‹ Révolution françaiseChapitre 7 sur 38 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

voytoenl des auxiliaires aux insurgés parisiens. A Arras, le rédacleor en chef do Propagateur, M. Frédéric Degeorge. fuihlia courageosemeot soo joumal le 27 ^ inalgré Toppositioa da commissaire de poliee^ et tini laatorité en échec pendant trots jours. An reste, nne partie da i^ régiment dn génie, eo garnison à Arras, était diqiosée à se ranger dn c^té do peuple, pour lequel se déclaraient déjà hautement le capitaine Cavaignac. ainsi que Id lieutenants Leblen et Odier. L'ardeur de quelques soldats était même si grande que, dans la nuit du 30 au 31, une centaine d'entre eux sortirent de la viUe et marchèrent sur Paris, sous la conduite d'un fourrier.

Le 6 août, M. Guizot remit à H. Bérard un papier écrit de la main de M. de Broglie, et qui contenait un projet de modification à la Charte, beaucoup plus restreint que celui que M. Bérard avait conçu. L*acte d'abdication de Chartes X y était présenté comme un des motifis déterminants d'appeler le duc d*Oriéans an trône, ce qui était donner à la dynastie nouvelle le baptême de la légitimité ; rabaissement du cens électoral et du cens d*éligibilité n y était point admis ; enfin les garanties les mieux précisées dans le projet de H. Bérard s'effaçaient, dans celui des deux ministres, sous le vague des expressions. M. Bérard, sans s*arrèter à des modifications aussi insuffissantes, résolut de ne présenter que son propre travail à la Chambre.

La séance dn 6 août s*ouvrit sons la présidence de M. Laffitte, qui remplaçait au fauteuil M. Casimir Périer. H. Bérard n*ent pas plus tôt lu sa proposition que des applaudissements retentirent. Ceux même qui n'approuvaient pas son projet y voyaient le bénéfice d'un danger couru par un antre. Mais M. Demarçay s'était levé pour protester contre des modifications dont il niait la portée. Sur l'observation de M. Villemain, la Chambre nomma nne commission chargée d'examiner le projet. Tout-à-coup on annonce que des groupes menaçants encombrent les avenues du Palais-Bourbon. M. Kératrv de-

mande une séance de nuit, icansedela gravité des circonstances. Et, en effet, on entendait les cris tnnnltaeux dn dehors : « A bas rhérédité! la Chamlnre noos trahit! » Les députés sont en proie à une vive anxiété, ils sortent, ils rentrent lonr à tour, profondément émus : la plupart enlonrent Lafayette, Benjamin Constant, Labbey de Pompières, en appelant à leor pqmlarité, dont ils im^orent à mains jmnies la protection. H. Girod de TAini sort, et rencontrant sur les marches dn péristyle M. Lhéritier (de TAin) : « Vous connaisses MontebeUo. lui dil41 ? — Oui. — m C*était un brave. Eh bien, sa fUk ^$t mon gendre. » Car tel était le trouble de S0OS ces législateurs ! Es promettent que le peuple sera consulté. On fût circuler dans les tribones une protestation contre ce qu*on appelle des fauteurs de désordre, et on obtient contre les républicains qui s'agitent an dehiHrs la signature de quelques jeunes gens abusés. Benjamin Constant, Labbey de Pompières, se présentent successivement sous le péristyle du palais. Lafoyetie parait à son tour. A sa vue le tumulte s'apaise, mais les plus ardents continuaient à crier : « A bas rhérédité! » Et M. de Lafovette de dire d'une voix supfdiante : « Mes amis, mes bons M amis, nous veillons sur vos intérêts. Nous « reconnaissons que nous s<munes ici sans H mandat. Mais, retires-vous, je vous en w conjure. » C'était la seconde fois que H. de Lafayette livrait la révolution à la royauté. La Chambre attendait avec impatience le rapport de la commission. Tous ces députés sentaient qu'ils ne représentaient pas la nation, que leur mandat était expiré, qu'il n'y avait pas de raison pour que leur autorité survécut à la ruine de toutes les institutions dont elle dépendait. II fallait donc empêcher à tout prix le peuple de se reconnaître ; il fallait profiter de rétoordissement général, devancer les objections, prévenir à force de promptitude et de hardiesse toutes les résistances. La couronne une fois posée sur la tête du duc d*Oriéans, la situation nne fois fixée, qu'importeraient de tardives protestations ? Le nouveau régime aurait en sa

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faveur, à défaut de la considération du droit, celle du fait, et on savait bien qu'un peuple n'essaie pas tous les jours d'une révolution.

Aussi la Chambre accueillit-elle avec un empressement extrême la communication officielle qui lui fut faite par M. Guizot, de l'acte d'abdication. Quelques députés, et M. Mauguin entr' autres, se récrièrent, à la vérité, sur la nullité d'un pareil acte, disant que la déchéance de Charles X avait été prononcée par la victoire, et que c'était non pas en vertu d*une abdication, mais en vertu de la volonté populaire que le duc d'Orléans devait devenir roi. Vains efforts ! Le peuple faisait peur. Le dépôt aux archives fut ordonné.

