Lorsqu'un goaremament croit représenter noa eause juste, qu'il la fasse triompher partout oiile triompha «at posaîble, c'est plus que son droit, c'est son devoir, llaia pouvait-on la croire justa, cette cauM de Ferdinand Vil T Ah I il ; avait alors en Espagne une tyranoie plus i craindre que celle des Detoamitadoi, c'était celle des SermUt. Des émea cruallei battaient sous la robe du Franciaeaiu, at plus de tombaaui devaient s'ouvrir an chant du Vtni C'tator qu'aux rafraio* A« la Tragata. Souvent, lorvqua sous las ordres dudued'Angouléma, cent mille hommes passaient le* Pyrénées, souvent M de Chaléaubriand (il l'a dit depnis) sentit reAroi pénétrer dans •on cœur. Le* libéraux avaient fait retentir d'un bout de la France i l'antre d'eflVayantei prédictions. Si la cooflaoca émt dana la Chambre, la déflance était sur le tr^ne, aulonr dn trAne ; et &rs généraux qni accompagnaientia duo
Un des sopérii
d'Angonlèma, la plupart étaient partit en hoebaut la téta, parce qu'ils la rappelaient combien da Françaii, toua Napoléon, étaient entré* an Eapagne, qni n'en étaient p«t
L'eipéditioD réussit n^nmoint. Mais aa oondamnatioo se trouva daot son tuccAi même. Que dut penser M. de Cbateanbriaud lonqu'il apprit que le pMgnard de* séides de Ferdinand VII menaçait las libérateurs de ca monarquâ; lorsqa'il-lut l'ordonnança d'Andnjari lorsqu'il ne lui fut plus permis de douter que U France s'était fait plus d'ennemis parmi oanx dont «Ile avait terri la causa que parmi ceux qu'aile avait combattua; lorsqu'il rit, enfin, H. Pono di 801^ partir pour Madrid, et Pardinand Vil s'incliner devant l'influence de la Ru*tie, i laquelle il ne devait rien, aprit avoir repou«*é Mlle de ta France, i laqueUa il davait tout?
Quoi qu'il en *oil, le retour triomphant dn dued'Angouléma frappait la bourgeoisie da ooDilarnation. Et cala seul fut remarqué. Oir, dans cette guerre entreprise contra le vmn dn p«Dvoir royal, et par l'atceodani du pouvoir parlemanttire , n'y avait-il de remarquable qna le déeappomtemant d'un parti?
Pour quicooQae serait allé an fond de* ehotaa, n'était-il pas maaifeate que la droit de paix elde guerre venait d'étrt oonquis sur ta Couronoef
Ce fut pourtant du sain de oette défaite inaperçue, mai* réelle du principe monarehiquc, que M. de ViUèla .flt sortir l'étrange idée .e comprenait donc pat existence de sept ande relief î
L'abbé Ghiyou.
t des Pérès de la Poi (Jésuites).
de la septennalité. H. de Villèle qu'en donnant t la Chambre un nées, il lui assurait plu* da
Il Bit vrai que la Chambre fut dissoute, etqu'nne Chambre nouvelle fut appelée h volar la septenoalllé. Mail, tout l'empire de la loi du double vota at dans l'eisltation produite par la succès de la guerre d'Espsgne, l'Assemblée na pouvait être qu'ultra- féodale. C'est ce qui arriva. Le gouveruement oligarchique, gouvernement qui, n'aynnt pas de racine dam la«ociëlà, devait bien rite s'user par ses excès, mais après avoir asserri la royauté, et l'avoir miae à jamais hors d'étal de sa relever.
Je na tais si U. de VillMa avait prévu ce résolut, ou si, l'ajadt préru, il t'en serait baaneonp préoccupé. U. de Villèle n'avait que Is génie des petites choses. C'était l'homme d'atTairas de la monarchie. Régler des comptée,
préparer des budgets, régbnter lea baaquiers, gouveraer les rages de la Bourse, il suffisait à tout oela avec une faeilHé xuerreilleuse ; et M. de Chateaubriand, sous ce rapport, n'était pas pour lui un collègue incommode ; car la petite politique eiiibarrassait M. de Chateaubriand, et il avait ce genre dHnoapaoité que crée Thabitude des hautes pensées. Mais sa réputation littéraire, le faste de ses dernièras et la somptuosité de sa vie, son influeuce sur la partie élégante de la* nation, tout, jusqu'à Téclat de sa parole de po^te et de gentilhomme, offusquait M. de Yiilèle. M. de Chateaubriand allait un jour prendre la parole, dans la discussion dç la septennalité, lorsque son collègue de l'intérieiir, M. de Corbière, le pria de lui céder la tribune. £t le lendemain, dimanche de TAssomption, M. de Chateaubriand, qui se trouvait au château, y reçut des mains de 'M. Pilorge, son secrétaire, un billet ainsi conçu :
« Monsieur le vicomte, j'obéis aux ordres du roi, et je vous transmets l'ordonnance ci-jointe.
