ORDONNANGB SUR LES VINS BT SUR LK SBL
Hemi par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir salut :
Considérant que depuis plusieurs années il s'est élevé des réclamations sur le mode de perception de Timpôt sar les vins, et sur Tinégalité des charges qui en résulte pour les contribuables, voulant faire cesser ces entraves également nuisibles au commerce et à la consommation; prenant aussi en considération les plaintes non moins justes sur Ténormité des droits mis à Textraction des sels, et voulant donner à cette branche d'industrie tous les développements dont elle est susceptible, en ouvrant de nouveaux débouchés à cette denrée ;
De Tavis de notre mère bien aimée, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. !•'. Sont abolis, à compter de ce jour, les droits
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cations jugées nécessaires. Quant aux biens personnels de Louis-Philippe, ils devaient être mis sous le séquestre, jusqu'à ce que les états-généraux eussent prononcé.
Pour ce qui est des mesures de vengeance et de réaction, Topinion dominante à Massa était qu'il fallait soigneusement les éviter. La duchesse de Berri s'étant un jour permis à ce sujet un geste qui était celui du ressentiment, M. de Kergorlay lui saisit le bras avec vivacité, en lui disant : « Je vous sup- « plie, Madame, de ne plus faire un pareil « geste. »
Le sort en était jeté : le départ avait été fixé au 24 avril. On ne négligea rien pour s'entourer du mystère indispensable. Dès le 22, la duchesse avait prévenu par une lettre le duc de Modène. On prétexta un voyage à Florence, mais une partie de ceux qui devaient s'embarquer avec la princesse se rendirent secrètement à Livourne. Le 24, à la nuit tombante, une voiture, sortie du palais ducal, et attelée de quatre chevaux de poste, s'arrêtait non loin de la porte de Massa, à un endroit où l'ombre du mur est très épaisse. Cette voiture renfermait la duchesse de Berri, Mme de Podenas, Mlle Lebeschu et H. de Brissac. Profitant du moment où le postillon n'était occupé que de ses chevaux, un valet de pied ouvrit la portière ; la femme de chambre de Mme de Podenas monta dans la voiture, Marie-Caroline en descendit avec Mlle Lebeschu et M. de Brissac; puis la portière se ferma, et les chevaux prirent la route âe Florence, sans que le postillon se fût douté de rien, et pendant que la princesse, se glissant le long du mur, se h&tait vers le lieu de l'embarquement. A onze heures du soir, la duchesse de Berri et ses compagnons
perçus à la circulation des vins et à la Tente en détail (vulgairement connus sous le nom de droits réunis). '
Art. 2. A compter du !«>' janvier 1S33, Timpôt existant à l'extraction des sels sera réduit à dix francs par quintal métrique.
Donné à . le 1832.
Pour le Roi, la régente du Royaume,
Marie-Carolinb.
{Pièces relatives au procès des passagers du Carlo-AlbertOi à Montbrison.)
se trouvaient tous réunis sur la plage. Le major des troupes, qu'il avait fallu mettre dans la confidence ainsi que le chef de la po* lice, fit apporter un fanal et recommanda le plus grand silence, car tout était perdu si l'on eût réveillé les soldats et les douaniers qui dormaient dans les environs.
On attendait pour s'embarquer le Carlo^ Alberto^ petit bateau à vapeur acheté en 1831 pour le compte de Marie-Caroline, et que devait conduire près de Massa, au jour et à l'heure convenus, M. Adolphe Sala, ancien officier de la garde. Il y avait deux mois à peine que ce même navire avait transporté de Livourne à Gènes les membres fugitifs du gouvernement révolutionnaire de Bologne.