A neuf heures et demie du soir, M. Dupin, qui n'avait eu que deux heures pour rédiger son rapport, vint en faire la lecture. Il était tard. Les députés étaient accablés de fatigue. Mais on voulait commencer la- discussion immédiatement. MM. Benjamin Constant et Salverte s'élevèrent avec tant de force contre le scandale d'une telle précipitation, que la Chambre, par pudeur, ajourna la discussion au lendemain.

Le lendemain, dès huit heures, on vit arriver les députés au Palais-Bourbon. Les journalistes étaient absents, les tribunes désertes. Cela tenait à ce que la veille on avait fixé à dix heures le commencement de la séance. Or, pendant la nuit, les meneurs de la bourgeoisie avaient fait distribuer aux députés une convocation extraordinaire qui avançait l'ouverture de la séance, tant on redoutait les regards du public !

La délibération allait commencer. M. Demarçay se lève avec indignation : que signifie cette souveraineté furtive que la Chambre s'arroge ? Qu'est-ce que ce roi qu'on prétend faire en cachette ? L'usurpation paraissait, surtout, flagrante à M. de Cormenin, dont l'inexorable logique devait, plus tard, porter des coups terribles à la dynastie nouvelle. Enfin la discussion est ouverte sur le rapport de M. Dupin, relatif à la proposition Bérard. MM. de Conny et Hyde dç Neuville expriment de courageux regrets sur la famUle

déchue, sur cette race de rois si souvent et si rudement frappée. Le dernier produit une impression profonde sur l'Assemblée, lorsque, parlant d'une aussi terrible catastrophe et des insensés qui l'ont amenée, il ajoute : « Je ne trahirai point le malheur de ceux « que j'ai servis depuis mon enfance. Je ne « puis rien contre un torrent, mais du moins « j'adresse des vœux au ciel pour le bonheur « et les libertés de la patrie ! » MM. Benjamin Constant et de Laborde répondent avec mesure à ces deux discours, tout en repoussant d'une manière énergique le principe de là légitimité. M. Berryer reconnaît à la Chambre le droit de modifier la constitution, .mais non celui de changer la dynastie. « L'intérêt premier, répond M. Villemain, « est à la fois que le trône soit occupé et « que les libertés publiques soient garante ties. » M. Villemain, le 30, avait déclaré solennellement qu'il ne se croyait pas le droit de disposer de la suprême puissance. Mais la force, qui se déplace, con.serve toujours des adorateurs !

La première partie de la proposition Bérard, modifiée par la commission, fut adoptée en ces termes, qui expliquent parfaitement la politique du duc d'Orléans et de la bourgeoisie dans cette première période de leur conmiune domination :

« La Chambre des députés prenant en « considération l'impérieuse nécessité qui « résulte des événements des 26, 27, 28 et « 29 juillet, et de la situation générale où 1p « France s'est trouvée placée à la suite de (( la violation de la Charte constitutionnelle ; « considérant en outre que, par suite de « cette violation et de la résistance héroïqueir « des citoyens de Paris, le roi Charles X, « S. A. R. Louis-Antoine, dauphin, et tous « les membres de la branche aînée de la « maison royale sortent en ce moment du « territoire français, déclare que le trône. « est vacant en fait et en droit, et qu'il est ;< indispensaliement besoin d'y pourvoir. »

Cette rédaction était fort bien calculée. L'élévation iu duc d'Orléans y était présentée comme le résultat forcé d'événements

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auxquels il avait bien pu lui~m<^me ne prendre aucune part. Charles X n'était pas chassé du royaume, il en sortait ; et le duc d'Orléans ne montait but le trdne que parce que ie trône se trouvait vacant. Ainsi, tout ce que les cabinets étrangers auraient pu voir de révolutionnaire dans la prise de possession du duc d'Orléans, s'effaçait nnturplleraent à

Këratrj (A. H. de) -

leurs yeux. Ce prince n'était plus un usurpateur, c'était ie continuateur iué\'itablc dos traditions d'ordre et de paix garanties par la forme monarchique. Le duc d'Orléans avait voulu faire croire à l'Europe qu'il respectait dans Charles X un membre de la famille des rois inviolables, lorsqu'il envoyait à Rambouillet des commissaires chargés de le proléger contre des passions par lui-même excitées. Rien n'était plus propre à remplir les vues du prince que la déclaration qu'on vient de lire. Elle fut adoptée presque sans opposition.

II ne restait plus qu'à stipuler les conditions de l'établissement nouveau, pour masquer l'usurpation vis-à-vis du peuple, comme on venait de le faire vis-à-vis de l'Europe.

Le second paragraphe de la proposition supprimait le préambule de la Charte. M. Persil s'écrie, à cette occasion, que c'est dans le peuple seul qu'est ta souveraineté ; qu'il faut proclamer ce principe, qu'il faut l'écrire, afin que nul à l'avenir ne se puisse dire roi par la grâce d'en haut. Et il propose que, sous le titre de souveraineté, on insère dans la Charte ces deux articles de la Constitution de!79i:

n La souvepiineté appartient à la nation ; i< elle est inaliénable et imprescriptible. — « La nation ne peut exercer ses droits que '< par délégation. »

Cette proposition n'a pas de suite.

