‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 113 sur 147 · DÉPOSITION DES TÉMOINS · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DES TÉMOINS

une résolution qu'elle ne s'était point connue jusqu'alors. On profita de la pi-ésence de ceux des accusés lyonnais qui acceptaient les débats, et les témoins furent entendus. Mais quelle source nouvelle d'émotions! L'un accusait le gouvernement d'avoir sciemment appelé sur Lyon la guerre civile ; un autre montrait la police excitant, de son souffle impur, les passions incandescentes, et créant des coupables pour avoir des victimes ; un troisième représentait l'insurrection promenant pendant plusieurs jours ses ravages dans une cité où elle devait être étouffée en quelques heures... Et tous de se demander pourquoi il avait fallu opposer à une poignée d'hommes mal armés et à leurs mobiles remparts des bataillons nombreux, des canons, des obus, la mitraillade, l'incendie! Les provocations des Mercet, des Picot, des Corteys, et leurs lâches artifices, furent dénoncés avec une rare vigueur par M. Carrier, qui, après avoir refusé les débats, s'était insensiblement laissé aller à la tentation de dévoiler les traîtres. Un père vint raconter, avec des accents qui firent courir dans l'assemblée un frisson d'horreur, comment son fils avait été percé de soixantedouze coups de baïonnettes et attaqué jusque dans la mort. Les flots de sang innocent versés dans le faubourg de Vaise eurent aussi leur place dans l'affreux tableau. Et autant les témoignages accusateurs étaient accablants et précis, autant les dépositions qu'on leur opposa furent vagues et peu concluantes. Dans les réponses de M. Aymard, on remarqua une ignorance à peine croyable des faits les mieux établis; et, à l'indécision des souvenirs du général, à l'étonncment où certaines questions le plongèrent, à la chaleur honorable et sincère avec laquelle il déclara impossibles des abominations malheureusement trop prouvées, chacun put

juger qu'une autre main que la sienne avait dirigé les événements! La déposition que la Gourdes pairs accueillit avec le plus de faveur fut celle du colonel de Perron, affirmant que le soldat avait déployé beaucoup de modération et de générosité. Dans quelques quartiers, en effet, il en avait été ainsi; mais le colonel de Perron n'avait pas tout vu sans doute! Pourquoi, d'ailleurs, l'autorité ne s'était-elle pas empressée d'ordonner une enquête sur les massacres de Vaise? D'une série de vives attaques dirigées par M. Jules Favre contre M. Chégaray, il résulta que le ministère public, à Lyon, n'avait rien fait pour se mettre sur la trace des meurtriers, et qu'il était resté confiné dans une impassiliilité volontaire, alors que de toutes parts s'élevait autour de lui la voix publique criant vengeance! M. Pasquier osa dire, à ce sujet, que les assassinats dénoncés n'étaient, après tout, s'ils avaient été commis, que des conséquences de la guerre civile, conséquences dont la responsabilité retombait sur les auteurs des troubles. Comme si l'origine de la lutte effaçait la honte d'une barbarie gratuite, et suffisait pour absoudre la victoire de ses plus inutiles fureurs !

Cependant, la liste des accusés dociles se trouvait épuisée, et rheure était venue de dompter les accusés rebelles. Ici notre plume s'arrête, de tristesse et de dégoût; comment retracer, sans que le rouge monte au front, les moyens em.ployés pour faire paraître les ouvriers à l'audience? Les gardes couraient les appréhender dans leurs cabanons, de la sommation passant bien vite à l'injure, et de l'injure à la violence; "puis, on se prenait corps à corps, et quand, épuisé de fatigue, accablé par le nombre, le prisonnier n'avait plus à opposer qu'une résistance inerte, saisi par

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