L'attente fut longue et inquiète. Enfin, une faible lumière brilla au loin, c'était le Carlo^ Alberto qui approchait. Les matelots avaient cru faire route pour l'Espagne, et le capitaine génois fut très surpris, lorsque M. Sala le prévint qu'il fallait se rapprocher de la côté, près de Massa, pour embarquer des passagers en retard. Il s'y refusa d'abord, n'osant braver la rigueur des lois sanitaires ; mais il avait à bord des jeunes gens déterminés, dont il dut subir la loi. Ce fut un vif sujet de joie pour les compagnons de Marie-Caroline que la présence du bâtiment désiré. On réveilla la princesse qui s'était endormie sur le sable, enveloppée dans son manteau; et à trois heures du matin, la duchesse de Berri, M"* Lebeschu, le maréchal Bourmont et son fils Adolphe, MM. de Saint-Priest, de Mesnard et de Brissac, se réunissaient sur le pont du Carlo- Alberto ^k MM. de Kergorlay père et fils, Charles de Bourmont, deLhuy, Sabatier et Sala. '
Durant la traversée, la duchesse de Berri fut toujours calme, toujours souriante. Se souvenant trop bien de la lettre foudroyante de Charette sur la fuite du comte d'Artois en vue des côtes de Bretagne, elle était manifes* tement dominée par la pensée de laver les Bourbons de ce reproche de pusillanimité si souvent encouru par eux. C'était aussi la pensée de MM. de Bourmont, de Kergorlay et de Saint-Priest: ils sentaient bien qu'ici, à
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côté d'un trône à reconquérir, il y avait en quelque sorte une affaire d'honneur à vider ; mais ils ne se dissimulaient pas la gravité de l'entreprise, et ils avaient besoin, pour espérer, de croire aux promesses du hasard. M. Florian de Kergorlay, cependant, apportait beaucoup de confiance dans son dévoûment, et il s'inquiétait de la réserve dans laquelle son impatience croyait voir le désir secret de faire échouer ou retarder l'aventure.
La traversée se fit sans encombre, grâce à l'aveuglement et à Fimpéritie de la police de Paris. En vue d'Antibes, le Carlo-- Alberto passa tout prës d'un bâtiment de la croisière française, sans attirer son attention, et, après avoir traversé le golfe d'Hyères, il s'approcha tellement de Toulon que les passagers pouvaient compter les sabords des frégates en rade. La navigation, du reste, fut beaucoup plus lente qu'elle n'aurait dû l'être, d'abord parce qu'on fit la faute de gouverner trop au lai'ge et de ne point profiter des courants qui, près des côtes, auraient rcmdu plus rapide la marche du navire; ensuite parce que, faute d'une provision de charbon suffisante, on fut obligé de relâcher à Nice. Ce fut le 28 seulement, vers minuit, que le Carlo-Alberto aperçut le Phare de Planier^ aux environs duquel était fixé le rendez-vous. A deux heures du matin, deux lanternes furent hissées, l'une au mât de misaine, l'antre au mât d'artimon; et la barque attendue ne tarda pas à répondre à ce signal. Aussitôt, et pour déjouer toute surveillance, MM. de Kergorlay, de Bourmont, de Mesnard, de Brissac, qui devaient accompagner à terre Marie- Caroline, revêtirent des costumes de pêcheufs. Le vent du midi s'était levé, le ciel se couvrait de nuages, la mer était houleuse, et le voisinage d'un bâtiment croiseur, chargé de surveiller la côte de Carry, ajoutait un péril de plus à tous les périls de la tempête. Cependant, conduite par M. Spitalier, la barque approche, le mot d'ordre est échangé. Tel était le ballottement causé par l'agitation de la mer, que la barque fut lancée violemment contre le tambour d'une des roues du Carlo-
Alberto^ et l'on eût dit qu'à tout instant elle allait disparaître sous les flots. Le transbordement ne s'opéra donc pas sans difficulté. Marie-Caroline s'y montra intrépide et alerte, et ce fut avec une inquiétude mêlée d'orgueil que ceux de ses chevaliers qui restaient à bord, la virent s'éloigner sur un frêle esquif à travers les ténèbres d'une nuit sinistre.
La côte avait été reconnue longtemps à l'avance. Marie-Caroline aborda sans accident. Mais pour parvenir jusqu'à la chaumière o\x on lui avait préparé un asile, il y avait à gravir des rochers que n'escaladaient pas sans crainte les contrebandiers les plus hardis. La princesse parcourut gatment ce chemin difficile, préparée qu'elle était & tous les dangers, pourvu qu'elle arrivât au triomphe.