On répond à M. Persil que sa pensée se trouve exprimée dans le second paragraphe de la commission, ainsi conçn :

t< La Chambre des députés déclare que, « selon le vœu et dans l'intérêt du peuple « français, le préambule de la Charte est sup- « primé comme blessant la dignité de la nau tion, et paraissant octroyer aux Français " des droits qui leur appartiennent essentielle lement.

Ce paragraphe est voté ; mais les hommes habiles du parti se réservaient d'en faire disparaître l'hommage rendu à la souveraineté du peuple, ce qui eut lieu réellement lors de l'impression de la Charte nouvelle. Supercherie grossière que, dans le conflit des hommes et la confusion des choses, personne ne remarqua !

L'Assemblée passe à la révision de quelques articles de la Charte, qu'elle examine en h&te. La suppression de l'article 6, qui déclarait la religion catholique religion de l'Etat, soulève cependant une vive contestation. Les uns veulent, avec la conunission. que la religion catholique soit déclarée la religion de la majorité des Français. Cette constatation, que Benjamin Constant trouve puérile et oiseuse, est demandée ardemment par M. Charles Dupin, qui y voit un acte de haute politique, et invoque en faveur de son opinion, le fanatisme, si facile à alarmer, des populations du midi. M. Viennet s'élève contre le préjugé qui flétrit les Israélites : il

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La duc se lève et prononce la formule ilu (e>inenl (P. llîS.) (D'après Viekir Adaro).

voudrait qne les ministres de tous lea cultes fussent ré tribuésparrÉtat.Des balancements da la Chambre sort enfin l'article suivant :

M Les ministres de la religion catholique, « apostolique et romaine, professée par la H majorité des Français, et ceux des autres « cultes chrétiens, reçoivent des traitements u du trésor public. »

Cette rédaction indécise ne devait aaUsfaifaire ni les catholiques, ni les protestants, ni les Français des autres cultes : les premiers, parce que leur religion n'était plus celle de l'Ëtat ; les seconds, parce que la loi constatait injurieusement leur minorité ; les autres, parce qne la loi ne désignant que les cultes chrétiens, paraissait n'accorder qu'à ceus-ci le bénéfice d'un patronage public. Étrange compromis entre le principe de l'unité morale et la libre manifestation de toutes les croyances, le pentifioat du souverain et la loi aUiée!

La Chambre déclare ensuite la censure à jamais abolie, étendant de ta sorte sur l'avenir son omnipotence.

Quelques instants sont consacrés à l'examen de l'article 14. On le supprime. \ain obstacle opposé à l'audace qui possède la force! ■

A mesure que la Chambre avance dans ce travail de révision bAtive, elle semble oublier les récents combats. Ses souvenirs se raniment pourtant, lorsque le colonel Jacqueminot propose'd' exclure les troupes étrangères du service de l'État. Mais la peur du progrès, aussi décisive que celle des Suisses, lui fait rejeter tout ce qui tend à l'affaiblissement des privilèges. C'est ainsi qu'elle n'admet d'éligibles qu'à trente ans, et d'électeurs qu'à vingt-cinq. Toutefois, elle déclare nulles les nominations et créations de pairs faites sous le règne de Charles X, mais en réservant l'examen de la grave question de

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rhérédité. Le même sentiment d'hésitation lui fait repousser, avant t(»ut développement, la proposition de M. Buris-Dufresne, qui soumet la magistrature à une institution nouvelle. Cette mesure, reproduite sous une autre forme par M. de Brigode, est enfin discutée. Mais en vain MM. de Brigode et SVverte invoquent-ils à Tappjii du projet l'exemple de Napoléon et de Louis XVIII ; en vain rappellent-ils que, depuis quelques années, les nominations de magistrats n'ont eu pour but que d'asservir la justice à la politique; en vain M. Mauguin s'écrit-il qu'il faut réorganiser toute chose ; que la révolution, partie du sommet, doit descendre jusqu'à la base, sous peine de nouvelles et plus terribles commotions ; effrayée par M. Villemain, rappelée par M. Dupin aîné aux idées de conservation, et saisie d'un soudain respect pour les positions de la veille, la Chambre conserve à la magistrature son existence et son inamovibilité.

Cependant le temps s'écoule, l'heure est avancée : il faut, dans la journée même, proclamer un roi. On décide qu'il sera pourvu plus tard, et par des lois séparées, aux objets qui suivent : — application du jury aux délits politiques ; responsabilité des ministres ; — réélection des députés fonctionnaires ; — vote annuel du contingent de l'armée ; — garde nationale ; — état des officiers de terre et de mer ; — insXitutions départementales et muniéfpales ; — instruction publique et liberté d'enseignement; — fixation des conditions électorales et d'éligibilité.

