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Des r«nimet, des vieillards, des enfants acconrarent but le passage des fugitifs. (P. 164.)
I blessés, appartenant pour la plus grande
< partie aux citoyens, puisqu'on ne comptait
< que vingt-cinq militaires sur ces cinq cents ( blessés. Il en est mort trente-huit le pre-
< mier jour, douze le deuxibme et huit le
< troisième.
Il Hôpital de la Charité. II est entré environ ( cent blessés, dont quarante sont morts. ' On espère sauver un grand nombre des I autres.
i< Hôpital Beau j on. On avait annoncé qu'il
< existait six cents blessés dans cet hôpital. I II n'y en a été porté que quatre-vingts.
< Huit ou dix ont été amputés. On comptait ' hier de quinze à seize morts.
« Hôpital du Gros-Caillou. On a reçu deux • cents blessés. Un grand nombre d'amputa- ( tions ont été faites. Il n'est mort aucun ( malade. Cefait,quîsembIaitextraordinaire » à TAcadémie, a été confirmé par tes asser- 1 lions de MM. Larrey et Ladibert.
« Hôpital du Val-de-Grdce . On n'y a reçu « que vingt blessés environ. Des enquêtes '< faites portent le nombre des morts et des « blessés, pendant les journées des 27 et .< 28, de 1,600 à 1,700. Il est probable que « le nombre est plus considérable, mais on <' n'a pu avoir de renseignements sur les » blessés reçus dans les ambulances ou qui « se sont fait reconduire chez eux. Il n'est « question ici que des hâpitaux. »
Voilà pour les morts; j'ai dit quelle part avait été faite aux vivants.
Les difficultés étaient grandes, sans doute. Après une révolution comme celle qui venait de s'accomplir, quelque rapide qu'eût été la victoire, on ne pouvait se tiatter de faire revivre le crédit par ordonnance, de calmer les terreurs du commerce par des articles de journaux, et de ranimer par des proélamations la confianci; éteinte. Mais la Convention avait montré, sans même parler ici de
LOUIS BLANC
ses provocations à l'Europe et de ses fureurs immortelles, quels prodiges peuvent sortir d'un enthousiasme véritable. Si ceux qui s'emparèrent du mouvement des affaires en 1830 avaient fait, pour retirer le peuple delà route des abîmes, des efforts persévérants et courageux, leurs efforts, eussent-ils été stériles, suffiraient pour les absoudre aux yeux de l'histoire. Mais rien ne fut tenté : au-dessous de la Charte revisée et du couronnement d'un roi, il n'y eut plus que le règne d'un fatalisme brutal.
On se prépara toutefois à prêter trente millions au commerce. Mais il n'était pas loisible au gouvernement de distribuer au hasard le revenu public. On prêta donc sut» gages à ceux qui «possédaient; par conséquent, on prêta à des banquiers connus, à des manufacturiers opulents. La, crise n'en pesa pas moins de tout son poids sur les plus pauvres.
L'histoire ne présente'^rien de comparable à rimpuissance dont l'administration fit preuve dans les premiers jours qui suivirent la révolution, impuissance pour le bien, non pour le mal.
Quelques citoyens avaient eu l'idée de fonder à Saint-Denis un grand établissement d'imprimerie, avec l'aide et sous le patronage de rÉtat. Ils en firent la proposition au ministère de rintérieur; ils auraient réimprimé spécialement les œuvres révolutionnaires, les écrits de Rousseau, de Voltaire, des encyclopédistes^ et leurs ateliers auraient servi d'asile à beaucoup d'ouvriers voués au vagabondage et à la misère. Cette proposition fut repoussée^ par le motif que de pareils livres n'auraient point d'écoulement, puisqu'ils
étaient des armes dont les libéraux n'avaient plus besoin après la bataille. Réponse profonde et qui vaut la peine qu'on la médite !
Au reste, il y avait un moyen plus sûr d'employer beaucoup d'ouvriers sans travaiï : les arsenaux ne contenaient que neuf cent mille fusils, et il en fallait trois millions pour armer la garde nationale dans tout le royaume. Des sollicitations journalières venaient stimuler le zèle du ministère de l'intérieur; il recourut à son tour au ministère de la guerre. Eh bien! cinq cent mille fusils seulement furent livrés. En vain la fabrication de ceux qui manquaient fut-elle réclamée vivement et à plusieurs reprises; en vain fut-il demandé, au' nom de tous les ouvriers en fer et en bois, qu'un grand atelier de fabrication fût ouvert à Paris; en vain des propositions satisfaisantes furent-elles transmises aux bureaux de la guerre, de diverses parties du royaume et notamment de Saint-Etienne, toutes ces tentatives se brisèrent contre une inertie invincible : elles n'eurent pour résultat que d'éveiller l'esprit de spéculation. On verra, dans la suite de cette histoire, à quelle date remonte cet achat de fusils fait plus tard en Angleterre, et qui devait produire tant de scandale.