Pendant ce temps, un singulier concours de circonstances répandait à Marseille le bruit du débarquement de la duchesse de Berri. Dans la soirée du 28, un de ses plus dévoués partisans, inquiet du retard dont nous avons dit les causes, avait loué au patron Tarteiron un bateau dans lequel il déposa des filets et des fusils pour faire ci'oire à une partie de pêche et de chasse. Ce bateau, sorti du port de Marseille, se porta vers les îles de Riou dans la direction du Phare de Planter. L'inconnu qui l'avait loué donnait des signes non équivoques d'anxiété; il demanda de la lumière pour lire un papier et regarda sa montre. Mais bientôt un autre bateau pêcheur ayant paru, il y eut échange de paroles mystérieuses, et la barque de Tarteiron reçut tout à coup l'ordre de regagner la côte. Or, par un fâcheux hasard, les gens de cette bai*que entrèrent, pour se sécher, dans le même cabaret que ceux qui venaient de débarquer la duchesse de Berri. Des mots imprudents furent prononcés, on but à la santé de la princesse, et en peu de temps, l'autorité fut informée par la rumeur publique d'une nouvelle qu'il eût été si important de cacher.
Aussitôt tout fut préparé dans la prévision d'un soulèvement, et, pendant la nuit du 29 au 30 awil, tous les postes furçnt doublés à
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Marseille. Les conjurés, de leur côté, se voyaient forcés de précipiter le dénoùment. Le 30, vers cinq heures du matin, un appel fut fait à trois ou quatre cents pêcheurs réunis sur Fesplanade de la Tourette, qui domine la mer et la rade. Ils répondirent par des cris confus, mais aucun d'eux ne se mit en mouvement. Armés de sabres ou de pistolets, quelques-uns des conjurés parcouraient les groupes, cherchant à les exciter. Ce fut en vain. Plusieurs barques qui se trouvaient dans le port s'éloignèrent à la hâte. Une sommation menaçante adressée à la consigne n'eut d'autre effet que d'amener le douanier à abaisser le drapeau tricolore, qui fut mis en pièces. Le tocsin sonnait à l'église de Saint- Laurent, et déjà le drapeau de la légitimité flottait sur le clocher. Pendant ce temps, la foule grossissait, mais elle se composait surtout de femmes. Sur presque tous les visages on ne lisait que la curiosité, l'indifférence ou le soupçon. « C'est un mouvement ordonné « par la police » murmuraient quelques voix. Les conjurés commençaient à se décourager.
Après avoir fait quelques pas sur le port, ils prirent le parti de remonter le quartier Saint-Jean. Les portes, les fenêtres, se fermaient de toutes parts sur leur passage, et les personnes mêmes qui les encourageaient par leurs cris s'abstenaient de les suivre. Ils comprirent alors que le mouvement était manqué et résolurent de se disperser. Mais en ce moment la tête du rassemblement parut vis-à-vis du palais de justice. Un peloton du 13^ de ligne y était de garde, sous les ordres du sous-lieutenant Chazal. Cet officier aperçoit une petite troupe arrivant en désordre et, au premier rang, un jeune homme qui agitait un mouchoif au bout d'un sarment. Il ordonne à ses soldats de se former, se porte lui-même en avant, et tandis que le rassemblement se dispersait, on arrêtait MM. de Candole, de Bermond et de Lachau, qui s'étaient trouvés séparés de leurs compagnons. A une heure., un billet fut remis à la duchesse de Berri, dans sa retraite; il ne contenait que cet avertisement laconique :
« Le mouvement a manqué, il faut sortir de « France. »
La duchesse de Berri fut attristée, mais non pas abattue. Elle voulait d'abord gagner l'Espagne pour se rendre de là en Vendée. On lui représenta que la tempête grondait encore ; qu'aucune barque ne pouvait en un pareil moment se risquer sur les flots ; que, d'ailleurs, l'éveil ayant été donné, le rivage était couvert de douaniers attentifs. Elle résolut alors de parvenir dans la Vendée en traversant la France, et rien ne fut capable d'ébranler sur ce point la résolution. A Massa, elle avait eu un songe dans lequel le duc de Berri lui était apparu et lui avait dit : « J'approuve vos projets ; mais vous ne réus- « sirez pas dans le Midi ; vous n'aurez du « succès qu'en Vendée. » Ce songe avait produit sur elle une impression profonde que les derniers