‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 107 sur 147 · COMMENCEMENT DU PROCÈS · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU PROCÈS

mains il comptait, en cas de péril, confier ses destinées.

Les juges tremblaient, eux aussi. Soit excès de frayeur, soit respect pour les règles éternelles de la justice, beaucoup de pairs avaient pris le parti de s'abstenir, au risque de s'attirer le ressentiment de leurs collègues, dont la responsabilité se trouvait ainsi aggravée.

A une heure et quart, les accusés furent introduits, et les gardes municipaux se répandirent dans la salle. A deux heures, le président Pasquier entrait, à son tour, suivi des pairs, et ayant à sa droite MM. Portails et de Bastard, à sa gauche MM. Séguier et Boyer. Les officiers du parquet, MM. Martin (du Nord), procureur général; Franck-Carré, Plougoulm, Chégaray, de la Tournelle, étaient en robes rouges. M. Barbé-Marbois s'était fait portera son fauteuil, la tête couverte d'un bonnet noir, et dans un déshabillé de malade. Rien de plus étrange à la fois et de plus imposant que l'aspect de cette assemblée. Ici, des dignitaires au front chauve, au corps affaissé, au regard éteint, si la terreur et la passion n'en eussent par instants ranimé l'étincelle : représentants caducs d'un demi- siècle de gloire et de honte, vieillards célèbres, pour la plupart, dans les annales de la diplomatie ou de la guerre, et quelques-uns dans celle de la trahison ; là, des hommes de conditions diverses, n'ayant ni la même éducation ni la môme intelligence, quoique rapprochés et confondus par le hasard des discordes civiles : les uns bons, les autres mauvais, mais tous rayonnants de jeunesse et d'audace, s'amusant de leurs dangers avec une légèreté pleine de dédain, moins émus que les spectateurs, et se préparant à condamner les juges. Cent soixante-quatre pairs étaient présents; il y en eut quatre-vingt-six qui ne répondirent pas à l'appel < et,

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parmi ces derniers, les maréchaux Maison, Grouchy, Gérard, les marquis de Castellane et de Dreux-Brézé, le comte Excelmans'. Les accusés étaient au nombre" de cent vingt et un : quatre-vingts des départements et quarante et un de Paris ^ .

M. Pasquier ayant procédé à Finterrogatoire, les Lyonnais répondirent, les Parisiens refusèrent. M. Baune se leva ensuite. « Je demande la parole, dit-il, pour me plain- « dre des ordres sévères qui ont été donnés : nos femmes, « nos mères et nos sœurs sont privées des places qui de- « vraient leur appartenir. Je vous prie de considérer que, « dans les temps les plus orageux de la Révolution, les « familles des accusés ont toujours été admises dans l'en- « ceinte des cours criminelles. Le privilège du rang et de « la naissance doit céder à celui du malheur et de la na- « ture. Je demande, pour moi, que ma femme soit immé- « diatement introduite. Elle a fait cent vingt lieues pour « partager mes périls et ma captivité. J'adresse ma récla- « mation à Fimpartialité de nos juges ou à la générosité « de nos ennemis. » La demande était juste et noblement exprimée : voici en quels termes M. Pasquier la repoussa : « La demande que vous faites est étrangère à votre dé- « fense; c'est un hors-iV œuvre. y> Expressions bien dignes du sentiment qui inspirait un pareil refus! A trois heures, la séance fut suspendue, la Cour s'étant retirée dans la chambre du conseil, pour y délibérer sur la question de savoir si on admettrait comme défenseurs treize citoyens dont M. Maillefer venait de soumettre les noms au pré-

* Voir aux Documeuts historiques, n" 13, la liste des pairs présents et celle des pairs absents.

- Voir aux Documents historiques, u" 14, la liste des accusés.

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