A SA MAJESTE CHARLES X
J'ai assisti ici à quelques conférences qui ont été tenues dans les intérêts de Henri V et de la France, en présence
vaincu des conférences de Lucques. M. de Metternich eut beau Tappuyer chaudement auprès de la duchesse de Berri, elle n'attendit plus qu'une occasion pour l'éloigner.
delà mère de son jeune roi. Dans une de ces conférences, il a été donné lecture de deux déclarations : Tune en date du 24 août i830, Tautre postérieure, par lesquelles Votre Majesté annonce son intention de nommer Madame régante, et de régler les conditions de cette régence.
Personne ne saurait avoir appris avec plus de douleur que moi, le malheureux acte du 2 août 1830, par lequel Votre Majesté abdiqua la couronne de France. Cet acte, par sa nature, ne semblait pas rétractable ; il ne fut pas d'ailleurs rétracté après l'arrivée de Votre Majesté sur la terre étrangère. Il ne resta à vos fidèles sujets qu*à se résigner. Ils comprirent que Votre Majesté n'ayant soumis à aucune réserve ce dernier acte de volonté souveraine, avait abdiqué à la fois toutes les fonctions de la royauté. J'émis donc, dans la conférence dont je viens de parler, l'opinion que Votre Majesté, en abdiquant la couronne, n'avait pu conserver ni le pouvoir de nommer à la régence, ni celui d'en régler les conditions.
Il est vrai que Votre Majesté, par l'acte même de son abdication, nomma monseigneur le duc d'Orléans lieutenant-général du royaume, et l'on peut dire aussi que cette nomination funeste ne fut pas contestée. Je ne me propose pas d'examiner ici si elle devait l'être : les exemples, au reste, que les dispositions testamentaires de nos rois, relatives à la régence, n'aient pas été suivies après leur m&rt, ne manquent pas dans notre histoire. Mais quand on admettrait comme incontestable la validité de la nomination d'un lieutenant-général du royaume contenue dans l'acte même d'abdication, il ne résulterait pas de là que l'on pût soutenir la validité de nouvelles dispositions da roi, i*elatives à la régence, qui porteraient une date postérieure à celle de son abdication. A la vérité, Monseigneur le duc d'Orléans s'étant, par le crime de son usurpation, rendu à jamais indigne' de la lieutenance- générale du royaume que Votre Majesté lui avait confiée, on pourrait concevoir qu'au moment même- où le roi aurait appris cette indignité, il eût cru devoir se reporter à l'époque, antérieure de peu de jours, à laquelle il avait fait cette nomination, et suppléer à son annulation nécessaire, en lui en substituant une nouvelle, sans prendre en considération quelques jours écoulés dans l'intervalle; mais la fiction par laquelle on se reporterait à un temps écoulé depuis peu de jours ne peut s'étendre avec la moindre vraisemblance à un délai de plus d'un an, et il faut bien qu'après un silence si prolongé, la réalité remplace la fiction.
La réalité est que, l'abdication d'un roi étant sa renonciation volontaire à l'exercice des fonctions royales, il a renoncé en abdiquant à tout exercice ultérieur de la fonction royale de disposer de la régence. La renonciation de monseigneur le Dauphin à ses droits à la couronne de France en faveur de son neveu, équivaut pendant la durée de la vie de Henri V, à son abdication complète, et doit en conséquence avoir, relativement à la régence actuelle, les mêmes effets.
Que si, de l'examen de la validité, on passe à celui de l'opportunité, je crois ne devoir pas reculer devant le douloureux devoir de dire que, dans la disposition actuelle des esprits en France, la publication d'ordonnances par lesquelles Votre Majesté conférerait la régence et en réglerait les conditions, aurait un effet funeste. Le public n'y verrait qu'un effort pour associer le nouveau règne au système qui a perdu le règne précédent.
Ce système avait perdu Jacques II, en Angleterre : n consiste dans la supposition d'un pouvoir constituant,
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A rembarras de ces démêlés intérieurs se joignait, pour la princesse, celui des frayeurs diplomatiques que sa présence inspirait.
Parmi les petits princes d'Italie, les ducs de Modène et de Lucques étaient les seuls qui eussent offert à la mère du duc de Bordeaux
fonde sur le droit divin, qui unirait en soi la triple faculté d'octroyer une Charte, de la jurer, et de la retirer ensuite. Je sais bien que Votre Majesté n'a voulu ni cru violer la Charte, et que, se fondant sur Tambiguité de Tarticle 14, elle a cru demeurer fidèle à la Charte même en adoptant rinterprétation de cet article qui lui a semblé la meilleure. Je crois que ses ministres en ont adopté avec la même sincérité la même interprétation; mais je sais aussi que cette interprétation n'a été adoptée que par une bien petite partie de la nation, et qu'elle a paru, au plus grand nombre des Français, trop paradoxale, et contradictoire avec le principe même de la Charte, ainsi qu'avec Tadag^e connu, exprimé dans nos anciennes coutumes par ces paroles concises : Donner bt tenir nb vaut.