événements n'étaient pas de nature à affaiblir. Elle quitta donc son asile, s'égara dans les bois, fut obligée de passer la nuit dans une misérable hutte dont il fallut enfoncer la porte, et alla enfin se réfugier chez un républicain, auquel elle se présenta en disant : « Je suis la duchesse de Berri. » Le républicain offrit une hospitalité discrète et généreuse à cette mère fugitive d'un prétendant. Le 2 mai, à cinq heures du soir, elle entrait dans le château de M. de Bonrecueil, un de ses partisans les plus zélés, et, dans la soirée du 4, elle était en route pour l'Ouest avec MM. de Mesnard, de Villeneuve et de Lorge, dans une calèche attelée de chevaux de poste. Elle avait laissé pour adieux à ses amis ces trois mots : « Messieurs, en Ven- « dée ! »
Cependant, le 3 mai, dans la soirée, les passagers du Carlo- Alberto aperçurent à l'horizon une longue colonne de fumée. Bientôt ils virent paraître un bateau à vapeur, le Sphynx^ qui s'avançait rapidement. Une de ses embarcations se détacha, et deux officiers montèrent à bord du Carlo- Alberto. MM. de Saint-Priest, Adolphe de Bourmont, de Kergorlay fils. Sala, et M"' Lebeschu^ étaient à table sur le pont. Ils firent bonne contenance pendant que l'un des deux officiers exami-
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nait les papiers du bord. Mais sur Tobjel d'une visite semblable, toute illusion était évidemment interdite. Le Sphynx remorqua le CarlO" Alberto jusqu'à Toulon. En quelques instants, le bruit courut dans toute la ville que la duchesse de Berri était prise. N'osant pas se rendre sur le Carlo-Alberto pour s'en assurer, l'amiral Rosamel y envoya le lieutenant Sarlat. Celui-ci demanda donc à être introduit auprès de la dame qui était à bord. A l'aspect de M"" Lebeschu, qui avait pris le nom de Rose Staglieno, M. Sarlat ne put se défendre d'un certain trouble ; ce fut à peine s'il prit le temps de la considérer avec attention, et il se retira convaincu que la duchesse de Berri était à bord du Carlo- Alberto, La nouvelle en fut immédiatement transmise à Paris par le télégraphe, et le Carlo- Alberto fut dirigé sur Ajaccio. Il y resta jusqu'au 8 mai, sous le coup de la surveillance la plus active. Le 8, quatre des passagers suspects furent transférés à bord du Nageur^ et conduits à Mai*seille, où on les plaça sous mandat de dépôt après les avoir interrogés. Quant à la fausse duchesse de Berri, on se disposait à lui faire prendi'e, sur la Bellone, la route d'Holy-Rood, lorsqu'un aide de camp du roi, M. d'Houdetot, qui était accouru de Toulon pour voir la princesse, découvrit l'erreur et sauva ainsi le gouvernement du ridicule d'une mystification complète.
Mais déjà Tendeur propagée par le télégraphe avait porté ses fruits ; et tandis qu'à Paris on s'occupait de la dame voilée du Carlo- Alberto^ tandis qu'on y discutait avec une vivacité sans égale la question de savoir si on ferait peser sur la duchesse de Berri, factieuse et prisonnière, le niveau de l'égalité, la princesse traversait la France en chaise de poste, passant inaperçue* au milieu des gendarmes, présentant ici M. de Lorge comme son mari, le faisant passer ailleurs pour son domestique, et s'amusant de toutes ces ruses, de tous ces périls.
C'est ainsi qu'elle arriva au château de Plassac,^^ près de Saintes, et là fut rédigé Tordre qui fixait au 24 mai la prise d'armes.
Un avocat de Nantes, M. Guilbourg, partit
porteur de cet ordre, et la duchesse de Berri ne tarda pas à le suivre. Le 17 mai à neuf heures du matin, elle arrivait au château de la Preuille, près de Montaigu. Une substitution semblable à celle qui avait eu lieu à Massa trompa le postillon, qui partit pour Nantes sans savoir qu'il laissait derrière lui la guerre civile.
Quelques jours après, la duchesse de Berri montait en croupe de M. de la Roche Saint- André; et, suivie de M. de Mesnard, elle se rendait aux Mesliers, métairie qui allait lui servir d'asile. Elle avait revêtu le costume des jeunes paysans de la Vendée, une perruque noire cachait ses cheveux blonds, et elle avait nom Petit Pierre. Heureuse si la fortune ne l'eût condamnée qu'aux privations et aux accidents d'un pèlerinage dont la singularité même charmait son cœur !