Au moment où la Chambre va conférer la couronne, M. Fleury (de l'Orne) demande que les collèges électoraux soient convoqués, et donnent un mandat spécial pour l'élection d'un roi. Allons donc I s'écrie avec humeur Casimir Périer, et M. Laffi^tte s'empresse de lire le dernier paragraphe, qui invite Louis- Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, à prendre le titre de roi des Français, moyennant l'acceptation de la Charte modifiée.

Ce paragraphe est adopté à une grande majorité. Trente membres de la droite s'abstiennent. M. de Corcelles veut qu'on soumette, du

moins, l'élection du duc d'Orléans à l'acceptation du peuple : tous gardent le silence.

La Chambre est sur le point de procéder au scrutin secret sur l'ensemble de la proposition, lorsque le vénérable Labbey de Pompiëres demande que les votants écrivent leurs noms sur un registre. M. Bérard appuie la motion, mais beaucoup n'ont pas le courage d'un public aveu. Le don de la couronne de France est voté conune un simple article du règlement.

Seul de tous les députés de l'opposition, M. de Cormenin s'abstint de voter. Suivant lui^ consulter le peuple était indispensable, puisqu'on adoptait le principe de la souveraineté du peuple. U s'était donc rendu à la Chambre comme spectateur, non comme législateur. Déjà dans la séance du 30, il avait repoussé, par un noble scrupule, le titre de commissaire des travaux publics, que lui apportait un message de l'Hôtel-de- Ville. Plus tard il avait refusé son concours à la nomination d'un lieutenant-général. Maintenant, tandis que tous ses collègues, les uns par aveuglement, les autres par calcul, s'abandonnaient au flot des circonstances, immobile sur son banc, l'inflexible logicien protestait une fois encore contre une usurpation sans exenaple.

Quelques jours après, il publia sa démission en ces termes : « Je n'ai pas reçu « du peuple un mandat constituant, et je « n'ai pas encore sa ratification. Placé entre « ces deux extrémités, je suis absolument « sans pouvoir pour faire un roi, une Charte, « un serment. Je prie la Chambre d'agréer « ma démission. Puisse ma patrie être tou- « jours glorieuse et libre ! » Les carlistes poussèrent un cri de joie ; et, pour atténuer l'efi'et de cette démission, quelques orléanistes répandirent le bruit que M. de Cormenin était un carliste déguisé. Mais la calomnie devait passer : la protestation resta.

Voici quel fut le résultat du scrutin d'où sortit une royauté :

Nombre des votants : 252 Boules blanches, 219

Boules noires, 33

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L'appel nominal n'était pas tenniné, que M. Dupin se présentait, montrant un ruban tricolore à sa boutonnière ; et Ton votait par acclamation que la France reprendrait ses couleurs.

Peu d'instants ecpxès^ les habitants de la rue Saint-Honoré regardaient passer avec surprise quelques bourgeois qui se dirigeaient, quatre à quatre, vers le Palais - Royal. Ces bourgeois allaient apprendre au duc d'Orléans qu'il était roi.

Le lieutenant-général reçut les députés, entouré de sa famille ; et M. Laffilte ayant lu la déclaration^ le prince répondit d'un ton modeste et pénétré : .

« Je reçois avec une profonde émotion la « déclaration que vous me présentes. Je la « regarde comme l'expression de la volonté « nationale, et elle me parait conforme aux « principes politiques que j'ai professés toute « n^avie»

« Rempli de souvenirs qui m'ont toujours « fait désirer de n'être jamais appelé au « trône, exempt <l'ambition, et habitué à la « vie paisible que je menais dans ma famille, « je ne puis. vous cacher tous les sentiments a -qui agitent mon cœur dans cette grande « conjoncture; mais il en est un qui les « domine tous : c'est l'amour de mon pays. '< Je sens ce qu'il, me prescrit, et je le a ferai. »

En disant ces mots, il se jeta dans les bras de M. Lafiitte, et parut avec lui et M. de Lafayette sur le balcon, pour saluer la foule, qui applaudit toujours au^b spectacles inusités.

Au moment x>ù ils sortaient du Palais- Royal, MM. de Lafayette et Benjamin Constant rencontrèrent un combattant de la veille, M. Pagnerre. « Ah 1 qu'aveat-vous « fait ? » s'écria-t-il, en les voyant. Mais Benjamin Constant s'approcha du jeune homme, et, l'embrassant : <x Ne craignez rien, lui dit- il, nous avons pris des garanties. »

Ainsi, en moins de sept heures, 219 députés qui, dans les temps ordinaires, n'auraient formé qu'une majorité de deux voix, avaient

modifiera constitution, prononcé la déchéance d^une dynastie, érigé une dynastie nouvelle. Et ces. députés avaient été élus sous l'empire d'une Charte qu'ils refaisaient & leur gré, sous le règne d'un homme dont ils proscrivaient la famille. Et tout cela venait de s'accoioiplir en vertu du principe de la* souveraineté du peuple.