. «,, Le. sieur comte de Villéle, président de notre Conseil «les ministres, et ministre-secrétaire d'Etat.au département des flnanees, est chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères, en remplacement du sieur vicomte de Chateaubriand. »
. M.de Villéle ne pouvait pas faire un plus brutal essai de son inâu^noe. Après avoir éconduit successivement M* 4e Montmorency et le duc de Bellune, il compromettait .dans la destitution injurieuse d'un homme illustre la dignité de la Couronne. 11 resta sans riv^l dans le Conseil ; mais dans la. Chambre il avait des maîtres.
Cette. dominaiion de la Chambre, une circonstance vint qui )a rendit .i^bsolue. Le»6 septembre 1824, les princes et plusieurs, grands officiers se trouvaient rétmis au clAteau et paraissaient dans l'attente. Tout-à-coùp, la porte de rapp#rtei^ent s'ouvrit, et une voix cria : « Le roi, Messieutts. » Ce fut Charles X qui entra : Louis XVIII venait d'expirer.
Louis XVIII s'était ménagé entre les partis, et il s'en félicitait à soQ heure dernière. Qu'y avait-il gagné? De mourir tranquille, à peu près comme le dernier villageois de son royaume. Pauvre triomphe, et à la portée des plus dhétives ambitions! Quel enfantillage dans cette vanité des grands de la terre 1 Voici un roi qui résiste au choc des factions, faute de puissance pour les vaincre, et de courage pour être vaincu par elles ; de concession en concession, il allonge son règne, il allonge sa vie; en échange des l»laisirs, non pas donnés, mais promis à ses eens altérés, il livre Aune femme le gouvernement de sa propre maison, après avoir abandonné à ses ministres le soin de céder en son nom, à sa place, tout ce qu'il consent à perdre de la royauté; et lorsqu'enfin, vieux, infirme, éreinté, à bout de voluptés amères, consumé de désirs trompeurs, il sent la vie se retirer de lui...., il se redresse sur ce trône qu'il ne peut léguer à son frère que dans là tempête, et, sur le point de mourir, il se vante I
On raconte qu'assis sur le fauteuil où il allait s'éteindre, entouré de hauts personnages, qui pleuraient, et tout pâle de sa mort prochaine, il fit venir le plus jeune, le plus frêle d'entre les princes de sa famille, et qu'alors, les mains étendues sur la tête de l'enfant courbé sous sa bénédiction, il dit : ft Que mon frère ménage la couronne de cet enfant. »
Bien vaines étaient ces paroles 1 On ne ménage pas leb couronnes attaquées; on les sauve, ou on les perd.
Eh mon Dieu l qu'avait donc produit cette longue série
de fiuotuations et d'atermoiements, qui fui le règne de Louis XVIII? Sur la scène politique, des discordes sans fin; et au-dessous, des conspirations, des provocations, des guet^pens, des exécutions militaires, voilà ce qui s'était vu. L'orage avait été partout : dans le parlement, dans la presse, à la Cour, dans les villes, dans les campagnes. Didier, Tolleron, Berlon, Bories, quels souvenirs ! Ah! il me semble que dans cette molle politique de Louis XVIII le bourreau avait pu manœuvrer à l'aise !
C'est que tout est mortel, venant des rois qu'on attaque. Leur faiblesse est aussi fatale que leur force,iet leur épouvante que leur fureur. S'ils veulent s'imposer et qu'ils le puissent, ils écrasent tout. Si, au contraire, ils consentent à céder, ne pouvant céder jusqu'au bout, ils provoquent des agressions contre lesquelles il n'est, au défaut de la guerre civile, que la guillotine. Que dis-je? ce qu'ils cèdent ici sous forme de pouvoir, ils le reprennent ailleurs sous forme de violence. Pour peu que leurs ennemis l'empor* lent, ils se vengent sur les petits de ce qui leur est enlevé par les grands; et leur faiblesse de la veille cherche une compensation dans leurs cruautés du lendemain. De sorte que leurs concessions, comme leurs exigences, boivent le sang des peuples. Quand Louis XVIII ordonnait qu'on lansàt à la Cour à la même heure où le fossoyeur recevait des mains du bourreau les corps sanglants des quatre soldats de la Rochelle, Louis XVIII prenait sa revanche des victbires de la Chambre. Il y avait fête au Château, parce qu'au milieu des humiliations de la royauté, l'atrocité im-* punie de cette fête ressemblait à de la force. Chassé de partout, l'orgueil du monarque s'était réfugié dans cette fanfaronnade sauvage.