J*ai souvent eu occasion, et notamment dans les Cent- Jours, de m'expliquer publiquement sur la préférence à donner aux Constitutions octroyées ou aux Constitutions extorquées. J'ai toujours exprimé, avec autant de force que j'en ai été capable, mon indignation contre l'ignoble système des Constitutions extorquées, et j'ai totgours ajouté, avec la mén^ chaleur, que les Constitutions octroyées reposent sur la base la plus sûre de toutes les garanties, l'honneur royal.
La malheureuse controverse sur l'interprétation de l'article 14 a gravement altéré, dans la généralité des esprits, la sûreté de cette garantie. Je n'ai pas cessé, depuis la dernière révolution, d'être convaincu que le seul obstacle qui s'oppose au rétablissement de Henri V sur le trône de ses pères, par acclamation, èst la difficulté de persuader à la nation que ni lui ni sa mère n'adopteront jamais le système qui attribue à un roi un pouvoir constituant également capable d*octroyer une Charte, de la jurer, et de la retirer ensuite.
Les diverses considérations, fondées sur notre droit public et sur l'utilité de l'Etat, que je viens d'exposer, m'ont déterminé à émettre, dans les conférences auxquelles j'ai assisté ici, l'opinion que la mère de Henri V devait se proclamer elle-même régente du royaume en vertu de son droit, que personne ne lui pouvait contester, sauf à accepter, si les états-généraux du royaume lui en faisaient la demande, telles limitations à ses fonctions de régente qui, d'accord entre elle et eux, seraient jugées convenables. J'ai cité à l'appui de mon opinion, que Madame devait et aurait dû depuis longtemps se proclamer elle-même régente, à l'exemple de Louis XVIII, qui se proclama régent pendant la minorité de Louis XVII, aussitôt après la mort de Louis XVI. Plusieurs personnes sans doute, et j'étais du nombre, n'approuvèrent pas M. le comte de Provence d^avoir, en prenant le titre de régent, enfreint les droits de la reine-mère captive, et pensaient qu'il eût agi plus convenablement s'il eût pris seulement le titre de lieute- ' nant-général du royaume ; mais s'il s'éleva des contesta- • lions sur la convenance du titre qu'il prenait, il ne s'en éleva aucune sur son droit à le prendre par sa propre au- ' torité : il fut approuvé gprandement et unanimement de ' n'avoir pas attendu son retour en France pour proclamer son droit et son devoir, comme premier héritier du trône, de pourvoir autant qu'il était en lui au gouvernement de l'Etat, soit pendant la durée de la captivité de la reine, soit après la malheureuse issue d^t cette captivité. J'ai cru d'autant plus de mon* devoir d'exposer respec-
une hospitalité courageuse et franche. Le roi de Sardaigne lui écrivait des lettres affectueuses, lui donnait des conseils utiles, mais tout cela dans Tombre. Le grand-duc de Toscane lui refusa Tautorisation d'aller à Pi^e prendre les bains. Enfin, elle fut au moment de se voir fermer les portes de la ville même où régnait son frère. « Si la dua chesse de Berri, avait dit le général Sébas- « tiani, prétend faire de Naples le thé&tre « de ses intrigues, la France a des soldats, « elle a des vaisseaux, et Toulon n'est pas « loin de Naples. » Ces paroles, transmises par le prince de Gastelcicala au gouvernement napolitain^ lui causèrent les plus vives alarmes. Il n'ignorait pas que la Cour de France, si facile sur tout le reste, ne manquerait pas sur une question purement dynastique, et vis-à-vis d'une petite Puissance, de se montrer intraitable. Sur ces entrefaites, le roi de Naples étant revenu de Sicile, quelques-uns de ses conseillers, et entr'autres le ministre delà guerre Fardella, lui firent peur du Cabinet des Tuileries, et il résolut de refuser à sa sœur l'entrée de son royaume, ce qui serait arrivé si le prince Cassaro n'eut fait sentir à sa majesté sicilienne tout ce qu'il y aurait dans un pareil refus de déshonorant et de lâche. Il fut donc loisible à Marie-Caroline d'aller revoir Naples. A Rome, le pape l'accueillit avec beaucoup de bonté ; mais le comte de Lutzow, ambassadeur d'Autriche, et, à son exemple, les ambassadeurs de Prusse et de Russie, s'abstinrent de paraître chez elle, négligence aiTectée à laquelle son orgueil de princesse et de mère fut extrêmement sensible! A Naples, elle trouva dans son frère une bien-
tueusement à Votre Majesté l'opinion que j'ai émise relativement à la régence, qu'il a été refusé aux membres de la conférence de dresser procès-verbal des opinions qu'ils ont émises à ce sujet.