On s'était si avidement emparé du prétexte de la nécessité présente et de la raison d'État, qu'on n'avait songé à la Chambre des pairs que pour lui faire une sorte de communication qui ressemblait plus à un acte volontaire de convenance qu'à une formalité indispensable. Et sans s'inquiéter de son adhésion, sans Tattendre, la Chambre des députés, ainsi qu'on l'a vu, était allée porter sa déclaration au Palais-Royal, comme un pacte définitif, comme l'arrêt d'une volonté sans contrôle. La pairie ne s'étant formée que de toutes les défections éclatantes dont trente ans de secousses politiques avaient fourni l'occasion et donné au monde le scandale, on l'avait jugée toute prôte pour une nouvelle servitude.

Mais il y avait alors, parmi les pairs, un homme dont on connaissait, au Palais-Royal, Ja loyauté chevaleresque et Tàme fidèle. Le bruit avait couru que M. de Chateaubriand préparait un discours accusateur et terrible ; qu'il allait y donner, envers tous, l'exemple du courage, protester une dernière fois pour la monarchie vaincue, dénoncer enfin les amis qui l'avaient égarée et les parents qui l'avaient trahie.

Cette nouvelle était parvenue au Palais- Royal, où elle avait jeté la plus grande inquiétude. Il fallait à tout prix conjurer un tel danger. M"" Adélaïde fit savoir à M. François Arago que le duc d'Orléans désirait avoir avec lui un entretien secret. M. Arago ne put parvenir jusqu'au prince, soit par l'effet de circonstances fortuites, soit qne le duc d'Orléans craignit de se compromettre personnellement dans une négociation aussi délicate. M"'' Adélaïde leva la difficulté. Elle vit M. Arago et lui déclara qu'on lui saurait un gré infini d'aller trouver M. de Château-

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briand pour le supplier de rNioncef k sod discours. A cette condîtioa, H. de CbAteaabriand était assuré d'avoir sa place daos le miaistère. H. Arago se reudit chez l'illustre poète. U lui exposa que la Praace venait d'être remuée dans ses profoudeurs ; qu'il importait de ne la point livrer aux basants

Addalde (L. U. E. PrinoeaM) — 1778-1847

des réactions trop promptes ; que le duc d'Orléans , devenu roi , pouvait beaucoup pour les libertés publiques, et qu'il était digne d'un homme tel que le vicomte de Ch&teaubriand de ne pas se faire, au début d'un rè^e, l'orateur des agitations. Il finit en disant qu'un meilleur moyen s'offrait k lui de servir utilement son pays, et qu'on n'hésiterait pas à lui donner un portefeuille, celui de l'iustniction publique, par exemple. Chateaubriand secoua tristement la tète, tl répondit que de tout ce qu'il venait d'entendre, ce qui touchait le plus son c<Bur,' c'était l'intérêt de la France si profondément troublée ; qu'il n'attendait rien et ne voulait rîen accepter d'un régime élevé sur la ruine de

ses espérances ; mais que, puisque son discours pouvait jeter dans son pays des semences de haines, il en adoucirait les formes. Cette négociation singulière avait lieu la veille du 7 août.

Le lendemain , la Chambre des pairs s'étant rassemblée à neuf heures et demie du soir, le président lut la déclaration de la Chambre des députés, après quoi le vicomt» de Chiteaubriand se leva et s'exprima en ces termes au milieu du • plus profond silence :

« Messieurs, la déclaration apportée àcette (< Chambre est beaucoup moins cMnpiiquée K pour moi que pour ceux de HH. les pairs « qui professent une opinion différente de la « mienne. Un fait, dans cette déclaration, « domine, à mes yeux, tous les autres, ou « plutAt les détruit. Si nous étions dans un « ordre de choses régulier, j'examinerais « sans doute avec soin les changements « qu'on prétend opérer dans la Charte. Plu- « sieurs de ces changements ont été par tl moi-même proposés. Je m'étonne seule- '< ment qu'on ait pu entretenir la Chambre « de cette mesure réactionnaire, touchant les « pairs de la création de Charles X. Je ne « suis pas suspect de faiblesse pour les /our- « nées, et vous savez que j'en ai combattu <( même la menace: mais nous rendre les « juges de nos collègues, mais rayer du ta- « bleau des pairs qui l'on voudra, toutes les •• fois qu'on sera le plus fort, cela ressemble <c trop k la proscription. Veut-on détruire la « pairie 7 Soit. Mieux vaut perdre la vie que « de la demander. »

Après CCS paroles qui faisaient honte à l'Assemblée de sa patience dans l'abaissement, l'orateur cherche quelle forme de gouvernement est désormais applicable à la France. La république ne lui parait pas possible ; mais la monarchie Tesl-elle aux condiU"^on8 qu'on lui fait? « La monarchie, s'é- « crie-t^l, sera débordée et emportée par le « torrent des lois démocratiques, ou le mo- <( narque par le mouvement des factions, »

Avant de passer à la solution la meilleure, selon lui, du problème formidable posé de-

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Tant la France, H. de Cbàtcaabriaod rend hommage à t'bénusme du peuple de Paris.