Mais un système de transaction, aboutissant à de telles jonséquences, aurait-il longtemps préservé la monarchie lie sa ruine ? Eluder sans cesse l'antagonisme des deux pou* voirs, était-ce le détruire? et chaque tentative nouTelle pour l'éluder n'allait-elle pas à user le principe monarchique et à l'avilir? « Que mon frère ménage la couronne u de cet enfant. » Eh! comment Charles X l'aurait-il longtemps ménagée, en présence de cette autorité parlemenlaire, si jalouse, si indomptable? Elle avait changé souvent lie possesseurs depuis 1814 : avait-elle changé de nature? Non, non. Lk Chambre de 1815, toute féodale, n'avait pas plus ménagé le pouvoir royal que la Chambre toute bourgeoise de 181*^; et la loi du double vote avait été, comme celle du 5 février, une machine de guerre dirigée contre le trône.
S'il eût été possible que la société vécut, ainsi partagée entre l'autorité d'un roi et celle d'une assemblée, ce phénomène se serait certainement produit sous le règne de Charles X.
Qu'on se reporte, en effet, au moment de la mort de Louis XVIII. Le parti qui alors dominait dans la Chambre, ne voulait-^ pas, sur toutes choses, que la grande propriété fût reconstruite; que les corporations religieuses fussent rétablies ; qu'une existence indépendante et somptueuse fût rendue aux npbles; que la centralisation fit place au régime des influences locales? Ces tendances si essentiellement contraires à la monarchie, ces tendances qui attaquaient l'œuvre laborieuse commencée par Louis XI et continuée par Louis XIV, c'étaient précisément celles de Charles X. Charles X n'était guère en état de comprendre que la monarchie avait grandi en France par l'abaissement graduel de la noblesse, par l'aliénation des terres féodales, par l'afiaiblissement insensible du régime
INTRODUCTION
de primogénitnre el de rabstiiation, par le discrédil des dictatures sacerdotales, par la centralisation surtout. Dans son ignorance, il croyait fortifier la monarchie alors qu'il ne faisait que raviver de son mieux la féodalité* Louis XI, pour être roi, avait cessé d*ètre gentilhomme. Charles X, par ses idées, était beaucoup plus gentilhomme que roi.
11 arriva donc qu*à la mort de Louis XVIII le pouvoir électif et le pouvoir royal se trouvèrent réunis par une étroite communauté de sentiments et de vues*
Aussi, rien de comparable, comme vigueur, à Timpulsion qui fut un moment donnée à la société. Le milliard d'indemnité jeté en pâture aux émigrés, la loi du sacrilège, la loi sur les communautés religieuses, l'élaboration Hl*un système qui replaçait la propriété eur ces deux grandes et tortes bases de la féodalité, le droit d^ainesse et le droit de substitution, tout cela formait un ensemble de mesures dont on a bien pu contester Tà-propos et flétrir le caractère, mais dont il est impossible de nier l'éclat et l'audace.
Rien, d'ailleurs; ne fut épargné pour le succès de cette gigantesque entreprise* Les forces combinées du pouvoir législatif et du pouvoir royal avaient besoin d'être appuyées sur une force morale qui tint en échec ce formidable voltairianisme sorti des flancs du XVIII* siècle. La Congrégation se forme, se discipline, s'étend. Des afttliations mystiques enlacent le pays. Les Jésuites s'emparent, pour les altérer, des sources de l'intelligence humaine, et à Sainte- Anne d'Auray, à Bordeaux, à Billom, àMontrouge, à Saint* Acheul, ils s'attachent à creuser dans les jeunes générations le tombeau des générations précédentes. C'était le siècle pris à rebours, mais avec suite, avec ensemble, avec énergie. Djrai-je ces prédications fantastiques, ces processions troublant les villes et couvrant les campagnes, ces cérémonies expiatoires, le Miserere retentissant le long des chemins, le sacre venant renouveler aux yeux des jpopulations l'antique alliance de la royauté féodale et de l'Église.
Ce fut dans le mois de mai 1825 que la main d'tm archevêque tint suspendue sur la tète de Charles X la couronne de Charlemagne. Quoi donc 1 il ne lui fallut que cinq ans pour mourir, à cette dynastie déclarée, dans la cathédrale de Reims, fille de Dieu et immortelle ? Oui certes, et on aurait peine à concevoir la rapidité de cette chute» si on n'en oherehait l'explication que dans les résistanees de la bourgeoisie.
