M. DUVERGIER DE HAURANNE
neur de correspondre directement avec lui, M. Fonfrède attaqua la brochure Rœderer avec une verdeur de style peu commune; la Chambre, enfin, s'émut profondément de Fatteinte dont on osait menacer sa prérogative.
Aux avant-postes du parti parlementaire marchait M. Duvergier de Hauranne, homme remarquable par une grande netteté d'idées, un penchant marqué pour la lutte, une éloquence substantielle, et une finesse d'esprit qu'ennoblissait l'élévation des on cœur. Né dans une famille qui avait donné l'abbé de Saint-Cyran au jansénisme, M. Duvergier de Hauranne avait des qualités qui rappelaient parfaitement son origine. Ennemi des gens de Cour, Findépendance des vieux parlements à Fégard de la Couronne, et leur dédain à l'égard du peuple, revivaient en lui également. Du reste, il s'obstinait plus que personne dans des illusions vraiment étranges. Il aurait désiré que la France constitutionnelle se posât devant l'étranger dans une attitude fière, dans une attitude courageuse sans provocation, prudente sans faiblesse; et il ne s'apercevait pas qu'un gouvernement ne saurait faire acte de puissance à l'extérieur, lorsque, partagé au-dedans entre deux forces rivales, il en est réduit à s'user rien que pour vivre, victime d'une oscillation sans fin ! Il aurait désiré, précisément pour obvier aux inconvénients de ce dualisme, source intarissable d'anarchie, que la majorité des Chambres gouvernât par le moyen des ministres, à l'ombre d'une royauté au repos; et il ne s'apercevait pas que demander à un roi de prendre sa majesté au rabais, c'est lui demander F impossible.
Entre le parti parlementaire et le parti de la Cour, le débat était celui-ci :
Le premier disait, avec ^[. Duvergier de Hauranne :
(( Puisque les ministres ne sauraient gouverner sans majou rite parlementaire;, les ministres que nous voulons, la « royauté les doit vouloir. Sans cela que serait la Chambre ? « Une machine à voter les impots. « — Et le second s'écriait avec M. Kœderer : <( Quoi ! le roi nommerait les ministres, « lorsqu en réalité ce serait par la Chambre qu'ils seraient a clwisis et dominés! Mais, à ce compte, que serait la « royauté? Une machine à signer des ordonnances, une « griffe ! »
Les deux partis avaient raison l'un contre l'autre. Tous deux ils avaient tort aux yeux de la raison ; et cette lutte ' même prouvait jusqu'à quel point le régime constitutionnel est vicieux. Tout gouvernement qui n'est pas fondé sur le principe de l'unité est condamné à vivre dans l'anarchie et à vivre dans la corruption. Or, l'unité par la monarchie avait cessé d'être possible, le jour où s'était produit le régime des assemblées électives et permanentes; le jour où l'on avait isolé le Trône en lui retirant le nécessaire appui d'une aristocratie territoriale; le jour où l'hérédité de la couronne n'avait plus été maintenue que comme un fait exceptionnel, toute hérédité politique ayant été proscrite, môme celle qui faisait la force de la pairie. L'unité par la monarchie avait cessé d'être possible, le jour où la bourgeoisie était venue mettre la main sur les dépouilles du régime féodal. Et, à dater de cette époque, il n'y avait eu logiquement et régulièrement de possible que l'unité par le parlement, c'est-à-dire par la république '.
* En faisant l'homme, Dieu n'a pas entendu qu'il fût permis au bras <;le contrôler les décisions de la tète. La tète veut, le bras exécute. Gomment couçoit-on que l'homme put a-ir, si, lorsque la tête veut une chose, le bras