Cependant, on fit exécuter quelques travaux au Champ-de-Mars, mesure qui, sans prouver la sollicitude du pouvoir pour les pauvres, servait, du moins, à masquer son indifférence.
Malheur à ceux qui se jettent au hasard dans les révolutions et qui courent au combat en poussant des cris inconnus !
HISTOIRE DE. DIX ANS
Fuike de Charles X et de sa famille; départ.
Pendant qu'on disposait à Paris du trône de ses ancêtres, Charles X s'agenouillait dans la cathédrale d'Argentan. La nouvelle de Tavénement de Louis-Philippe avait déjà circulé dans cette ville. Quand la famille proscrite en sortit, les habitants se pressèrent sur son passage pour surprendre le secret de ses émotions. A côté de la duchesse deBerri, qui effaçait par son étourderie la majesté de son malheur, on remarquait la fille si souvent éprouvée de Louis XYI : son visage était livide; ses yeux, qui avaient tant pleuré, avaient perdu leur regard. Une aussi terrible catastrophe avait rouvert dans son cœur toutes les anciennes blessures. Souvent on la vit, durant ce lugubre voyage, descendre de voiture et s'arrêter au bord du chemin, comme pour ne pas quitter trop tôt ce royaume trois fois fatal à sa famille. Les commissaires la craignaient à cause de la brusquerie de ses mouvements et de l'amertume profonde de son langage; mais ils étaient frappés de respect par l'immensité d'une douleur qui datait delà tour du Temple. Le dauphin ne souffrait pas, faute dépenser.
Charles X avait une attitude calme. Indifférent pour lui-même, il ne s'occupait que des gens de sa suite : égoïste en cela pourtant, car les rois ont cet orgueil de s'aimer dans leurs serviteurs. Du reste, sa conduite était pleine de contradictions apparentes. L'aspect de la dauphine en pleurs, de ses courtisans éperdus , de deux enfants qui s'amusaient, avec l'ignorance de leur âge, de ces nouveautés introduites dans leur existence, tout cela le trouvait, sinon impassible, du moins résigné ; mais il suffisait, pour lui causer une irritation puérile, de la vue d'un
lambeau tricolore, ou d'un léger manquement à l'étiquette. Dans la petite ville de Laigle, il avait fallu faire fabriquer une table carrée, selon les usages de Cour, pour le dîner de ce monarque à qui échappait un empire. Il montrait ainsi, réunis en sa personne, cet excès de grandeur et cet excès de petitesse que donne la pratique delà royauté ; et, portant avec courage l'ensemble de son infortune, il n'en pouvait patiemment tolérer les détails. Il aurait voulu qu'on lui fit du moins une misère pompeuse.
A Maintenons il avait consenti sans ti*op d'efforts au licenciement de son armée. A Dreiix, il s'était vu enlever sans se plaindre l'artillerie de la garde, dont on n'avait conservé que deux pièces de canon. Il avait cédé enfin, tant qu'il ne s'était agi que de perdre la réalité de la puissance; mais quand on voulut lui en disputer les dehors, il sentit renaître en lui l'orgueil de son sang ; résigné à l'exil, pourvu qu'il eût l'air d'emporter avec lui Téclat de sa race et les lambeaux de la monarchie.
Il se plaignait surtout de l'impatience des commissaires, et il trouvait injuste qu'on l'empêchât de voyager avec lenteur; car, après tout, il y avait dans ce voyage le regret de la patrie perdue et des tombes paternelles abandonnées. Peut-être aussi conservait-il au fond du cœur quelque confuse espérance : la Vendée n'était pas loin de la route.
Mais on lui créa bientôt d'autres sujets de souci.