Je suis. Sire,
De Votre Majesté, Avec la vénération profonde que je lui portais quand j'osais me compter au nombre de ses plus fidèles sujets,
Le plus humble, le plus obéissant et le dévoué serviteur,
Le comte F. db KBaaoRLÀY.
Des bains de Lucques. le 29 septembre 1831.
LOUIS BLANC
veillance démonstrative, mais avare et stérile ; et, après un séjour que rendaient cher à son cœur quelques souvenirs de jeunesse, elle reprit la route de Massa où M. de Saint- Priest, qu'elle avait rencontré à Naples, s'empressa de la suivre et où elle s'absorba tout entière dans les soucis de son ambition maternelle.
Mais ce qui se passait à Massa n'était pas vu sans peine à Holy-Rood, comme on en put juger par diverses missives du baron de Damas et par une lettre de Charles X à sa bru. Dans cette lettre, le vieux roi disait que la place de Madame était à Holy-Rood auprès de ses enfants ; il y annonçait sa résolution de rappeler M. de Blacas, en attendant qu'il intimât à la duchesse de Berri elle-même Yordre de revenir. Et cependant, c'était du mois de mars 1831 que datait l'élévation de la duchesse de Berri à la régence ^
D'un autre côté, la petite Cour de Massa était informée des tentatives faites auprès de la Conférence de Londres par les conseillers de Charles X ; on savait que le baron de Damas était parti d'Edimbourg pour aller plaider devant les membres de la Conférence, et au nom de Charles X, la cause du jeune Henri. Dans cette situation, le maréchal Bourmont aurait désiré que la Cour de Massa ne négligeât point de se faire représenter à Londres par un agent chargé d'y neutraliser, en ce qu'elles pouvaient avoir de fâcheux, les démarches des envoyés d'Holy-Rood. La mission était délicate, et il avait été question de la confier à M. de Saint-Priest, ancien ambassadeur à Madrid, homme habile et modéré. Mais M. de Saint- Priest pensa qu'avant d'accréditer des ambassadeurs auprès des Puissances, il était
1 . Voici la teneur de Tacte qui fut confié à M. Feuillant : « Le comte de que nous avons nommé chef de Tauci torité civile dans les provinces de l'Ouest, se concertera u avec les principaux chefs militaires, pour rédiger et « publier au moment de la prise d'armes, une proclamait tion en faveur de Henri V, dans laquelle on annoncera « que Madame, duchesse de Berri, sera régente du royaume ft pendant la minorité du roi son fils. Car telle est notre « volonté.
(I Siçffié : Charles.
u Edimbourg, 8 mar» 1S31.
nécessaire que la duchesse de Berri fit régulariser sa position et définir clairement son autorité.
En tout état de cause, éloigner M. de Blacas était indispensable. Après de longues tergiversations qui, chez la princesse, avaient leur source dans la crainte de déplaire à Charles X, on s'arrêta au parti que voici : La duchesse de Berri, dans une lettre ferme et mesurée, représenta au duc de Blacas qu'il y avait d'immenses inconvénients dans la coexistence de deux centres d'action placés, l'un en Ecosse, l'autre en Italie ; que la plus grande unité devait présider aux efforts des royalistes, et que, pour ce qui la concernait, elle était inébranlablement décidée à rester au poste que lui assignaient les plus chers intérêts de son fils. Elle finissait en demandant au duc de Blacas, comme un service d'ami, de partir pour l'Ecosse et d'y porter toutes ces considérations à la connaissance de Charles X. Le duc se soumit, 6t quelque temps après il était en route pour Edimbourg.
Ainsi délivrée d'une tutelle importune, Marie-Caroline poursuivit son entreprise avec une suite et une vigueur surprenantes chez une femme, et en présence d'aussi nombreux obstacles. Les correspondances avec le Midi et la Vendée redoublèrent d'activité. Le duc d'Escars parcourait les provinces méridionales dont il devait prendre le commandement ; des proclamations et des ordonnances furent préparées'; un acte daté de
PROCLAMATION DB S. A. R. RBGENTB DU ROTADMB.