Ces résistances furent vives, sans doute. La bourgeoisie déchaîna contre la féodalité parlementaire toutes les puissances de la presse ; elle créa une popularité éphémère et laotice à la .Chambre des pairs, toute glorieuse d'avoir rejeté le droit d'aînesse et d'avoir repoussé le projet de loi de M. de Peyronnet contre Is presse ; elle abaissa la majesté royale aux pieds des pamphlétaires et des chansonniers ; elle applaudit avec transport à ces mémoires de M. de Montlosier, qui semaient le scandale autour de l'autel ; elle réveilla dans les cours royales, pour l'opposer à la ligue des prêtres, le vieil esprit des parlements; et puis, à son tour, elle voulut frapper les imaginations, avoir ses fêtes. Un jour, on vit des milliers de citoyens rassemblés autour d'une fosse ouverte. Des jeunes gens s'approchèrent, portant un cercueil. Suivait une longue file de voitures dorées. Tout le Paris des riches était là. Les funérailles du général Poy furent la contre-partie des pompes du sacre.
Mais qu'importe! Il manquait à ces mouvements, pour qu'une révolution eu sortit, le secours de la misère. Et le.
peuple, qui la possédait, cette force, que pouvait-il eomprendre à de semblables querelles? On se battait au-dessus de lui, non pour lui.
Ce qui explique la rapide décadence du pouvoir royaX sous Charles X, o'est qu'il resta ce qu'il était, peûdani que le pouvoir électif se transformait insensiblement, oo qui allait ramener entre les deux principes l'inévitable guerre, la guerre fatale.
Et, quant à cette transformation du pouvoir électif» pourquoi s'en étonner? Les adversaires de la domination bourgeoise n'avaient-ils pas eux-mêmes, et à leur insuy adopté les mœurs de la bourgeoisie? N'en avaient-ils pas contracté les vices ? L'industrialisme n'avait-il pas fait in-i vasion parmi les preux du dix-neuvième siècle? Je ne veut pas remuer ici tous les scandales financiers de la Restau* ration ; mais qui ne connaît l'histoire des marchés-Ouvrard, et quels noms retentirent dans de tristes débats ? Après la guerre d'Espagne, des fortunes colossales s'élèvent subitement : et pourquoi? Parce que les royalistes qui avaient joué à la hausse avaient joué à coup sûr. On sait que la protection des Jésuites étaity en ce temps-là, un moyen d'avancement et de fortune; on sait que la CoogrégatioB distribuait les emplois, classait les ambitions, et offrait un but mondain à la ferveur de toute piété mystique. Et le premier ministre du roi, celui qui avait été appelé à conduire en quelque sorte la croisade entreprise contre la bourgeoisie, n'était-ce pas un homme de bourse, M. de Villèle? M* de Villèle, en qui tout était bourgeois : les manières, le langsge, les seiAiments, les instincts, les aptitudes?
Le parti féodal et religieux portait donc en lui-même les causes de sa ruine. Il parlait de fonder le règne des croyances, et il ne sacrifiait qu'aux intérêts; il s'échautîait contre l'esprit moderne, et il en subissait l'empire. De telles contrsdictions sont le suicide des psrtis.
D'ailleurs « et indépendamment de sa force morale, la bourgeoisie possédait, par l'institution de Is garde nationale, une force matérielle parfaitement organisée. Exclue du parlement, il était tout nature qu'elle choisit pour arène la place publique, et fSt avec des menaces ce qu'elle ne pouvail faire avec des lois. Une revue imprudente lui * fournit l'occasion désirée. Du milieu de ses rangs armés sortirent un jour des cris de haine qui retentirent aux oreilles de Charles X lui-même. Au fond, cette démonstration était peu sérieuse, peu révolutionnaire, du moins. La bourgeoisie avait trop à perdre dans un ébranlement social, pour en courir volontairement les- risques. La dé^ sarmer était non seulement une puérilité, mais une folie. Dans un pays monarchique, le trêne est la première de toutes les propriétés privées, et ne saurait être placé par conséquent sous une sauvegsrde plus sûre que celle d'une miUce bourgeoise. Mais, apprenant que la miyesté royale venait d'être insultée, la duchesse de Berri et la Dauphins firent prévaloir les inspirations de leur dépit sur les conseils de la raison, et la garde nationale licenciée laissa libre la route qui devait bientôt conduire jusqu'au tr6ne le peuple déchaîné. •
A tant de périls, M. de Villèle n'avait (.lus à opposer que la Chambre. M4lheureuseraent pour lui et pour la monarchie, cette féodalité parlementaire, d'abord si 'ferme dans sa voie, en était venue à chanceler sur elle-même comme un homme ivre. On avait licencié la garde nationale, il fallut dissoudre la Chambre. La tempête soufflait de tous ' les côtés à la fois.
HISTOIRE DE DIX ANS
L'incompatibilité absolue des deux pouToin était pron- Tée, cette fois, d*ane manière éclatante et décisÎTe. Gei*oi, ces ministres, cette Chambre, n'avaient-ils pas vonla les mêmes choses? N'avaient-ils pas marché de concert à Taccomplissement des plus hardis projets? Ils en étaient pourtant au point de ne pouvoir plus s'entendre ! Une nouvelle Chambre fut convoquée, et les élections commencèrent.