Le 10 août, un nouveau commissaire arrivait à Falaise : c'était M. de La Pommeraye, député du Calvados. En apprenant que M. de
LOUIS BLANC
La Pommeraye avait pour mission de h&ter la marche du corlége et de lui faire prendre la route de Caen, Charles X fut ezlrèmemenl troublé. N'était-ce pas asssez qu'un prince de sa famille lui eût enlevé sa couronne? Pourquoi enviait-on ainsi à un vieillard cette unique et amëre douceur de s'attarder un peu sur une terre où il était né, et qui, sans
I<« prince (le Croj
doute, ne reufermeratt pas ses dépouilles mortelles? II résolut do résister cette fois. Une petite auberge s'élevait sur la route, à quelque dislance de Falaise. Ce fut le lieu que le roi choisit ponr sa première entrevue avec M. de La Pommeraye. Il accueillit l'envoyé du Palais-Royal avec une politesse froide, et se montra Inébranlable dans ses résolutions. Il fallut prendre, selon sa volonté, la route de Condé-sur-Noireau. Mais, quant à la lenteur du voyage, la résistance de Charles X avait été prévue, et tout était préparé pour la dompter.
Dès ie 10 août, le général Gérard, ministre de la guerre, avait écrit au commandant de Cherbourg qu'il eût à organiser une colonne mobile pour se porter au-devant de l'escorte et, s'il en était besoin, agir avec vi-
gueur. Les hommes du Palais-Royal étaient pressés d'arriver au dénoûment de ce grand drame. Le ministre de la guerre donnait donc au général Hulot les pouvoirs les plus étendus; il plaçait sous son autorité le préfet maritime de Cherbourg. Hais le général Hulot, qui n'ignorait pas dans quel but on l'avait envoyé à Cherbourg, n'avait pas attendu, pour agir, la dépèche du ministre de la guerre, et lorsqu'elle lui pan'int, les mesures qu'elle prescrivait étaient déjà en pleine exécution. Envoyé de Cherbourg, au-devant du cortège, le colonel Trobriant avait rapporté & son générai que les commissaires étaient sans autorité sur l'escorte et qne tout y dépendait de ta volonté du duc de Raguse. D'un autre cûté, les commissaires écrivaient au général Hulot : « Nous avons appris avec <i plaisir que vous faisiez avec des troupes et Il de l'artillerie un mouvement vers nous. « Vous ne vous reploierez avec vos troupes « sur Cherbourg que lorsque nous nous se- « rons concertés. » Excité parle rapport du colonel Trobriant, par l'invitation des commissaires, parles rumeurs alarmantes qu'on répandait à dessein de toutes parts, le général Hulot n'hésita plus. Il ne faisait que devancer les ordres du ministre.
Pendant que les mesures étaient prises pour soulever la population, le cortège s'acheminnit vers Saint-Ld. Le second Stuart traversant l'tle de Wight, après la perte d'une couronne et à la veille du supplice, une jeune fille lui vint olfrir une fleur. Ce genre de consolation ne manqua pas au frère de Louis XVI. Au Val-de-Vire, des, femmes, des vieillards, des enfants, sortis de la maison de Chênedollé, accoururent sur le chemin, tenant des branches de lys qu'ils donnèrent aux fugitifs. Famille d'un poète saluant celle d'un roi sur la route de l'exil! Le roi traversait le département de la Manche; le préfet, M. d'Eslourmel, courut au-devant de lui pour le recevoir, comme il eût pu le faire en d'autres temps, et après des adieux publics où éclatait la fidélité au malheur.
On arriva ainsi à Saint-Ld. Là, Charles X apprit ' qu'une foule menaçante et année,
HISTOIRE DR DIX ANS
Lsi ofttcien furent «dmw i baitar Ja
n des prÎDoa* et de» priDMHea (F. 1
commandée par le général Hulôt, l'attendait à Carentan. Les gardes nationaux soulevés n'étaient guère qu'au nombre de 400 , et n'avaient que deux canons liors d'état de servir. Hais, comme on n'avait d'aOtre but que d'effrayer les . fugitifs , on exagéra le péril. Charles X crut la vie de son petit-fîls menacée, et, fatigué de cette lutte dans la douleur, il s'abandonna toi^l entier.
Les fommissaires qui avaient écrit au général Hulot pour presser son arrivée, lui écrivirent alors, par l'intermédiaire du géné-
ral Maison, pour presser son départ. Pour mieux calmer un mouvement qui n'était plus nécessaire, M. de la Pommeraye prit les devants, et ses exhortations déterminèrent à une prompte retraite la plupart des gardes nationaux rassemblés à Carentan. Le général Hulot partit lui-même de cette ville de grand matin, il ne restait plus de ce soulèvement artificiel qu'une agitation peu dangereuse. Le but se trouvait atteint : aucune violence n'avait été commise , ce qui eut indigné l'Europe, et, cependant, on avait
LOUIS «LANC
assez effrayé Charles X pour le forcer à une fuite précipitée. Dès ce moment, en effet, il se hâta vers son exil étemel.