Une funeste révolution a violemment séparé de la France . la famille de ses rois ; cette révolution s*est faite sans vous; elle s*est faite contre vous : fidèles au devoir et à l'honneur, vous vous êtes soumis par nécessité ; vos cœurs n'oni pas adhéré à l'usurpation.
Soldats, les intérêts de la patrie me ramènent au milieu de vouSf la petite fille de Henri IV vient demander votre appui. Elle le demande au nom des malheurs de la France, au nom de vos familles désolées; c'est à votre amour, à celui de tous les bons Français, des Français seuls (pie Henri V veut devoir sa couronne. Française et mère, je vous confie Tavenir de la France et les droits de mon fils. Le gouvernement usurpateur vous appelle maintenant à
sa défense, et naguère encore il vous insultait Vous ne
l'aurez pas oublié, soldats de l'armée d'Espagne; c*est lui qui a détruit les monuments élevés à vos victoires ; soldats de nos lésions d'Afrique, la monarchie légitime vous préparait des arcs de trioniphe et des récompenses, la révolution a méconnu vos services et vous a poursuivis de ses
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Massa, établit à Paris an gouvernement provisoire, dont M. de Chateaubriaod, M. de Kergorlaj, le duc de fiellune, M. de Latour- Maubourg, devaient faire partie, et dont H. de Ploirac fut nommé secrétaire ' ; enfin,
calomnie» ; iU na sont paa Français cas hommes qu'importune la g:taire de leurs aiploits, séparez-Toua de Isnr causa avilie, ralliei-Tous au drapeau blaac, c'est celui de vos p6res, c'est le vûlre; c'est la signa glorieux qui a conquis ou su conserver nos plus belles provinces, qui est honoré dan* toutes les parties du moade et reapecU sur toutcn les mers ; vous l'avei planté naguère» «u» colonne» d'Hevcule, sur les ruines d'Athènes, sur las remparts d'Alger.
La France et l'Europe s'apprêtent k le saluer de nouveau comme un gage de sécurité, comme l'étendard de l'honneur et du courage. Soldats, vos droits seront reconnus, la noble profession des armes reprendra son rang-, votre avancement, vos avantag»» justement acquis -vous seront rendus ou conservés. Henri V vient récompenser la mérite et le dévoûment, reconnattre tous les Eerrices et rechercher toutas les capacités honorables.
Je me place avec conflaoce au milieu de vous : vous aurez des arme» contre les ennemis de l'Etat, vous n'eu avez point contre vos frères, contre la Hlle de vos souverains, contre un enfant que vous avez vu naître, l'héritiPr légitime de trente-cinq rois : aceourei-doQC, que l'amour de la patrie tous rallie 4 la mère de Henri V, vous me
bras an milieu de la patrie reconnaissante ; accoures tous Tons mêler ani populations fldélea qui se pressant audevant de nos pas, el comme elle, répétez avec transport M ori si cher à la France :
ViVB LB AOI 1 VlVK Henbi V I Donné le 1832,
Pour U Roi, la régente îu rot/avm*,
MAHIB-CAttOLINB.
[Piiee.
* Nous, Marie- Caroline, régenta du royaume, H Considérant la gravité dea circonstances et les dangers a qui menaceraient la France, si, dans ce moment de
■ crise, les droits et les intérêts de tous na sa troniaiant
■ placés sous la sauvegarde de l'autorité légitime qni penl
■ seule mettre un terme aux maux de la patrie; pénétrée « de la nécessité où non» somme» d'oi^anisar dans Paris t un gouvamament provisoire qui puisse, en notre absence m et an nom de notre bien-aimé fiU Henri V, prendre les H mesuras las plus propres b assurer le réIabUssement n da l'ordre et de la tranquillité ;
■ Désirant en même temps que ces importantes fonco lions na soient confiée* qu'i de* hommes recomman-
. Il dable* par leur amonr pour le bien public ;
u Agissant, enfln, en vertu de no* pouvoirs comme ré-
■ gante du rojaumo,
0 Nous avons ordonné et ordonnons' ce qui suit :
1 Art. 1". A dater de la publication de la présenta
■ ordonnance, un gouvernement provisoire est institué a dans Paris, i l'effet d'y faire reconnaître et proclamer a l'autorité de notre bien-aimé fila Henri V, et de l'exercer
■ en son nom, pendant notre absence.
■ Art. i. Le marquis de Pastoret, le duc de Belluae, le
■ vicomte de Chateaubriand et lé ciunta de Kargolay, sont « nommés membres du gonvemement prorisoira : en l'ab-
OD ouvrit avec certains cbefs du parti bonapartiste une négociation qui mérite d'être rapportée .avec quelques développements, parce qu'elle montre quelles étaient à cette époque les secrëtes pensées de l'Autriche.