Mais de graves soucis l'attendaient. Car I tous les chefs vendéens ne partageaient pas l'ardeur dont se sentaient animés MM. de Charette, de Bordigné, de Pontfarcy, de la Roche-Macé, GauUier, de Tilly, Clinchamp. A côté de ceux qui croyaient tout possible à leur enthousiasme et à leur audace, il y avait ceux qui jugeaient la Vendée incapable de prendre avec succès Tinitiative de la révolte. Ces derniers étaient soutenus par les comités de Paris et avaient pour principaux représentants dans l'ouest, MM. de Goulaine, de la Roche Saint-André, de Goyon, de Tinguy.
Le soir du 21 mai, là duchesse de Berri eut, aux Mesliers, avec ces chefs qu'elle avait mandés auprès d'elle, un entretien dont elle devait conserver longtemps l'impression. En présence de M. de la Roche Saint-André, qui gardait le silence, pour ne pas rendre amère à la duchesse de Berri l'hospitalité qu'il lui offrait, MM. de Goulaine, de Goyon et de Tinguy rappelèrent que, d'après les engagements pris à la Fétellière, la Vendée ne devait prendre les armes qu'en cas d'invasion étrangère, de république proclamée, ou d'insurrection dans le Midi. Aucune de ces conditions ne s'étant réalisée, ajoutèrent-ils, le découragement a germé dans les esprits, et . les paysans ne se lèveront pas. A cette déda-
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ration inattendue, la duchesse de Berri laissa éclater tout son trouble, elle exposa les divers motifs qu'elle avait de compter sur le dévoûment actif de la Vendée, et combattit d'une voix émue des opinions qui lui défendaient Tespérance. Mais les trois chefs vendéens se montrant inébranlables : « Eh bien, « s'écria-t-elle, je vous demande une décla- « ration écrite. » Us la promirent, et tinrent parole.
Voici ce qui se passait pendant ce temps parmi les légitimistes de Paris. Une lutte sourde et obstinée y existait entre le parti du mouvement et celui de la résistance. La conspiration ourdie au sein du premier avait survécu à l'échec de la rue des Prouvaires, qui en fut la révélation, non le dénoûment. Depuis la nuit du 2 février, les conspirateurs avaient mis plus de discrétion dans leurs démarches, plus de réserve dans le choix de leurs auxiliaires. Essayant l'application d'un plan uniforme, ils avaient partagé leurs adhérents à Paris, en cinq grandes divisions, dont la cinquième se composait principalement des gardes-forestiers du département. Une sixième division avait son centre à Versailles et comprenait un assez grand nombre de Suisses de la garde. Mais l'organisation était loin d'être régulière ; les sommes d'argent distribuées avaient provoqué des mécontentements égoïstes, ou fait naître des exigences jalouses, avec lesquelles on ne pouvait se dispenser d'entrer en compromis ; les sacrifices pécuniaires devenaient de jour en jour plus considérables et de jour en jour plus insuffisants ; bien que la police f At trèsmal informée, il ne lui avait fallu que quelques arrestations faites au hasard, pour troubler la direction ; enfin, et c'était là pour les conspirateurs un obstacle à peu près invincible, l'idée d'un mouvement hardi était improuvée et combattue par les personnages les plus notables du parti. Les membres du gouvernement provisoire n'agissaient pas, n'en ayant ni la faculté ni le désir ; car le seul qui, parmi eux, fut animé d'un zèle impatient, avait été arrêté, et son successeur était un ancien ministre de la Restauration,
homme modéré, quoique plein de dévoûment. Et à ceux qui condamnaient toute tentative insurrectionnelle par sagesse et prévoyance, se joignaient ceux que possédait la peur ou que l'égoïsme conseillait. De là, l'avortement d'une insurrection préparée pour le 9 avril. Toutes les mesures étaient prises, les ordres donnés, lorsque, la veille de l'exécution, le mouvement avait été soudain arrêté par un contre-ordre. Une seule brigade, à laquelle ce contre-ordre n'était point parvenu, et qui se composait de trentecinq hommes, se trouvait réunie le 9 avril au point désigné. Louis-Philippe passa au milieu d'elle, en voiture, sans escorte, et ne se doutant guère que la mort était à dix pas de lui.