M. de ViJlèle crut que, pour rester ministre, il n'aurait qu-à changer de système. Mais un roi féodal se résignerait-il à mettre sa couronne aux pieds d'une assemblée de robins et de marchands?
On n'a pas oublié quelle fut, durant le cours des élections, l'anxiété des âmes. Une émeute avait éclaté dans Paris, quand il avait été question pour la bourgeoisie de perdre l'instrument politique : une émeute éclata, quand il fiât question pour elle de le reconquérir. Le sang coula donc sur le pavé de la rue Saint-Denis. Les deux partis s'accusèrent réciproquement : c'est l'usage. Il parait en effet que, si la police ne fit pas naître les troubles, elle y poussa. Voyes-vous d'ici les hommes foulés aux pieds des chevaux, ou saignant sous le sabre des gendarmes, pour aider au triomphe de tel candidat de la droite ou de la gauche? cela s'appelle de la politique, l'art de régner, que sais-je? Pour moi, je crois peu, en politique, à l'efficacité de ces machinations. On blasphème Dieu, en faisant dépeiw dre de quelques plates roueries le destin des empires et le lendemain des peuples.
Les élections eurent le résultat prévu. Elles portèrent à la Chambre deux partis : le plus fort des deux était celui des intérêts nouveaux. M. de Villèle aurait consenti à le servir, peut-être ; mais, pour se faire accepter, il avait à braver plus de haines qu'il n'en avait dû soulever pour se maintenir. Il tomba, entraînant dans sa chute des collègues qui, comme MM. de Peyronnet et de Corbière, étaient encore plus compromis que lui-même. Or, à quoi se réduisait l'héritage laissé à M. de Martignac?
Le roi s'était hâté de dire à ses nouveaux ministres :
« Le système de M. de Villèle est le mien, » et la Chambre se hâta d'écrire dans son adresse que le système de M. de Villèle était déplorable. Toute l'histoire de la Restauration se trouve dans ce simple rapprochement. Comment empêcher la Chambre, qui avait la force, de vouloir l'exercer? Et comment empêcher le chef de l'État de s'écrier, sous l'injure, comme fit Charles X, à la lecture de l'adresse : « Je ne souffrirai pas qu'on jette ma couronne daos la « boue!» Que restait-il donc à tenter? S'associer complètement au pouvoir électif? -M. de Martignac ne le pouvait qu*en déclarant la guerre à la royauté. Servir la royauté selon son vœu ? il ne le pouvait qu*en déclarant la guerre à la Chambre. Combiner ces deux sortes d'assujettissement, et pour gouverner, être deux fois esclave? H l'essaya.
Et, avant tout, il est à remarquer que les circonstances semblaient favoriser le succès de ce rôle conciliateur. A mesure qu'elle était entrée plus avant dans l'exercice du pouvoir, la bourgeoisie avait perdu de sa turbulence, fille veillait même avec une certaine inquiétude au salut de la royauté depuis qu'elle se sentait en mesure de l'asservir. Les cours royales qui, sous le ministère Villèle, avaient oppobé aux procès de tendance des acquittements systématiques, ne gardaient plus aux écrits trop violents que châtiments sévères, et les condamnations successives de MM. Béranger, Cattchoi!)-Lemaire,Pon tan, révélèrent l'es-
prit qui, sous le ministère Martignac, animait la magt8« trature.
Les circonstances étaient donc favorables à un système de conciliation entre les deux pouvoirs, si cette conciliation n'eût pas été en soi dérisoire et impossible. Aussi« interrogez l'histoire de cette époque. Pour gagner ropinion dominante, M. de Martignac s'épuise en concessions. Il exclut du ministère, dans la personne, de M. de Frayssinous, le parti congréganiste, et il remplace l'évêque d'Hetmopolis par l'abbé Feutrier, prêtre mondain qu'on croit libéral ; il -éteint dans les élections l'influence des agents du roi; il affranchit la presse du joug de Tautorisation royale, et, substituant le monopole financier au monopole politique, il met aux mains des riches l'arme du journalisme; il abolit la censure; il frappe au cœur la puissance des Jésuites ; il fait passer de la royauté à la Chambre, dont il reconnaît ainsi la suprématie, le droit d'interpréter les lois... Et la bourgeoisie d'applaudir.