La première nouvelle de la révolution de juillet avait douloureusement afTecté le prince de Mettemich. Mais, quand cette nouvelle lui parvint, il se trouvait à Carlsbad, avec le comte de Nesselrode. Or, le comte
M. de Pastoral. (i'iX-lSiO.)
de Nesselrode ayant, par une interprétation erronée des sentiments de son maître, émis l'opinion quela Russie reconnaîtrait, àl' exemple de l'Angleterre , le gouvernement français, le prince de Mettemich trembla que l'Autriche n'eût & soutenir toute seule le choc de la révolution française. Il ne tarda pas à être détrompé par le comte OrlolT, envoyé de Saint-Pétersbourg pour s'entendre
■ lenca da l'un d'eux, te» autres membres sont autorisés o à pouvoir i son remplacement.
• Art. 3. Le comte de Floirac est nommé secrétaire dn u gonveraement provisoire, et en exercera les fonctions, • sou» la direction des membres dudit gonvememeut. • Fait à ifatia, le 5 février 183?.
» La régente dn royaume. ■
LOUIS BLANC
avec le cabinet autrichien. Hais il n'était plus temps. Il avait donc tenu à fort peu de chose que Louis-Philippe ne fût pas reconnu par rAutriche, et en donnant son audience de congé au général Beliiard, le prince de Metternich n'avait pas craint de lui dire : « L'empereur abhorre ce qui vient de se « passer en France. Son sentiment profond « est que Tordre actuel ne peut pas durer. « Il est également convaincu que le chef du « nouveau gouvernement et ses ministres « ne doutent pas de cette vérité. Dès-lors, ils « devront se li\Ter avec anxiété à la recher- « che des moyens de se soutenir le plus « longtemps possible, et ces moyens, ils ne « les. pourront trouver qu en revenant aux « règles et aux principes sut lesquels « reposent tous les gouvernements. » Ainsi, FAutriche n'avait reconnu le gouvernement français que dans Tespérance d'arriver par lui à l'anéantissement du principe révolutionnaire. Voyant le Cabinet des Tuileries marcher vers ce but avec persévérance, et n'ayant plus de doute sur la résolution prise par Louis-Philippe de maintenir intacts les traités de 1815, le Cabinet autrichien en était venu à considérer comme un gage de sécurité pour l'Europe monarchique l'affermissement de Louis-Philippe sur le trône. Le principe de l'usurpation n'avait pas cessé d'être maudit à Vienne, mais on s'y félicitait de la sagesse de celui qu'on y appelait l'usurpateur. De là, le refus d'appuyer toute entreprise tentée contre le gouvernement français. Tenir des prétendants en réserve pour en menacer au besoin Louis-Philippe, et imposer à ces prétendants, à travers mille égards hypocrites, une inaction soigneusement calculée, tel était le double aspect de la politique autrichienne à l'égard de la dynastie d'Orléans.
Diverses circonstances, si elles n'avaient été jusqu'ici tenues dans l'ombre, auraient découvert le fond de cette politique.
U y avait alors en Suisse un général de l'Empire. Ennemi du gouvernement qui avait prévalu en France, ce général fit passer sous les yeux du prince de Metternich,
par l'intermédiaire de M. de Bombelles, diverses propositions ayant trait au rétablissement du duc de Réichstadt et suivies d'un projet de constitution impériale. Mais, non content de fermer l'oreille à ces propositions, le prince de Metternich en donna communication à un correspondant de la duchesse de Berri, et ce fut là le point de départ de la négociation dont nous avons parlé. La cour de Massa n'hésita pas à se mettre en rapport avec quelques bonapartistes, dans le dessein qui leur était commun de renverser Louis-Philippe. Mais il était difficile qu'on s'entendit : les uns ne voulaient rien tenter qu'avec le drapeau tricolore; la Cour de Massa ne pouvait renoncer au drapeau blanc. Les pourparlers aboutirent à la note suivante :
« Par estime pour les sentiments que « vous nous avez exprimés, nous vous ac- « cep tons et nous vous donnons entière « liberté d'agir avec les vôtres pour le but « convenu et expliqué dans la noie du 19 « novembre, par laquelle déclarant que « nous ne pouvions transiger sur la couleur « du drapeau, nous avons promis et promet- « tons d'accueillir tous ceux qui, dans l'in- « térèt de la France, combattraient pour « replacer Henri V sur le trône, et de recon- « naître leurs services.