« Jamais, dit-il, défense ne fut plus juste, « plus héroïque que celle du peuple de Paris. « Il ne s'est poiDlsoulevé contre la loi, mais « pour la loi ; tant qu'on a respecté le pacte « social, le peuple est demeuré paisible. Mais (( lorsqu'aprèsavoirmenti jusqu'à la dernière

ChatraubriaDd (Fr. R. de) - 1768-18(S

<c heure, on a tout-à-coup sonné la servitude ; « quand la conspiration de la béti^e et de « l'hypocrisie a soudainement éclaté ; quand « une terreur de Gbàteau, organisée par des « eunuques, a cru pouvoir remplacer la ter- H reur de la République et le joug de fer de Il l'Empire, alors ce peuples'est armé de son « intelligence et de son courage. II s'est H trouvéqueces boutiquiers respiraient assez « facilement la fumée de la poudre, et qu'il « fallait plus de quatre soldais et un caporal « pour les réduire. Un siècle n'aurait pasau- « tant mûri uu peuple que les trois derniers « soleils qui viennent de briller sur la « France. »

L'orateur parle ensuite du duc de Bordeaux. N'aurait-on pu respecter en lui ce principe de légitimité si nécessaire à l'exis-

tence des monarchies! Le duc d'Orléans aurait servi de tuteur à l'enfant royal. Il l'aurait conduit, en qualité de régent, jusqu'à l'époque de sa majorité ; et une pareille combinaison, en maintenant l'inviolabilité du dogme monarchique, aurait, peut-être, épar^ gné à la France de périlleux ébranlements. Faisant sur lui-même un retour amer :

Inutile Gassandre, s'écrie-t-il, j'ai assez fatigué le trAue et la pairie de mes avertissements dédaignés. Il ne me reste plus qu'à m' asseoir sur les débris d'un naufrage que j'ai tantde fois prédit. Je reconnais au malheur toutes les sortes de puissance, excepté celle de me délier de mes serments de fidélité. Je dois aussi rendre ma vie uniforme. Après tout ce que j'ai fait, dit et écrit pour les Bourbons, je serais le dernier des misérables si je les reniais au moment où, pour la troisième et dernière fois, ils s'acheminent vers l'exil. > Enfin, après avoir foudroyé la lâcheté de tous ces ardents royalistes qui, par leurs exploits projetés, ont fait chasser les descendants d'Henri IV à coups de fourches, et qu'il montre accroupis maintenant sous la cocarde tricolore ; « Quelles que soient, dit- ,« il on terminant, les destinées qui attenn dent M. le lieutenant- général, je ne serai '( jamais son ennemi, s'il fait le bonheur de '( ma patrie. Je ne demande a conserver que (( la liberté de ma conscience et le droit d'al- « 1er mourir partout où je trouverai indéic pendance et repos. »

Ces plaintes éloquentes tombaient sur des cœurs glacés. La pairie ne discuta que la mesure qui tendait à la décimer. Mais l'atteinte portée à sa dignité par l'autre Chambre la trouvait tellement insensible, que, sur la question de savoir si elle serait aussi outrageusement mutilée, elle déclara s'en rapporter à la haute prudence du prince. Elle ajoutait elle-même à son humiliation parcette éclatante flatterie. Une déput&tion fut nommée pour ^er porter au Palais-Royal les félicitations de ce premier corps de l'Etat. Elle s'avança vers te prince, respectueuse et calme sous l'injure. Le prince fit à ces grands seî-

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gnenrs une réponse banale. La pairie était déjà morte en France.

Il ne restait plus qu'à donner à la transmis* sion de la couronne la sanction des formes et ce genre de légitimité qne Timbécillité publique attache au prestige d'un cérémonial imposant. Tout fut donc préparé le lundi, 9 août, pour une séance royale. On éleva, au Palais-Bourbon, un trône ombragé de drapeaux tricolores et surmonté d'un dais en velours cramoisi. Devant le trAnë, trois pliants étaient disposés pour le lieutenant-général et ses deux fils aînés. Une table recouverte de velours, où se trouvaient Técritoire et la plume devant servir à la -signature du contrat, séparait du trône le pliant destiné au prince, emblème de Fintervalle qu'il avait à franchir pour atteindre à la royauté. Le duc d'Orléans fit son entrée au son de la Marseillaise et au bruit du canon des Invalides. Quand il eut pris place, il se couvrit, et invita les membres des deux Chambres à s'asse<Hr, changeant ainsi, dans un objet frivole, ce qui toucHe le plus les hommes, le cérémonial d'usage. Car ses prédécesseurs ne s'adressaient qu'à la Chambre des pairs, et faisaient dire à la Chambre des députés, par l'organe du chancelier : c< Messieurs, le roi vous p3rmet de vous ar83oir.» Le prince invita H. Casimir Périer, président de la Chambre des députés, à lire la déclamation du 7 août. M. Périer fit cette lecture d'une voix ferme, insistant sur plusieurs passages, sur celui-ci, par exemple, le trône est vacant en fait et en droit. Au dernier article, Casimir Périer ayant dit : <c Appelle au trône S. Â. R. Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, » le lieutenant-général, qui suivait la lecture avec la plus sévère attention, reprit vivement: «Louis- Philippe. » Le baron Pasquier ayant lu, à son tour, l'acte d'adhésion de ta pairie, les deux actes furent remis au lieutenant-général, qui les transmit à M. Dupont (de l'Eure), remplissant les fondions de garde-des-sceaux.