C'était au plus fort des embarras et des tiraillements de cette situation indécise, que les légitimistes de Paris avaient reçu la nouvelle de l'arrivée de Marie-Caroline en Vendée. Aussitôt les Chateaubriand, les Fitz- James, les Bellune, les Hyde de Neuville, les Pastoret, prirent l'alarme, et M. Berryer fut député par eux à la princesse pour la détourner de son dessein.
Conduit secrètement aux Mesliers, il trouva la mère de celui qu'il appelait son roi, dans une chambre triste et dépouillée. Enveloppée d'un châle écossais, la duchesse de Berri était couchée sur un lit de pauvre apparence. Près d'elle était une table couverte de papiers et supportant deux paires de pistolets. Là, en présence de MM. de Charette et de Mesnard, M. Berryer supplia la princesse de quitter la Vendée, et, pour l'y décider, il employa toutes les ressources de son éloquente parole. Mais céder la victoire avant le combat ; s'enfuir obscurément d'un pays où semblaient l'avoir appelée les ombres de Cathelineau, de Bonchamps, de d'Elbée, de Lescure ; abandonner, sans même avoir essayé de la fortune, ceux qui s'étaient compromis pour la querelle de son fils; souffrir enfin que l'Europe mit en doute si la légitimité avait succombé à force de peur ou à force d'impuissance... la duchesse de Berri ne s'y pouvait résoudre, et quelques mots violents
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échappés à son dépit, le feu de son regard, Taltération de ses traits, montraient assez combien la prudence coûtait à sa nature passionnée. Elle céda pourtant, après une résistance très animée, très opiniâtre, et il fut convenu qu'elle sortirait de France, à Taide d'un passe-port que M. Berryer mettait à sa disposition.
Mais, le lendemain, M. de la Roche Saint- André lui ayant apporté une lettre cachetée de cire rouge, timbrée de Toulon, et à l'adresse de Bernard^ nom qu'elle portait dans le Midi : « Oh, mon Dieu! s'écria-t-elle en y « jetant les yeux, tout le Midi est en feu! « Non, non. je ne partirai pas! » Était-ce une ruse de sa part ? Était-ce une fausse nouvelle que certains partisans du mouvement lui faisaient parvenir pour la retenir en Vendée ^ ? Quoi qu'il en soit, elle écrivit sur-lechamp à M. Berryer que sa résolution de la veille était changée, et elle se hâta d'adresser uu baron de Charette une lettre qui se terminait par ces mots : « Mon cher ami, ne « donnez pas votre démission, puisque Petit « Pierre ne donne pas la sienne. »
Mais, par une fatalité qu'expliquent suffisamment les divisions du parti royaliste, le maréchal Bourmont, arrivé à Nantes le 19 mai, avait jugé intempestive la prise d'armes ordonnée par la duchesse de Berri, et un contre-ordre venait d'être expédié aux différents chefs. Il est vrai que, dans une en-
1. Le fait dont il s'agit ici, et qui repose sur le double témoignage de MM. de Goolaine et de la Roche Saint- André, a été consigné dans un ouvrage de M. Johanet, intitulée la Vendée à trois époques. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans une brochure publiée par M. de Charette en réponse au livre de M. de Johanet : a Je ne u dis pas que M. de la Roche Saint- André n*ait remis à « son altesse royale une lettre timbrée de Toulon ; mais je « nie positivement qu'elle fût fausse, et qu'elle portât avec tt elle le caractère de gravité que nos antagonistes, pour u ne pas dire nos accusateurs publics, veulent lui donner. « Il est fort possible que Madame ait reçu, pendant mon a absence, une lettre de Toulon : ses amis lui écrivaient « souvent, et lui laissaient Tespérance d'une insurrection « très-prochaine ; mais aucun n'avait mission de lui an- <( noncer que les provinces méridionales fussent en feu, « Non, monsieur, la détermination prise par Madame de H rester en Vendée ne peut être due au contenu de cette « dépèche : autrement, elle eût pris soin d'en informer it tous ses amis. »
{fiibelques mots sur les événements de la Vendée en 1832, j>ar le baron de Charette, page 56.)