« Marie-Caroline. »
Un pareil langage n'était nullement conforme aux sentiments de ceux des bonapartistes auxquels on l'adressait. Un d'eux s'en expliqua en termes .énergiques : « Les « blancs, dit-il^ voudront toujours molle- « ment les bleus. Ceci en est une nouvelle « preuve. »
Pendant ce temps, M. de Metternich faisait écrire à la duchesse de Berri que sa présence à Massa était dangereuse ; que le gouvernement français avait l'œil sur toutes ses démarches ; qu'elle devait craindre de nuire à la cause de son fils par la témérité de ses projets; que ce serait compromettre cette cause à coup sûr que de fournir à ses ennemis l'occasion de s'emparer d'un otage pré-
HISTOîRE DE DIX ANS
cieux, etc Toute la politique de M. de
Metternich était dans ces conseils, dont la prudence déguisait mal Tégoïsme.
La duchesse de Berri n'avait donc pas à compter sur le Cabinet de Vienne. Elle espérait mieux de celui dé Madrid, où elle avait, dans la reine Christine, un puissant appui ; nnaîs M. de Saint-Priest n'eut pas de peine à. lui faire comprendre que le gouvernement espagnol était trop faible pour que son intervention pût être efficace ; que le mérite du résultat ne compenserait pas ici Todieux du principe ; qu'il fallait, avant tout, éviter la honte et le péril d'une troisième invasion ; que pour servir utileinent la cause, la légion organisée à Valladolid devait être composée de soldats français et commandée par des officiers français ; qu'il importait, en un mot, qu'aucun Espagnol ne franchît la frontière. Cet avis prévalut, et M. de Saint- Priest fut autorisé à écrire dans ce sens au représentant de la petite cour de Massa, en Espagne. Voici en quels termes étaient conçues ces instructions :
« Deux choses dans vos rapports ont particulièrement (ixè mon atlention : ce que vous dites de la légion étrangère et du refus de laisser entrer Madame en Espagne.
c Relativement au premier point, il est très-essentiel que vous vous assuriez positivement de la force de ce corps et de sa composition. SMl est en effet formé de Français, et 8*il compte au moins quelques centaines d*hommes, il pourrait être très-utile, dans le cas où Madamb réussirait à opérer un grand mouvement dans le Midi, mais il faudrait pour cela que le gouvernement espagnol permit qu'il fût rapproché des frontières, de manière à pouvoir opérer par la vallée de TÂriège.... Toutefois, en vous indiquant combien cette coopération serait désirable, Madame ne s'en dissimule pas les difficultés. Il est douteux, d*une part, que le gouvernement espagnol vous accorde cette autorisation, et de l'autre, il faudrait, pour que cette diversion fût utile, que ce corps fût réellement composé de Français et n'agit que sous votre commandement et sous la cocarde blanche. L'intention de Madame n*est point en effet de recourir à une intervention étrangère. Elle désire et elle espère pouvoir l'éviter, et si elle avait des se* cours de ce genre à demander, ce serait à d*autres Puissances que l'Espagne qu'elle s'adresseraii. 11 ne faut donc pas qu'un soldat espagnol passe la frontière.
Veuillez ne point perdre cela de vue. Toutes vos démarches doivent se borner à obtenir un meilleur emploi de la légion étrangère et un asile en cas de revers. »
M. de Saint-Priest aurait voulu davantage. Il pensait avec raison que, puisqu^on renonçait à demander à l'étranger des secours de troupes, il était au moins inutile d'entretenir avec les Puissances des relations diploma*tiques quelconques. Mais cette opinion n'était celle ni du roi de Sardaigne ni du maréchal Bourmont. Un fils du maréchal fut donc envoyé au prince d'Orange, et M. de Choulot à l'empereur de Russie.
M. de Bourmont fils .était chargé de faire connaître au prince royal de Hollande les projets et les espérances de la duchesse de Berri, qui, instruite des difficultés soulevées par la question belge, comptait sur une diversion propre à attirer vers la frontière du nord les troupes de Louis-Philippe. Le prince d'Orange parut très-étonné de la confiance que la duchesse de Berri avait dans les forces du parti légitimiste, et l'on ne put lui arracher que ces mots : « Pour nous, nous sommes prêts. »
Quant à M. de Choulot, il ne dut qu'à son énergique persistance d'être admis auprès de l'empereur de Russie. Les plus minutieuses précautions avaient été prises pour dérober au corps diplomatique le secret de cette entrevue. L'empereur accueillit d'abord M. de Choulot avec quelque froideur; mais quand il sut quelles étaient les idées et les ressources de la duchesse de Berri, il se montra moins réservé, promit l'appui moral qu'on lui demandait^ et s'ouvrit librement de ses griefs contre Louis-Philippe, ajoutant qu'il avait les mains liées par la timidité du cabinet de Berlin, non moins que parles oscillations de l'Autriche.