Le lieutenant-général lut son acceptation en ces termes :

« Messieurs les pairs, Messieurs tes députés, a j'ai lu avec une grande attention la décla-

« ration de la Chambre des députés et l'acte « d'adhésion de la Chaiobre des pairs. J'en « ai pesé et médité toutes les expressions.

« J'accote, sans restriction ni réserve, les tf clauses et engagements que renferme cette « déclaration, et le titre de roi des Français « qu^elle me conftre, et je suis prêt à en ju- « rer l'observation. »

Le duc se lève alors, ôte son gant, se découvre, et prononce la formule du serment que lui remet Dupont (de l'Eure) :

« En présence de Dieu, je jure d'observer « fidèlement la Charte constitutionnelle, avec « les modifications exprimées dans la décla- « ration ; de ne gouverner que par les lois et « selon les lois ; de faire rendre bonne et ex- « acte justice à chacun selon son droit, et « d'agir en toute chose dans la seule vue de a rintérèt, du bonheur et de la gloire du peu- « pie français. »

Au milieu des cris de Vive le roi! qui accueillent ces paroles, Louis-Philippe signe les trois originaux de la Charte et de son serment, qui doivent être déposés aux archives du royaume et dans celles des deux Chambres. En ce moment, les quatre maréchaux déploient les attributs de la royauté : le sceptre, la couronne, Tépée et la main de justice. On enlève le pliant sur lequel le prince s'est assis, et le nouveau roi monte alors sur le trône, se couvre, et fait signe qu'U va parler:

« Je viens, dit-il, de consacrer un grand « acte. Je sens profondément toute l'étendue c< des devoirs qu'il m'impose. J'ai la coni< science que je les remplirai. C'est avec (( pleine conviction que j'ai accepté le pacte u d'alliance qui m'était proposé.

« J'aurais vivement désiré ne jamais occu- « per le trône auquel le vœu national vient <( de m'appeler; mais la France, attaquée « dans ses libertés, voyait Tordre public en « péril ; la violation de la Charte avait tout (( ébranlé ; il fallait rétablir l'action des lois, « et c'est aux Chambres qu'il appartenait d'y « pourvoir. Vous l'avez fait, Messieurs : les « sages modifications que nous venons de « faire à la Charte garantissent la sécurité « de l'avenir, et la France, je l'espère, sera

La fnmille d'Orlâann on lu:

(Reparl lyiwinphiqar d'une griTUrr en liillf-doure).

(( heureuse au dedans, respectée au dehors, « et la paix de l'Europe de plus en plus as» « surée. »

Le duc d'Orléans était roi. Il fut appelé Louis-Philippe V. On n'avait voulu donner à ce continuateur incertain des trente-cinq Capets ni le nom de Philippe Y, qui était un engagement pris avec le' passé, ni le nom de Philippe P% qui semblait ouvrir au peuple un avenir nouveau. Au titre de f^oi de France fut substitué celui de roi des Français^ ces innovations dans les mots paraissant propres à donner le change à la multitude.

Cependant, un effroyable malaise commençait à s'introduire, parmi les classes ouvrières. Ces hommes qui avaient crié Vive la Charte, et qui, pendant trois jours, s'étaient si vaillamment battus pour elle, s'étonnaient du surcroît de douleur que leur apportait le ' triomphe. En créant le 31 juillet une garde nationale mobile, et en arrêtant que le soldat recevrait une ' solde de trente sous par jour, la commission municipale et Lafayette n'avaient pu avoir en vue qu'une mesure provisoire, qui d'ailleurs resta sans effet.

Grâce à des combinaisons habiles, à des promesses décevantes, à quelques distributions d'argent faites àpropos, on avait obtenu sans peine du peuple qu'il se laissât disperser et désarmer. On afficha ensuite une proclamation qui commençait par ces mots :

« Braves ouvriers, rentrez dans vos ateliers. » Les malheureux y rentrèrent, et n'y trouvèrent plus d'ouvrage.

Par une conséquence trop facile à prévoir, les capitaux se cachaient; toutes les relations industrielles se trouvaient interrompues : chaque coup de fusil tiré pendant les trois jours avait préparé une faillite. La banque de France, quoique instituée pour parer aux grandes crises, mesurait ses escomptes sur ses craintes avec une prudence cruelle, et la sentinelle accoutumée veillait pour la protection de ces caves toutes remplies d'or, dans une ville toute remplie de pauvres.