Mais lorsqu*après avoir fait si large la part du pouvoir pariementaire, il veut que tout ne soit paa enlevé au pouvoir royal, les choses changent de lace. Il présente aux Chambres deux projets de loi, l'un sur l'organisation communale, l'autre sur l'organisation départementale, et ces deux projets renferment son arrêt de mort. On trouve singulier que les ministres refusent de faire intervenir le principe électif dans la nomination des maires ; on soutient, contre les ministres, que la Chambre exerce une initiative souveraine, et peut, par un amendement, suppri» mer les conseils d'arrondissement établis par uoe loi. C'en est fait : les ministres ont perdu la majorité. Qui les aurait soutenus? la Cour les enveloppait depuis longtemps de ses intrigues ; le roi, dans le secret de son cœur, avait juré leur perte, et s'était sourdement préparé à leur donner des successeurs. M. de Martignac se retire. M. de Polignac est ministre.
Or, le 2 mars 1890, jour fixé pour la convocation des Chambres, Charles X adressait à l'Assemblée ces paroles solennelles : « Pairs de France, Députés des départements, « je ne doute point de votre concours pour opérer le bien « que je veux faire. Vous repousseres avec mépris les périt fldes insinuations que la malveillance cherche à propa- « ger. Si de coupables manœuvres ausoitaient à mon gou- « vemement des obstacles, que je ne veux pas, que je ne « dois pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter m dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans « la juste confiance des Français et dans l'amour, qu'ils « ont toujours montré pour leur roi. »
Et que répondait l'Assemblée, dans la fameuse adresse des 221? « La Charte a fait du concours permanent des « vues politiques de votre gouvernement avec les vœux de et votre peuple, la condition indispensable de la marche « régulière des affaires publiques Sire, notre loyauté, « notre dé voùment nous condamnent à vous dire que ce m concours n'existe pas. »
La Chambre fut dissoute : elle ne devait plus être ramenée sur la scène qu'à travers des barricades, au hruit des cloches sonnant des funérailles inconnues, et par des enfants du peuple couverts de vêtements souillés. Puis, on devait recommencer l'expérience, au risque de faire de nouveau pleurer les mères de ceux qu se dévouent, les mères des pauvres !
Des pauvres 1 ai-je dit? et c'est la premiers fois que je prononce ce mot. C'est qu'en effet il ne s'était pas agi d'eux dans ces débats de quinse années. Triomphes de TOppo
INTRODUCTION
•itioD, défaite* on viotoirei de la Coar, résMUiiMa de la royauté, qu'anei-votu dont le peupla pût, avee raiaOD, •'attriiter ou m réjouir 7 On «vait fait beaucoup de bruit an-dawaa de Mt4ter pourquoi? Ouavaitmarahé i laconqutte de la litterté d'écrire : était-ce pour lui qui n'écrivait pas) Noble* et riches s'étaient diaputé le droit électoral : était-CB pour lui qui vivait au jour le jour ? Dans cette tri' bnoe qD'«T«it Bilon^mpe fatiguée la parole des factions, quellas voit avaient retenti pour que le salaire du pauvre rat augmenté, ou poor qu'on diminuit son labeurT Dans caa discussions Bnaucièree, aliments des haines de parti, avait'On jamais conclu à quelque modiftcatioa bien profonde dan* l'inique répartilian des impôts? Quoil on était b ta veille d'une grande crise, aprts quiazeans de combali U- Trés au nom. de la justice, de la pairie, de la liberté, et le peuple, précipité dans celte crise, n'en devait sortir que pour retrouver U conscription dans le recrutement et les droits réunis dans les contributions indirectes, c'est-hdire l'éternel, fardeau I
Vue dans son ensemble, la RaatanratHHi, il Anit te dire, offre i. l'historien un sujet de médilatioua douloureuses. Durant cette longue période, si remplie de bruit et d'agitations, le libéralisme remporte souvent des victoires funestes. Le principe d'autorité fut attaqué avec une ar-
ba. Le pouvoir, divisé en deux forces perpétuellement occupées à s'enlredétmire , perdit par sa mobilité ses droits au re«paet de tous. Incapable de diriger la sodélé, puisqu'il portait dans son propre sein la lutte, l'anarehie,etqn'il était en peine de vivre, il accoutuma les esprits k l'empire de U lîoence. La nation fui
presque toujours violentée, jamais conduite. Qn'advint-il de làT Le sentiment de la hiérarchie s'éteignit, le cultede la tradition disparut. Pour arriver jusqu'aux prêtres, dont la tyrannie était devenue intolérable, on passa, en la foulant aux pieds, sur la religion elle-même. Le protestantisme devint le fond des idées et des mœurs; beaucoup l'exagérèrent : il j eut an moment oii le dix-huitième siècle sembla revivre tout^ntier dans le dix-neuvième, et le sarcasme, qui était monté jusqu'aux rois, monta jusqu'à Dieu.