Telles étaient, par rapport au parti légitimiste, les dispositions des monarchies absolutistes du continent. On risquait de les irriter en agissant en dehors de leur influence; on risquait, en subissant cette influence, de déshonorer la cause de Henri V. Funeste alternative qui, pour la mère du prétendant,
LOUIS BLANC
se compliquait, à riatérieur, de mille obstacles et de mille dangers. Le dénoûment de la conspiration de la rue des Prouvaires avait, en effet, découragé les royalistes et compromis quelques-uns d^entre eux. Le rôle joué dans cette affaire par un homme attaché au maréchal Bourmont, était devenu la source des plus f&cheux malentendus et avait profondément offensé le duc de Bel* lune. M. de Chateaubriand avait demandé, sans pouvoir l'obtenir d'une manière précise, rautorisation.de se rendre auprès de Madame en Italie, où il savait qu'on pouvait lui garder rancune de certaines phrases contenues dans ses derniers écrits, de celle, par exemple, où il déclarait qu'il irait combattre l'étranger, dût l'étranger ramener Henri Y dans ses bras. De leur côté, les comités royalistes de Paris ne négligeaient rien pour entraver le mouvement; le Midi était incertain; les rapports concernant l'état de la Vendée étaient contradictoires, et annonçaient parmi les divers chefs de corps des opinions divergentes : ceux-ci . repoussant, comme M. de Charette, toute intervention de l'étranger ; ceux-là jugeant, comme M. de Coislin, « que le jour viendrait, peut-être, « si on avait la patience d'attendre, où l'on « pourrait tout faire par la France et rien « par l'étranger, ce qui serait sans doute « beaucoup mieux ; mais que ce jour n'était « pas encore venu. »
Du reste, ces dissidences n'empêchaient pas qu'on ne fît secrètement dans l'Ouest les préparatifs d'une insurrection prochaine; et si dans certaines contrées les démarches étaient fausses, les mesures mal prises, dans d'autres l'organisation était vraiment redoutable. C'est ainsi que, dans le seul pays situé entre la Sarthe et la Mayenne, on était parvenu en peu de temps à former vingt-six compagnies de cinquante hommes chacune, bien pourvues de fusils, disposant de vingt mille cartouches, et n'attendant plus que le signal.
Il fallait un terme à cette situation, car elle portait dans ses flancs tous les désordres; et les scènes qui en résultaient avaient
quelque chose de terrible. La prise d'armes n'avait pas encore été ordonnée que déjà, dans ce pays désolé, la guerre civile apparaissait partout avec son escorte ordinaire de meurtres et de perfidies. Rendus furieux par le danger, les partisans du régime nouveau étaient sans pitié pour leurs ennemis; les visites domiciliaires se multipliaient à l'infini et portaient la terreur au sein des familles ; la chasse aux chouans se faisait avec une activité passionnée. Mais ils s'étaient euxmêmes rendus coupables des plus criminelles agressions, et ils exerçaient maintenant d'horribles représailles : ici, c'étaient des gendarmes qu'ils tuaient au coin d'un bois ou au détour d'un chemin ; là, des diligences qu'ils arrêtaient sur la grande route; plus loin, des fonctionnaires qu'ils forçaient à livrer des vivres ou des armes. Les monuments de Quiberon et de Savenay dégradés, la statue de Cathelineau mutilée par ordre de l'autorité, les insultes adressées à la colonne du garde-chasse Stofflet dans la cour du château de Maulevrier, le désarmement des chaumières, tout cela avait envenimé les ressentiments, devenus cruels et inexorables. Il serait trop long ici d'énumérer les crimes qui, dans cette mêlée des passions, furent commis et couverts d'une impunité fatale. Non loin d'Ancenis,- un jeune réfractaire, nommé Bernard, fut assassiné par des gendarmes au moment où il tendait des collets pour prendre des perdrix. Un autre réfractaire, de la bande de Diot, fut trouvé travaillant au champ de son père ; on pouvait l'arrêter, on l'égorgea. Un habitant de Saint-Julien fut pendu à un arbre par un officier qui le soupçonnait de faire des guêtres pour les chouans. Des épisodes touchants se mêlent au récit de ces atrocités. Un chef de bande, Delaunay, ayant été atteint d'une maladie mortelle, on l'avait transporté dans une ferme où il recevait les secours de la religion, lorsqu'on vint annoncer l'approche des soldats. Les paysans se hâtèrent d'envelopper le mourant dans une couverture, et l'allèrent déposer au milieu d'un champ de genêts, dans un épais
HISTOlKË DE DIX ANS
Diguiiée, elle inonUit en croupe de'M. de la Roche Saint-André. [Page 5180
buisson d'aubépine. Il y rendit te dernier soupir aprfes une longue agonie solitaire. C'était un vieillard, et son testament commençait par ces mots : ■ Mes très chers en- <( fants, je vous laisse, ea remplacement a de ma fortune, le zële qui l'a anéantie. » Les choses en étaient à ce point qu'il fallait, ou que la duchesse de Berri renonc&t définitivement à son entreprise, ou qu'elle
courilt sans retard en France tenter la fortune. Elle prit le second parti. Le lendemain de la lutte avait été prévu, et voici d'une manière sommaire les bases du régime que Marie-Caroline se proposait de faire prévaloir, dans la prévision d'une victoire complète.