Chaque jour ajoutait à la détresse du peuple, attestée par des faits innombrables. De toutes les imprimeries de la capitale, la plus

considérable employait, quand la révolution éclata, environ deux cents ouvriers, qui gagnaient régulièrement par jour de quatre à six francs. Après la révolution, les ateliers furent fermés pendant huit ou dix jours, au bout desquels on y rappela dix ou douze ouvriers, et six mois après, on n'y en .comptait encore que vingt-cinq ; et ils gagnaient, ceux-là, non plus quatre, cinq ou six francs, mais vingUcinq ou trente sous par jour. L'imprimerie, pourtant, semblait devoir moins souffrir que les autres professions des résultats de la crise. Qu'on juge par là de l'immensité des désastres ! Dans le quartier des Gravillers, une maison située rue Chapon, n** 28, et louée à deux cents ouvriers de professions diverses, rapportait au moment de la révolution dix-sept mille francs. Le revenu tomba subitement à dix mille, et il n'est aujourd'hui encore, après plus de dix ans, que de quatorze mille francs.

Pour adoucir ces maux, voici quels moyens furent mis en usage. On chantait sur les théâtres une Marseillaise nonwîXLQ^ composée par M. Casimir Delavigne. On célébrait dans un langage pompeux les héros morts pour la liberté. Le journal du duc d'Orléans, le National, s'était écrié : « Vous avez été toujours « les plus braves et les plus héroïques des « hommes. Honneur à vous, braves Parî- « siens ! » Et non moins enthousiastes que les journalistes, les magistrats de la cité renchérissaient sur ces éloges, à Qui peut se (( flatter, disait dans une proclamation aux « habitants de Paris, M. Alexandre de La- « borde, de mériter le rang de premier « magistrat d'une population dont la con-

« duite héroïque vient de sauver la liberté « et la civilisation ? >« En effet , le pain

manquait dans beaucoup de familles, et plus d'une mère en pleurs fut aperçue cherchant un cadavre sur les froides dalles de la Morgue,

Toutefois, comme des souscriptions s'ouvraient de toutes parts en faveur des victimes de juillet (c'est ainsi qu'on appelait les morts ou les blessés), ceux qui avaient péri furent, I en cela, du moins, utiles à ieur^ 'femmes et

LOUIS BLANC

à leurs enfants. Beaucoup de ceux qui avaient survécu furent moins heureux.

Pendant ce temps on s'occupait au Château de réviser la Charte, c'est à dire, de rétabUr la garde nationale, dont il devait être facile d'exclure le peuple, en faisant d'un uniforme coûteux une condition nécessaire d'admission; d'affranchir plus complètement la presse qui, jusque-là, n'avait guère étudié

Cuimir Delavigne. — 1TI3 1843

lesiutérèts du peuple; d'étendre à un plus grand nombre de citoyens le pouvoir de faire des lois ; d'accorder aux législateurs de la bourgeoisie le droit d'initiative ; de reprendre, enfin, par l'égalité des cultes et la défaite de la noblesse, les traditions de 89.

Mais répartir plus équitablementlesimpdts, alléger les cliarges qui écrasent le pauvre, abolir ces contributions indirectes delà Bestauration, nées des droits réunis de l'Empire, aviser aux moyens de porter remède à la mobilité homicide des salaires, fonder des ateliers pour les combattants de la veille, devenus le lendemain des ouvriers sans tra-

vail , rien de tout cela ne parut digne

d'être mis en discussion ; rien de tout cela n'exista, même sous forme de promesse.

En revanche, on étendit sur les joueurs de Bourse une sollicitude remarquable. Les ordonnances de Charles X étaient venues subitement favoriser les spéculateurs & la baisse. Or, quelques-uns d'entr'eux, comme on l'a vu, avaient été mis dans le secret des ordonnances et avaient joué à coup sur. Les spéculateurs à la hausse se prévalaient de cette circonstaace pour demander que la liquidation des primes n'eût lieu que le 9 août. Les banquiers qui avaient joué à la hausse, el qui étaient en état d'agir sur la Bourse avec des millions, compteient profiter du délai accordé pour raffermir les cours par des achats convenablement calculés. Mais l'accorder ce délai, c'était consacrer une ïn> justice. Car, en premier lieu, on rendait tous les joueurs k la baisse victimes d'une perfidie que tous n'avaient pas conmiîse ; et, ensuite on méconnaissait arbitrairement, au profit des uns, au détriment des autres, le caractere essentiellement aléatoire des opérations de Bourse. N'importe. Les joueurs à la htuisse éteient du cAte des vainqu,eur8 : l'arrêté qu'ils désiraient fut pris par le commissaire au département des finances, et l'opulence compromise en des marchés honteux, en des spéculations illicites, obtint une protection qu'attendirent en vain des ouvriers réduite au désespoir, et oiTrant leur travail pour un peu do pain.

Four cette Charte qu'on révisait, le sang des pauvres avait coulé à flots, et le gouvernement n'ignorait point la grandeur du sacrifice, lorsque le S août, il faisait publier par le Moniteur, journal officiel, l'article suivant:

« Les renseignements qui ont éte donnés « dans divers journaux sur le nombre des '< blessés et des morts étaient inexacts ; nous « croyons devoir donner les suivants, transn mis hier, 4 août, à l'Académie royale de « médecine, par les divers chirurgiens, ou « médecins des hôpiteux :

« Hôtel-Dieu. Il est entré près de cinq cenU

HISTOIRE DE DIX ANS

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