trevue subséquente du maréchal et de la princesse, la prise d'armes fut de nouveau ordonnée, et fixée à la nuit du 3 au 4 juin. Vain retour ! le contre-ordre avait tout désorganisé ; il avait porté parmi les insurgés rincertitude, la défiance, le découragement, la confusion. Ceux qui n'eurent pas le temps de le recevoir commencèrent leur mouvement et furent écrasés, n'étant pas appuyés par ceux qui Tavaient reçu. Dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne, d'Uleet- Vilaine, quelques désarmements furent opérés et n'aboutirent qu'à des arrestations. A Chemiré-le-Gaudin, à Ghanay, à la Gravelle, à la Gaudinière, les chouans et les soldats en vinrent aux mains avec un courage égal, avec des succès divers; mais chacun de ces engagements partiels ne servit qu*à épuiserrinsurrection. Informé d'ailleurs de la présence de la duchesse de Berri en Vendée, par le rapport d'un officier que le fils de M. de Coislin avait mis dans la confidence croyant le gagner, le général Solignac concentrait toutes ses forces. Une visite faite par le général Dermoncourt au château de la Ghaslière porta le dernier coup au parti royaliste. Un grenadier ayant trouvé dans un cellier une bouteille remplie de papiers, ces papiers furent examinés : ils contenaient le plan de la conspiration. Pour comble de malheur, quand la duchesse de Berri apprit cet événement, il n'était plus temps de révoquer efficacement le second ordre qui appelait les Vendéens à Tinsurrection. On devine les suites. Les rassemblements qui se formèrent étaient incomplets : on les dispersa. Les insurgés qui se levèrent en armes n'étaient pas assez nombreux : leurs efforts furent perdus. A Riaillé, M. de la Roche- Macé, à la tète de sa division, exécuta une brillante charge à la baïonnette ; mais il ne put tenir la campagne. Au combat du Ghène, les royalistes, sous les ordres de M. de Charette, se battirent bravement, mais ils durent céder au nombre, et ils eurent à pleurer, entre autres victimes de ces luttes funestes, MM. d'Hanache, de Trégomain et de Bonrecueil. Ce dernier avait eu la jambe traversée
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d'une balle ; après s'être traîné sanglant de porte en porte, dans un village où l'hospi-
talité fut partout refusée à son agonie, il tomba aux mains des soldata, et mourut entouré de visages ennemis.
Parmi les faits d'armes qui eurent lieu dans cette triste période des guerres de parti, le siège soutenu au château de k l'énissière , mérite qu'on le signale. Là, quarante-cinq Vendéens soutinrent les attaques d'une troupe nombreuse, avec tant de constance el de vigueur, qu'il fallut recou-rir contre eux k l'incendie. Or, la flamme était sur leurs tètes, la flamme était sous leurs pieds, qu'ils combattaient encore au son de deux clairons et au cri de Vive Henri V\ Six d'entre eux seulement furent tués, les autres firent retraite en se défendant et ne laissèrent aux assié géants que des ruines fumantes el des morts.
Mais la guerre civile ne se prolonge pas dans un pays sans y exciter les passions jusqu'à la fureur. De lamentables excès furent commis par les chouans, d'une part; et de l'autre, par les agents de l'autorité. Le fils du célèbre Cathelineau fut tué à bout portant
par un officier, au moment ob, découvert dans une cachette avec deux de ses amis, MM. Moricet et de Civrac, il se présentait en ciiant : « Nous sommes désarmés, ne tirez pas. » Un château appartenant k H. de la Roberie fut envahi, dévasté ; od massacra le fermier et sa femme ; et une fille de M. de la Roberie, âgée de 16 ans, fut tuée d'un coup de fusil.. Surpris par des gardes nationaux, M. Chartes de Bascher avait été grièvement blessé dans sa fuite, et on le conduisit prisonnier à Aigrefeuilte ; mais comme il perdait beaucoup de sang et ne pouvait marcher assez vite, on le fusilla sur la route, sans lui accorder le quart d'heure qu'il imploiait pour recommander son âme à Dieu.