Tout réussissait à ce duc d'Orléans.
Le voyage de Cherbourg^ fut triste et solennel jusqu'au bout. Les deux princesses marchaient à pied les jours de gai soleil. Lem* mise était fort négligée, parce que les gens de leur serviQe n'avaient pu emporter ni linge ni vêtements. L'aspect des populations traversées par le cortège avait quelque chose de grave et de recueilli. Quelques officiers parurent sur la route, s'inclinant devant ces grandeurs humiliées. Près de Carentan, deux se présentèrent. « Messieurs, leur dit le roi, » gardez ces bons sentiments pour cet » enfant, qui seul peut vous sauver tous. » Et il montrait à la portière d'une voiture qui suivait, une petite tête blonde. Mais le temps approchait où Dieu ne laisserait plus peser le destin des empires sur des têtes fragiles.
Le 14 août, à deux heures, Charles X entrait à Valognes. Il écrivit de là au roi d'Angleterre pour lui demander un asile. On lui devait bien l'hospitalité que Louis XIY avait accordée à Jacques H.
A Valognes, les officiers des gardes-ducorps allèrent, avec les douze plus anciens gardes de chaque compagnie, remettre au roî leurs étendards. Ce fut une cérémonie
pleine de larmes et d'enseignements. Le roi toucha la soie des drapeaux et dit : (c J'espère que mon fils vous les rendra. » Avant de quitter Valognes, il parut avec sa famille sur le perron de l'hôtel où il était descendu. Il portait un simple frac bleu, avec des boutons de métal, sans plaque ni rubans. Il voulut parler à la foule qui remplissait la cour : les paroles expirèrent sur ses lèvres. On se sépara en silence.
Du haut de la côte qui conduit à Cherbourg, les exilés aperçurent la mer. La colonne fit une halte. Tout-à-coup un mouvement singulier éclate dans les rangs. Des cavaliers qui avaient devancé l'escorte reviennent au galop, apportant des nouvelles sinistre^. En effet une grande foule, composée en partie des hommes du port et de
. quelques centaines de pionnierf rendus libres, accourait au-devunt du cortège avec un bruit seinblable à celui des flôt^. Bientôt la tête de la colonne se trouva face-à-facé avec cette multitude grondante, (.c prince de Croy montait un cheval blanc ; des plumes s'agitaient sur son chapeau de général, qu'ornait la cocarde royaliste ; un large ruban bleu se détachait sur les broderies de son habit, et sa figure n'était pas sans quelque ressemblance avec celle du roi. C'est Charles X, crièrent des hommes du peuple trompés ; et ils s'élancèrent vers le prince en poussant des cris. D'autres entraient en même temps dans la colonie, heurtant les chevaux, et fixant leurs regards avec menace sur le pâle visage des cavaliers. En proie à d'inexprimables angoisses, les officiers des gardes ne songeaient qu'à éviter une lutte, et écartaient les assaillants avec une inquiétude presque suppliante. Charles X et son fils étaient descendus de voiture précipitamment, et ils s'avançaient à cheval, enveloppés de soldats fidèles, mais émus.
On gagna Cherbourg. Le cri de la révolution retentissait dans lès rues à de rares intervalles ; mais des drapeaux tricolores flottaient à presque toutes les fenêtres, et une foule immense, venue des campagnes voisines, se précipitait vers le port. A l'entrée de la ville, les officiers du 64' baissèrent leurs épées devant les exilés qui. passaient.
Deux vaisseaux avaient été préparés pour recevoir le roi, sa famille^ et les personnes de leur suite. C'étaient le Great-Britain et le CAarles-Carollj sous le commandement du capitaine Dumont-Durville . Ces vaisseaux avaient une origine républicaine, ils étaient américains, et ils appartenaient à des Bonaparte. Les peuples aiment à remarquer ces contrastes, qui sont la poésie de l'histoire.
Le port de Cherbourg est séparé de la ville par une vaste grille circulaire. La porte en fut confiée à quelques grenadiers, et le dernier peloton des gardes ne l'eût pas plutôt franchie, qu'elle se referma brusquement sur la foule. Ce fut alors un étrange et douloureux spectacle. Derrière les gardes, rangés
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