‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 101 sur 147 · LA BOURGEOISIE FRANÇAISE MONARCHIQUE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE FRANÇAISE MONARCHIQUE

Four peu qu'on y rcfléchisse, on verra que, par essence et par intérêt, la bourgeoisie française aurait dû être républicaine. Il était tout simple, en elFet^ que, maîtresse absolue de Tordre social par ses richesses, son activité intellectuelle et son industrie, elle clierchât à dominer souverainement, dans Tordre politique, par des représentants tirés de son sein. Qu'elle eût concentré dans ses mains la puissance élective pour se préserver du débordement des passions populaires, c'était là certainement un calcul concevable, quoique entaché d'égoïsme et d'injustice. Mais comment fut-elle amenée à se dessaisir d'une partie de son autorité politique au profit d'un roi? Quels motifs la poussèrent à placer en face d'un principe électif, fondement de sa puissance, un principe opposé, rival, ennemi : le principe héréditaire? Par quelle inconséquence mystérieuse en vint- elle, après avoir renversé Tédifice aristocratique, à en reconstruire le

en voulait une autre? Voilà pourtant le régime constitutionnel! A moins que le l'oi n'y soit, selon l'expression de Bonaparte, «n coclion à l'engrais, ce qu'un roi ne voudra jamais s'il est intelligent, et ce qu'on ne voudra jamais pour lui s'il est idiot. On cite toujours, à ce propos, l'exemple de l'Angleterre, et l'on ne prend pas garde qu'en Angleterre, la royauté peut vivre uniquement comme symbole, parce qu'en effet elle y exprime la puissance héicditaire de la classe dominante, parce qu'elle y est bien réellement le symbole de la transmission du pouvoir politique en vertu du droit de naissance. Mais où est l'aristocratie en France? L'hérédité du pouvoir politique y a été si formellement condamnée, qu'on n'a pas même voulu d'une pairie héréditaire. Qu'on nous dise, donc comment la royauté pouiTait vivre uniquement comme symbole, dans un pays où ce qu'elle est appelée à exprimer n'existe plus ?

Nous ne saurions trop insister sur un point de ^ue que nous avons émis au commencement du troisième volume de cet ouvrage, et que nous croyons nouveau. En Angleterre, malgré les apparences, il y a unité dans le pouvoir, et c'est ce qui fait sa force. En Angleterre, la Chambi-e des communes, celle des lords et la royauté, ne sont, au fond, que trois manifestations diverses d'une puissance unique, la puissance de l'aristocratie : ce sunt trois fonctions ET non trois pouvoirs.

sommet, qui est la royauté, de manière à s'en faire à ellemême un abri? Je ne crois pas que, parmi les contradictions nombreuses qui marquent Thistoire de Tesprit. humain, on en puisse citer une qui ait été plus éclatante. Une bourgeoisie monarchique est un non-sens.

Et voilà précisément pourquoi les publicistes de la bourgeoisie française avaient imaginé le procédé qu'ils formulèrent en ces termes : Le roi règne et ne gouverne pas. De sorte qu'ils auraient voulu la monarchie, sans aucune des conditions de la monarchie ; de sorte qu'ils déclaraient la royauté nécessaire pourvu qu'elle se maintînt à l'état de statue immobile dans sa niche; de sorte qu'ils admettaient dans le roi le chef de l'Etat, pourvu qu'il ne fût que le serviteur muet du parlement! Le moment approchait où la bourgeoisie, qui avait désiré un roi pour esclave, en aurait un pour maître!

M. Duvergier de Hauranne et ses amis le pressentirent bien; mais, pour conjurer le danger, il aurait fallu qu'ils renonçassent à des fictions vaines, et ils n'eurent pas le courage d'avoir de la logique. Ils continuèrent donc à plaider la cause de la royauté, tout en cherchant des moyens de la contenir, de l'asservir. Provoqués par la brochure Rœderer, ils résolurent d'y répondre en fortifiant le Cabinet, et ils ne parlèrent plus que de faire rentrer le duc de Broglie au Conseil, entourant ainsi de leurs prédilections l'homme que le roi aimait le moins et craignait le plus.

La rentrée du duc de Broglie aux afiaires était, du reste, favorisée par la complète nullité du maréchal Mortier, qui n'était guère autre chose qu'un mannequin respecté. L'interpellait-on à la Chambre ? Il se dressait de toute la hauteur de sa taille gigantesque, promenait sur l'assemblée des re-

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