Quant à la duchesse de Berri, elle avait quitté sa retraite des Mesliers, et elle fuyait d'asile en asile, tantôt s'égarant dans les bois pendant la nuit, tantôt traversant des marais sur les épaules de son guide, ou bien passant quelques heures de mortelle attente dans un fossé couvert de broussailles, pendant que les soldats lancés à sa poursuite
SljUle de Ker£abiec.
erraient furieux dans les environs. Éviter longtemps les dangers de cette vie errante
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était évidemment impossible. Chaque jour d'importantes arrestations venaient consterner les légitimistes; les tètes les plus hautes du parti n'étaient plus à Fabri des coups du gouvernement qui avait tout l'orgueil de la force. Après avoir déclaré en état de siège les arrondissements de Laval, Château-Gontier et Vitré, ce gouvernement, par une mesure aussi arbitraire que violente, venait de mettre en état de siège quatre départements, ceux de Maine-et-Loire, de la Vendée, de la Loire-Inférieure, des Deux- Sèvres. Et en même temps, comme pour montrer aux légitimistes . que la dynastie qu'ils attaquaient ne manquerait pas d'appui au dehors, le Moniteur annonçait l'entrevue du roi des Français et du roi des Belges à Compiègne, et le mariage prochain de la princesse Louise d'Orléans avec Léopold.
Le moment était donc venu pour la duchesse de Berri de ne plus songer qu'à sauver ses jours et sa liberté. Nantes était hostile à sa cause : il était peu probable que le gouvernement pensât à diriger de ce côté sa surveillance. Ce fut ce motif qui poussa la princesse à choisir la ville de Nantes pour refuge. Elle y entra vêtue en paysanne, et accompagnée de M"® Eulalie de Kersabiec, que protégeait un déguisement semblable. Plus tard, nous la retrouverons dans l'asile où un misérable devait la livrer à ses bourreaux. Ainsi fut étouffé le soulèvement de l'Ouest. Coïncidant avec une insurrection républicaine, nul doute qu'il n'eût mis la dynastie d'Orléans à deux doigts de sa perte, s'il y avait eu accord entre les chefs.^Mais, dans ce cas, que serait-il arrivé? Le parti légitimiste aurait-il profité de la victoire? Pour faire revi\Te l'aristocratie, une aristocratie' ayant son symbole dans la royauté et ses bases dans une constitution nouvelle de la propriété territoriale; pour substituer le système de l'élection indirecte à celui de l'élection directe, et les états-généraux aux modernes assemblées ; pour détruire, au profit des grandes influences locdes, la centrali-
sation politique fondée par la Convention et la centralisation administrative fondée par l'Empire, aurait-il donc suffi que la mère du duc de Bordeaux se présentât tenant d'une main un drapeau blanc, et de l'autre les ordonnances: préparées à Massa, ordonnances qui, ramenant la France à 1788, tendaient à supprimer dans notre histoire quarante ans de révolutions et de combats? Et sur quelles forces se serait appuyée cette Restauration un moment victorieuse ? Sur les intérêts matériels? ils constituaient la puissance de la bourgeoisie, par qui la légitimité s'était vue renversée. Sur les passiops guerrières? dans un pays où la république et Napoléon avaient passé, la guerre n'était plus possible qu'avec le drapeau tricolore. Les légitimistes armés n'auraient donc pu arriver, même par le succès, qu'aux satisfactions d'une revanche éphémère : ils auraient préparé leur troisième défaite. Eussent-ils voulu transiger avec les passions et les idées de la révolution, on peut mettre en doute s'ils en auraient eu la faculté. Il est bien vrai que les jeunes gens du parti, n'ayant point pris part à l'émigration, étaient prêts à en secouer les préjugés ; mais ces jeunes gens, que leur âge éloignait des affaires, l'auraient-ils emporté sur les hommes mûrs et les vieillards? Les souvenirs de l'émigration étaient-ils à ce point condamnés par le gros du parti, que leur influence n'eût point pesé sur les commencements d'un règne? Dans tous les cas, les partisans de Henri V ne pouvaient réussir qu'à force de dévoûment et d'enthousiasme. Or, la duchesse de Berri, si prodigue de son courage, ne fut pas sans doute longtemps à comprendre que, chez une nation conquise par la passion du repos et le génie du calcul, le temps était passé des entraînements chevaleresques, des folies qui réussissent et des entreprises dont on cherche moins le profit que l'éclat. Acceptée et voulue comme garantie de certains intérêts continuellement en émoi, la monarchie n'existait plus en France ni comme principe, ni comme symbole.
L ARMÉE FRANÇAISE SOUS LE RÈGNE DE LOtltS-PHILlPPE (D'aprè* la Oaleria mîliuirs d'Aabrj, 1833)