On aurait fait revivre^ en les modifiant, l'institution des états^géaérauz et des assem-
LOUIS BLANC
blées provinciales. Les états-généraux se seraient composés de deux chambres. On aurait créé dans toutes les provinces des pairs qui, siégeant dans les assemblées provinciales, auraient député un certain nombre d'entre eux pour former la première chambre des états-généraux. On avait proposé d'appeler ces pairs Barons des ÉiatSj dénomination conforme aux anciens usages, et qui, aux yeux de Marie-Caroline, avait le mérite de rappeler les barons de Sicile. Les Barons des États auraient été choisis par le roi parmi les notables de la province^ avec cette restriction que la dignité aurait été conférée de droit à certaines fonctions, la question de l'hérédité étant d'ailleurs réservée. Les évèqîies, les premiers présidents de cour royale, auraient siégé de droit aux assemblées provinciales. Seulement, labaronie aurait été attachée à la place et non pas à la personne. Lors de la convocation des états-généraux, un tiers ou un quart des barons de province auraient été désignés par le sort, et à tour de rôle, pour former la première Chambre des états-généraux, et le privilège d'y siéger de droit aurait été conféré aux maréchaux de France, aux cardinaux, aux archevêques, aux présidents des cours de cassation et des comptes, aux titulaires des grandes charges de la couronne, réduites à quatre. Pour la composition des assemblées provinciales, on adoptait le principe de l'élection à divers degrés. Un gouverneur choisipar le roi, et ayant sous ses ordres l'intendant général et le commandant des troupes, aurait présidé l'assemblée provinciale, et l'aurait maintenue^ au besoin, dans le cercle de ses attributions. Ce n'étaient là que des données générales, il est vrai. Une fois en France, la duchesse de Berri devait confier à des personnages éminents le soin de coordonner les diverses parties de la constitution nouvelle. Mais, aux yeux des conseillers de Marie-Caroline, le point essentiel était d'arriver, sans trop aiTaiblir le lien commun, à la décentralisation.
Il fut en même -temps proposé et à peu près décidé que la garde royale serait réta-
blie ; que les deux régiments suisses seraient supprimés et remplacés par deux nouveaux régiments d'infanterie ; que le génie et la marine seraient admis à participer aux avantages de la garde; qu'on réduirait à une seule les quatre compagnies des gardes-dacorps, et qu'on formerait, pour le service intérieur du palais, uu bataillon de gardes-du corps à pied, lequel serait recruté parmi les caporaux et les sous-officiers de l'infanterie * de la garde. Des réformes devaient être introduites dans la maison du roi. Il fut établi en principe que les places de gentilhomme de la chambre etd'écuyer seraient gratuites; que les pages ne seraient plus élevés aux frais du roi ; que les subventions aux théâtre seraient supprimées ; que les artistes attachés au cabinet du roi ne seraient plus rétribués ; que le nombre des personnes chargées des différents services serait réduit de inoitié ; qu'au lieu d'une liste civile votée à chaque changement de règne on obtiendrait des états-généraux une dotation fixe, composée, à part les domaines et les forêts, de dix ou douze millions de rentes appartenant au roi, mais inaliénables, et prises sur les rachats de la caisse d'amortissement. Pour populariser l'avènement de Henri V, on aurait supprimé les impôts sur le vin et sur le seh, sauf à les remplacer plus tard par des impôts moins abhorrés. En principe, on déclarait nuls tous les actes du gouvernement de Louis-Philippe considérés comme des actes d*usurpation, mais en se réservant de faire subir au principe toutes les modifi-