Le monde matériel ne fut pas moins troublé que le monde moral. De mime qu'en matière de polilique et de religion, ^ bourgeoisie avait sacrifié presque complètement l'autorité à la liberté, la communaaté des croyances k l'indépendance absolue de l'esprit, la fraternité à l'ore — Looii Blanc. — Rtit. d« Dix-Ans.
gneil ; de même, en matière d'industrie, elle laerifla l'association b la concurrence, principe dangereux qui Iransfarme l'émnlatbn en une guerre implacable, consacre tous tee abus de la force, tourmente le riche de désira insatiables, et laisse mourir le pauvre dans l'abandon. Aussi, avec la concurrence devaient sa développer rapidement dans la bourgeoisie la soif immodérée, des richewes, l'ardeur des spéculations, le matérialisme, en un mot, dans tout M qu'il a de cruel et de grossier. Augmenter la masse des biens sans tenir compte de leur répartition, tel fut le résumé des doctrines économiqnee adoptées par le libéralisme. Elles étaient sans entrailles, ces doctrines, elles éloiguaient l'intervention de tout pouvoir ' tutélaire dans l'industrie ', elles protégeaient le fort, et laissaient l'eiistence du faible A la merci du hasard.
Qn'on ne s'étonne pa«, après cela, si la bonrgeoi< sie oublia ce qu'elle devait k ces fiommea du peuple qui l'avaient toujours soutenue. Hélas 1 ils allaient encore une fois verser pour sa querelle la plus pur de leur sang. Et
sauce Tut égale au service 1
De tels résultats sont Iristea k constater sans doute, et l'historien qui écrit de aemblablea lignes a besoin de quelque courage pour imposer silence
luttes dévorantes des hommes entre euil quoil ce* générations qui l'une l'autre se pousvQt, en gémÎBsant, vers nu but toujours incertain et lonjoDrs désiré 1 quoil les combats sur terre et sur mer, les débats des assemblées, les intrigues des Cours, les couepi rations, les égorgements t quoi I ces agitations sans nombre qui changent ta révolte t morteh Eea plus hautaines espérancesl quoi; tout cela pour aboutir, dang l'higtoire des grandes douleurs et des grands crimes, A je ne sais quelles variantes misérables t Dans ces formes qui éternellement varient, qu'ai-je vu jusqu'ici? une tyrannie éternelle. El dans la diversité des choses, je n'ai découvert que le mensonge obstiné des mots. Etrange et cruel mystère l i quelle fatalité orageuse sommes-nous donc voués? Que d'elTorts sans aboutissement! Depuis l'origine des sociétés, que d'énergie perdus sur ta terre ! Les peuples seraient-ils condamnés k tourner sans relêche dans les ténèbres, semblables k ces chevaux aveugles, créateurs assidus d'un mouvement qu'ils ignorent? Car enfin, que valent les évolutions de l'humanité dans l'histoire? Une déception anticipée, c'est l'espérance. Un commencement
Les quatre sei^enta de La Rochelle,
ni nation, et en désespo
HISTOIRE DE DIX ANS
de défaite, noas rappelons un triomphe. Il y a durée dans les édifices : il y a perpétuité, .seulement dans les ruines. Que la tyrannie s'exerce par la superstition, par le glaive ou par For; qu'elle se nomme influence du clergé, régime féodal, ou règne de la bourgeoisie, qu'importe à cette mère qui pleure sur le fruit de ses entrailles? qu^im porte à ce vieillard qui n'a connu ni le repos ni l'amour, et qui, sur le grabat où il meurt, emploie son dernier soupir à maudire la vie? Esclave, serf ou prolétaire, celui qui souffre depuis le berceau jusqu'à la tombe, trouvera-t*il dans les qualifications changeantes d'une infortune qui ne change point, des motifs suffisants pour absoudre la Providence?
Ah! gardons-nous de toute parole impie. L^ensemble des choses nous échappe : c'est assez pour que le blasphème nous soit interdit. Nous ignorons la conséquence dernière de ce que nous appelons un mal : ne parlons pas d'efforts humains sans résultat. Nous condamnerions peut-être comme absurde le cours des fleuves, si nous ne connaissions pas rOcéan.
Il semble, au reste, que le bien se trouve toujours, au fond des choses, à côté du mal, comme pour le détruire insensiblement et Tabsorber. Tout n'est pas à blâmer dans l'œuvre du libéralisme sous la Restauration. Quoiqu^en général égoïste, la bourgeoisie eut ses héros, elle eut ses martyrs ; et les dévouements que le libéralisme enfanta*, pour n'avoir pas embrassé la société tout entière, ne furent cependant ni sans éclat ni sans grandeur. Manuel', se faisant exclure de la Chambre et empoigner par un gendarme jusque sur son banc de législateur, donna un noble exemple de la résistance à l'oppression. Dupont (de l'Eure), Voyer-d'Argenson, Laffltte, l'abbé Grégoire, le général Tarayre, appartinrent au peuple par leurs sympathies. Dans le cercle des intérêts qu'elle représentait, la presse émit des vérités utiles et poursuivit avec courage, à travers des obstacles sans nombre, la conquête de la liberté d'écrire. Liberté bien incomplète, d'ailleurs, car elle ne fut, à tout prendre, que la substitution d'un privilège financier à un privilège politique. Parmi les écrivains de la bourgeoisie, il y eut des hommes de talent et de cœur, MM. Comtci Dunoyer, Bert, Châtelain, Cauchois-Lemaire, honorèrent la profession de journaliste. On peut reprocher à Paul-Louis Courrier d'avoir manqué dans ses pamphlets de ce généreux amour des pauvres qui eût quelquefois donné à son indignation l'éloquence de l'enthousiasme, et à son talent la puissance de la charité ; mais ce fut une véritable gloire pour la bourgeoisie d'avoir salué son défenseur dans Béranger, enfant du peuple, parlant d'une manière sublime le langage du peuple.
Ce qui caractérise la Restauration, c'est que le principe d'autorité y fut combattu sous tous ses aspects. Mais ce qu'il perdit, le principe de liberté le gagna, et d'autant ])lu8 sûrement qu'il fut tour à tour invoqué par tous les partis contraires, ses ennemis lorsqu'ils se sentaient vainqueurs, ses protégés lorsqu'ils étaient vaincus. 11 y eut aussi, en dépit de ce mouvement général de dissolution que nous avons signalé, un certain ensemble dan^ les attaques de la bourgeoisie, surtout vers la fin de la
Restâuraticm. Le parti libéral, qui n'avait obéi d*abord qu'à d'aveugles instincts, avait fini par se discipliner sous la direction de quelques hommes studieux appelés doctrinaires ; et les résultats de ce concert dans la négation et la haine prouvèrent, du moins, ce qu'on pourraii attendre d'un accord fondé sur des idées de fraternité et de dévouement.
Disons tout : le libéralisme, par l'abus même de son principe, prépara une réaction qui contenait en germe le Saint-Simonisme, et d'où sortirent les différentes écoles sociales dont nous aurons à suivre la marche. Les conquêtes qu'il fit faire à l'esprit d'examen et qui n'engendrèrent d'abord qu'une critique systématique, sans portée et sans profondeur, devaient plus tard ouvrir carrière à des études hardies et fécondes. Enfin, si l'impulsion donnée an génie industriel éveilla trop fortement la cupidité dans les Ames, et fit oublier en même temps que les traditions de la grâce et du bon goût, les devoirs les plus impérieux de rhnmanité, elle influa favorablement, d'autre ^art, snr le progrès des sciences qui ont pour objet le bien-être des hommes, et dont l'application n'attend plus, pour améliorer le sort du peuple lui-même, que le changement du noilien impur dans lequel il souffre et s'agite.
Que savons-nous, après tout? Pour que le progrès se réalise, peut-être est-irnécessaire que toutes les chances mauvaises soient épuisées. Or, la vie de l'humanité est bien longue, et le nombre des solutions possibles bien borné. Toute révolution est utile, en ce sens du moins qu'elle absorbe une éventualité funeste. Parce qae d'une condition malheureuse les sociétés tombent quelquefoû» dans une condition pire, ne nous hâtons pas de conclure que le progrès est une chimère. Je me figure un phar lancé par des mains prévoyantes : la route, au moment du départ, est belle, large, parfaitement unie ; à mesure que le char avance, la route devient étroite et bourbeuse; mais ne voyez- vous pas que le but se rapproche à mesure qu'avance le char? Aussi bien, il est aisé de découvrir jusque dans la succession des calamités générales, .une loi souverainement intelligente et logique. Si tout dépendait du hasard, les événements seraient plus mêlés, et il serait moins facile d'en suivre la filiation. D'un autre côté, si un génie malfaisant gouvernait le monde, il est probable que, dans les souffrances publiques, la forme serait aussi monotone que le fond, et l'oppression alors serait moins souventchàtiée. Courage donc I Ne voyons, s'il se peut, dans les tyrannies qui s'élèvent, que la punition des tyrannies qui succombent. La domination d'un intérêt exclusif, celui d'un homme ou d'une caste, telle a toujours été jusqu'il i la plaie de l'humanité. Pourquoi le remède ne serait-il pas dans la combinaison de tous les intérêts qui, sainement considérés, ne diffèrent pas l'un de l'autre ? Bientôt toutes les théories auront été essayées : toutes, si ce n'est la plus simple et la plus noble, celle de la fraternité. Jusqu'à ce que cette magnifique expérience ait été faite, veillons sur nos croyances, et ne nous désespérons pas, alors même que, dans les décrets de Dieu, le bien ne devrait être, hélas l que l'épuisement du nul I
COLONNE DE JUILLET {Plac* de la BaililU.)